Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Localisateur

Geo Visitors Map
Dimanche 18 mai 2008
J'ai parlé de ma descente aux enfers. Je remarque que ce n'est pas facile de faire passer l'état d'esprit dans lequel j'étais: une désorientation puis une inconscience de protection, tout en l'expliquant. L'explication donne l'impression que j'avais conscience de ce qu'il m'arrivait que je calculais, et ce n'était pas le cas. Plus j'étais inconscient, et plus j'avais l'impression d'être supérieur aux autres sans savoir d'où ça venait. Celui qui a tout compris mais que personne ne comprend. On ne peut pas se rendre compte d'une chose qui nous manque quand on ne regarde pas le vide. Lorsqu'on ne regarde que ce qui reste. Et lorsqu'il reste peu, on a un regard très précis, qui peut donner l'impression d'une clairvoyance supérieure aux autres alors qu'on loupe tout ce qu'il y a autour de ce qu'on regarde.
Pour résumer l'histoire on pourrait dire que mon champ de conscience s'est rétréci de plus en plus jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien et qu'en même temps ce champ de conscience devienne illimité. Ça ne veut pas dire que j'avais la clairvoyance totale. C'est juste que les limites étaient parties et qu'à nouveau, je sentais tout. Tous les problèmes qui m'avaient mené là ne devenaient plus qu'un chemin minuscule qui n'avait à ce moment là, plus vraiment d'importance sinon que c'était quand même mon chemin.

Je me suis aussi permis de résumer la descente aux enfers par un symbole en choisissant l'événement le plus intense qui m'a achevé et dans lequel la double contrainte était la plus évidente: l'histoire du mal de tête.
En fait, ce mal de tête représente bien le milieu dans lequel je vivais. Dans cet événement, les composantes sont assez nettes, les comportements apparaissent comme révoltants car l'urgence fait qu'ils sont poussés à l'extrême. Ils apparaissent grossis. On voit mieux comment ils fonctionnent et on peut se sentir indigné.
Ce mal de tête peut être considéré comme une chance tout compte fait. Car les comportements ici démasqués étaient tout de même actifs hors situation critique. J'ai vécu toute mon enfance dans cette ambiance. Mais comme le coté révoltant de l'attitude de mes parents n'était pas évident, je n'y réfléchissais pas. Je me laissais faire, je ne sentais pas d'où venaient les coups. Je ne remettais rien en question, ou lorsque je le faisais, je m'en voulais à mort d'avoir osé remettre en question les seules personnes auxquelles je dois faire confiance. C'était tellement désagréable et effrayant que je préférais déjà me dire que j'avais tort et oublier.
Mais je précise bien au début du premier article que je n'aurais jamais pensé vivre une vie étudiante épanouie. Cela montre la noirceur qui était déjà là, que je croyais mienne. Je croyais être quelqu'un d'intrinsèquement terne. Manquant de vie. Je n'aimais pas trop jouer en groupe. Je n'aimais pas être vu. Je ne voulais pas qu'on voit que j'étais moins vivant que les autres et ce manque de confiance faisait qu'en effet je m'empêchais de vivre. J'ai eu plusieurs occasions de sortir de cet auto discrédit, mais le moindre coup me ramenait à ma malédiction: je ne suis pas fait pour vivre. Heaven wasn't made for me. Tu as raison de ne pas m'aimer, j'ai fait semblant d'en être digne mais je sais très bien que je ne le mérite pas. A force de penser comme ça, pire que de ne pas être aimé, c'est nous qui nous rendons incapable d'aimer l'autre. Ça fait trop mal. Aimer une personne devient quelque chose de problématique.

Ce que je veux surtout préciser par cette outro, c'est que mon histoire n'est pas si extraordinaire que ça. Je l'ai rendue extraordinaire en mettant en avant les événements les plus frappants et en les décrivant, mais ces évènements ne sont que des accidents survenus au cours d'une mutilation bien plus subtile ;-), une mutilation qui est la réelle responsable de ma descente aux enfers, de ma désorientation, que selon moi beaucoup subissent sans avoir l'occasion de s'en rendre compte. Sans que personne ne leur dise jamais qu'il y a un problème. A la fin on finit par s'en vouloir de ne pas aller bien et la boucle est bouclée. On peut vivre toute une vie comme ça, sans jamais savoir d'où c'est parti.

A de nombreuses reprises, et cela m'arrivera probablement encore, j'ai oscillé entre l'impression que j'étais totalement paranoïaque, que tout ça n'avait aucune importance et la prise de conscience de ces blessures qui expliquaient, excusaient mon comportement. Je n'ai que rarement pris conscience que je serais libéré le jour ou je ne regarderais pas le passé en quête d'excuses. Lorsque que je serais capable de m'excuser tout seul, par confiance. Je le regarderais juste par envie de savoir, de comprendre. Alors je n'aurais plus peur d'être paranoïaque en y repensant. C'est la seule issue que j'ai trouvé pour me reconstruire une fois que j'eus trouvé quelqu'un à qui je faisais confiance et récirproquement.

