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Mardi 27 octobre 2009
Ça y est, je n'ai plus de meubles dans mon appartement, je siège sur un pouf au milieu de tas de poussière, devant mon ordinateur posé par terre. J'ai pensé qu'il fallait que j'écrive une dernière note dans cet appart.
J'ai dépassé ma plus grosse problématique du moment: gérer le garde meuble.
C'est le genre de problème qui me stresse beaucoup pour plusieurs raisons: mon père fournit l'argent tout en disant que vraiment ça le fait chier, moi je m'occupe du boulot administratif et de la négociation. Et moi aussi ça me fait chier parce que le problème c'est qu'en général, après recherche, coup de fils, arrangements, négociation et rendez-vous, monsieur papa n'est pas satisfait du résultat et me demande d'aller voir ailleurs. Donc j'y vais sans trop de conviction. C'est un peu l'histoire de ma vie ici.

Là en l'occurrence, il n'a pas voulu réserver pour que je puisse trouver d'autres entreprises moins chères. Sauf qu'au final c'était encore plus cher ailleurs, donc on est... je suis resté sur le même, sans réservation, et j'ai dû faire appel à un déménageur semi-professionnel (comprendre: qui travaille au black, sans assurance, sans garantie, et prend du liquide). Ce matin c'était donc le gros stress. Est-ce que le déménageur allait venir, être sérieux, est-ce qu'ils auraient un local suffisamment grand au garde meuble? Est-ce qu'il n'y aurait pas de frais imprévus? Est-ce que ma carte voudra bien retirer assez de sous pour tout payer (mon père remboursant après coup).
Le pire dans tout ça, c'est que si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais pris 10% de ces affaires, et j'aurais jeté tout le reste. Sauf que c'est presque aussi galère de tout poser à un garde meuble que de tout jeter. Et puis si je ne paie pas le garde meuble, au final, ils vendent eux même tout aux enchères...

Je me retrouve donc à galérer pour conserver des biens dont je ne me sens pas vraiment propriétaire et auxquels je ne tiens pas (ils ont été choisi pour la plupart par mes parents avec pour seul critère le prix et la légèreté, sauf mon canapé que j'ai eu pour un anniversaire et dont j'ai dû payer la moitié), avec mon père qui me met les bâtons dans les roues et me fait bien comprendre que je le fais chier. Si encore c'était la misère dans le foyer, je comprendrais, et je me serais sûrement débrouillé pour tout jeter tout seul, mais là ce n'est pas du tout le cas.
La situation est donc assez irréelle et la punition du garde meuble, la vente aux enchères, et la disparition de tout ces trucs devient presque un fantasme.
Voilà qui explique un peu pourquoi j'ai cette tendance au sabotage et que je me suis tant senti libéré lorsque j'ai redoublé. J'avais l'impression que ce n'était pas pour ma vie, pour moi, que je m'acharnais à avoir de bons résultats. Forcément, l'échec a été une libération, et la colère de mes parents révélatrice.
C'est juste fou de voir que ce schéma est transposable sur à peu près tous les éléments de ma vie à Marseille.

Heureusement, tout s'est bien passé, j'ai même eu une discussion assez inattendue avec le gérant du garde meuble à propos des coïncidences. Il m'a raconté qu'une fois il avait rêvé qu'il faisait des dérapages en moto en allant au travail, que le matin sa moto était tombée en panne, qu'il avait fait tout un tas d'efforts pour la réparer et qu'il avait effectivement dérapé en allant au travail, et avait fini à l'hosto avec une jambe et un bras cassés.
Alors je lui ai raconté mon histoire avec la Suisse. Que je n'arrivais pas à bosser le concours français malgré un certain acharnement, que j'étais allé, presque par hasard, en Suisse, et qu'en plus d'une bouffée d'air frais, j'y avais trouvé un poste bien plus stimulant et intéressant que si j'étais resté en France et qui ne tenait pas compte du concours. Qu'au final, si j'avais réussi mon concours, je n'aurais jamais trouvé cette alternative.
On a discuté un bon moment. Il m'a même proposé de repasser prendre le café quand je voulais.
Puis j'ai pris ma voiture et là je suis tombé sur une musique qui justement m'avait marqué lorsque j'ai fait mon premier voyage en Suisse, du fait que son refrain plaisait beaucoup à mes oreilles à un moment où le paysage plaisait beaucoup à mes yeux. J'avais même pris une vidéo. Alors j'ai écouté les paroles, et ça disait:
"What happens when you lose everything
you just start again
you start all over again
What happens when you lose some pressure
apply some pressure you lose some pressure
(...)"
La chanson s'appelle "Apply some pressure" de Maximo Park

Sauf inspiration particulière, je ne devrais pas souvent accéder à mon blog les jours prochains: je vais être chez mes parents et je préfère éviter de leur donner son adresse, même par hasard. La raison est simple: si ce que je pense les intéresse et qu'ils sont capables de lire plus d'un article en entier, c'est que je me suis pas mal gouré sur leur compte et du coup, je préférerais ne pas leur faire de mal. Et si les choses se passent comme d'habitude, ils ne chercheront dedans que de quoi alimenter des conflits, des raisons de me faire la gueule ou autre joyeusetés... et ils risquent d'être servi.
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Mercredi 21 octobre 2009
Je n'ai pas trop le temps de tenir mon blog à jour en ce moment, mais s'il y a bien un article qui s'impose à moi ce soir, c'est un article qui parle de ce que j'ai aimé à Marseille. Article forcément réducteur, mais dont j'aime bien l'idée car il va me forcer à me replonger dans ces dernières années avec le regard de celui qui s'en va.

Alors voici la première "chose" que je vais regretter:

C'est d'aller chez le coiffeur. Car même si je n'y vais pas souvent, j'y ai ma coiffeuse attitrée. Enfin, c'était juste ça, mais je crois que ma dernière coupe va me rester un bout de temps en tête.
Elle s'appelle Caro.
Caro. est encore plus attirante que les filles que les grandes chaînes françaises mettent devant l'écran pour donner envie aux mecs d'appeler des numéros surtaxés. Elle est métisse. Asiatique, c'est certain. Ensuite, je ne saurais dire. Elle doit mesurer entre 1m75 et 1m80. Elle a des pommettes saillantes, un sourire lumineux, et on pourrait la confondre avec une top model si d'un autre coté, elle ne dégageait pas un truc authentique, profond et vrai qui fait qu'on n'a pas une seconde l'impression d'être avec une poupée en sa présence.
Caro, finalement, ça a été ma psy de quartier. Moi qui ai trop facilement tendance à me décaler avec la société, du monde des apparences, lorsque je sentais que j'allais trop loin, il suffisait que j'aille la voir.
Au début, il a fallu quelques coïncidences pour que j'ose dire ensuite que c'était pour elle que je venais. Quel que soit son état d'épuisement, même les fois où sans l'avoir voulu je la faisais sortir plus tard que prévu, elle m'accueillait avec le même sourire. En me demandant: "alors, comment vont vos patients?", ce qui, avant que j'aie véritablement des patients attitrés me gênait beaucoup.