Voilà, je termine ici cette série d'articles. J'espère que j'aurais réussi à faire passer le message comme quoi les comportements que je décris dedans sont fréquents et importants car ils ont une réelle influence sur l'état de conscience d'une personne. On peut rendre quelqu'un fou en déniant sa qualité de sujet. En lui disant que ce qu'il ressent n'a pas de réalité car on ne peut rien répondre à ça lorsqu'on est de bonne foi: si ce qu'on ressent est erronné, alors comment juger de sa propre santé mentale et/ou de son discernement sinon en regardant sa situation. Réussite? Difficile de réussir lorsqu'on n'est pas soutenu et qu'on doute tout le temps. Bonheur? Difficile d'être heureux lorsqu'on ne réussit pas et qu'on est toujours remis en question. Idem pour tous les critères de "réussite" habituels. Celui qui souffre tout le temps ne réussit pas. Il se drogue, il est agité, il fuit, il n'est pas ou peu spontané, pas discipliné, parfois paranoiaque, et il ne prend pas soin de lui. Au pire pourra t'il voir la réussite comme sa seule échappatoire. Mais bonjour le stress et le challenge lorsqu'on part avec un tel handicap. Un handicap auquel presque personne n'accorde de réalité, de légitimité. Pas même soi.
 Sinon il y a deux échappatoires lorsque la fuite n'est pas possible. Soit on se bat et on est de plus en plus désorienté, incapable de vivre et c'est la dépression. Ou soit on se coupe de nous même, de notre réactivité, pour trouver un équilibre avec notre entourage et on se met à notre tour à cracher sur l'innocence. Sur cette partie de nous contre laquelle nous avons la haine. Que nous voulons voir comme une faiblesse, parce que sinon, ça impliquerait des choses qui ne nous arrangeraient pas, les conflits reviendraient et on tomberait dans un cercle vicieux dont on ne sait pas s'échapper.
Entre ces deux échappatoires, il y a l'ouverture à l'extérieur, et ultimement, à l'autre, à d'autres. Si on se laisse un peu respirer. Si on arrive un peu à sortir de son tumulte.
par WaXou publié dans : overhell
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 17 mai 2008

"Je vois des gens qui sont morts
- En rêve tu veux dire?
- [non]
- Quand tu es éveillé?! Ils sont dans des tombes? Des cercueils?
-
Non, ils vont et ils viennent comme n'importe qui. Ils ne se voient pas entre eux. Ils ne voient que ce qu'ils ont envie de voir. Ils ne savent pas qu'ils sont morts !"

(Ce dialogue tiré du film Sixième sens prend tout son sens lorsqu'on connaît la fin du film, et donc les deux personnages)

Par la suite, en deuxième année, vu que la quantité de travail à fournir était bien moindre. J'ai eu un peu de temps pour essayer de comprendre ce qu'il m'arrivait. J'ai vu un ORL qui m'a trouvé une paralysie d'un muscle stapédien. Un muscle de l'oreille moyenne qui sert à amortir le son de sa propre voix, les bruits trop intenses et le bruit de fond. Ça expliquait entre autres la raison pour laquelle je ne comprenais plus rien à ce qu'on me disait lors des conversations de groupe, et pourquoi lorsque je sortais de boîte (une occasion pour boire et avoir l'impression d'être avec du monde), cette oreille n'entendait plus rien, comme si elle était bouchée, pendant 2 jours alors qu'avant, les deux avaient également leur compte. Le problème c'est que je réalisais de plus en plus que ça n'allait pas non plus psychologiquement, ce qui donnait raison à mon père et alimentait ma peur de voir qu'en effet, tout était peut-être dans ma tête. Avoir tellement peur d'une chose qu'on ne comprend pas au point de la faire devenir réalité... voilà qui est stressant.

J'ai passé ma deuxième année comme celle d'avant. Alcool, cannabis (que je faisais pousser chez moi), crises d'angoisse, sentiment d'étrangeté. Je commençais aussi à chercher ce que j'avais perdu via d'autres substances grâce à la revente de mon surplus de récoltes. Je ne pensais plus à mon avenir. Mes absences en TP ne me faisaient ni chaud ni froid. Comment être intéressé par un testicule de lapin dans ces conditions?
 Mon lien avec mes amis était de plus en plus virtuel. Je leur en voulais même un peu au début de ne pas me comprendre. Je ne me rendais pas compte que c'était aussi mon ambivalence: ils ne savaient pas si j'allais bien ou mal, puisque moi non plus j'en savais rien. Ça les mettait mal à l'aise. Ma relation avec ma copine en était au point mort. Elle en souffrait de plus en plus. J'étais néanmoins content de pouvoir apprécier quelques soirées beuveries enfumées.

Mes parents sont particulièrement fiers de moi à cette époque. Je ne me plains plus. J'ai passé le concours. Je n'existe plus autrement que par lui. Ils peuvent parler de moi à toute la famille comme ils l'entendent autour de ça. Je leur ai bien donné du fil à retordre, mais au final ils auront réussi à faire quelque chose de moi: un fantôme (Bravo!).  je ne vois pas en quoi la vie vaut encore la peine d'être vécue sauf peut être en tant que rockstar, le nez bourré de poudre, entrain de hurler ma douleur sur scène autour d'une musique qui prend aux tripes. Laisser s'échapper tout ce qu'on a sur le coeur. Détruire toutes les limites, et soi même avec. Brûler tout ce qu'il me reste de combustible dans une violente explosion de vie, puisque je n'atteindrais jamais plus le haut de l'escalier avec ce qu'il me reste. L'idée m'attire de plus en plus. C'est même elle qui me permet de tenir. De vibrer encore un peu. C'est ma grosse période Marilyn Manson.