Pourtant, elle avait l'habitude de coiffer des étudiants en médecine, mais je ne sais pas pourquoi, moi, elle m'a tout de suite pris au sérieux. On se vouvoyait. C'était sérieux, et en même temps, on savait tous deux que c'était un jeu.
Une fois, j'en avais parlé à un mec de ma promo, l'un des plus gros coureurs de jupons. Il m'a dit "Quoi? Caro? La métisse? Elle t'as dit qu'elle venait au gala et qu'elle aimerait t'y voir??? Mais moi elle ne ma rien dit!!! T'as vu comme c'est un canon cette fille? J'ai jamais vu ça"
A chaque fois que je passais dans le quartier, Caro. me saluait même si elle était entrain de couper quelqu'un d'autre. C'était en effet une magnifique créature, mais sérieusement, je n'en aurais pas eu grand chose à faire si à coté de ça, je n'avais pas ressenti chez elle une force, une ouverture inhabituelle.
Elle était la seule personne que je fréquentais capable de me remettre en accord avec le monde du paraître à coup sûr. J'arrivais avec le cheveu sauvage, coiffé n'importe comment. Elle m'offrait un café, et nous discutions d'une chose et l'autre, pendant qu'elle rendait ma coupe "in". Je la remerciai ensuite, un peu complice. Et c'est cette complicité là qui m'a toujours surpris, car même si j'ai eu de bons contacts avec mes précédentes coiffeuses, je n'ai jamais eu l'occasion d'être moi même avec les autres. J'ai toujours été un beautiful people déchu. Je n'ai jamais pensé que si elle me comprenait, c'est peut-être qu'elle n'avait pas toujours fait parti de ce monde.
Ce n'est qu'il y a une semaine qu'elle s'est dévoilée. Je suis allé la voir pour mes entretiens en Suisse. J'avais clairement besoin d'elle, mes cheveux commençaient à tomber sous mes épaules et ça faisait bien 6 ou 7 mois que je ne l'avais pas vue. Comme d'habitude, je regardais comment elle s'y prenait pour me couper les cheveux, puis elle m'a demandé "Vous semblez surveiller chacun de mes gestes, vous avez peur?", et j'ai répondu, pour retourner la situation: "Je préférerais regarder la coiffeuse, mais j'imagine que c'est ce que tous les mecs doivent faire alors je vous donne un peu de répit". Elle a rougi, m'a remercié.
Elle m'a demandé "Vous croyez que je plais tant que ça?". Cela sautait au yeux, alors j'ai rigolé. Comme si elle n'était pas au courant...
Elle a encore eu l'air gêné, alors je lui ai demandé si je me trompais mais j'avais touché juste. Elle m'a expliqué qu'en gros, 3 mecs sur 4 lui filent une carte avec leur numéro dessus en sortant. "L'espoir fait vivre" me dit elle en riant.
Cependant, je sentais qu'il n'y avait aucun mépris dans son rire, contrairement à ce que cette expression pourrait évoquer. Je lui ai dit que ça m'étonnait qu'elle ne soit pas plus blasée de tout ça. Alors elle m'a parlé de son passé.
Elle n'a pas vécu avant l'âge de 20 ans. Elle en a 23.
Elle était épileptique au point que la scolarisation était hors de question pour elle. Vers 16 ans, elle a voulu tenter une opération de la dernière chance. A crâne ouvert, pour se débarrasser de ce mal. Le chirurgien n'avait fait aucune promesse.
Elle en est sortie tétraplégique. Sur un fauteuil roulant, sans pouvoir même aller seule aux toilettes, à aller de psy en psy pour entendre les mêmes conneries comme quoi il ne fallait pas déprimer. Et à force de rééducation, de volonté, de rage, elle a fini par remarcher et petit à petit, elle a totalement récupéré. C'est la raison pour laquelle elle a aujourd'hui tant d'énergie, et si peu de temps pour se prendre la tête. Elle veut rattraper le temps perdu. Elle a toujours une âme d'enfant, un esprit d'une maturité surprenante, mais sans aucune trace de névrose. Il n'y a qu'ouverture et énergie chez elle.
Lorsqu'elle m'a raconté ça, je n'ai pas quoi su dire d'autre que "Merci de m'avoir raconté ça. C'est pour des histoires comme ça que je crois en mon métier!". Et elle, pourtant si bavarde n'avait plus rien à dire. Elle souriait et dansait subtilement tout en me coiffant. De mon coté, je n'avais plus l'impression de devoir choisir entre la regarder elle et la coupe qu'elle me faisait. J'avais l'impression de tout voir d'en haut et c'était beau: il s'était créé comme une bulle silencieuse entre elle et moi au milieu de ce salon de coiffure brillant et bruyant. Les autres coiffeuses continuaient de parler de la pluie et du beau temps, à coté. Un client en attente lui reluquait les fesses depuis le début, mais nous étions tous les deux ailleurs.

Puis après ce silence magique, elle m'a dit qu'elle s'était portée bénévole pour passer dans les hôpitaux pour coiffer les enfants gravement malades. Qu'elle aimait ça mais qu'elle avait abandonné parce que c'était trop dur pour elle, qu'elle n'était pas forte parce qu'elle était trop sensible. Alors je lui ai dit que la vraie force, ce n'est pas d'être insensible, mais de réussir à garder sa sensibilité, et de faire face. Parce que selon moi, lorsqu'on manque de sensibilité, on ne peut pas véritablement soigner. Elle a eu l'air surprise. Elle m'a dit:"On sent que c'est le futur psy qui parle là". Je lui ai répondu que c'était en effet quelque chose qui me tenait à coeur. On m'a tellement dit qu'il fallait se détacher des patients comme si c'était une force, mais rien ne m'a jamais donné autant de force que les émotions que j'ai pu ressentir lorsque je me suis ouvert à d'autres. Et j'en avais la preuve à l'instant même.

Il n'y avait pas grand chose à ajouter. Je ne pouvais que lui sourire. On aurait dit qu'elle venait de me faire l'un des plus beaux cadeaux d'adieu.
Un lien profond, une complicité, un sourire et des échanges de regards sincères. Elle ne semblait même pas gênée de m'avoir confié cela mais elle avait l'air autant surprise que moi par la vague qui venait de nous emporter hors du monde des autres, pendant ces quelques minutes.
 
J'avais tellement l'impression que c'était mon intérieur qui était le plus façonné par sa présence que je ne pensais plus à ma coiffure depuis longtemps. Puis elle m'a sorti un miroir pour me montrer ce qu'elle avait fait. C'était ce que je voulais mais j'avais bien du mal à y accorder de l'importance.
Lorsque j'ai payé, je suis sorti directement, puis je me suis aperçu que j'avais oublié ma veste. J'ai fait marche arrière, elle m'a demandé ce que je voulais. Je lui ai rappelé qu'elle avait pris ma veste lorsque j'étais entré et elle m'a dit que c'était dans l'espoir que je revienne la chercher le lendemain.
J'ai rigolé, mais à l'intérieur, j'étais entrain de me dire que c'était sans doute la marseillaise qui allait me manquer le plus.
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Lundi 19 octobre 2009
J'ai récemment compris que si j'avais passé autant de temps et perdu autant d'énergie à lutter contre moi même pendant la majeure partie de mon adolescence, c'était grâce à la capacité de ma mère à faire comme si tout allait toujours parfaitement bien pour moi, de façon, ensuite, à pouvoir jouer la surprise et me reprocher échec, ou toute conséquence de faiblesse, de lassitude, d'épuisement, d'angoisse et plus généralement de mal être.

Je me souviens clairement d'une anecdote à ce propos, qui illustre bien comment elle réussissait à me persuader que mes angoisses n'étaient pas justifiées jusqu'à me faire faire des choses complètement stupides, dont je me reprochais l'échec, ce qui me conduisait après un traumatisme à la paralysie et l'auto-exclusion. Tellement qu'aujourd'hui, je passe parfois directement à case auto exclusion avant d'avoir tenté quoi que ce soit.

A 13 ans, je suis parti au ski pour la première fois depuis environ 10 ans. Je ne savais rien faire: ni freiner, ni virer, et encore moins déraper. Néanmoins, ma mère m'a dit qu'en haut des pistes je retrouverai mes sensations d'il y a 10 ans tout seul, qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter: j'aurais très bien su skier lorsque j'avais 4 ans.
Je me disais que vu que je n'en avais aucun souvenir et vu comme j'étais crispé, la moindre petite pente me posant tout de suite un problème critique pour m'arrêter (pas évident avec les bâtons), me jeter en haut d'une piste sans personne pour me guider ou me conseiller me paraissait stupide.
J'ai donc un peu insisté, honteusement, vu que ma mère et mon père semblaient étonnés, voire irrités par mon manque de confiance.
L'irritation l'a emporté et la honte aussi.

J'ai donc pris le tire-fesses derrière eux, je m'y suis ramassé deux fois en plein milieu. Je me suis donc fait copieusement engueuler par les skieurs qui étaient derrière moi, qui tentèrent, sans succès de ne pas me donner de coups de ski. Je me souviens plus particulièrement d'une petite fille qui devait avoir dans les 6 ans, qui m'a évité de justesse en déclarant non sans un certain dédain "Eh ben c'est pas gagné!"
Arrivé en haut, je me suis dit que puisque j'y étais, autant ne pas laisser l'angoisse m'empêcher de retrouver mes sensations manifestement enfouies.

Alors je me suis lancé, et effectivement, déjà que j'avais du mal à tourner à petite vitesse, à grande vitesse, toute tentative me faisait perdre l'équilibre alors que ma vitesse augmentait très vite. J'ai tenté de freiner, j'avais cru comprendre qu'il fallait croiser les skis. Cela n'a eu aucun effet à part celui de me faire à nouveau perdre l'équilibre. Puis j'ai vu que j'arrivais droit sur un gamin qui me tournait le dos, je l'ai dangereusement frôlé avant de l'entendre hurler. Puis j'ai réalisé que j'arrivais sur une file d'attente pour un télésiège et qu'il n'y avait plus qu'une seule solution si je ne voulais pas risquer de tuer un gamin: m'étaler par terre.
Une dernière tentative de chasse neige, plus agressive, m'a fait perdre un ski et je me suis vautré de la manière la plus anarchique qui soit, en me faisant mal, mais moins que je l'aurais imaginé, à quelques mètres de la file d'attente où un monsieur très compréhensif, qui devait avoir observé ma descente, m'a insulté.

Mes parents sont arrivés souriants. Il fallait juste que je recommence jusqu'à ce que "ça revienne". Il n'était pas question que je refasse la même connerie. J'ai refusé, ils n'ont pas compris, m'ont reproché de leur gâcher leur journée, alors j'ai fait la gueule et quelques heures plus tard, ils m'avaient trouvé un moniteur qui allait me donner deux heures de cours, ce qui me suffirait largement pour retrouver une certaine maîtrise.


Ce qui me marque le plus, dans ce souvenir, c'est la capacité de mes parents à me persuader que je suis tout puissant, que je peux faire ce que je veux, expérience ou pas, surtout lorsqu'il s'agit de les satisfaire. Que mes craintes ou angoisses n'ont aucun sens, si ce n'est que ça fait de moi un froussard. Et quand bien même elles se voient vérifiées, ce n'est pas parce que finalement ma crainte était justifiée, mais parce que je n'y mets, en gros, pas assez de coeur.
Grâce à cette technique de la toute puissance, s'il m'arrive malheur, vu que je peux faire, en théorie, ce que je veux, c'est forcément une question de mauvaise volonté ou de mauvaise foi.

Et c'est comme ça qu'encore 10 ans plus tard, malgré une phobie sociale agrémentée de plusieurs séries d'attaques de panique par jour, spasmophile, dépendant au cannabis, après avoir foutu toutes mes relations sentimentales en l'air alors que je ne sortais plus de chez moi et que toute ma vie n'était que mal être, mes parents, au courant de mes résultats en chute libre ont décidé d'ignorer mes alertes comme quoi je me sentais vraiment très mal ces derniers temps. Ils ont préféré restreindre mon budget bouffe. Ma mère a décidé de ne plus me donner d'argent pour les vêtements et de ne plus repasser ce qu'elle lavait alors que je n'avais pas de matériel pour repasser. Comme si mon malheur ne pouvait être dû qu'à un excès de confort, de bien être.
J'ai donc passé plusieurs mois à me forcer à réviser mais je me sentais tellement mal que je ne dormais plus vraiment. Lorsque je me réveillais, et que je voyais mon tas de vêtements froissés, il me venait une colère du fond du coeur que je n'arrivais pas à comprendre. Je me disais "Mon Dieu, ils ont raison, je m'énerve pour une histoire de vêtements pas repassés et quelques sous... il faut vraiment que je me calme et que je travaille!" et je partais pour une journée de lutte contre mes émotions.
En fait, je ne m'énervais pas pour une simple histoire de vêtements pas repassés. C'était un tout. Ma vie était un enfer, j'en souffrais énormément. Je dépensais tous mes sous en cannabis, en alcool, et en frais de confort pour mon appartement (abonnement canal sat...) parce que ça m'aidait à tenir le coup, mais j'aurais préféré 1000 fois ne pas être phobique social, aller en cours et sortir avec des amis pendant mon temps libre, avoir l'esprit assez tranquille pour lire, ou écrire, et avoir assez envie de vivre pour travailler mes cours, pour découvrir des choses, avoir de l'entrain et ne pas être obligé de m'enfermer chez moi pour m'enfumer devant la télé nuit et jour.

Cet enfer là, qui était pourtant l'essentiel de ma vie, l'explication de la quasie totalité de mes comportements, a été totalement nié par mes parents, comme s'il était issu de mon imagination, comme si c'était un délire. Et comme au ski, je leur ai fait confiance. Je me suis en effet trouvé bien difficile de mal prendre ma restriction de budget, du coup, je m'en suis voulu de ne pas réussir à travailler et de ne pas foncer tout droit sur la piste pour la nième fois même si je ne faisais que me vautrer, et j'ai recommencé. Et tout comme au ski, j'aurais eu besoin d'une personne d'expérience qui aurait pu m'aider vis à vis de mes difficultés à skier sur les pistes chaotiques de ma vie, mais j'ai mis beaucoup de temps à me rendre compte que je n'étais pas responsable de tout.
Autrement dit, à savoir refuser le
rôle de toute puissance.

[Edit: je remarque que j'ai surtout pointé ma mère du doigt dans cet article, mais je me demande encore qui de mon père (comme pour l'épisode de mon mal de tête) ou de ma mère a le plus abusé de ce genre de situation, me persuadant que tout va pour le mieux alors que tout en moi criait "Au secours! A l'aide!"]
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Vendredi 2 octobre 2009
Ces derniers jours, à environ 3 jours de mon choix des postes, qui allait enfin me dire si je pouvais faire mon stage d'interne en psychiatrie, j'ai appris une très bonne nouvelle pour moi.
J'ai appris par hasard que mon diplôme de fin de deuxième cycle des études médicales, que j'aurais, quoi que je fasse, le 2 Novembre, était équivalent au diplôme de médecin en Suisse, que si je voulais, je pouvais postuler pour une place de médecin assistant en psychiatrie là bas, et surtout qu'il il y a un bon nombre de postes ouverts à cause d'une pénurie de ce type de "médecins assistants".
J'ai pu entrer en contact avec un étudiant qui s'est expatrié dans les mêmes conditions à la différence qu'il ne bénéficiait pas à l'époque d'une loi d'équivalence aussi claire que moi aujourd'hui, et il m'a expliqué que c'était très simple, moins éprouvant, largement mieux payé, plus agréable et plus intéressant que de faire son internat en France et qu'il espérait que cette "astuce" soit davantage connue pour que le système français soit forcé d'évoluer.

Le système français me préoccupant actuellement moins que ma propre personne, j'ai passé 3 jours à décortiquer tous les textes possibles -et il y en a-, ayant très peur de me faire une fausse joie. Alors j'ai capté qu'il avait raison: en gros, en Suisse, l'étudiant en médecine arrivé à mon stade n'est pas une sorte d'esclave au service de l'assistance publique, qui doit se prostituer tous les jours en espérant qu'on ne va pas le déshumaniser encore davantage. Les chefs peuvent demander tout ce qu'ils veulent à l'interne français puisque ce n'est qu'un stagiaire qui est en gros, obligé de passer par là s'il veut être respecté, toucher un vrai salaire et faire ce qu'il veut de sa vie. Et lorsqu'on en est à 7ème année d'étude, lorsqu'un abandon signifie un retour à BAC+0, on n'a plus vraiment le choix.
Ce sont 4 ou 5 années ou tous les abus sont permis. C'est pour cela que les suicides ne sont pas rares, et la dépression, une sorte de trait de personnalité commun à tous les internes, qui compensent comme ils le peuvent. A force on fnit par s'y faire, vu qu'on n'a rien pour comparer.

J'ai cherché des annonces en Suisse et j'en ai très vite trouvé. J'en ai pris une dans le tas qui me semblait pas mal, j'ai écrit un petit mail en précisant bien que j'étais français et quel était mon diplôme. En 30 minutes, je recevais une réponse plutôt motivante, très accueillante et respectueuse d'un potentiel chef d'unité qui m'a donné un rendez-vous pour en entretien et une présentation du service, de mes fonctions pour que je puisse voir si "je me sens" de le faire ou pas.
Aucun chef, en France, ne m'a jamais donné un rendez-vous, ne m'a jamais laissé le choix, ne m'a jamais vouvoyé, ni même présenté le service.
En général, on débarque, on attend 2h, puis on se fait engueuler parce qu'on n'a pas attendu au bon endroit. Ensuite on nous dit que ça va être dur, qu'on n'a pas intérêt à ne pas être enthousiastes, que soit on est content, soit on est des pauvres loosers dont la parole ne vaut rien, puis on nous lâche, sans nous dire ce qu'on doit faire, et il faudra environ 1 mois pour qu'engueulade après engueulade, on comprenne ce qu'on attend de nous.

Alors j'ai postulé dans d'autres endroits toujours en Suisse, dont certains qui me disent vraiment bien. Et rebelotte: réponse rapide, claire, précise, chaleureuse, souple, constructive... il y a une caméra, c'est ça hein? Je suis filmé, toute la France est entrain de se foutre de ma gueule là?