C'est aussi la période ou je perds mon permis et ou je sombre petit à petit dans une noirceur qui m'arrange bien. Je commence à m'identifier à la souffrance. A me trouver un masque impresionnant derrière lequel personne ne voit plus que je suis totalement désorienté. Même pas moi. Comme les fantômes dans Sixième sens, je ne vois que ce que je veux voir, je ne sais pas que je suis mort. Je deviens comme mon père. J'ai même l'impression d'avoir raison.
Dans mon entourage, on m'aime toujours bien néanmoins. On sait que je n'ai pas un mauvais fond. C'est juste que ma noirceur fait un peu peur. Et mes jugements aussi. Ce n'est pas que je suis mal placé pour donner des leçons. Je ne suis PAS placé. Je suis hors vie, donc c'est facile. Et dès qu'on me titille trop, je me fais plaisir. Comme un vampire, la lumière semble me brûler la peau et lorsque je mords ma victime, elle a tendance à devenir aussi froide que moi.
 A certains moments, j'étais effrayé par l'attirance qu'exerçait cette attitude du coté féminin. Le coté hors vie, sans sentiments ne dérange pas alors que le coté libre transgressif et puissant fascine. Un fond d'humanité m'empêchait d'aller trop loin. J'étais touché par la fragilité des relations humaines. S'acharner sur quelque chose d'aussi fragile n'avait rien de courageux.
A coté de ça, je méprisais tellement l'idée de la réussite que je n'avais aucune énergie pour travailler. S'il m'était resté un peu d'ambition sur ce plan, je n'aurais sans doute jamais vu ce que je loupais. Je n'aurais probablement jamais verbalisé ce que j'écris ici.
 J'ai finalement eu de la chance d'être aussi extrême, aussi fidèle à ma haine car au moins j'ai pu faire le tri, voir d'où elle venait et où elle s'arrêtait. (et ne pas me planter qu'à moitié)

Puis ce fut l'été de la prise de conscience.
Appel téléphonique. C'est une amie que j'avais confondue a un moment avec une bouée de sauvetage. Je serais dernier de la promo au classement. Ca ne me surprend pas directement. Ce qui me surprend c'est que personne ne se soit rendu compte d'où je me trouvais pendant ces deux dernières années. Même moi, je suis surpris de constater que je n'en ai plus rien à faire de rien.
C'est tout de même pas normal.
Je ne sais pas quoi en penser.
Je parle, sincèrement perplexe, de mon échec à mes parents, sans faire de commentaires, attendant d'eux qu'ils partagent ma perplexité, mais c'est l'explosion. Ça recommence. Le démon est revenu. Exorcisons le. Pas question de faire le point avec lui. Il ne veut que notre souffrance. Cette fois-ci, si mon indifférence me suprenait, leur mépris me choque avant même de me concerner. Il sont complètement hors sujet.
 Ils ont parié sur le mauvais cheval: j'échoue à les rendre fiers de moi, à les rendre plus importants, comme si c'était ma seule fonction. Je dois quand même pouvoir leur servir de défouloir? Même pas.

Ils n'arrivent pas à concevoir que je puisse me permettre de leur être aussi inutile.
Phrase de ma mère: "Et qu'est-ce qu'on a en échange nous?"
Ils ont voulu que je fasse comme si tout allait bien. C'est ce que j'ai fait (et quel con!). Et maintenant il se sentent trompés?
Un étudiant fantôme, ça ne pouvait pas berner la fac. A ce moment, je ne réalise pas vraiment ce qu'il s'est passé, mais si ma noirceur a un avantage, c'est que mes parents n'ont plus l'air que de tout petits vampires ridicules. Plus qu'un fantôme, ils ont fait de moi un monstre. La seule différence entre eux et moi, c'est que la fragilité, la faiblesse me touche trop pour que je me mette à les haïr.
J'ai encore la nostalgie de ce que j'ai perdu.

Comme mon amie au téléphone n'a pas eu le courage de me confirmer la nouvelle, je dois me déplacer à Marseille. Et en effet, je suis avant dernier. La fille derrière moi, seule personne que je fréquentais de la promo s'est suicidée. Le seul socle du masque que je m'étais confectionné, ma réussite étudiante, est parti en fumée. Plus rien ne me rattache à rien. Pas de présence parentale, les études me rejettent, presque plus de lien amical, une relation sentimentale qui ne tient plus debout. Que reste t-il? J'existe bien pourtant? D'ailleurs malgré tout ça, ai-je changé, moi?

 Je rentre dans mon appart. Je me mets sur mon ordinateur car je dois attendre le lendemain pour qu'on vienne me chercher. Mais voilà que le clavier refuse de fonctionner. Signe du destin peut-être. Plus moyen de fuir. Pas la moindre boulette à fumer. Pas le moindre verre d'alcool. Je vois ce clavier inutile, incapable de me projeter dans un autre monde, et je ne sais pas ce qu'il me prend.
Une haine des objets qui ont accompagné ma fuite me monte subitement au nez. Je réalise d'un coup avec horreur que la panne de ce clavier me touche bien plus que ma propre détresse. Je dois mettre un terme à ce délire. Je le chope par son cordon, je le fais tournoyer, pris de fureur, j'en ai besoin. Je l'éclate au sol. Je vois toutes les touches voler aux quatre coins de l'appartement dans un cliquetis ma foi artistiquement intéressant. Tiens, mon sens de l'humour est revenu. Il était temps. Je me sens soulagé.
 Mon regard tombe sur ma lampe de salon ikéa. Cadeau de mes parents. Même tarif: je m'en sers comme d'une énorme masse avec laquelle je planterais un clou qui me garde sur terre. J'empoigne une peluche sur mon étagère, offerte par ma petite amie, je compte la déchirer, mais je la regarde bien et je vois quelque chose. La différence entre ce lampadaire horrible qui ne tient même pas droit et ce petit caneton, dont la tête nous avait fait rire est infinie. En brisant la lampe, j'étais soulagé, mais déchirer cette peluche me ferait du mal. Je n'avais jamais perçu ça. Je sens qu'il existe en ce monde une douceur au delà de mon mal être. Au delà de ce monde dans lequel je vis et qui m'a conduit à cet échec sur tous les plans. Je ne voyais plus rien de tout ça. Normal que la vie n'ait plus eu aucun sens. Comment ai-je pu en arriver là?
Je m'assois sur mon canapé clic-clac et je pleure. Je reste un moment allongé à écouter le silence dans mon appartement vide. C'est étrange comme je me sens présent. Je m'endors dans le plus grand état de tranquillité de ces dernières années, mais j'y fais à peine attention. Je ne me rends pas compte qu'il s'agit du début d'une grande prise de conscience.