Et alors, le plus curieux, dans cette histoire, c'est la réaction de mes proches.
Il y a ceux qui font confiance à mon jugement, qui me soutiennent, qui savent que je suis assez crispé voire paralysé comme ça et qui savent bien que je ne vais pas me barrer en Suisse sans être certain de mon coup. Il y a ceux qui ne savent rien de tout ça, mais qui me font confiance quand même, ce qui est à la fois troublant et heureux. Il y a ceux qui sont neutres, qui estiment qu'ils n'ont pas assez d'infos pour me donner leur avis mais qui ne me freinent pas pour autant. Puis il y a ceux qui font tout leur possible pour me faire peur, pour me persuader que je fais une connerie, sans même me demander en quoi consiste mon plan, si je me suis informé, du fonctionnement des études de médecine helvétiques, alors que pour certains d'entre eux, l'idée pourrait leur être plus que bénéfique.
C'est étrange, d'ailleurs de voir quels proches forment ce dernier groupe et n'en démordent pas.
Ceux qui rappelent quotidiennement, sans aucun argument à la clé, avec un ton grave et une voix monotone, très sûre d'elle, impassible, que je fais une connerie, qu'il s'agit de mon avenir, et que je dois "bien choisir", sous entendu ne pas faire un truc osé mais suivre le chemin tout tracé que les autres ont défini pour moi.
Parce que faut les comprendre: eux s'efforcent de le suivre depuis des années, ce chemin là, qui n'est même pas le leur, et ils ne sont pas le moins de monde heureux. Ils en ont conclu que la vie c'est de la merde et ils font avec.
Alors si moi j'arrive à être heureux, par hasard, alors que je suis sorti de ce chemin parce que j'ai osé croire qu'en bougeant, les choses pourraient changer... c'est quand même pas cool pour eux.
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Samedi 19 septembre 2009
J'avais rencontré Jennifer dans le bus qui nous emmenait en Angleterre, en cinquième. Elle était grande, châtain clair, les cheveux épais, le teint pâle avec des formes particulièrement développées pour son âge. De grands yeux marrons, de jolies joues fraîches. Elle était très jolie.
Elle s'était intéressée à moi mais je n'avais pas encore eu l'occasion de faire attention à elle. Tout ce dont je me souviens, c'est que je me suis retrouvé à coté d'elle, que c'était une époque où mes hormones me travaillaient et ou j'aimais raconter des histoires fictives pour plonger dedans avec mon interlocuteur. Si je m'étais forcé à parler de ce qui me tenait à coeur à l'époque, j'aurais parlé de l'unité avec la nature que j'avais ressentie au Sénégal, de mon rêve de vivre là bas avec mon âme soeur, du plaisir que j'avais éprouvé à me baigner dans une mer à 30 degrés au nouvel an pendant que mes parents buvaient et chantaient avec d'autres adultes. De ces discussions, la nuit, avec des amis, allongés sur le ventre, dans le sable, là ou les vagues viennent mourir. Si j'avais dû parler du présent, je n'aurais pu parler que de jeux video, de ma mère qui était infernale avec moi, ou de ces pensées à propos de la dualité de l'homme, de son "coté âme", et son "coté corps" qui contrastaient avec l'horrible mal de bide que le stress me donnait tous les matins.
Cela n'intéressait personne de mon âge, je m'en étais bien vite rendu compte. Alors c'était plus rigolo de chercher à m'inventer des histoires extraordinaires mais plus simples et terre à terre.
Avec Jennifer, il a tout de suite été question de sexe. Sans doute qu'elle pensait que c'était ce qui m'intéresserait et qu'elle aussi voulait faire comme moi, seulement à l'époque, je ne m'en serais jamais douté.
On en a parlé sans gêne. Je n'avais encore jamais embrassé de fille avec la langue et j'avais trois poils qui se battaient en duel. S'il avait fallu que je respecte les normes, j'aurais dû être gêné, lui proposer de faire des cochonneries, ou tourner autour du pot, seulement ça, je ne savais pas faire. Alors j'ai décidé de me libérer de ces obligations en jouant le rôle du mec déjà bien expérimenté, qui l'a déjà fait plusieurs fois, qui aime ça et qui ne voit pas où est le problème.
Le résultat a été surprenant. Comme deux enfants qui jouent ensemble. Qui paradoxalement se découvrent en se couvrant de vêtements trop grands pour eux sortis des tiroirs de papa et maman, nous avons parlé pendant des heures comme si le sexe n'avait aucun secret pour nous. C'est ce qui nous a permis de rigoler ensemble, de faire des entrechats verbaux, de sentir notre présence mutuelle et de découvrir que malgré ce jeu de rôle grotesque, nous étions sur des longueurs d'ondes très proches.

Un Samedi, alors que j'étais en classe "d'étude", autrement dit, temps libre collé à une table, surveillé par un vieux pion très rodé, j'ai remarqué qu'à chaque fois que je me retournais, elle me regardait. L'effet que ça avait sur moi était très curieux. Tout à coup, c'était comme si j'existais plus intensément. Comme si tout ce que je voyais, mon monde et mon rôle en son sein prenaient de l'importance.
J'ai mis beaucoup de temps à imaginer que je pouvais lui plaire vraiment. Je croyais qu'elle voulait toujours jouer avec moi. Après la fille qui s'y connaît en sexe: la fille qui tombe amoureuse de T.
Elle était soit disant déjà "sortie" (je n'ai toujours que partiellement compris ce que ce terme voulait véritablement dire) avec mon ami le plus proche de l'époque. Ainsi, lorsqu'arrivé au bus elle m'a retenu par la poignée de mon cartable et qu'elle m'a donné un papier parfaitement plié en 4, j'ai cru que c'était un message d'ordre purement fonctionnel qui était adressé à ce dernier, et je lui ai dit "Ah, euh... merci je lui filerai!" mais elle a déguerpi si vite que je n'ai pas même pu voir ses yeux.
Je n'ai pas ouvert le papier pendant le trajet, pensant que ça ne me concernait pas, et que découvrir la vie sentimentale de ces deux là allait me complexer. Ce n'est qu'arrivé chez moi ou je me suis soudain rendu compte que je ne voyais, en fait, pas du tout ce que je devais faire de ce papier. Je l'ai ouvert, et j'ai lu, relu, et rerelu cette toute petite phrase écrite au stylo bille bleu sur ce morceau de feuille soigneusement déchiré et froissé d'avoir été trop longtemps enfermé dans une main moite d'émotion: "Je t'aime".
Moi? Elle m'aime moi? Mais elle ne sait pas qui je suis. Elle ne me connaît pas. Comment c'est possible? Elle doit forcément se tromper... mais pourquoi est-ce si important pour moi? Je ne suis pourtant pas amoureux d'elle?
Je me souviens avoir pourtant observé la moindre courbure de chaque lettre tant ce papier et ces mots semblaient avoir, au vu de cette éspèce d'énergie bouillonnante que je ressentais au fond de moi, un pouvoir magique extraordinaire que je n'arrivais pas à saisir. Je me demandais quelle force avait pu lui faire écrire ça et la lier à moi tout autant que ce qu'il m'arrivait.
Vraiment, je suis resté perplexe. Que faire? Lui parler? Pour lui dire quoi?
Et ainsi, lorsque je suis retourné au collège, elle ne manquait pas une occasion de passer devant moi à chaque récréation, bien que nos cours de récréation étaient séparées puisqu'elle était une classe au dessus de moi. C'est comme ça qu'elle a fini par me donner un nouveau mot: "Si tu veux sortir avec moi, viens à la kermesse Samedi, je viendrais avec mes parents à 14h et on pourra se retrouver."
A chaque fois que je la voyais, je ne pouvais plus la lâcher du regard. Toutes mes pensées tournaient autour d'elle dès que j'avais un moment de libre. Pourquoi elle? Pourquoi moi? Que veut-elle de moi? Qu'attend t-elle? Pourquoi ne me parle t-elle pas? Est-ce qu'elle ne va pas à coup sûr réaliser, si j'y vais, qu'en fait il n'y a rien à aimer chez moi? Je n'arrivais décidément pas à considérer que tout cela n'était pas un malentendu. Le fait d'avoir autant parlé d'une sexualité que je ne connaissais pas avec elle ne me dérangeait pas tant que ça: j'avais déjà été amoureux plusieurs fois, et je savais que ce n'était pas une question de sexe ni même d'expérience...

J'étais tellement perdu dans mes pensées que ce n'est que la veille que j'ai pensé à demander à mes parents de m'amener à la kermesse, la peur au ventre. Ils m'ont dit non sans autre forme de procès. Ils n'avaient pas le temps ni la tête à ça. Et je me souviens que ça m'avait arrangé, parce que si j'étais venu, je ne vois pas comment j'aurais pu faire pour qu'on se voit, elle et moi. Je pensais que si mes parents m'avaient accompagné, ils m'en auraient voulu de les laisser seuls. J'avais l'impression d'avoir l'obligation de les distraire. Déjà que pour moi c'était surréaliste d'avoir une vie indépendante de celle de mes parents, le fait d'oser la vivre devant eux me paraissait tout bonnement aberrant, et même violent. Lorsque la simple idée de vivre est perçue comme une trahison, le moindre obstacle est impossible à surmonter.

A la rentrée, après la kermesse, une copine à elle est venue me voir et m'a dit: "Jennifer m'a dit de te dire que tu n'étais qu'un sale puceau"
J'ai senti mon coeur se déchirer et j'ai répondu "cool".
Par WaXou - Publié dans : Souvenirs
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Dimanche 13 septembre 2009
Alors moi où j'en suis avec tout ça?

En fait je n'ai pas beaucoup avancé, mais je le vis mieux.
Je ne sais toujours pas ce que je ferais l'année prochaine. Chaque jour, ça change. Il y a une semaine, j'avais abandonné l'éventualité psy. Je pensais à faire santé publique pour respirer. Si j'étais au top de ma forme, j'aurais fait médecine générale mais là j'ai trop enchaîné. Le papillon a besoin de se poser. Déjà que ça vit pas longtemps ces bêtes là!
J'ai pris des vacances, des vraies, cette fois. Et j'ai découvert que lorsque je me laissais un peu libre, il se passait des trucs biens dans ma vie, des trucs vrais dont je peux profiter tout de suite dans l'instant, sans beaucoup d'effort, et qui me restent. C'est encore possible!
Ces vacances sont impossibles à raconter, mais encore une fois, être confronté à l'échec m'a permis une ouverture salutaire.
Et puis j'ai repris. Dans un état d'esprit très borderline. Rien à perdre. Rien à gagner. J'ai appris que pendant mon absence dans le service, l'ambiance avait dégénéré (je devais servir de tampon ou un truc du genre). Et comme les absents ont toujours tort, mes internes avaient imaginé, puisqu'il fallait bien se défouler sur quelqu'un, que j'avais pris des jours de congés sans les poser officiellement. C'était faux mais j'espérais pouvoir poser un ou deux jours de plus pour me reposer physiquement. J'avais pour cela appelé mon coexterne de sixième année, nono, qui m'avait dit que ce serait possible, une semaine auparavant, et que je pourrais poser les congés rétrospectivement. Seulement arrivé la veille de ces congés encore officieux, nono m'a appelé en panique pour me dire que les internes craquaient complètement et qu'elles avaient fait en sorte que mon absence affecte directement le chef de service, le grand manitou. Elles espéraient créer une grosse pagaille et tout le monde sur place s'était couvert.
Il m'a expliqué que c'est cette histoire de conflit avec ana et sol qui avait été déformée, ressassée encore et encore, et qui justifiait un tel coup bas. Lui même était dépité.
J'ai donc dû revenir sans ce repos, dans une ambiance très malsaine, et faire comme si de rien était. Curieusement, tout le monde a été plutôt agréable et compréhensif avec moi. Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé, au final.
Ce qui m'a troublé, par contre, c'est que le premier jour, Léa, l'air très sévère, est venue me chercher alors que j'examinais une patiente avec Sol en me disant "Il y a un patient qui cherche à te joindre depuis 3 jours au téléphone, c'est urgent, il demande le Dr. Ch. alors vas-y".
J'ai eu très peur. J'imaginais déjà la grosse gaffe. L'oubli d'un médicament sur une ordonnance. Un mauvais dosage. Un procès. J'ai pris le téléphone, et une voix tremblante d'émotion m'a répondu: "Ah c'est vous, enfin, mon ami! Je cherchais à vous joindre depuis tant de temps, vous ne pouvez pas savoir combien vous m'avez manqué! Je n'oublierais jamais ce que vous avez fait pour moi! Je voulais m'excuser pour ne pas avoir donné de nouvelles!"
C'était une patiente âgée qui m'avait beaucoup touché, particulièrement connue et appréciée du service et dont j'avais même parlé sur le blog. Elle voulait juste m'entendre et m'inviter à passer la voir chez elle.
Le problème, c'est que si ma prise en charge était bonne, elle a fait une chute en essayant de marcher. Elle n'a pas pu avoir la kinésithérapie que je lui avais prescrite et avait peur de se lever depuis. Elle me disait que je comptais plus qu'un ami, que la famille. Je suis encore troublé par ce coup de fil lorsque j'y repense: elle avait l'air tellement heureuse de pouvoir me parler!
J'ai insisté pour qu'elle soit prise en charge par un kinésithérapeute auprès de son mari, c'est le mieux à faire, mais ce n'était pas vraiment ça qu'elle voulait, et son mari semblait lui aussi plutôt troublé par l'insistance de sa femme pour que je passe les voir. Je ferais mon possible pour y aller, mais les choses s'enchaînent tellement vite en ce moment. Elle voulait aussi à tout prix me faire parvenir un livre sur les premiers submersibles. Je ne sais pas pourquoi elle m'avait parlé de ça dès le premier jour d'hospitalisation mais j'ai appris par une curieuse coïncidence qu'un parent de mon oncle avait participé à cette épopée, or il était en effet mentionné dans ce livre.

Du coup j'ai compris pourquoi Léa semblait autant agacée. Elle qui ne me laisse pas même répondre au téléphone, elle a dûe être sonnée devant l'insistance de cette patiente. Sacrée madame Le B., j'espère qu'elle a vu un bon kiné qui la remettra sur pieds vite fait.

Le soir même, je récupérais à la simulation des postes de psy. D'abord Dijon. Puis Amiens. Puis plus Dijon mais Caen. Puis plus Caen mais Brest. C'est un vrai défilé. Ce soir, c'est Amiens et Antilles Guyanne. Je crois que ça ne sert plus à rien de faire des plans sur la comète. Je serai fixé le 29 Septembre.

Il fallait que je raconte tout ça, mais comme je le disais au début de cet article, ça n'a peut-être plus autant d'importance qu'avant. En ce moment, je rêve davantage. Mes cordes se retendent petit à petit. Je ne les mets plus en tension uniquement pour la relation médecin-malade et cela me donne de nouvelles perspectives.
Une nouvelle période de ma vie va commencer et je n'ai pas la moindre idée de quoi elle va avoir l'air.

Il y a aussi la mère de Thib. qui veut m'emmener avec son fils en Inde vers Janvier.
Faut que je fasse faire mon passeport!

Sinon, le sevrage continue tant bien que mal. Ma tolérance est redescendue, je n'ai plus consommé de pavots séchés ou équivalents depuis, mais je me substitue encore un peu au lamaline. Lorsque j'oublie d'en prendre un peu trop longtemps, la sanction est encore là: fatigue psychique: tout me saoule, pupilles dilatées, frissons, transpiration, impression d'être malade. Je pourrais probablement traverser le sevrage si je ne devais pas aller encore à l'hopital dans ce service.
 Nono, lassé lui aussi par ce travail d'esclave a tenu à organiser avec moi ce qu'il appelle le "coup du chapeau". Après cette semaine, nos stages seront officiellement et irréversiblement validés. Ils ne nous ont pas fait beaucoup de cadeaux, on leur en a déjà fait trop à mon goût.
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Mercredi 2 septembre 2009


Je me demande, si parmis ceux qui ont vu le film au cinéma, beaucoup de gens ont eu la même sensation vertigineuse d'ironie que moi au moment où l'on se délecte à voir les nazis se faire massacrer par centaines dans une salle de cinéma, dans laquelle eux même se plaisaient à voir l'un de leur soldat modèle massacrer l'ennemi par centaines. On est pas un peu... exactement à la place de ceux qu'on est content de voir se faire massacrer?

Je me demande si ceux qui applaudissaient applaudissaient pour le génie de Tarantino qui nous amène à relativiser sur les nazis en nous poussant à avoir le même comportement qu'eux sans qu'on s'en rende compte, ou si justement ils applaudissaient en tant que nazis qui s'ignorent, grisés par le massacre, par la vue du sang de ceux "qui ne méritent pas de vivre" selon leurs critères, et la victoire de nos héros à nous, tellement plus vertueux charismatiques que leur héros à eux.


Pourtant c'est pas la première fois que Tarantino amène à réfléchir à propos de la relativité du gentil et du méchant. Ses films transcendent souvent cette dichotomie avec une grande classe et c'est l'une des choses que j'adore dans son style. Cela met de l'authenticité à la fois dans l'oeuvre mais aussi dans chacun des personnages dont l'humanité atteint parfois une profondeur rare.
Par WaXou
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Mardi 1 septembre 2009
Il s'agit là d'un article très long où je pose à peu près toutes mes pensées vis à vis de ma situation actuelle, qui aurait été éclaté en plusieurs articles différents si j'avais eu plus de temps pour me poser les semaines précédentes, je vais donc masquer la quantité par un peu d'organisation.

I. Une barrière trop haute pour le mouton boiteux


Comme je le craignais, l'internat de psy me passe sous le nez. Forcément, lorsqu'on passe le plus clair de son deuxième cycle à régler ses comptes avec ses névroses et à mettre à l'épreuve ses capacités pratiques afin de pouvoir se prétendre un minimum apte à faire de la psy... ben on n'a pas psy.
Oui oui, je suis aigri. Je suis un mouton boiteux qui a beaucoup appris de sa boiterie, mais je ne vais pas avoir le droit de soigner les autres moutons boiteux comme moi, parce qu'il aurait fallu que je boite moins. J'aurais dû entretenir mon complexe d'infériorité plutôt que d'apprendre à m'accepter comme je suis.
Cependant, je ne regrette pas cette démarche. C'est juste que le timing aurait été meilleur si j'avais pu passer l'internat lorsque j'avais la gniaque de ma quatrième année. Là ou je voulais encore prouver au monde entier qu'un mouton boiteux peut rivaliser avec les autres et même mettre sa différence à profit. C'est tombé 2 ans trop tôt. Ce sont les 2 ans qui me séparent de ma promo "naturelle". L'année de deug contre ma volonté et le pétage de plombs en deuxième année. Le mouton rumine. Ça il sait bien le faire comme tous les autres par contre.

Maintenant, il serait temps que je réfléchisse sérieusement à mes alternatives. J'ai un peu plus de deux semaines pour me décider, et vraiment là, j'ai beaucoup de mal.

II. Les choix restants.


    1. Les spécialités

Premièrement: pas de redoublement. Une année de plus de dépendance financière vis à vis de mes parents, c'est ce qui me paraît le plus risqué pour ma santé mentale. Ils m'ont tellement culpabilisé avec le fric qu'ils dépensent pour moi qu'il faudrait que je me mette à les mépriser pour envisager positivement une telle option.
Ensuite, les spécialités. 2 possibilités, en considérant qu'il n'y aura aucun miracle qui me permettra d'avoir psy au dernier moment.