Le lendemain, mes parents viennent me chercher. Ils veulent que je vienne voir les résultats avec eux. Je refuse, simplement parce que je ne comprend pas l'idée et qu'ils ne veulent pas me l'expliquer. C'est dingue comme ils sont persuadés que je dois faire ce qu'ils veulent. Lorsque je dis non, ça a l'air de leur faire tout drôle. Comme si le programme dans leur tête n'avait pas prévu cette réponse.
C'est aussi étonnant de voir comme on peut se retrouver libre de choisir, d'agir, lorsqu'on n'est plus rien. Il n'est plus question de jouer au plus intelligent avec eux. Je n'en vois pas l'utilité, je n'ai plus rien à défendre, même si de toute évidence, eux, oui.
Pourquoi cette concurrence? Elle n'a aucun sens. Quoi qu'on fasse, on sera toujours égaux.
Dans la voiture, ils m'assomment de reproches. Pourtant je me surprend à leur dire: "Si vous continuez, je rentre à pieds." Ils croient que je rigole mais je suis tout ce qu'il y a de plus sérieux. Même si ça doit me prendre 20h, ce serait sûrement une expérience plus intéressante qu'un voyage en leur compagnie.
C'est étrange comme je peux me sentir libre. J'hallucine aussi de voir comme tout à coup je sens le manque de pertinence de leurs reproches. Pas besoin de rentrer à pieds finalement. Ils ont beau s'acharner à essayer de me réduire, je ne réagis plus, je ne suis déjà plus rien. J'ai même le choix entre me taire et répondre calmement, avec un sourire intérieur, quelque chose de bref qui leur cloue le bec. Puisque la réussite d'apparence les préoccupe tant, que pensent t'ils du fait de cracher sur leur fils à chaque fois qu'il se retrouve en difficulté? Mieux, que pensent t'ils de ne tout simplement pas le connaître? Puis finalement, même si ça me soulage un peu de voir que je sais enfin leur répondre, jouer à leur jeu ne m'amuse pas. Je vois les choses sous une nouvelle perspective, Ma perspective. Et je compte bien l'honorer cette fois.

Arrivé chez eux, je ne reconnais pas la maison. Le jardin. Le ciel. Ma chatte. Je suis même particulièrement fascinée par elle. Elle est géniale. Elle avait déjà compris ce qui était essentiel alors qu'elle avait laissé de coté tout le reste. Elle me saute dessus comme si elle ne m'avait pas vu depuis 6 mois. Comme si personne ne l'avait jamais remarquée. Elle ne pense pas. Elle ne communique que par les actes. Elle est si simple, si présente, et je ne l'avais jamais remarqué.
Je sors dans le jardin, je ne comprend pas ce qu'il m'arrive, moi qui croyais que j'allais vivre un cauchemar. J'adore la vie. La nature. Comment pouvais-je ne plus rien percevoir à ce point?
Je goûterais à cet état de grâce pendant plusieurs semaines. Au grand désespoir de mes parents qui feront tout pour me ramener sur terre.
Je changerais mon concept de réussite du tout au tout. La réussite vers laquelle mes parents veulent m'amener, c'est une mort. Un échec de la vie. Ça ne m'intéresse pas. Ça ne devrait pas les intéresser. Je ne sais pas pourquoi ils veulent y croire à ce point. Ils voient bien ce que leur réussite a fait d'eux (non ils ne le voient pas), pourquoi croient-ils que la mienne les sauverait. Ils se détestent tout en faisant style de s'aimer. Leur seul espoir est que leur fils leur permette de se sentir sur la bonne voie. Mais leur fils, ils ne le voient même pas. Ils ne me connaissent pas. Il n'ont jamais pris le temps de m'aimer. Forcément, lorsqu'on oublie ce détail, tout le reste n'est qu'une vaste comédie sans fond.
Quelle belle réussite, en effet! Je m'aperçois qu'ils ont besoin d'aide mais qu'ils ont trop envie de croire en leur monde froid pour être aidés.
Au début, je croyais simplement avoir retrouvé mon état hors névrose d'angoisse. Mais plus ça allait et plus j'ai réalisé qu'il y avait autre chose. Ce dans quoi je prenais ma source semblait être comme une sorte d'énergie infinie, illimitée, remplie d'amour, immortelle. Je ne me focalisais pas trop sur l'idée. Je laissais couler. J'étais juste étonné de voir mes pensées habituelles, qui tournaient en rond dans ma tête, trouver facilement une porte de sortie. Perdre leur limites, leur importance dans une sorte de sensation de joie. Elles n'étaient que des reflets éphémères et déformés de ce qui comptait vraiment, une fois qu'on a senti d'où venait le reflet, celui-ci n'a plus d'importance.
Plus aucune angoisse. Un sommeil profond, qui me permettait de me lever tôt pour aller courir sur la plage. L'impression de renaître.
Mais là on se rapproche vraiment de ce que je ne sais pas décrire.

Ce que je n'avais pas prévu, c'est que lorsqu'on connaît une telle libération après avoir vécu un tel enfer, on a tendance à s'enfermer avec, à vouloir bâtir de grands murs à coup de réflexion et de théories pour prouver qu'on a raison (!) pour ne pas que le passé nous rattrape. On ne voit pas que c'est déjà ce qui est entrain de se passer, que c'est ce passé qui nous pousse à nous enfermer, que les vieux réflexes sont toujours là. On ne le réalise qu'une fois le toit posé, lorsqu'il ne reste plus que des murs avec quelques petites fenêtres et qu'on a oublié de poser une porte. C'est alors qu'un long travail de déconstruction s'impose. Une longue lessive pour oublier tous les vieux réflexes basés sur les malentendus. Sur la peur.
J'en suis encore là.

par WaXou publié dans : overhell
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 15 mai 2008
 Matin du troisième jour, à la même heure, le mal de tête revient. Cette fois-ci avec des sensations d'instabilité, de flou visuel. La douleur est trop intense. Je préviens mon père que décidément, ça ne va pas du tout. Sensation de déjà vu. De à quoi bon. C'est tout juste si j'arrive encore à être sensé. J'ai du mal à réfléchir, je suis stressé, j'arrive de moins en moins à me concentrer sur ce qu'on me dit et à être convainquant, j'ai la nausée, et surtout je n'ai aucun appétit, aucun transit depuis 3 jours. Le mal de tête me cloue allongé sur le canapé, j'annule Roland Garros. Je ne regrette même pas, je ne pourrais pas supporter d'être dans une foule en plein soleil. Déjà que je supporte à peine d'exister.
Mon père me prend la tension et je le vois surpris de constater qu'elle est à 16/9 avec un coeur qui bat à 60. Malgré sa surprise, il ne fait rien. Il a l'air de penser que je le fais exprès. Lorsque j'ai la force de râler en disant que je ne peux plus supporter d'attendre comme ça, seul toute la journée sur le canapé sans savoir ce que j'ai, il m'engueule. Il refuse de m'amener à l'hopital: "Qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent de plus?"
- J'en sais rien, c'est pas à moi de le dire.
- Qu'est-ce que tu crois que t'as?
- Je ne sais pas! Mais c'est insupportable
- Mais tu penses à quoi?
- A rien, je sais pas, un truc dans la tête, une tumeur peut-être, j'en sais rien, mais il y a bien quelque chose.
- Ça c'est parce que tu n'y connais rien en médecine et qu'on ne t'as parlé que des pathologies graves. C'est très rare une tumeur, surtout à ton âge.
- Mais merde alors c'est autre chose, pourquoi c'est si compliqué, c'est pas croyable, je suis malade, tu sais pas ce que j'ai, faut m'amener à l'hosto c'est tout.
- Ooooh hein dis! Ne le prends pas comme ça, j'y peux rien moi, calme toi et arrête de te plaindre.
- Mais je peux pas rester comme ça! J'en peux plus là, tu vois pas?
- [regard un peu concerné] Tu veux que je fasse quoi, je t'ai déjà examiné et il n'y a rien. Si tu n'avais pas fumé des joints aussi!
L'argument qui tue. Je n'ai pas fumé depuis la soirée de fin d'exams, mais même si c'était le cas, que vient faire le cannabis dans l'histoire alors que je n'ai "rien". De toutes façons je n'arrive même plus à réfléchir. A partir de là, ce que j'arrive à faire de mieux, c'est de ne pas paniquer ou autrement dit, ne plus voir la situation en face. C'est aussi à partir de là que mon trouble va prendre une autre dimension: l'impression que ce que je vis n'a aucune réalité. Que j'invente tout pour me plaindre, et je vais être partagé entre une envie viscérale de crier et la peur d'être méprisé, considéré comme fou car je ne dépend plus que du jugement de mon père. Une peur d'autant plus vive que plus les choses avancent, et plus j'ai l'impression d'être dans un rêve. Petit à petit, une impression globale d'étrangeté s'installe et j'ai l'impression que la folie se rapproche. Je ne sais plus si mon problème est mon mal de tête et tout ce qui l'accompagne, ou cette panique de fond dont je n'arrive pas à me sortir. J'ai beau essayer de méditer, de me vider la tête, rien n'y fait.


Au bout d'une semaine, ma petite amie, que je n'ai pas pu voir depuis le début des vacances, vient me voir. J'imaginais que ça allait me faire du bien, mais je me vois incapable de profiter d'elle, de communiquer. Son innocence me perturbe plus qu'autre chose. Elle me fait voir malgré elle, par ses questions, l'obscure complexité de ma situation et ça me fait peur. Je ne veux pas l'impliquer là dedans. J'aimerais lui demander de m'accompagner aux urgences, mais j'ai aussi peur de l'entrainer dans ma folie.
 Je n'ai pas envie qu'elle me voit comme ça. Je suis un débris. Stressé, désorienté. Et en plus j'ai rien pour excuser mon état. Pas de "j'ai la gastro" ni même de "je fais une dépression". Je ne veux pas qu'elle assiste à ce qui m'arrive. Jusqu'à présent j'avais toujours été quelqu'un de solide. J'avais l'habitude d'en chier, mais pas comme ça.
Elle ne sait pas comment réagir: elle est mal à l'aise de me voir me tenir la tête sans bouger, les larmes aux yeux, tout en faisant comme si tout allait bien. Je ne me rends pas compte que je suis entrain d'exclure ma seule chance d'être soutenu, mais j'ai dépassé le stade de la recherche de soutien. Je lui demande de partir.