- Médecine générale:
Possibilité de faire tout de même psychiatrie au bout du compte. 3 ans d'internat, ça passe tout de même vite. On dit en général que je suis un bon clinicien lorsque je ne suis pas jugé par des dermatos hystériques dont les patients me supplient régulièrement de ne plus avoir affaire qu'à moi lorsque je suis amené à m'occuper d'eux par hasard (!), et lorsque je ne me sens pas responsable de leur mort parce que je n'ai pas osé dire "C'est pas une pneumopathie ça? Pourquoi vous le mettez pas sous antibios? Il va pas passer la nuit là!". Le rapport avec le patient est tout de même une chose qui me donne spontanément une partie de l'énergie nécessaire pour faire ce boulot.
Le problème, c'est que je suis assez sensible à l'épuisement et cet internat est une vraie corvée. Petit salaire, on approche parfois facilement les 70 heures par semaine. Sous effectif total. C'est pas vraiment la bonne période vu que la tendance est de manifestement laisser s'écrouler les structures publiques pour donner une plus grande place au privé sans que ça se voit. Si je pouvais être certain que ce ne serait pas un véritable enfer pour moi, je choisirais cette spécialité sans hésiter. Mais si ça me fait comme en dermato actuellement, sans thé au pavot, autant aller directement à l'HP.
Mais là, au moins, je peux continuer d'espérer mettre du coeur dans ma profession, et au fond, c'est peut-être la seule chose qui me donne envie de sortir de mon trou, de trouver une discipline et d'avoir mon mot à dire dans ce monde de fous, d'y exister.
Attache peut-être salutaire, mais potentiellement dramatique. Plutôt que de me tuer à exister de la manière la plus authentique possible aux yeux du monde, je ferais peut-être mieux de voir ce que ça donne lorsque je me contente d'exister juste pour moi. La phrase me paraît évidente. Et pourtant j'ai l'impression que j'ai bien du mal à l'intégrer.


- Santé publique:
  Alors ça c'est nouveau. L'interne de santé publique organise lui même son emploi du temps afin de s'occuper de ses projets. Il a des comptes à rendre à ses responsables mais on lui laisse carte blanche. Il fait de l'épidémiologie, des études, de la recherche. Par contre, au niveau scientifique, ça semble plus toucher aux maths qu'à la médecine. On est bien loin de ce qui me fait vibrer, mais d'un autre coté, ça laisse du temps libre pour vibrer à coté... ou pour repasser l'internat tout en restant indépendant. Soit je laisse tomber l'ambition professionnelle, je vis une vie pépère où je fais mon boulot correctement, et où je m'intéresse à la vie en free-lance à coté. Soit je retente de passer le concours en indépendant. Si je regarde les raisons pour lesquelles je n'ai pas bossé efficacement cette année, outre mes difficultés d'organisation, ce sont d'abord des raisons sentimentales, l'épuisement des stages, les cours obligatoires inutiles pour la plupart, et épuisants. Un redoublement déguisé. Et c'est peut-être un bon test. Est-ce que le fait d'être sorti de la dépendance parentale suffira à mon bonheur, ou du moins à ce que j'oeuvre pour? Et si oui, est-ce que cela me mènera à repasser l'internat pour avoir psy? Le risque, c'est juste que le fait d'avoir un boulot qui ne me tienne pas à coeur, dans une ambiance d'échec ne me donne pas envie de profiter de la vie, ni de bosser. Je ne me connais pas indépendant. Je ne sais pas si ça changera quelque chose.
Le problème, si je fais médecine générale, c'est que si je me rends compte que finalement, je n'ai naturellement pas l'énergie pour ça, ce sera trop tard.
Peut-être que c'est ça, l'ultime étape d'acceptation de ma boiterie, mais j'en reviens à la question que je me posais déjà ce soir là, je tourne en rond.
Curieusement, au début de mon blog, je parlais d'Aurélie, une interne que j'ai rencontrée en psy, adepte des soirées punk, qui était en fait interne de santé publique. Elle avait fait ce choix de semestre hors filière parce qu'elle aussi se demandait si elle devait s'impliquer avec son coeur -d'une fraîcheur rare- dans sa vie professionnelle ou si le rythme hospitalier allait la rendre dingue. C'était sa grande problématique. L'hosto ne lui laissait pas assez d'espace pour rayonner, ça l'étouffait, alors elle se mettait en retrait et passait pour une attardée tandis qu'elle avait une intelligence particulièrement fine et un très bon feeling.

Si seulement mon ex psy avait compris l'importance qu'avait pour moi la question que je venais lui poser, plutôt que de me répondre "travaillez comme vous pouvez et voyez où ça vous mène". C'est fait et ô surprise, je suis toujours dans la même impasse.

    2. Les villes
 
Maintenant, concernant les villes.
- Marseille, merci, au revoir.
- L'outre mer, La Réunion, c'est pas la peine, cette année, tout le monde veut se barrer de la métropole. Quoiqu' il reste la Guyanne, en médecine générale, il paraît que c'est fun mais super hardcore, j'aimerais avoir assez de confiance en moi et mes capacités d'adaptation pour envisager ce genre d'expérience, mais ce n'est pas ou plus le cas. Mon instabilité m'a tellement épuisé que maintenant que ça va un peu mieux, je trouve risqué de me lancer dans une telle aventure... d'un autre coté, je me demande parfois si je n'entretiens pas encore cette instabilité là en stérilisant ma vie... encore la même question dont j'aurais bien voulu discuter sérieusement avec un psychothérapeute mais j'ai bien peur qu'il ne soit trop tard.
C'est vrai, lorsque je faisais des consultations d'addictologie, j'étais souvent amené à dire aux patients qui avaient le même profil que moi que s'ils se lançaient dans des expériences de vie plus intenses, la pulsion toxicomane serait moins fascinante et cette perspective les stimulait beaucoup. Le principe de la "portance". A avoir trop peur d'aller vite, on décroche, on frôle le crash et on a encore plus peur d'aller vite.

- Tours
, par contre, je ne sais pas pourquoi, ça me tente. Bons vins, loyers presque deux fois moindres, peu de circulation, pas de pollution, bien plus de nature (!!!), avec un peu de chance des médecins moins stressés et moins arrogants? Il y a la proximité relative de Paris, de Londres... mais pas beaucoup de soleil et de mer. Je me rapproche plus de mon rêve du châtelain et de sa cuvée maison. Le choix de médecine générale où de santé publique paraissent tous deux vivables là bas.

- Ailleurs: Après, je ne connais pas assez bien la France pour savoir ou je peux trouver la meilleure qualité de vie.
Il faudrait que je fasse le choix potentiellement le plus important de ma vie en deux semaines. Bonjour l'angoisse.

III. Au milieu de ça, la vie sentimentale du mouton.

La semaine précédente de vacances a été plutôt catastrophique car M. avait décidé lors du conflit dont j'ai parlé dans mon article "Rien ne change, on se persuade juste du contraire?", selon ses explications, de passer par des moyens détournés pour créer un conflit prétexte pour une rupture qu'elle n'aurait pas eu à assumer, car le fait est que depuis qu'elle sort avec moi, elle "se la pète" (sic) et a envie de vivre "des expériences", ce que je peux tout à fait concevoir (sauf pour la partie "je me la pète"). Seulement comme elle en avait honte, c'était plus facile d'être imbuvable avec moi alors que j'étais épuisé, d'être atroce devant mon manque tellement révoltant de compréhension, de chaleur et de tolérance, pour qu'arrive l'inévitable rupture ou elle m'accusait de faire ce qu'elle était justement entrain de faire.
Difficile de lui en vouloir lorsqu'elle m'a avoué ça: troublante impulsion de remise en question!

Elle se demandait si elle ne faisait pas une connerie, mais ça semblait dépendre de moi et moi je ne sais plus grand chose: à chaque fois que j'ai de l'espoir, tout vole en éclat, et un très beau commentaire me l'a déjà rappelé: ça use, quoi que je fasse, quelle qu'en soit la raison profonde et peu importe de savoir à qui la faute, cette usure est, de mon coté, le problème principal. On a néanmoins passé la fin des vacances ensemble en allant chez des amis. Ça s'est très bien passé entre nous, elle a vécu des "expériences", alors le conflit a cessé.
Sauf qu'après 3 autres semaines de dermato, pendant qu'elle est en vacances 2 semaines sur 3, la veille de mes vacances, elle a recommencé à me prendre la tête. Curieusement je le sentais venir. Bien entendu, comme à chaque fois, ça n'a rien à voir avec les précédentes crises même si le schéma est toujours exactement le même. Sauf que là, je n'ai pas beaucoup lutté avant de perdre l'envie de me justifier, de jurer que mes intentions sont bonnes, de mériter la confiance, d'expliquer, de débrouiller, ou de comprendre. Dans cet état, je ne sais pas si ce que je fais ou dis est bien, juste, ou pas, mais au moins, j'arrête de créer de la frustration et du mal être de mon coté.

J'avais décidé de me sevrer du pavot car je venais de comprendre que cette addiction risquait de m'être funeste si je ne faisais rien. Je devais aussi me remettre de mon stage. Je ne savais pas de quoi le sevrage aurait l'air vu que j'avais déjà réduit les doses petit à petit et que c'était déjà dur. Elle était au courant. Pourtant, le vendredi soir, elle m'a pris la tête en essayant de me culpabiliser avec mes tendances toxicomanes. Pas vraiment le top pour aider une personne qui essaie de s'en sortir. Elle ne s'est qu'à moitié excusée. Le pire a été samedi et le dimanche ou là j'ai eu le syndrome de sevrage plein pot. Dimanche, M passait la soirée avec ses copines, prenait des nouvelles de temps en temps, et Pookie m'avait proposé de passer boire des bières chez lui. Je regrettais de ne pas être en état d'y aller.
Alors le dimanche soir, j'ai pris une petite dose d'un vieux reste de kratom et ça m'a soulagé juste assez pour que j'arrive -non sans un certain courage- à me traîner jusqu'à chez Pookie que je n'avais pas vu depuis un bail. J'ai voulu appeler M. sur le chemin, content de lui annoncer un retour de motivette, mais elle m'a jeté, non contente du fait que cette motivette là ne lui ai pas été réservée. Il ne manquait plus que ça. Je lui ai demandé de ne pas me lancer des pierres dès que je sors la tête de mon trou si elle veut vraiment que j'en sorte. J'ai encaissé un nombre incalculable de réponses du style "De toutes façons t'es toujours fatigué", "Ma vie avec toi c'est l'enfer, mais je veux continuer quand même", "Tout le monde est fatigué, il n'y a pas que toi mon ptit gars", "C'est toujours toi avant les autres", "Tu me donnes rien et moi je dois attendre", "Je fais des efforts démesurés pour toi et toi tu fais rien". Lorsqu'à bout j'ai fini par lui dire "Écoute, je ne me suis encore jamais mis en colère contre toi, s'il te plaît, ne me pousse pas à bout si tu ne veux pas voir ce que ça fait", elle a continué de me provoquer "J'aimerais bien voir ça" etc. Je lui ai raccroché au nez, elle rappelle: "Alors c'est comme ça que tu te mets en colère, tu raccroches?". Le souvenir de son texto qui m'accusait d'être dans les "gamineries", un fou rire nerveux.
Le même manège 3 fois de suite jusqu'à ce que je lui dise que mon erreur, c'est pas de raccrocher, mais de ne pas réussir à ne pas décrocher lorsqu'elle rappelle.
Le lendemain, lundi, toujours en plein sevrage à moitié substitué, je suis passé la voir pour discuter. La situation dans ma tête était claire: je suis bien avec elle si elle me laisse respirer, je ne peux pas construire de projet tant que je ne suis pas sevré. Soit elle veut bien trouver un compromis. Soit j'abandonne.
Je me suis donc encore pris une quantité de projectiles verbaux (dont un tout à fait matériel) pendant une demi heure, et là je lui ai dit "On arrête les frais". Elle m'a répondu "On arrête quoi? Il n'y a rien à arrêter". J'ai voulu partir, elle m'a retenu... pour encore m'accuser de tout sans accepter aucune discussion, en trouvant toujours dans chacune de mes réponses de quoi me blesser en retour. Pour la première fois dans notre relation, j'ai eu envie de faire comme elle et je n'ai pas aimé ça.
Alors j'ai dit "C'est bon, t'as plus de pierres à me balancer dessus?" Elle a répondu: "Non puisque c'étaient des pierres de couple". Et j'ai conclu "Alors c'est qu'il fallait vraiment que ça s'arrête." Je suis parti, après l'avoir prise dans mes bras, ce qui l'a faite pleurer.
Elle a regretté, moi aussi, on a gardé le contact...
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Lundi 24 août 2009
Je me souviens que lorsque j'étais petit, une fois, alors que ma mère m'avait emmené avec elle faire les courses, j'ai voulu qu'elle achète une canne à sucre, qui était exposée au rayon fruits exotiques. Je n'en avais jamais vu et je voulais étudier cette merveille. Un genre de bambou qui fait du sucre? J'étais fasciné.
Seulement ma mère avait sans doute bien d'autres préoccupations et elle a refusé. J'étais habitué aux refus. J'ai même mis bien des années à concevoir qu'on pouvait ne pas me répondre "non" lorsque je demandais quelque chose. Du reste, si mes souvenirs ne sont pas biaisés, ce qui me frustrait le plus, je crois, n'était pas de ne pas avoir l'objet, mais le refus systématique.
Forcément, dès que j'ai eu le pouvoir de décider de mes achats, je me suis vengé.
Or, il y a quelques mois, avec M., alors que nous faisions les courses, je suis tombé à nouveau sur l'étrange fruit-bâton interdit. Je n'avais plus ce souvenir en tête mais comme j'étais obnubilé, je me suis demandé si je n'allais pas l'acheter.
 Alors, M a tenté de m'en empêcher: "N'achètes pas ça, qu'est-ce que tu vas en faire? Tu sais même pas comment ça se prépare"
Il n'en fallait pas moins pour me provoquer un flashback et rendre l'achat tout à fait vital.

J'ai acheté un paquet de provisions ce jour là. Vin, viandes, sauces, sucreries... mais lorsque je voyais cette canne à sucre dans les sacs rien n'y faisait: elle me donnait le sourire. Elle avait comme un parfum de liberté.
Et ma curiosité d'enfant était intacte: je voulais savoir quel goût ça avait, sous quelle forme était le sucre, chaque petite découverte: poids, texture, bruit à la percussion... m'intéressait. Je l'ai étudiée une dizaine de minutes , puis finalement, j'ai effectivement trouvé l'engin très peu pratique à consommer et je l'ai abandonné sur une table dans mon appartement où il traîne encore.
Mais je n'en suis pas peu fier! Peu d'achats ne m'ont procuré jusqu'à présent une telle satisfaction.
J'ai ressenti une curiosité similaire lorsque j'ai voulu acheter des pavots séchés.
Par contre, ça, c'était peut-être une connerie parce que pour s'en désintéresser, c'est coton.
Je tente un premier véritable sevrage. J'en suis au 4 ème jour. Sans doute que j'écrirais, un jour, un article qui explique comment je suis passé de 3 ans de consommation stable de kratom à 6 mois de consommation quasi journalière de thé au pavot.
Là, par contre, je ne suis pas fier du tout.
Le bouton "Publier l'article" est très peu attirant.
Par WaXou - Publié dans : Psychoactifs
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Samedi 22 août 2009
Voici l'histoire d'un "cas clinique" telle que je l'ai vécue. Rien à voir avec les cas cliniques de l'internat ou des cours. Je prends sûrement des risques à raconter cela, mais là je suis trop révolté pour me soucier des conséquences. Je n'ai rien contre les erreurs humaines, mais lorsque ces erreurs se cachent derrière l'image d'un service qui martyrise les externes sous le prétexte d'être au top, c'est plus fort que moi, faut que ça sorte.


Il s'agit de cette patiente d'origine mongole, dont j'ai parlé.
Elle vient pour, selon la lettre d'admission, deux piqûres d'insectes sur-infectées au niveau des chevilles. Elle a en effet de grosses plaques rouges, plutôt symétriques, mais pas de trace de piqure. Déficiente mentale, 18 ans, même si elle est effrayée, elle est particulièrement affectueuse. Elle me fait même penser à "Leeloo" dans le cinquième élément. Du genre à jouer avec le fauteuil roulant pendant que je parle à sa mère, et de faire son pipi, dans les toilettes de la chambre, devant moi, avec un large sourire, tandis que ma chef en reste perplexe.
On part d'emblée sur une histoire d'infection. C'est vrai qu'il y a de la fievre, et la notion de piqure d'insectes y fait penser. Alors je suis. La mère est extrêmement inquiète. Cette famille a vécu des choses atroces que je préfère ne pas évoquer ici.
La petite est suivie par une femme qui dirige un centre pour enfants handicapés, et par une psychiatre. Après m'être informé via ces deux personnes, j'apprends qu'elle aurait une "vulvite", du fait de masturbations compulsives avec des objets divers. Mes chefs croient à cette version, alors je ne me préoccupe pas de ce problème là.
L'un des deux professeurs du service préfère ne pas mettre d'antibiotiques d'emblée sans trop nous dire pourquoi. Je ne remet pas en question cette décision: je préfère d'abord avoir le bilan sanguin et j'en profite pour faire des radios pour m'assurer qu'il n'y ait pas d'infection osseuse.

Le lendemain de son admission, les lésions ont progressé. Elle a les chevilles en feu, gonflées, rouges, luisantes, et elle boite. Je lui trouve un fauteuil roulant. J'essaie de parler à l'une de mes chefs pour lui dire "Bon, vous vouliez voir si ça guérissait spontanément, c'est pas le cas, maintenant on fout des antibios!". Seulement, on remet en question mon sens clinique lorsque je dis que ça a empiré. "Non, moi je trouve que ça va mieux... elle boîte un peu moins cet après midi". Forcément que ça a l'air d'aller mieux puisqu'elle a un traitement antalgique costaud. Pendant deux jours, on me dira toujours la même chose. "Demande une prise de sang, on verra après".
A moi d'exliquer à la mère pourquoi on ne met aucun traitement pour sa fille tandis que ça ne guérit pas.

Et là débarque Léa, l'interne qui voulait arrêter médecine. Finalement, elle revient plus combative que jamais. Elle s'approprie mes patients, et en particulier cette petite fille. Je profite de son ardeur pour lui parler du fait que j'aie l'intuition qu'elle a besoin d'antibiotiques, et surtout du fait qu'on ne la prend pas bien en charge: elle n'a aucun traitement et ses lésions progressent. Elle n'est pas d'accord avec moi, bien qu'elle n'aie jamais trop observé ses lésions aux jambes, pour elle, ça a tendance à s'améliorer, je m'excite pour rien. De toutes façons, elle ne sera jamais d'accord avec moi par la suite.
Deux heures plus tard, la chef est passée et a manifestement discuté avec Léa. Elle pense elle aussi que ses lésions progressent. Léa vient me voir et me dit sur un ton très assuré de donneuse de leçons: "C'est intolérable de laisser cette patiente comme ça, là, il faut s'activer!". Il y a une caméra cachée? On teste mon sang froid? Et ce n'est pas fini.
 
Elle regarde le bilan, me dit, sûre d'elle "Elle a une hypocalcémie! C'est une sarcoidose" et me dicte un bilan. J'ai beau dire que ça ne me paraît pas coller, elle m'ignore totalement.
Je suis vraiment sur les nefs. L'hypothèse de la sarcoidose ne me paraît pas prioritaire et surtout, le lien entre hypocalcémie et sarcoidose ne me dit rien du tout. Mais je me calme en imaginant que c'est ça, lorsqu'on est mal classé à l'internat et qu'on aime fumer de l'herbe: on est un peu largué.
Alors comme je ne supporte plus cette situation d'incertitude, je passe une soirée entière à construire un arbre décisionnel et diagnostic pour cette patiente. Et déjà, dès le début, je remarque que l'hypocalcémie est classique chez les originaires de Mongolie mais qu'en plus, pour la sarcoïdose, il faut une HYPERcalcémie. Il n'y a donc décidément aucun argument pour la sarcoïdose, même si ça ne veut pas dire que ce soit exclu.
Je fais cet arbre décisionnel avec plaisir, quitte à me coucher à 2h du mat , et j'ai la confirmation que mon réflexe du début était le bon: on serait déjà bien plus avancés si on avait mis ces foutus antibios dès le lendemain. Fait chier.

Le jour d'après, je décide d'en parler à la chef. J'avoue que j'ai peur. Peur qu'elle prenne mal le fait que je me sois cassé la tête, le soir, chez moi, puisque ça reflète le manque de soutien venant d'en haut. Cependant, cette chef là n'est pas aussi arrogante que les autres et ça ne la dérange pas d'être plutôt d'accord avec moi même si ça implique qu'ils ont eu tort de ne pas m'écouter. Pourtant, à la fin de notre discussion, elle me dit "Je mets une infectiologue sur le coup avant de mettre les antibios, parce que je ne vois pas trop d'arguments."
Et là je capte qu'elle n'a pas saisi le raisonnement malgré mes efforts: il y a deux possibilités. Soit les antibios la guérissent et c'est très bien parce que dans tous les cas, ça veut dire que c'était une infection et on s'en fout un peu de savoir si c'était génital, pulmonaire, urinaire ou cutanné. Soit ça ne marche pas, et là il faut faire des bilans plus subtils.
Or, selon mes recherches, vu ses symptômes, il y a bien 75% de chances pour que ce soit infectieux. 10% de chances pour que l'éruption elle même soit infectieuse, et 65% de chances pour qu'elle soit dûe à une infection, quelque part dans le corps, à un germe assez bien précis. Je lui dis donc "Au pire, ce sera une antibiothérapie d'épreuve." Elle a l'air d'adhérer à ma logique mais préfère attendre tout de même l'infectiologue, qui est, paraît-il, au top. Tant pis J'attendrais donc l'infectiologue avec impatience, mais elle ne viendra que deux jours plus tard.

 La mère me dit que l'inflammation des organes génitaux de sa fille a progressé. Or elle dort avec elle. Peu de chances que ce soit dû à une masturbation compulsive. Je commence donc à trouver cette vulvite de plus en plus suspecte et liée à ses plaques sur les jambes. L'infectiologue arrive, Léa ne me prévient pas et lui parle à ma place. Je dois donc m'interposer. Lorsque je lui fais part de mon hypothèse de la vulvite atypique, elle la rejete d'emblée. Puis finalement, deux heures après, je la vois faire des recherches sur les vulvites infectieuses, liées à de telles éruptions. Cela devient son hypothèse principale, le cas l'intéresse tout à coup "surtout, prenez des photos!". Aucune excuse, aucune parole du style "Finalement c'était bien vu". Rien du tout. Mais surtout, elle ne veut toujours pas mettre d'antibios alors que je me tue à dire que dans tous les cas, c'est le mieux à faire. Elle fait des prélèvements et me dit que ce sera en fonction des résultats. Elle n'a rien compris de ce que je lui ai dit, même si elle, au moins, me parle avec respect.

Le lendemain, les prélèvements ont disparu. Aucun labo ne les a reçus. Je suis obligé d'en refaire. Pour être certain qu'ils ne se perdent pas, je les apporte moi même au centre de tri et je leur explique la situation quitte à y passer une demi heure. Je dois toujours user de mon plus grand tact pour expliquer à la mère pourquoi on ne donne pas de traitement à sa fille. Elle est travailleuse handicapée et à des problèmes d'anévrysmes cérébraux. Elle stresse beaucoup et a laissé son fils de 15 ans seul à la maison. Elle commence à avoir des migraines inquiétantes. On est obligé de l'hospitaliser. Je passe la journée à joindre les neurochirurgiens pour savoir quel traitement je peux lui donner. Je finis par avoir une réponse mais Léa m'empêche de le mettre en place. Il faudra attendre la fin de la journée pour qu'une chef passe la voir et dise à Léa de mettre le traitement que j'avais demandé depuis le début. Au passage, je remarque que la fille a parfois des quintes de toux et je réalise un prélèvement. Je téléphone aussi au boulot de la maman pour parler au patron et lui expliquer la situation, espérant qu'il soit compréhensif. Il l'est. Enfin quelqu'un qui paraît censé.

Le surlendemain, malgré tous mes efforts, les prélèvements sont partis où il ne fallait pas. C'est pas faute au labo
d'avoir téléphoné dans le service pour demander des informations. Seulement une infirmière a pris l'appel et ne me l'a pas transmis. Léa l'apprend et me gueule dessus. Fallait laisser faire les infirmières. C'est ce que l'infectiologue avait fait la première fois et ils avaient disparu. C'est bien pour cela que je m'en étais chargé. Ma chef me dit que j'ai bien fait et que ce n'est pas de ma faute, mais Léa n'est pas d'accord, elle s'acharne toute la matinée à me dire comment faire mon boulot. Je lui demande de me laisser tranquille, et elle me fait la gueule.

Aujourd'hui, la chef passe après avoir parlé à l'infectiologue. Cette dernière a demandé un autre bilan et s'est enfin rendue compte qu'il fallait faire une antibiothérapie d'épreuve. Ma chef se décide à me demander de la prescrire. Léa a bien sûr toujours été pour, alors que je la demande depuis une semaine et demie et qu'elle s'est toujours foutu de ma gueule en me disant que mon sens clinique était nase. Un coup j'avais tort parce que ça s'améliorait tout seul. Un autre coup c'était pas infectieux, une autre fois c'était une sarcoïdose, et enfin c'était de ma faute si on en était là parce que les prélèvement n'étaient pas arrivés à bon port: je n'aurais pas dû m'en occuper.
Une fois l'antibiothérapie mise en place, la mère me demande pourquoi on a mis tant de temps. Je ne sais pas quoi lui répondre. Parce que je ne suis qu'un sous-fifre? Avant de partir, je regarde les derniers résultats: mon prélèvement d'expectorations est le premier à enfin ramener quelque chose qui ressemble bien au germe que je recherchais. Elle a manifestement une pneumopathie bactérienne. Une autre raison pour mettre les antibios. Personne ne m'a demandé de faire ce prélèvement et curieusement, je suis sûr qu'il va leur être très utile par la suite, et qu'ils auront vite oublié qui a décide de le faire contre vents et marrées.

Ce cas, pour moi, est déjà terminé. Je ne sais pas encore ce que c'est. Du moins je n'en ai pas la preuve, mais je suis quasiment certain que l'antibiothérapie va la guérir d'ici lundi. Enfin. Et si ce n'est pas le cas, il n'y aura plus qu'une solution: la biopsie de peau. Seulement voilà, c'était pas la peine d'attendre deux semaines pour en arriver à cette conclusion.
Heureusement que je pars en vacances.
Ce qui me dérange le plus c'est que je comprends maintenant ce que m'avait dit cette assistante qui m'avait tant marqué, Valérie, actuellement chef de service en médecine interne dans un très bon hopital: "Tu as tout pour faire un grand médecin, mais tu ne t'interposes pas dans les discussions alors que tu dois le faire, c'est pas comme si tu y comprenais rien, niveau connaissances, c'est bon, c'est plus ton problème. Ne reste pas à l'écart, ne te préoccupes pas des autres. Je t'ai mis la note maximale pour le stage et ta clinique, mais il faut vraiment que travailles ça."
Sur ce coup là, la patiente va quand même guérir, mais si ça continue, un jour mon manque de confiance en moi va me rendre responsable d'un décès.
Par WaXou - Publié dans : overhell
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