 Tous les soirs, le mal de tête se calme partiellement et je reviens dans un monde moins agité dans lequel mes parents veulent bien faire attention à moi pour autant que je ne parle pas de ce que je vis. A chaque fois, je ne vois pas comment ça pourrait recommencer. Ni pourquoi. Mais je ne suis plus sûr de rien. J'essaie de profiter des quelques heures de calme ou j'arrive enfin à regarder la télévision, ou à jouer à l'ordi.
  Et tous les matins, je suis réveillé à 7h sans raison. Je me trouve toujours bizarre mais je m'y habitue. C'est le mal de tête que je crains le plus. Il arrivera toujours plus fort que la veille, creshendo mais maximum au bout d'une heure. La nausée est parfois intense mais je ne vomis pas. De toutes façons je ne mange pas. J'attends toute la journée le retour de mon père.
 Une fois, ma mère arrivera avant lui. Devant un dernier appel au secours, elle ne fait que me répondre que mon père n'est pas inquiet. Lorsque j'insiste, elle ne me répond plus. Elle me demande même de me taire pour qu'elle puisse écouter la télé. J'essaie de me retenir mais je me mets à pleurer malgré moi. Elle me regarde avec un air sévère avant de se retourner vers l'écran magique.
 J'aimerais qu'on perce un trou dans ma tête pour que la pression s'arrête de monter. Je me dis même que je préférerais mourir. Chaque jour, je vois ma tension monter: 19/11. Un pouls à 48. Puis 20/12. Mon père décide finalement que l'appareil doit être cassé. Il attend d'en rapporter un du travail avant de débuter un traitement hypotenseur. Un jour de plus d'attente pour l'appareil, qui montrera une tension encore plus élevée. Un jour de plus pour les médocs. En cadeau, j'ai le droit à un sédatif qui me permettra enfin de somnoler.
Encore trois jours de rémission lente.
Au bout de deux semaines, je n'ai plus mal à la tête. Bizarrement, je n'ai plus qu'une douleur assez précise au niveau du cou. Finie la sensation d'irréalité. J'ai juste des sifflements d'oreille, des vertiges et des fourmis à un pied. C'est comme s'il ne s'était jamais rien passé. Mais le "comme" à malheureusement beaucoup plus d'importance que je ne le crois.

 A partir de là, le stress m'a foutu une trouille bleue. Savoir qu'un tel enfer pouvait m'arriver sans raison, rien qu'à cause du stress, ça m'a conduit à repasser le concours en faisant le strict necessaire. Le plus difficile a été de dire à mes amis que je ne savais pas ce qui m'était arrivé, tout en leur disant que c'était horrible. Ils ne comprenaient pas. Moi non plus. Alors j'ai décidé de faire comme si rien ne s'était passé, je croyais que ça simplifierait les choses.
 Car j'étais régulièrement forcé d'y repenser à cause de ma douleur au cou, des vertiges qui revenaient par poussées mais surtout à cause du fait que j'avais peur de moi même. Je me découvrais des difficultés de concentration, surtout lorsqu'il s'agissait de comprendre une conversation dans un groupe. On aurait dit que je n'avais plus aucune confiance. J'étais clairement perturbé. Et je me tuais à jouer -mal -le rôle de celui qui va bien.
 J'avais constament peur que ça recommence. Vu le fond de stress permanent dans lequel je vivais, bien plus intense que lors de ma "crise", je ne voyais pas pourquoi ça ne recommençait pas. Au pire avais-je le droit à quelques crise d'angoisse le soir. La peur de devenir fou subitement. Ce pourquoi j'ai eu tendance à éviter de sortir. Je ne voulais pas que mes amis me voient dans un état que je n'assumais pas.
 Petit à petit je me suis éteint. J'ai tout fait pour ne pas faire de vagues. De temps en temps je disais à mon père que ma vie n'était plus comme avant depuis cet épisode. Alors il invoquait le cannabis. J'essayais de m'en séparer, mais vu que tous mes copains en fumaient, ça ne faisait que m'exclure davantage du groupe et je finissais par craquer. Rester seul dans mon appartement, stressé, sans vie et ne même plus avoir un joint à fumer pour tuer le temps, alors que tout le monde s'amusait c'était trop dur. Du coup je me suis aussi mis à l'alcool, vu que mon père n'avait rien contre cette substance. Surtout le soir. Ca m'évitait les crises d'angoisse.
J'ai eu mon concours. Je n'y croyais plus étant donné que j'avais perdu toute mon énergie. Toute ma vigueur et mon ambition. En fait, c'était surtout grâce à mon premier essai. Je n'ai pas fait beaucoup mieux. Je ne me suis concentré que sur la matière qui m'avait fait échouer.  Le reste, je l'ai survolé et j'ai eu des notes moins bonnes que la première fois. En fait, compte tenu de mon état, je n'aurais jamais dû passer en deuxième année. Mais j'ai préféré ne pas m'en rendre compte et me persuader que tout allait bien. Vu que la  théorie de mon père, c'était de dire que je me rendais malade pour ne pas avoir à travailler, j'essayais de croire que j'avais vaincu ma maladie, mais j'avais trop peur de voir que je n'étais plus que l'ombre de moi même.

 



 
par WaXou publié dans : Souvenirs
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Jeudi 15 mai 2008

Cette situation peut paraître surréaliste. Ce genre de description est à mon sens rare car pour pouvoir la faire, il faut avoir la chance d'être sorti du cercle vicieux, ou au moins en avoir extrait ses yeux.
Il y a à peine deux ans, bien que cet événement était encore relativement récent, je ne m'en souvenais pas comme d'un événement important. C'était un passage de ma vie auquel je ne donnais aucun sens, que je n'intégrais pas, et donc je n'y pensais pas clairement (par contre en souterrain...). J'en avais honte et je ne me souvenais même plus vraiment de ce qu'il s'était passé. C'était vague. On m'avait persuadé implicitement qu'il ne fallait pas y penser. Que le seul fait d'y penser montrerait que je suis toujours malade. Et j'y croyais, car le peu de fois ou j'y repensais, je ne sentais que désorientation et peur. Et pourtant, ce qu'il fallait faire c'était l'inverse. Le fait de ne pas regarder tout ça en face m'empêchait de donner du sens, comprendre mon histoire et voir en quoi consistait la véritable maladie. Lorsqu'on me demandait ce que j'avais fait pendant les vacances entre mes 2 premières années de médecine, j'étais bloqué. Généralement, sur un ton calme, j'expliquais qu'il m'était arrivé un truc bizarre. Pourquoi un ton calme? Parce que je voulais montrer que ce n'était pas important, qu'il ne fallait surtout pas faire attention à ce qu'il s'était passé. J'adoptais avec moi même l'attitude révoltante qui avait tout compliqué à l'extrême, tout en croyant me protéger.

Lorsque j'ai commencé à reprendre cet événement et à le regarder en face, j'ai au début cru que j'étais entrain de devenir fou alors qu'au contraire je me battais pour retrouver mes racines.
Je vais parler ici de diagnostics loupés, mais le problème ne tient pas vraiment au manque de compétences médicales. Le simple fait d'accorder de l'importance à ce qui était entrain de m'arriver, quelle que soit la pathologie suspectée, rien qu'en tenant compte de ma détresse, aurait suffit.

N'importe qui l'aurait fait mais pas mes parents. Et à l'époque, c'était encore à eux que je faisais le plus confiance. Du reste, lorsqu'au début j'essayais de parler de ça, personne ne réalisait l'horreur que j'avais vécue. Au contraire, on me répondait comme si la seule mauvaise chose dans l'histoire, c'était que je ne fasse plus confiance à mes parents. On leur trouvait toutes les excuses du monde. Déjà que j'hésitais à en parler, je finissais par en être totalement dissuadé.

Je n'aurais sans doute jamais la preuve formelle qu'il me soit arrivé quelque chose d'organique, mais je ne sais pas si c'est vraiment necessaire car comme je l'ai dit, ce n'était pas ça le plus important. Tout ce que je sais, c'est que par malchance je me suis retrouvé avec un besoin viscéral d'attention, et que j'ai eu exactement le contraire. Ce qui a rendu cet événement si difficile, ce n'est pas la douleur mais le déni, le rejet déguisé en connaissance, en sagesse.
Médicalement parlant, mon père a été nul, mais il a fait comme s'il savait ce qu'il faisait.
La première chose à faire devant un mal de tête aussi inhabituel par son intensité, sa persistance au delà de 48 heures, ou sa brutalité, surtout accompagné d'hypertension, d'arrêt du transit, de phonophobie, de bradycardie et d'agitation, c'est d'aller aux urgences et de faire un scanner. Selon les études, cette symptomatologie seule pousse à plus de 40% la probabilité de  faire une hemorragie méningée. J'en ai vu des bien plus silencieuses que ça. Mais ça aurait très bien pu être une nevrose d'angoisse inaugurale (même si aujourd'hui je pense que l'angoisse a été réactionelle à l'attitude de mes parents)  ça n'aurait rien changé. J'avais autant besoin d'aide. Surtout qu'après ces deux semaines, mon problème était en effet presque uniquement psychologique.


                
Il était question d'aller à Roland Garros avec mes amis de médecine pour décompresser, suite à ma première tentative pour passer le concours de médecine. Je n'avais pas encore les résultats mais il était prévu que je redouble donc je n'avais pas vraiment la pression. Néanmoins je ne suis pas passé loin.

J'avais toujours été plus ou moins associable, mais avec ces amis j'avais eu l'occasion de me trouver une place, de faire plusieurs soirées mémorables, de connaître beaucoup de monde alors que mes amis plus anciens étaient tout à fait compatibles au groupe. On rigolait, on discutait tous les soirs. J'étais à l'aise et je ne me sentais que rarement seul. Du reste, la raison la plus importante qui me poussait à avoir mon concours était le lien que j'avais avec eux. Je n'avais jamais espéré vivre une vie étudiante épanouie, mais en leur présence, je voyais que c'était possible. C'était plus que j'en demandais.
Je trouvais ça un peu pathétique d'être davantage motivé par l'amitié que par mon ambition, mais je ne me l'avouais pas complètement.
Je voulais me croire fort et indépendant.

On avait deux semaines pour voir un peu notre famille. Après, les sorties allaient s'enchaîner. J'avais plus envie que jamais de profiter de mes vacances. Manque de bol, la première semaine fut ternie par une violente douleur abdominale, à droite. Ca m'était déjà arrivé, mais à l'époque c'était parti en quelques heures. Là, c'est resté pendant 4 jours et 4 nuits. Je ne pouvais plus me lever ni manger. Lorsqu'on me touchait le ventre j'avais l'impression qu'il se déchirait alors qu'il se contractait malgré moi plusieurs fois. Pour moi j'avais un truc digestif mais à cette époque je n'accordais pas grande importance à mon discernement vu qu'il était tout le temps remis en question, donc je me fiais à mon père. Or, pour lui, comme je n'avais pas de fièvre, je n'avais rien, pas question de m'emmener à l'hôpital.

J'ai donc passé 4 jours seul à la maison, en attendant que ça passe, mais j'étais assez angoissé. Le coup de ne rien avoir alors que mon ventre ne m'avait jamais fait aussi mal de ma vie, c'est pas rassurant du tout. J'aurais préféré qu'on me dise que j'allais être opéré, au moins j'aurais pu faire face à quelque chose.
Ça s'est arrêté un beau matin. Preuve selon mon père, qu'il avait eu raison de ne rien faire.

Trois jours plus tard, mon père a voulu manger au Mac Do. A l'époque c'était un peu notre rituel jusqu'à ce que ma mère l'engueule je ne sais plus pourquoi.
Dans la voiture, je me sentais bizarre. Agité. Pourtant il n'y avait aucune raison à ça. Je trouvais que je parlais plus vite que d'habitude... pour ne rien dire. J'avais l'impression de parler à un mur.
Arrivé au fast food, je me suis aperçu que je n'avais pas vraiment faim, j'avais comme envie de quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Comme si je respirais de l'air sans oxygène. D'ailleurs, je remarquais aussi que j'étais essoufflé. Mal à l'aise.
J'ai attendu que mon père finisse de manger et je lui ai expliqué que je me sentais vraiment bizarre.
Il m'a dit que c'était le stress. J'étais prêt à le croire sur ce coup. J'imaginais que le fait d'avoir été autant speed pendant plusieurs mois me rendait mal à l'aise au repos, mais pourquoi maintenant, ça j'en savais rien.
Je décidai donc de rentrer à la maison et de faire une sieste éspérant que mon corps comprenne qu'il fallait maintenant ralentir le rythme.

Arrivé à la maison, impossible de dormir. Et l'essoufflement devient encore plus désagréable allongé. C'est alors qu'arrive assez vite un mal de tête comme je n'ai jamais connu. Pulsatile. Qui me prend toute la tête. Mon père décide de prendre la tension: j'ai 11/6, mon coeur bat aux alentours des 70. Je n'ai donc rien selon lui. Pourtant je ressens quelque chose d'inhabituel. Je n'ai jamais ressenti cette sensation d'agitation et de malaise. J'ai le sentiment que ça ne va pas s'arrêter là, et j'ai raison. Le mal de tête progresse de plus en plus. Je commence à me sentir angoissé, puis vers 22h tout rentre dans l'ordre. Ouf! Je suis quand même un peu inquiet parce que je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé. Et vu ce qu'il s'est passé lorsque j'ai eu mal au ventre, je ne suis pas vraiment rassuré.

Je me couche et je m'aperçois que j'ai du mal à dormir, j'ai mal au cou. Lorsque je me réveille au milieu de la nuit, la première chose qui m'accueille dans la réalité sont des vertiges et je suis forcé de constater que je ne me sens pas comme d'habitude.

Le deuxième jour, lorsque je me réveille, je suis seul dans la maison. Il y a la femme de ménage. Je décide de jouer à un jeu sur mon ordinateur. Depuis le temps que j'attends ça: glandouiller. Mais voilà, je n'arrive pas à me concentrer. Je me sens toujours trop agité pour me détendre. Rester assis sur une chaise me paraît impossible. Je ne m'amuse pas du tout. C'est comme la veille. La femme de ménage ouvre la porte et me parle. Je me rends compte que j'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle dit. En fait, ça me donne même la nausée d'essayer. Pourtant je l'aime bien, mais là je ne sais pas quoi lui dire, je ne supporte plus de l'entendre parler. J'ai autant de mal à me concentrer sur ce qu'elle dit qu'à me concentrer sur mon jeu.

Je décide de me prendre un bon bain, généralement ça me change les idées. Peut-être que si je ne me focalise pas sur ce malaise, ça finira par passer mais c'est bien la première fois que je me sens si bizarre.

Je suis dans la baignoire, et rien ne s'arrange. Au contraire, je sens le mal de tête de la veille qui revient. Il est 11h. A chaque fois que je me lève, j'ai l'impression que ma tête va exploser. Pendant 2 secondes il ne se passe rien et d'un coup un battement tape sur le toit de mon crâne, le deuxième est pire et me prend autour des yeux, je l'entends claquer dans mes oreilles. Alors je dois corriger avec ma respiration pour encaisser le troisième. Lorsque j'inspire la douleur est momentanément plus supportable. Je fais l'erreur de tousser une fois, décharge infernale de douleur, vertige. Les changements de positions sont aussi à éviter. Tous mes muscles sont crispés pour ne pas que ma tête bouge. Je me réfugie dans le canapé du salon. Ce que je ne sais pas, c'est que je passerais la majorité des 10 jours suivants au même endroit.

Je regarde la télé. Le son me fatigue aussi. Entre midi et deux mon père rentre. Je lui explique mon problème. Il m'examine et me dit que je me fais des idées: je n'ai rien d'important, c'est le stress. Cette idée du stress qui fait exploser ma tête et contre lequel on ne peut rien faire commence à me perturber. Ca ne tient tellement pas debout que je ne sais pas quoi en penser.

Je me force à sortir, à voir un ami. Ça me permet de penser à autre chose même si le mal de tête est toujours là, la sensation de malaise indescriptible aussi. Quelques fois, j'ai des crises de bâillement qui me soulagent. Je n'ai jamais eu ça. Des bâillements très rapprochés les un des autres. Bizarre. Lorsque je rentre chez moi, j'ai tout à coup un malaise au volant, mon corps me donne l'impression d'être glacé, je rassemble toute mon énergie pour ne pas m'arrêter. Je ne sais pas ce qui m'arrive, j'ai l'impression que je disparais, que je deviens fou, je ne ressens plus rien. Je me réfugie dans mon lit. Mes parents dorment. Je n'ose pas les réveiller, je ne sais pas pourquoi.

Je passe une nuit difficile, un sommeil très superficiel avec beaucoup de réveils vertigineux J'angoisse surtout parce que je ne sais pas ce que j'ai, je n'y comprend rien. Le lendemain, au réveil, ça va mieux mais le mal de tête est cette fois-ci seulement diminué. Je le sens toujours.

Psychologiquement, je commence sérieusement à craquer. Je ne sais plus très bien ou en est ma vie. J'ai l'impression de vivre un cauchemar. On dirait que personne ne m'entend. Que petit à petit je m'éloigne de la réalité, ou que la réalité me rejette.

par WaXou publié dans : Souvenirs
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus