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Mercredi 19 août 2009
...et aussi un peu les yeux.
En ce moment, j'ai une patiente d'origine mongole, déficiente mentale, au passé très lourd. Seuls la musique et les chants parviennent à l'appaiser. Alors j'ai fait une recherche sur les chants mongols car j'avais le souvenir qu'ils valaient le détour, et je suis tombé là dessus (remarquez entre autres merveilles l'incroyable effet de diphonie sur la fin, qui ressemble à un sifflement):


Par WaXou - Publié dans : Musique
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Samedi 15 août 2009
     
[Puisque deezer n'offre plus de lecteur exportable on fait avec ce qu'on a]
     
C'est toujours aussi difficile dans mon service. Rien n'a vraiment changé. Il n'y a que mes patients pour me donner envie de me lever. En ce moment j'ai une mamie avec une insuffisance veineuse chronique sévère, mais avec surtout une très forte aura. J'ai rarement vu autant de sagesse chez une personne. Elle me dit régulièrement des trucs du style: "Ah docteur, vous savez, je suis contente d'être là, vous vous occupez vraiment bien de moi, et je me souviendrais toujours de vous pour votre humanité" je lui expliquais "Si ça se passe bien, c'est parce que c'est vous qui créez une ambiance positive autour de vous.". Et ce n'était pas pour lui faire plaisir. C'est le genre de patiente qui donne spontanément au médecin, par sa présence, l'énergie nécessaire pour la soigner. Chez elle, l'organique et le psychique sont bien séparés. Le psychique pète la forme et l'organique peut-être un peu moins. Elle semble pourtant largement plus heureuse que la moyenne des gens en bonne santé, et c'est ce genre de situation qui me donne envie de faire psy, entres autres parce que ça montre clairement l'importance du psychique.

Elle m'a quand même expliqué que lorsqu'elle a des insomnies, elle étend ses bras de chaque coté pour s'ouvrir et ne faire qu'un avec le ciel, la terre, la mer, le désert ou le vent.
Elle me l'a juste dit comme ça, au passage. Comme si elle me donnait un remède de grand mère: en cas d'insomnie, ne faire qu'un avec l'univers.
Je fais de l'ironie, mais quand on la voit, vraiment, on sent tout de suite qu'elle ne dit pas ça pour sa la jouer spirituelle. Elle m'a dit ça a moi parce qu'elle a vu que j'étais réceptif, m'a t'elle confié. Sinon elle l'aurait gardé pour elle.

Comme pour moi, ces rencontres sont bien plus importantes que les petites engueulades et le bordel ambiant, j'arrive finalement à tenir.

Sauf que, il y a deux jours, je décide de remettre en route ma moto pour gagner 30 minutes de trajet par jour. Or lorsque je m'appuie sur la jambe droite lors de l'arrêt, ça me fait un peu mal au genou. Au bout de deux jours à force de cavaler dans l'hopital toute la journée par dessus, la douleur devient insupportable. J'arrête la moto, je consulte en orthopédie, je tombe sur un médecin génial qui me fait passer une IRM et me parle de repos, mais qui connaissant mon assistante, préfère éviter de me faire un arrêt de travail dans un premier temps, pour se contenter d'une lettre, "pour pas avoir de problèmes". Seulement, ô surprise, elle n'est pas d'accord. Ça ne l'arrange pas du tout que je me repose. Alors on occulte le genou et la douleur.

Bon c'est sûr, un externe boiteux, quand on veut jouer au service prestigieux, ça le fait pas trop (surtout si en plus il veut faire psy), mais c'est mieux que pas d'externe du tout.
A la fin de la journée, j'obtiens l'IRM (Photos). Le machin blanc, là, c'est pas normal, c'est de la lésion. De l'autre coté, ça n'y est pas. Probablement une lésion meniscale mais comme la radiologue n'était pas certaine de son coup et que ça lui paraissait compliqué elle n'a pas osé se prononcer mis à part sur le fait que ça devait faire mal, ce dont j'étais déjà au courant. J'attends le compte rendu définitif pour lundi.

Je me sens un peu bloqué, mais pas seulement au niveau du genou. La réaction de l'assistante, qui me dit que j'ai pas le droit de prendre un repos, même si genou HS, ça me fout un peu les glandes, car le pire c'est qu'en effet, même si l'ortho me fait un arrêt de travail, je ne sais pas si je vais réussir à ne pas venir et tenir  face à la pression que ce service me met.
Mais bon ça commence à bien faire là. Déjà, je ne sais pas bien comment j'ai été amené à faire ce travail épuisant, sans salaire, dans un service qui ne tient pas debout, alors que dans les autres service il y a 10 fois moins de pression. Mais si en plus je n'ai pas le droit d'être kaput... là ça commence à sentir franchement mauvais.




Par WaXou - Publié dans : overhell
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Lundi 10 août 2009
Il ya quand même une partie de ma vie qui connaît une amélioration plutôt incroyable: ma relation avec mes parents, ou plus exactement, ma mère.

Pour résumer, il y a quelques années, j'étais en profonde dépression, je ne savais plus qui j'étais, qui étaient mes parents. S'ils voulaient mon bien ou pas. Ou était le vrai, le faux, si la petite partie innocente de mon enfance n'avait été qu'un rêve ou non. Je ne savais pas si ma mère m'aimait ou me détestait, si elle se rendait compte que j'existais. Je m'étais découvert handicapé relationnel alors que j'avais soif de vie, d'amour et de bonheur. Et en même temps, ces notions me donnaient la nausée tellement je les avais associées à l'hypocrisie et à un paraître malsain.

 Tout ce bourbier a fait que j'ai décidé de prendre au maximum mes distances avec mes parents pour reconstruire ma vie à l'écart. J'ai fait un énorme travail sur moi même. J'avais l'impression que si je ne reprenais pas ma vie en main j'allais finir psychotique ou que j'allais me suicider tellement tout semblait m'échapper vitesse grand V, alors que j'étais de plus en plus en proie à une sensation de fond d'irréalité, avec parfois des exacerbations plus ou moins destabilisantes.

Pourtant je n'aime pas cette expression "travail sur moi même". Je ne l'ai jamais aimée car l'image ne me plaît guère. C'est juste que je suis arrivé à un point où tous mes repères se sont effondrés, où je me suis retrouvé seul dans un monde hostile sans aucne garantie: mon père voulait me foutre à la porte, j'étais franchement perturbé psychologiquement parlant, je devais faire bonne figure en médecine alors que je n'y arrivais pas et ma mère faisait comme si la vie était facile pour moi., comme s'il n'y avait jamais eu aucun problème tandis que je devais lutter pour ne pas prendre une lame de bistouri et m'entailler les bras lorsque j'étais seul chez moi le soir. Lutter? Contre qui? Contre quoi? Là était bien le problème.
 Seulement, je n'avais pas envie de me complaire dans la souffrance. J'ai toujours voulu penser qu'elle était un désir de vie frustré qui un jour serait comblé. Je continue de le croire. Peut-être que c'est cela, la Foi, pour moi.

Du coup, cela fait bien 2 ou 3 ans que je retourne voir mes parents sans savoir pourquoi un week end sur deux. Je ne cherche plus à leur dire quoi que ce soit ni à entretenir une véritable relation avec eux. On ne peut pas dire que ma vie, à l'écart, soit épanouie, pour autant, mais je me plais à croire qu'elle le sera un jour.
Aujourd'hui plus que jamais.

C'est dans cet esprit que récemment j'étais de passage chez eux. J'allais partir lorsque ma mère est arrivée. Elle m'a entraîné sur un terrain glissant: elle critiquait mon père. J'ai voulu discuter, et lui expliquer que je ne comprenais pas pourquoi il se mettait entre elle et moi lorsqu'elle me blessait. J'avais oublié (?) que c'est à partir du moment ou je dis qu'elle me blesse qu'elle change d'attitude et se met en mode /deni.
Je n'avais aucune intention de discuter de la légitimité de la souffrance que j'avais pu ressentir et c'est pourtant sur ce terrain qu'elle a voulu m'entraîner. J'ai donc coupé cours à la conversation en lui disant "Je veux bien discuter avec toi, t'expliquer ce que je ressens, te dire pourquoi, mais si c'est pour me dire que ce que je ressens n'a aucun sens, ce n'est pas la peine".
A ma grande surprise, elle s'est arrêtée net et m'a laissé partir. Je comptais y aller mais inconscient ou pas, j'avais oublié des affaires. Alors j'en ai profité pour me préciser: "Je me sens de mieux en mieux avec vous en ce moment et pourtant c'était pas gagné. Du coup je n'ai pas envie de ressortir les vieux dossiers. Si tu as besoin que je t'explique ce que j'ai ressenti, si tu veux savoir qui je suis, ce que j'ai pensé, alors je suis à ta disposition. Sinon, je ne pense pas que ce soit utile."
Je ne sais plus bien comment on en est arrivé là, mais à un moment, ma mère me disait qu'elle avait lutté tant qu'elle avait pu pour ne pas me transmettre la souffrance, la pathologie, que son milieu familial lui avait donné. Que c'était pour ça qu'elle avait vu des psychiatres.
Alors j'ai tenté le tout pour le tout. Je lui ai dit ce que je croyais avoir compris de tout ça. Qu'elle avait tellement voulu être une mère parfaite pour rattraper la misère dans laquelle elle avait été élevée qu'au final elle n'avait pas pris le temps d'être simplement ma mère. Qu'elle avait tellement voulu être quelqu'un de bien qu'elle n'avait pas été là au moment ou elle aurait pu poser une bonne action. Que je trouvais ça tellement injuste pour elle.
Elle me regardait avec de grands yeux et elle s'est mise à pleurer en disant "C'est surtout pour toi que ça a été injuste pendant tout ce temps! Faut pas que je pleure!"
J'avais moi aussi bien du mal à retenir mes larmes après avoir dit cela, et j'ai ajouté "Mais si, tu as le droit, moi aussi ça me donne envie de pleurer de penser à ça!"
Alors elle m'est tombé dans les bras et j'ai remarqué deux choses. La première, c'est qu'avant, j'aurais tout fait pour qu'elle ne pleure pas parce que ça m'était insupportable tellement ça me culpabilisait. La deuxième, c'est que son contact ne m'était pas désagréable. De la sincérité. Je la sentais. Enfin. Entre elle et moi.
J'avais l'impression qu'elle était une petite fille qui venait de se réveiller dans le corps d'une belle femme approchant la soixantaine. Je lui ai dit que si j'ai souffert, je pense que rien de tout ça n'a passé le seuil de l'irréversibilité et que c'est ce qui compte. Que j'ai encore les moyens d'être heureux et que sans doute que ses efforts n'ont pas été vains. Elle s'est remise encore à pleurer dans mes bras et m'a remercié de lui avoir dit ça.
C'est alors qu'elle a absolument tenu à me raconter une histoire.

Elle avait 20 ans et elle voulait à tout prix fuir le système parental tant il était malsain. C'est pour cela qu'elle s'était inscrite en fac de droit (curieux parallèle)
. Elle sortait depuis 4 ans avec un mec pour qui elle avait beaucoup d'affection (elle était totalement en larmes lorsqu'elle m'en parlait) et qui avait tendance à beaucoup s'amuser tout en restant respectueux et fidèle. Seulement, elle, n'était pas là pour s'amuser, alors un jour, elle lui a dit qu'elle ne ferait plus de soirées, qu'elle voulait travailler, car pour elle, contrairement à lui, c'était... vital.
Il est allé, comme d'habitude à sa soirée et il a eu un accident de voiture alors qu'il conduisait ivre. Il est resté 14 jours dans le coma avant de décéder.
Elle m'expliquait que depuis ce jour, elle avait toujours culpabilisé et ses larmes en témoignaient.
On aurait dit que la vie lui avait envoyé un message. Celui de penser à son bonheur à elle. Que c'était son bonheur, sa joie de vivre qui faisait vivre ceux qu'elle aimait. Et qu'en sacrifiant sa joie, son bonheur, même si c'était en visant un but de bonheur futur, elle avait laissé seul celui qui comptait vraiment, en réponse à une peur que ses parents avaient suscité en elle. J'ai essayé de lui expliquer que je pensais que c'était pour cela qu'elle s'en voulait tant. Et non pas parce que ce serait elle qui serait à l'origine de la mort de son ami: elle n'y était pour rien, tant elle serait morte avec lui si elle n'avait pas pris cette décision. Par contre, la mort de son ami avait révélé l'inutilité de sa quête, si pour l'accomplir, elle se détournait de ceux qui enfin comptaient vraiment pour elle, et pour qui elle comptait vraiment.
Ce n'était pas abouti, alors je n'ai pas trop insisté. Ce n'était qu'une réaction instinctive, car j'ai eu l'impression qu'au lieu de voir la leçon bienveillante que la vie lui adressait au détour de ce drame, elle n'a vu que la cruauté et la malédiction. J'aurais tant aimé l'en libérer, mais j'ai aussi tellement peur de m'y embourber ou de conclure à la va-vite. Il m'a fallu tellement de temps pour ainsi accéder à une partie de son coeur.

Une chose est certaine: cette injustice que je ressentais et que j'avais évoquée au début de notre conversation était encore plus pertinente que je ne le croyais...

Par WaXou - Publié dans : overhell
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Samedi 8 août 2009
Décidément, en ce moment j'enchaîne les articles de loose, qui veut looser avec moi?

La suite de mon accrochage avec Ana fut corsée.
Le lendemain, je suis donc arrivé tôt pour pouvoir présenter un patient de plus à la visite, motivé, en me disant que peut-être que si je fais du bon boulot je pourrais avoir un peu de lest. Sol, l'autre interne, que je ne connais presque pas était déjà là. Elle n'était pas impliquée dans l'accrochage, elle n'a d'ailleurs rien dit.
Alors je lui ai demandé si elle pouvait me filer le dossier d'un de ses patients pour que je le présente mais elle a refusé: "Ce n'est pas ça présenter un patient, faut faire l'observation, l'examiner et tout." Comme si je n'étais pas au courant. J'ai déjà dû le faire une bonne centaine de fois. Seulement: "Je sais bien, mais je n'ai qu'une patiente vu que je viens de reprendre, et Sab m'a dit de prendre un autre dossier pour le présenter, c'était ça le deal"
- Non c'est pas ça qu'elle t'as demandé
- Si
- Non, moi je ne te passe pas de dossier si c'est pour faire style que tu bosses pendant la visite alors que t'étais pas là
- Ecoutes, hier c'est la première après midi où je rentre à 16h et je l'ai fait uniquement parce qu'Ana a dit qu'elle s'en foutait et qu'elle pouvait faire en 5 minutes ce que je faisais
- Elle a dit ça parce que t'étais chiant, j'ai jamais vu un externe se plaindre moi, mais c'est pas mon problème tu t'arrange avec elle.
Résultat des courses, Ana n'a pas voulu en reparler mais m'a dit bonjour avec le sourire, Sol a été exécrable avec moi toute la journée alors que j'ai bossé comme un taré (comme d'hab quoi).

Si je ne craque pas d'ici la fin de ce stage, on pourra dire que j'ai de la chance.
J'y passe même mes nuits dans mes rêves.

Je fais le boulot de 3 externes (ce qui est énorme puisque les externes sont à la fois des cliniciens, des aides soignants, des secrétaires et des brancardiers) + le boulot d'un demi interne, toute la journée. Sauf que comme je ne suis pas vraiment interne, je me fais engueuler comme un externe, et comme je fais 20 fois plus de trucs qu'un externe, forcément, j'ai 20 fois plus de chances de me faire engueuler pour quelque chose. En fait, en une journée je fais sans exagérer 10 fois le travail que je faisais en une garde de réa, mais le mieux, c'est que je passe pour un abruti ou un nul, selon.
Et Vendredi, entre deux missions, tout à coup je me demande pourquoi je suis le seul externe alors qu'il y avait 5 places disponibles lors du choix. Et là je capte qu'une externe a pris ses vacances sans demander l'avis de personne, on n'a jamais vu sa tête, mais surtout, une autre vient un jour sur 4 dans une unité annexe ou il n'y a rien à faire et ou personne ne lui a demandé de venir. Elle glande (elle me l'a dit elle même) jusqu'à 10-11h et puis s'en va. En gros elle se planque alors que de mon coté, j'en chie tellement que je commence à me sentir franchement vide.
Je le savais bien qu'il y avait bien trop de boulot pour un seul externe, surtout si on me demande aussi de prendre en charge des patients et de faire des conclusions.

Lorsque je l'ai dit à Ana, bien entendu, là aussi, je me suis fait engueuler:"Mais c'est ton boulot ça aussi! C'est à toi de te débrouiller!". Sauf que moi quand je viens pas une matinée, au bout de 2h j'ai le droit à un message méprisant sur mon portable et on me fait la gueule le lendemain.
Au téléphone, ma lâcheuse de coexterne dit qu'elle est désolée mais qu'elle n'avait pas mon numéro. Elle n'a pas pensé que j'étais à 2 secondes d'ascenseur, juste au dessus, toute la journée. Foutage de gueule #1, mais en plus, elle m'explique qu'elle va poser des vacances parce qu'il lui en reste vu qu'elle n'a pas cru utile d'en poser tant qu'elle pouvait venir 1 jour sur 4. Foutage de gueule #2.

Pour finir, un exemple banal de ce que je vis conrètement, lors d'une mission (créativement parlant c'est toujours aussi stérile, mais ça soulage):
J'arrive à 8h30, je trouve sur mon bureau (en fait une table sur laquelle on pose tout ce qui encombre les autres) une lettre ou il y a marqué "T, ta MISSION: appeler tel service pour avoir le compte rendu cca (?) de la dernière consultation avec le Dr truc pour madame machin afin qu'on te le faxe. Une fois que tu l'as, regarde s'il y a une date de chirurgie prévue, tu vas voir Sab et tu la lui donne, elle te dira quoi faire ensuite. Merci"
Je m'exécute, répare le fax, mais je reçois tout à coup 15 faxs de la veille que je dois distribuer. Tant pis, ce sera pour plus tard (Gavomètre: 10%). Je récupère la lettre mais pas de date prévue. Juste la consigne qu'il faut fixer une date absolument. Du coup je ne sais pas quoi faire. Je ne connais pas la patiente, alors dans le doute, je vais apporter la lettre à Sab.
Sab ne sait pas trop de quoi il s'agit ni pourquoi je lui montre ça. Puis elle finit par capter: "Tu me donnes ça alors que tu sais même pas de quoi il s'agit, et c'est à moi de deviner?"
- Mais j'en sais rien, c'est ce que Sol m'a dit de faire, moi je m'execute (Gavomètre: 20%)
- Ben tu devrais te renseigner d'abord, d'ailleurs j'ai une autre mission pour toi, Mme X a un anevrysme de l'aorte abdominale, t'es au courant?
- Non
- Ben tu vas pas tarder à l'être, Ana te le dira, madame X a un aneverysme de l'aorte sous rénale, faut que tu téléphones dans le service a pour qu'ils téléphone dans le service b pour qu'ils s'en occupent
- J'ai rien compris, je leur dis quoi au service a, c'est quoi leur rapport avec elle?
- Ah la la, ben tu verras Ana t'expliquera tout (Gavomètre: 30%)

Je reviens au bureau, je tombe sur Ana, je lui demande: Sab m'a dit que madame X a un aneverysme de l'aorte sous rénale et qu'ils faut que je téléphone dans un service pour leur dire, t'es au courant?
- Mais non t'as rien compris c'est pas madame X, c'est madame Y, je m'en occupe
- Euh non, Sab m'a dit madame X
- T'es sûr?
- Oui, après elle s'est peut-être gourée, je sais pas (Gavomètre 40%)
- AH MAIS TU FAIS CHIER! FAUT ECOUTER CE QU'ON TE DIT ENFIN MERDE
- MAIS J'AI ECOUTE, C'EST VOUS QUI ME SAOULEZ A JAMAIS VOUS EXPRIMER CLAIREMENT: ELLE A DIT MADAME X, J'EN SUIS SUR, LE RESTE J'EN SAIS RIEN (Gavomètre 70%)
- Bon yen a marre, je lui téléphone on verra bien
- Bonne idée

Finalement c'était bien madame X qui était sortie du service depuis la veille et on venait de se rendre compte à cause d'un scan qu'elle avait un anevrysme et il fallait en informer son service d'accueil. Rien à voir avec madame Y. J'ai donc pu téléphoner dans le service en question ou elle n'était plus (Gavomètre 75%), trouver le nouveau service, chercher l'interne qui s'en occupe, lui expliquer le coup de l'anevrysme, pour qu'il me dise qu'en fait il s'en fout (Gavomètre 85%)
Fin de ma première mission. Des comme ça, je vais en avoir une bonne dizaine dans la matinée, pendant que les internes font tranquilement leur visite avec leurs patients. Lorsque j'aurais fini, on me dira "Au fait, j'ai pas vu tes 4 patients hein, c'est à toi de t'en occuper".

Heureusement, il y une seule chose qui fait retomber le gavomètre: mes patients. Ce sont les seuls qui sont contents de leur hospitalisation, qui se disent bien suivis, et qui se sentent bien. Mieux, en ce moment j'en ai deux qui ont guéri sans que je leur mette te traitement. J'ai vu qu'il y avait beaucoup de boulot sur le plan psychothérapeutique et j'ai voulu attendre une journée pour voir si un traitement sur ce plan ne pouvait pas déjà apporter une amélioration suffisante. Les résultats sont inespérés, et les patients extrêmement reconnaissant. J'en ai même un qui m'a dit qu'il s'était tout de suite senti en milieu hostile lorsque je suis parti en vacances et qu'il s'était débrouillé pour partir le plus vite possible.
Vu que mes assistantes, même si elles n'ont fait que superviser de loin, ont aussi le droit au remerciements, elles n'osent trop rien me dire sur ce coup...

En conclusion, je ne tiendrais jamais le coup à ce rythme. Je ne sais pas encore si je vais adopter une attitude psycho-rigide avec zero remise en question, si je vais aller me plaindre au prof en expliquant que ce n'est pas vivable quitte à ce que ça foute un gros bordel chez les assistantes, ou si je vais me mettre à être encore plus incisif que celles qui me crient dessus.
En tous cas, dès que le choix des postes est fait, vu que c'est irréversible, même s'il reste un mois, je vais me faire un plaisir de ne plus venir. Faut juste que je tienne encore quelques semaines.

Par WaXou - Publié dans : overhell
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Mercredi 5 août 2009
La matinée n'avait pourtant pas trop mal commencée dans le service. On avait fini assez tôt nos corvées et nous étions allé manger ensemble.
Je redoute toujours un peu ce moment là. Lorsque j'ai commencé à faire des stages à l'hôpital, j'étais une bête du diagnostic et du rapport avec le patient (c'était mon premier stage et je complexais les internes qui avaient des années d'expériences hospitalière d'avance sur moi), mais par contre, lorsque je me retrouvais avec les autres, à manger un petit déjeuner ou autour d'une table, je constatais que j'étais extrêmement mal à l'aise. Tout le monde parlait, racontait des histoires, faisait des blagues, et de mon coté, je me sentais bien trop noir pour être comme les autres. Je ne raconte des histoires qu'aux personnes très proches ou sur mon blog. Le repas, lorsque j'étais chez mes parents, était un mauvais moment à passer, ou je devais m'enfermer le plus possible dans le mutisme et l'indifférence. Je crois même qu'au bout d'un moment je m'y suis fait. Ce pourquoi à l'hôpital, j'étais vraiment dérangé par l'idée de devoir participer aux discussion, d'apporter ma présence verbale.
Heureusement, petit à petit, je redoute de moins en moins ces moments. Peut-être parce que je suis davantage en paix avec mes handicaps et mon histoire. Peut-être simplement grâce au temps et aux capacités d'adaptation que toute personne de mon âge possède.
En dermato, c'est encore plus difficile parce qu'il n'y a que des femmes et qu'elles ont beaucoup de préjugés sur les hommes pour la plupart. On n'a pas de sensibilité, on n'est pas ouverts (ou alors c'est qu'on est schizophrène), on est arrogants, on ne se remet pas en question mais on est forts, solides... enfin, personnellement, j'ai bien du mal à m'y retrouver.
Ce midi, justement, mon interne, Ana, a commencé à parler de ses consultations avec une voyante, or la parapsychologie, ça intéresse toujours tout le monde. Tout le monde s'attendait à ce que je dise un truc du style "tout ça c'est des conneries, on vous fait croire n'importe quoi dès qu'on parle de vous etc..." mais j'ai plutôt eu tendance à voir les choses exactement comme Sab. notre chef d'unité, légèrement plus âgée que nous, en disant que je pensais qu'il y avait une part de charlatans, et une autre part de personnes particulièrement sensibles aux énergies. La discussion s'est poursuivie jusqu'à ce que je me retrouve à parler de spiritualité, plus particulièrement d'une sagesse universelle présente en chacun de nous, à laquelle on peut s'ouvrir non pas en se concentrant, mais plutôt par un mouvement inverse, de sortie du cadre rigide que nous nous sommes construits avec nos croyances et nos idées pré-conçues.
Lorsque je parle de ce genre de chose en direct, en général, je sens ce que je dis, j'ai l'impression de vibrer, et curieusement, on aurait dit qu'elles sentaient aussi cette vibration puisqu'un silence inhabituel s'était installé à table. La différence entre assistants, internes, externe et praticien hospitaliers s'était effacée et ça me faisait drôle d'être le seul à parler alors habituellement se déroulent 3 ou 4 conversations simultanées, sur des sujets très concrets sur lesquels je ne réagis que brièvement et superficiellement.
La chef d'unité, en particulier, avait l'air très attentive à tout ce que je disais et j'étais touché. Mais il y avait aussi les autres séniors qui me posaient des questions, acquiescaient avec le sourire, apportaient des parts de vécu à ce que je disais et je sentais une curieuse mais intense harmonie dans le groupe.

Puis nous nous sommes remis au travail, et là, j'ai constaté, après avoir fait quelques corvées, que je n'avais strictement rien à faire. Ana m'a donné alors une autre mission: faire la conclusion d'un patient sorti dont s'occupait mon coexterne actuellement en vacances et dont je n'avais jamais entendu parler. Je croyais que ça l'aidait, alors j'ai essayé de faire ce que je pouvais mais je devais éplucher le dossier pour trouver chaque donnée, souvent sans succès. Au bout d'un moment, j'ai fini par dire que je trouvais ça chiant, à quoi elle a répondu "Eh oui! Tu vois un peu notre boulot? Nous on fait ça tous les jours!"
- Je le savais déjà Ana, seulement c'est tout de même plus facile lorsque c'est un patient que tu connais non?
- Moi je le connais pas, mais si ça te fait chier, moi je le fais en 5 minutes hein
- Ben pour tout vous avouer, pour une fois que je n'ai rien à faire, ça me ferait chier d'arriver chez moi à 19h si toi tu le fais en 5 minutes

Et là, je n'ai pas bien compris ce qu'il s'est passé, Ana, pour la première fois en un mois et demi, s'est mise à me gueuler dessus:

- Ben si ça te fait chier t'as qu'à y aller, moi je m'en fous, seulement tu vas te faire attraper et après on va vous forcer à venir à 8h et sortir à 19h tous les jours à cause de toi, mais moi je m'en fous c'est pour toi, tu fais ta vie, c'est comme tu veux, tire toi, mais si Sab me demande ou t'es passé, je lui dis que je sais pas, que tu t'es tiré, et voilà, j'en ai rien à faire, c'est pas mon problème!

Au fur et à mesure qu'elle parlait, je sentais la colère monter en moi, je ne sais pas pourquoi. J'avais envie de lui dire que si elle s'en foutait, alors qu'elle ne me gueule pas dessus et qu'elle ne me donne pas des trucs chiant à faire si elle elle peut le faire en 5 minutes. Seulement j'ai préféré rester silencieux, mais je crois bien que c'était un silence violent. Je la voyais crier toute seule, attendre une réaction de ma part, mais je me suis plu à la laisser seule avec ses cris. Une fois qu'elle eût fini, j'ai demandé, tout calmement: "Elle est où Sab?"
Je suis allé dire à Sab que je n'avais rien à faire et que j'aurais bien aimé rentrer chez moi si elle n'y voyait pas d'inconvénient. Elle a accepté avec le sourire. J'ai vu qu'elle me regardait différemment depuis le repas et cette conversation autour de thèmes spirituels. En fait, il y a un sous thème qui a semblé lui plaire particulièrement. C'est lorsque j'ai expliqué, toujours dans le sujet de l'ouverture à cette "sagesse universelle" qu'il y avait une bissexualité physiologique à la pré-adolescence, et que normalement, l'enfant choisit lui même, par son coeur, si ce sont les hommes ou les femmes qui l'attirent et que je pensais que lorsqu'on ne lui laissait pas le choix, comme par exemple lorsque son milieu familial choisit à sa place, alors ce n'est pas le coeur mais la peur qui le fait choisir. Or, on n'aime pas par peur. Il faut une certaine paix pour pouvoir ouvrir son coeur à quelqu'un et certains n'accèdent jamais à cette paix. Ou alors bien plus tard après avoir fait fausse route pendant bien longtemps (j'ai pris l'exemple de la sexualité mais je pensais aussi aux autres choix importants comme la profession, la religion, la façon de penser... mais je n'avais pas le temps de tout développer.)
Elle était d'accord avec moi, et m'expliquait qu'elle pensait que c'était pour cela qu'il y a des personnes qui changent totalement de vie après s'être mariés et avoir eu plusieurs enfants. J'étais d'accord avec elle. Je ne parlais pas de ça en me posant comme au dessus de ce principe, et elle non plus. Bien au contraire. A son regard, je voyais bien que ce que je disais, pour elle, était libérateur.
Ainsi, elle m'a parlé sur le même ton lorsque je lui ai demandé si je pouvais y aller. Elle m'a dit "ok, mais alors demain, pour moi, j'aimerais que tu présentes deux patients à la visite du professeur, d'accord?"
J'étais content d'accepter.
Ana. n'en est pas revenue que Sab me laisse partir, je lui ai souhaité bon courage, elle m'a dit au revoir, mais je sens qu'il va y avoir maintenant une certaine tension entre elle et moi.
J'ai encore du mal à gérer ce coté spirituel à l'hôpital. Ce n'est pas la première fois que ce genre de retournement de situation se déroule mais je passe du rôle de l'externe que personne n'écoute, à qui on donne des corvées juste pour le faire chier à celui de... j'en sais rien en fait. C'est ça qui me fait bizarre. Tout le monde m'écoute, me respecte, me raconte des histoires intimes et importantes de leur vie, et la hiérarchie semble, non pas bafouée, inversée, mais plutôt transcendée. Je l'accepte pleinement et en même temps, mes chefs se mettent à s'en servir de manière constructive et non écrasante.
J'aimerais tant réussir à faire ça tous les jours, ça a l'air de faire tellement de bien à tout le monde...
Par contre, je ne comprends pas la réaction qu'à eue Ana. D'habitude elle a tendance au contraire à me laisser plus tranquille que les autres. Peut-être qu'il n'y a aucun lien entre ces deux sujets, mais j'ai eu envie de les mettre en parallèle.
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Vendredi 24 juillet 2009
J'arrive dans son appart, il fait nuit noire avec une chaleur de dingue. On s'installe et on mange. Je la sens agressive. Je lui dis qu'il faudrait qu'on prenne les billets de train à l'avance pour le choix des postes car ça fait économiser près de 200 euros.
- Non, c'est mon père qui paye.

Quand elle me contredit avec des arguments qui ne tiennent pas debout alors que j'essaie d'être constructif, c'est qu'en général, on ne va pas s'en sortir.
Puis elle commence à envisager toutes les possibilités de sélections des postes en me demandant quelle serait ma décision à chaque fois, froidement, m'attendant à chaque virage, au point que j'ai l'impression d'être au poste de police. Je finis par lui dire que je n'aime pas ça, elle le prend mal, m'assure qu'elle ne me teste pas, qu'elle ne fait que réfléchir toute seule. Pour qui je me prends à deviner l'intention des gens en me fiant à ce qu'ils me disent? C'est interdit ça!
De toutes façons rien à faire. J'ai beau essayer de m'appuyer sur ses mots, elle change d'intention et d'avis juste pour me donner tort. Je suis saoulé.
Puis elle évoque la Réunion. Sujet tendu vu qu'elle m'avait dit qu'elle ne voulait pas partir outre mer et qu'elle se met à m'en parler presque quotidiennement depuis que les résultats sont tombés et que je ne peux plus y aller. Je lui dis que je reste perplexe face à son attitude, mais voilà qu'elle me sort qu'elle n'aurait jamais dit qu'elle ne voulait pas partir outre mer. On se demande pourquoi c'était ma problématique principale pendant les révisions ou pourquoi elle n'a pas réagi lorsqu'elle a lu mon article concernant ma consultation avec le psy ou j'en parlais précisément...
"Tu m'as forcé à le dire, tu m'as dit que ça te saoulait que je te suive comme un chien"
- J'ai jamais dit "chien", j'ai dit comme mon ombre
- C'est pareil
- Ben il n'empêche que tu m'as dit "je n'irais pas outre mer" et que ça m'a posé problème et que j'ai fini par décider de ne pas partir
- Non j'ai dit Guyanne
- Tu as dit "outre mer", c'était important pour moi, je l'ai bien rete...
- Laisse moi finir s'il te plaît
[Je n'ai pas écouté le reste]

Elle pète son cable, se met à boire, je fume ma clope, elle rm'ignore en sirotant son verre et rigole devant les images sans son de la télé. Je commence à comprendre. Elle ne ressent déjà plus rien. Elle est redevenue cet espèce d'ersatz de femme fatale qu'elle me joue parfois. C'est comme la première fois qu'on avait cassé. Elle est odieuse avec moi, moi je n'ose même pas lui reprocher son manque de respect tellement il est évident et que je n'y comprends rien mais j'y réagis sur le même ton, et là elle retourne la situation. La fin est prévisible: comme toute entente est soigneusement évitée de sa part et qu'elle me fait passer pour l'enfoiré de base, tout en se comportant, elle comme la pire garce, je vais finir par partir. Néanmoins, je tente une dernière fois:
- Pourtant je le sors pas de mon cul, ça, t'as bien vu que j'en ai parlé avec le psy, que ça me posait problème que tu ne veuille pas aller outre mer
Elle ne le nie pas, mais je ne sais trop comment, ça s'envenime quand même. Elle me reproche de ne pas lui donner l'impression de vouloir qu'on reste ensemble l'année prochaine alors que je suis entrain de lui dire que son refus de partir outre mer m'avait finalement conduit à écarter cette possibilité à la fin des révisions. Et ce n'est pas comme si je n'avais pas été clair avec elle, malgré ma crainte de m'engager, surtout lorsque ma partenaire fout régulièrement une merde noire dans la relation, je lui ai dit récemment plusieurs fois que j'avais pris la décision de tenter l'aventure avec elle. Ce choix des postes me terrifie et j'ai pas spécialement envie d'envisager toutes les possibilités les unes après les autres pour le moment.  Seulement, je ne sais pas si c'est ce qu'elle insinue, mais c'est pas parce que j'ai pris cette décision que je me dois de ne plus remettre en question son attitude avec moi lorsqu'elle me blesse clairement.

Après qu'elle ait affirmé avec insistance, alors que c'est totalement faux, tout en me le reprochant, que je ne veuille pas partir outre mer parce que j'aurais peur de partir seul (alors que c'est précisément la raison pour laquelle, elle ne part pas, selon ses dires récents), devant mes protestations son ton devient insultant, et je décide de partir à bout de forces. Mon téléphone sonne, c'est F., elle me dit "c'est ça, répond à Am."
- Continue de boire, ça te rend intelligente (dérapage)
- T'en vas pas comme ça s'il te plaît, me dit t-elle sur un ton à la fois agressif et autoritaire qui m'incite d'autant plus à quitter les lieux
Elle continue "Un peu de respect s'il te plaît, t'en vas pas, UN PEU DE RESPECT!"
Je lâche avant de partir "Un peu de respect, oui, tu devrais te le dire à toi même aussi"
Je suis arrvé tremblant à cause d'une sorte de crise d'hypoglycémie, je ressors tremblant d'une colère que j'étouffe... mal.

Arrivé chez moi, j'ai le droit à un texto: Si tu as un souci tu peux m'en parler, ne m'obliges pas à me comporter comme la grosse conne que ça t'arrange que je sois, j'espère que ce n'est pas moi qui t'oblige à prendre des moyens détournés pour dire les choses et me mentir et ne me parle plus comme ça"

Je reste bête, je n'arrive pas à me sentir concerné, ni à trouver de fil conducteur: dire quelles choses? Quels mensonges? C'est quoi cette fameuse vérité qu'elle viendrait de comprendre? Qu'en fait ce serait moi qui la ferais devenir odieuse pour ne pas avoir à partir avec elle plutôt que de simplement lui dire que je ne me sens pas? Est-ce que ce ne serait pas plutôt son cas à elle?
Elle me reproche à peu près ce que je lui ai parfois dit que sa mère faisait avec elle, j'ai même l'impression de reconnaître mes popres mots grossièrement retournés contre moi, dont une phrase que j'ai même écrite sur ce blog: "
Peut-être que c'est d'abord mon attitude qui fait qu'elle utilise de telles techniques de peur de se heurter à un refus." et "j'espère que ce n'est pas moi qui t'oblige à prendre des moyens détournés pour dire les choses et me mentir" . Comme si elle n'arrivait pas à me piéger et qu'elle cherchait à améliorer sa technique à chaque conflit en s'inspirant de mes réactions...
Elle doit finalement vraiment me haïr pour s'acharner autant.

 C'est le monde à l'envers. Quand elle est dans cet état elle passe son temps à se contredire, à s'arranger, à prendre des détours, à flouter chaque échange au point qu'à chaque fois on ne sache plus de quoi on parle, elle n'arrête pas de me provoquer, de me prêter des intentions perverses, comme si je m'amusais à me prendre la tête avec elle pour le plaisir et elle vient me reprocher de... faire exactement ce qu'elle fait. Elle agit comme sa mère le fait avec elle. Me pousse à partir, me reproche de le faire, et ce coup-ci, j'ai même le droit à un équivalent de mail d'insultes.
Je ne le remarque pas sur le coup. Je réagis naturellement à son "et ne me parle plus comme ça": "Mais t'as vu comment tu me parles????"
Réponse: "Restons dans les gamineries: c'est toi qui a commencé. Me joue plus la comédie et fais ce que tu veux de ta vie il paraît qu'on s'en remet"
Et là forcément, je reste tellement sur le cul qu'à part écrire un article descriptif, histoire de m'assurer que je ne rêve pas, je ne vois pas quoi faire. Une rupture par texto et c'est moi qui jouais la comédie? Elle qui me parle de respect?... et encore, je ne sais même pas si c'est tellement ça qui me dérange...

On est retombé un an en arrière. Je me souviens que lors de la rupture, elle s'était comportée de telle façon que j'avais été obligé de partir de chez elle pour la première fois sous les insultes. Elle n'avait pas donné de nouvelles et j'avais fini par faire le premier pas en écrivant un mail parce que je voulais pouvoir dire tout ce que j'avais à dire sans qu'elle me provoque toutes les deux phrases et qu'on change de sujet. Or, la première phrase de sa réponse était: "Deux jours pour pondre un "mail" en plus , sans meme avoir le courage (une fois de plus) de me laisser le droit de repondre directement ......Je vais donc choisir la meme voie, Histoire de rester au même niveau".
Ce qui était plutôt fort étant donné qu'elle ne s'était même pas foulée à me donner le moindre signe de vie, mais c'était surtout ce principe éternel chez elle: ce que tu fais est pourri, mais je fais quand même pareil, c'est pas moi, c'est toi qui a décidé que je devais avoir cette attitude donc c'est à toi qu'il faut en vouloir, pas à moi, moi j'ai pas de volonté.
Dans le mail qui suivait,
elle retournait chaque situation à son avantage sans même se préoccuper de voir si c'était conforme à la réalité, m'insultait sur plusieurs pages, prétendant savoir mieux que moi ce que je ressentais, et parlant de rupture "pour mon bien", parce qu'elle serait trop amoureuse alors qu'en même temps nous n'avions qu'une relation de "très forte amitié". Bref, à y perdre son latin, exactement comme maintenant. Du reste on n'en a presque jamais reparlé puisqu'elle disait ne pas même comprendre ce qu'elle voulait dire et qu'elle était même choquée par sa propre attitude...

Rien n'a changé. Même moi je me remets à analyser à tort et à travers tellement je crois rêver. J'essaie de recoller des morceaux de 8 puzzle différents en même temps qu'elle s'amuse à éparpiller à chaque fois que ça commence à prendre forme, et je recommence pour la nième fois, et je me plains... encore.
Pourtant, j'avais cru que notre couple avait évolué.

Je sais aussi que dans l'état actuel des choses, quoi que je fasse, ça se retournera contre moi. Peut-être que ça m'évitera de perdre de l'énergie pour rien cette fois.

La seule chose qu'elle ne sait pas et que je ne lui ai pas dite ( et encore, pas sûr), c'est que ces choix de postes me terrorisent. Je suis littéralement terrifié à l'idée d'une rupture à ce moment là. Seulement quand elle me fait le coup d'hier soir, m'insulter, nier tout ce que je ressens, et retourner la situation sans chercher à avoir le moindre argument qui tienne debout... je ne la reconnais plus, et je me dis qu'au fond je n'ai peut-être pas envie de passer ma vie avec une fille d'une telle mauvaise foi. Seulement c'est tellement gros que je me dis qu'elle doit faire exprès pour provoquer la rupture. Or, c'est pile ce qu'elle me reproche...
Comment se sortir d'une telle merde?
Ce qui me fout la rage c'est que ce conflit me semble monté de toutes pièces. Il n'a pas de fond. Le lendemain matin, (ce matin), je lui ai dit une fois de plus que je voulais qu'on continue ensemble puisqu'elle continuait de dire que c'était moi qui cherchait à rompre de manière détournée parce que je ne voudrais pas qu'on continue, mais ça ne l'as pas arrangée du tout, elle a continué comme si je n'avais rien dit.
Quelqu'un a une solution, si je veux éviter qu'on continue de se maltraiter pour rien et qu'elle comprenne que je suis sérieux lorsque je parle de continuer notre vie ensemble?
Parce que vraiment, là, je suis preneur.
Par WaXou - Publié dans : Conflits
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Jeudi 23 juillet 2009
La logique médicale ne change pas

En dermatologie, on est en sous effectif total. Le chef de service est le seul à prendre son pied. On lui mâche son travail, il voit les patients en 5 minutes chrono, on n'apprend rien, on lui cire les pompes pour pas qu'il nous cherche, car on ne respecte pas du tout les règles qu'il nous a donné vu qu'elles sont aberrantes.

Par exemple, ma journée d'aujourd'hui, ça donne:
Lever à 7h30, le temps de se préparer, départ à 8h30, arrivée à 9h10, 40 minutes pour faire 4 ou 5km, vive Marseille. 20 euros d'essence par semaine, 200 euros de salaire par mois, il en reste 80, mais vu que je rentre en général vers 19h lorsque ce n'est pas 20h, je dépense le reste en fast food, dont la visée est essentiellement anti-dépressive.
A l'arrivée, il y a une tonne de missions à faire avant la visite. Récupérer les comptes rendus de tel et tel examen, téléphoner à machin chose pour qu'il fasse tel truc qu'il ne veut pas faire parce qu'il a la flemme, mettre la pression à une secrétaire qui a décidé de faire de la résistance passive, remplir des bons, les faxer, ramener les instruments sales... je pourrais continuer plusieurs dizaine de lignes. Mais le plus fun, c'est qu'on se fait généralement interrompre toutes les 10 secondes par une infirmière, une patiente, un parent de patient, une aide soignante, ou mieux, une chef qui veut qu'on fasse un truc chiant qu'elle n'a pas envie de faire... la même qui nous engueulera quelques minutes plus tard, parce que du coup on n'a pas pu finir dans les temps ce qu'on avait prévu de faire.
La visite commence, il faut faire bonne figure. Donner l'impression au chef qu'on est super content d'être là, poser des questions, rigoler à ses blagues. En général, le chef consteste tout ce qu'on fait, pose des diagnostics aux antipodes juste pour montrer qu'il est le chef. Et s'il a tort, il ne le saura jamais, le patient sera sorti avant la prochaine visite, c'est à nous de nous débrouiller.
La mission la plus importante pendant la visite, c'est de sortir les dossiers avant que le professeur soit entré dans la chambre et se tenir prêt dès lors qu'il souhaitera accéder à une information, en sortant la feuille adéquate le plus vite possible. Le moindre retard fait prendre le risque de voir le big boss attraper le dossier pour le faire voler à travers la pièce dans un festival d'insultes humiliantes. Lorsque ce n'est pas le chef qui demande de réaliser à la main le graphe des différentes constantes biologiques en fonction du temps tout en indiquant les traitements pris et les aliments consommés à chaque période, c'est une assistante qui va vouloir qu'on récupère le compte rendu d'une improbable ostéodensitométrie que la patiente n'est pas certaine d'avoir passée il y a plus de deux ans en téléphonant à une secrétaire agressive qui n'a pas envie de lever son derrière de sa chaise pour aller jeter un oeil aux archives (et on la comprend... si seulement j'avais l'impression de lui demander des choses vraiment utiles, je me permettrais de râler, mais là...). A la fin de la visite, on se retrouve tous avec une liste de tâches à accomplir, mais on est obligé d'attendre parce qu'à ce moment là plus personne ne répond au téléphone: tout le monde bouffe.
Alors on va bouffer à l'internat infesté de rats et de caffards des aliments difficilement mangeables, préparés par un personnel franchement froid, méprisant et désagréable. On boit le café imbuvable, on fume la clope en 3 lattes, à s'en bruler les poumons et c'est reparti mon kiki.
Ensuite, la mission, ce sont les entrants.
Alors c'est pas compliqué, si on veut pas bosser, suffit de faire semblant d'avoir des trucs à faire. Personne ne va chercher à savoir si ce qu'on fait est utile ou pas, pas le temps de s'occuper de ce que font les autres. Seulement ce sont les internes qui trinquent parce que tout doit être prêt pour la visite du lendemain matin. Et si elles doivent rester jusqu'à 22h pour finir, elles le feront. Comme l'une des deux internes est clairement dépressive et veut arrêter médecine, c'est difficile de ne pas avoir pitié d'elles, mais on se demande pourquoi tout le monde s'acharne à faire marcher ce service quitte à en sortir complètement lessivé, vidé, déprimé et las. Quand c'est humainement impossible, faut s'arrêter, pas se transformer en robot. Surtout qu'au bout d'un moment on risque de faire n'importe quoi et ça nous retombera dessus.
Quand on pense que ceux qui ont choisi, grâce à leur classement, l'autre unité du même service, située dans un autre hôpital, ne viennent qu'une fois tous les 15 jours, ça fait un peu mal au cul.
Ainsi donc, après avoir fini mes missions de la matinée, à 16h, je décide d'aller voir un patient qui vient d'arriver pour faciliter le boulot des internes. Faut dire aussi que c'est ma partie préférée. Découvrir une personne, la rassurer, lui expliquer ce qu'on va faire pour elle, échanger des idées, expliquer, connaître son histoire. Comme c'est une chose que je fais de bon coeur, j'ai une source de revenu secrète: la reconnaissance du patient et de sa famille, qui voient que je m'intéresse vraiment à la personne, que je fais tout pour que la mauvaise ambiance générale ne passe pas le pas de la porte de sa chambre. J'aime bien utiliser l'aura médicale. Je suis toujours très à l'aise au moment ou j'arrive avec ma feuille blanche et mon stylo. Je m'installe confortablement et je commence mon interrogatoire. Pas une seule fois, dans ma vie d'externe, un patient a manqué de me remercier au moment ou je sors de sa chambre dans ce contexte là, et pourtant, à chaque fois je suis gêné parce que j'ai envie de le remercier lui de m'avoir fait confiance, d'avoir été franc, lui même, de s'être vulnérabilisé et d'avoir aussi bien participé à la relation médecin-malade.
Je vois donc ce patient, je l'examine, je fais son bilan clinique et je fabrique un dossier en m'aidant des diverses pièces administratives et des comptes rendus et autres examens qui m'ont été transmis. Je construis aussi le dossier infirmier pour que les infirmières, sachent quels médicaments lui donner, je programme les rendez-vous, j'écris les lettres tout en continuant de me faire interrompre toutes les deux minutes pour tout et n'importe quoi ("le bon de prescription externe pour Mr [dont je n'ai jamais entendu parler], je le donne à qui et je mets quoi dessus", me demande une infirmière, par exemple), lorsqu'il ne s'agit pas de répondre au téléphone qui ne veut décidément pas s'arrêter de sonner même après 5 minutes de mode /ignore ("Sandrine est là?", "Qui c'est Sandrine, et vous êtes qui?", "C'est une infirmière! Elle est là ou pas?", "Vous êtes au bureau médical là!", "Ah, et Sandrine n'est pas là?", "J'en sais rien, je sais pas qui c'est", "Je suis une amie à elle, j'aurais voulu lui parler", ou alors "C'est qui?", "C'est T., je suis externe en 6eme année", "Ah, j'aurais voulu parler à un médecin", "Il n'y en a pas de disponible là, que voulez vous?", "c'est pas grave donnez moi le numéro de portable de Mag.", "Je ne le connais pas", "Vous pouvez pas me le trouver?", "C'est important?", "Euuh, bon ben je rappellerai")
à 19h, j'ai tout fait. J'aimerais juste qu'un chef regarde ce que j'ai prescrit, parce que gérer un cancer en impro alors que je ne suis même pas encore vraiment médecin, ça me gêne. Alors j'attends. Une chef monte. Elle décide de s'occuper des internes en premier. J'en profite donc pour fumer une clope avec les infirmières dont le discours ressemble à "Putain les médecins n'ont toujours pas fini de cadrer les entrants? Ils cherchent à nous pousser à bout là ou quoi?". Seulement, comme la chef remarque mon absence et qu'elle éspère me coincer en flagrant délit de fuite, elle se met tout à coup à me chercher, abandonnant les internes. Je suis obligé de jeter ma clope et de répondre à l'appel. C'est pas plus mal, ça me fera sortir plus tôt.
Elle regarde ce que j'ai écrit, et je constate que j'ai écrit comme un porc tellement je n'en peux plus. Elle cherche la moindre petite faute. J'avais par exemple remarqué qu'aucun médecin n'avait réalisé que mon patient prenait de l'insuline. J'en ai donc prescrit pour la première fois de ma vie sur le classeur infirmier en mettant "insuline sous cutanée retard, 10 unités par jour, le matin".
- "L'insuline ça se prescrit pas comme ça
- Ah ok
- Ca se prescrit comment
- J'en sais rien, j'attendais que quelqu'un vienne vérifier ce que j'avais marqué justement
- Tu sais pas comment ça se prescrit?
- Non pas du tout
- T'as jamais prescrit d'insuline, mais tu as fait tes stages ou? C'est inadmissible en 6 eme année
- J'ai fait mes stages en psy, en chir, en gynéco, en pédiatrie, j'ai jamais prescrit d'insuline
- Tu vas me dire que t'as jamais eu de patient diabétique
- Si, mais c'est la première fois que j'en prescris
- Et tu crois qu'il suffit de marquer "insuline sous cutanée?"
- Non, en fait j'en sais rien, je vous l'ai dit
- Ca n'existe pas insuline, c'est soit insulatard, soit lantus
- Ah oui, d'accord, c'est vrai, j'avais pas capté que c'était ça la sous cutanée
- Ben tu vas téléphoner à son médecin traitant et lui demander
- Mais il est 19h!
- Ben fallait le faire avant
- Bon... le truc, c'est que jusqu'à présent, ce patient est passé par plusieurs médecins séniors d'ici et aucun d'entre eux n'a capté qu'il était sous insuline, alors peut-être que je ne sais pas prescrire une insulinothérapie, mais ça, je suis là pour l'apprendre. L'essentiel, c'est de capter que le patient en a besoin non? Vu que c'était marqué nulle part, je ne l'ai appris qu'en l'interrogeant, et quand je l'ai su, c'était déjà trop tard pour téléphoner au médecin traitant... mais le patient doit savoir lui
- Je m'en fous, demain à la première heure, tu téléphone au médecin traitant.
- Ok

Puis on est allé voir le patient, qui était tout content de me revoir mais qui ne comprenait pas ce que cette mégère venait faire dans sa chambre, à lui demander directement de se foutre à poil sans autre forme de procès. Il me regardait l'air de dire "Elle est passée où la belle humanité de tout à l'heure? Pourquoi vous ne faites rien?".
L'assistante est partie en me disant "bon, tu  demandes à ce qu'on fasse une biopsie des lésions érosives pariéto-temporales pour demain, tu corriges tout et tu refais le dossier". Résultat, Sortie à 19h30, arrivée chez moi à 20h les genous en bouillie, regrettant de ne pas avoir le moindre joint à fumer histoire d'oublier cette journée de fou dans un coma enfumé et indifférent.
Ce que j'aime beaucoup, en médecine, c'est que ce sont les mecs mal classés comme moi qui se retrouvent dans des services ou on nous demande de savoir tout faire, d'avoir un caractère et une endurance en béton, alors que les mecs bien classés, donc en théorie, les plus performants, ont tout l'été devant eux pour aller à la plage, glander, bronzer, sortir avec leur petite amie, réfléchir à leur avenir, voir leurs potes, répondre à leur courrier, aller chez le coiffeur, le dentiste, régler un malentendu avec leur assurance, faire le ménage, retrouver le badge perdu qui permet d'entrer dans le garage et vendre des objets sur ebay pour se faire de l'argent de poche pour l'été. Quoi que je me trompe. Les mecs bien planqués n'ont pas tous ces problèmes à régler, ils les ont déjà réglés depuis longtemps.
Finalement, je ne suis pas certain d'être capable d'encaisser un internat de médecine générale... en tous cas, pas à ce rythme.

Cette logique médicale commence à me mettre sérieusement de travers.
Par WaXou
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Mercredi 15 juillet 2009
Lorsque je suis allé chez Thib., j'ai fait la connaissance d'un personnage troublant: Seb.
Seb a laissé s'accumuler dans sa vie tous les problèmes qu'il a rencontré. Des problèmes dont la plupart auraient pu être évités s'il n'avait pas cette tendance à l'aveuglement. On pourrait se dire que ses potes auraient dû l'aider à ouvrir les yeux, mais Seb n'a pas de vrai pote. Il n'y a que des gens dont il profite, avec qui il aimerait bien avoir un vrai lien, sauf qu'il ne fera jamais aucun effort en ce sens. Il préférera toujours, au moment ou la relation demande de lui un minium de présence, la figuration ou à l'extrême, la disparition, faire comme s'il n'était pas concerné.

Seb a accumulé une dette de plus de 15000 euros en voulant se la péter devant sa femme qui a depuis demandé le divorce, ce pourquoi il s'est retrouvé interdit bancaire. Il doit des milliers d'euros à tous ses "potes" et travaille avec Thib sur le chantier. Comme Thib travaille pour deux, sa place est tranquile. Mais lorsque c'est quand même trop, il travaille dans un snack paumé pour boire à l'oeil.
Seulement ces boulots ne sont pas destinés rembourser ses dettes, histoire de repartir sur des bases saines. Il va répartir ses sous en deux parties. La réserve pour la drague (payer des verres, jouer au bon vivant etc.), et celle pour se sentir mieux (coke, alcool, clopes, et exceptionnellement remboursement partiel de dettes lorsqu'il risque de se faire casser la gueule). En fait, l'attitude que Seb a avec ses dents est transposable sur tout ce qu'il fait: il a les dents tellement activement pourries qu'on sent la pourriture dentaire (ceux qui ont laissé une carie évoluer assez longtemps savent ce que c'est) à au moins 2 mètres lorsqu'il parle. Même aux urgences, je n'ai jamais vu ça. C'est pour cela qu'une partie de son budget drague est destinée à l'achat de parfum très puissants dont il abuse, histoire d'espérer donner le change au moins le temps que la fille soit assez ivre. Par contre, il ne se lave pas les dents vu qu'à chaque fois qu'il tente "tout part en morceaux".
Tout chez lui fonctionne donc sur ce principe. Un problème difficilement rattrapable tellement il l'a laissé évoluer, l'abandon total de toute idée de solution à long terme, et à la place, la concentration sur toutes les techniques lui permettant de faire comme si de rien était le plus longtemps possible. Et s'il est capable d'agir ainsi avec ses propres problèmes, on peut imaginer comment il gère ses responsabilités lorsqu'il cause un problème chez quelqu'un d'autre. Seulement ce n'est pas si difficile, de toutes façons, il n'a de lien véritable avec personne. Il n'a aucunement le temps et l'énergie de se soucier du bien être de ses proches. Le peu qu'il reste, c'est direct pour sa tronche. Quelques maladresses de sa part permettent de voir qu'il aimerait être l'Ami de quelqu'un. Avoir un véritable lien. Mais tout ce qu'il fait va à l'encontre d'une telle éventualité.

Maintenant, le coté drague, qui me paraît être le plus triste: lorsqu'il a fini sa journée de boulot (ou la plupart du temps, de glandouille), Seb se planque dans les snacks près de la plage et choisit des cibles. Extérieurement, il est beau gosse, et limite impressionnant même s'il ne se sépare pas de son chapeau très classe car ses cheveux de kiki ne plaisent pas comme il voudrait: il joue au gars mystérieux et sûr de lui, assis seul au fond du bar, où à force de squatter et d'accumuler les ardoises il connaît tout le personnel. Il observe, à moitié ivre, fantasme sur les jolies filles épanouies les imaginant dans des scènes hard assez stéréotypées tout en cherchant les regards. Or, il y a des femmes dans un état d'esprit tout à fait similaire au sien. Ce ne sont pas vraiment celles qui le font fantasmer, mais au moins, elles lui donnent l'impression qu'il est apte à une vie de couple, qu'il n'est pas si loin de la vie que ça, enfin j'imagine, vu que je ne vois strictement rien dans sa vie qui puisse le rassurer sur ce plan.

C'est comme ça que Seb avait rencontré récemment une femme, ancienne toxicomane, avec un enfant, dont le mari venait de sortir de prison. Seb avait miraculeusement promis de rembourser quelques sous à Thib. à ce moment là mais il a préféré ferrer le poisson en achetant une grande quantité de dope pour la partager avec elle au cours de deux nuits blanches dans un hôtel (vu que le mari habite toujours avec sa femme). Il devait passer chez Thib. mais n'a pas donné de nouvelles pendant 2 jours, pas plus qu'il n'est allé au travail. C'est la petite amie de Thib. qui l'a aperçu dans son vomi sur la plage à coté de la femme et de son fils le soir du deuxième jour.
Ce soir là, Seb était trop bourré pour rentrer chez lui, alors il a dormi avec elle, dans son appartement, dans la même chambre que l'enfant, juste à coté de celle du mari. Il a probablement dû se repoudrer le nez un petit coup pour récupérer ses esprits avant de sauter sur la femme et il s'est fait surprendre en pleine besogne par l'ex taulard. On s'était dit, avec Thib. que tôt ou tard, ce dernier allait lui faire comprendre qu'on ne peut pas dépasser toutes les limites impunément et on imaginait bien que lorsqu'on le reverrait il se serait fait arranger le portrait à l'ancienne. C'était sans doute abuser de l'image du taulard.
Car cet homme en a décidé autrement. Il s'est enfermé dans sa chambre et s'est pendu. La femme et le fils qui l'ont découvert le lendemain l'ont très mal vécu, l'ambiance ne plaisait plus à Seb, alors il s'est barré et ne leur a plus donné de nouvelles.
Et c'est pour cela que Thib. n'arrive jamais à engueuler Seb. Sa vie est tellement misérable que lui crier dessus pour récupérer 500 euros paraît invraisemblable. De la même façon, lorsqu'il me parle en essayant de se la péter, me racontant comment il laisse Thib tout seul sur le chantier en se faisant faire de faux arrêt maladie, et menaçant de dénoncer le patron pour des broutilles si jamais ce dernier n'est pas content, je reste perplexe. Tel un globule blanc devant une cellule cancéreuse, j'ai besoin de sentir un micron d'ouverture, de sensibilité ou de conscience chez une personne pour la remettre à sa place. Chez lui, il n'y a que des vestiges. On ne le reconnaît pas comme humain, alors on n'ose rien lui dire. Si j'étais Thib, je l'aurais mis à la porte depuis longtemps. C'est désolant à dire, mais humain ou pas, rien que l'odeur m'est insupportable.
S'il y a bien une chose que Seb me fait réaliser, c'est qu'il faut que je règle mes comptes avec ma tendance toxicomane car elle est basée sur le même principe que son attitude à lui. Je ne veux pas d'une vie comme ça. Je préfère la mort.
Or, je veux vivre (on croirait pas mais ça fait du bien de le dire des fois).
 
Par WaXou - Publié dans : overhell
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Lundi 13 juillet 2009

Aujourd'hui, le sort m'a attribué une patiente à qui on vient de trouver des métastases cérébrales. La médiane de survie du cancer qu'on vient de lui diagnostiquer se situe à 6 mois. J'ai rarement vu une patiente aussi... charismatique. Je ne sais pas si c'est la confrontation à une telle épreuve qui l'a rendue comme ça ou si elle l'était déjà, mais elle a une façon de chercher la présence dans le regard qui me touche beaucoup. Son sourire est vrai. Elle m'a raconté qu'elle n'avait pas confiance en la médecine en me confiant les problèmes qu'elle a rencontré par le passé, qui étaient totalement révoltants. Mais elle me racontait ça d'une position d'égal à égal, pas du tout comme si j'étais du coté des méchants. Elle ressentait toujours beaucoup de colère vis à vis de ce qu'il s'était passé, elle ne le cachait pas, mais elle ne se laissait pas emporter non plus.

J'avais l'impression que c'était directement son coeur qui me parlait.

C'est toujours assez délicat de demander à une patiente de se déshabiller pour l'examiner lorsqu'elle a 20 ans de plus. Surtout lorsque le principe est d'examiner chaque parcelle de son corps à la recherche d'une tumeur primitive. Ce sont des moments où l'on met en général de coté sa sensibilité et sa pudeur, autant pour le patient que pour l'étudiant en médecine. Seulement là, c'était particulier. Je n'ai pas ressenti le besoin de mettre ma sensibilité de coté. Lorsque je lui examinais le cuir chevelu, j'avais l'impression d'être une sorte de singe qui cherchait une bête dans les poils de sa soeur. Je n'avais jamais procédé à un examen aussi minutieux du cuir chevelu et mes mains se sont mises à oeuvrer par instinct, exactement comme on voit les singes faire dans les documentaires animaliers, le regard intensément fixé sur la petite zone que les doigts permettent de découvrir. Je crois que j'étais aussi désarmé qu'elle devant ce diagnostic. Tout comme elle, je cherchais à comprendre, et lorsque j'eus fini par trouver une lésion suspecte, je m'étonnais avec elle de son aspect insignifiant, comparé à la gravité de son pronostic. J'étais un peu gêné de mon étonnement. J'aurais tendance à penser qu'elle avait besoin d'une personne qui ne soit pas étonnée. Pourtant je l'ai sentie satisfaite par notre contact. Après cet examen, son sourire se faisait plus franc et plus touchant, comme si nous partagions un secret.

Elle voulait avoir une permission pour passer le jour férié avec sa famille. C'était évident qu'on allait la lui donner. Cependant, elle voulait aussi sortir ce soir et elle essayait de négocier les règles des horaires de sortie. Par réflèxe, croyant bien faire, j'ai failli lui dire qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait, que ce n'était pas la peine qu'elle se préoccupe du règlement, mais je me suis retenu. J'ai eu l'intuition qu'il ne fallait surtout pas que je fasse ça. Que se sentir au delà des règles communes était la dernière chose dont elle avait besoin à ce moment là. Je crois qu'elle voulait vraiment toujours faire partie du jeu. Peut-être même plus que jamais. D'ailleurs elle a aussi eu l'air plutôt satisfaite que je ne lâche pas l'affaire trop facilement. Elle n'a pas beaucoup insisté une fois qu'elle a vu que je considérais ces règles valables pour elle et elle est partie avec ce même sourire.
On pourrait croire que c'est une façon de se leurrer mais je ne crois pas. Se mettre à rejeter les limites au moment ou l'on sent la mort inéluctable, je sais au fond de moi que c'est une erreur.
Quant à expliquer le pourquoi du comment...

Par WaXou - Publié dans : overhell
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Samedi 11 juillet 2009
Les résultats de l'internat sont tombés, les miens ne sont pas bons. 5600 sur 6400. Difficile de savoir si j'aurais la possibilité d'avoir un poste en psy. Si je prends en compte la hausse du nombre de postes cette année en comparant aux rangs limites habituels, ça devrait passer, mais de toutes façons, la médecine générale faisait partie de mes alternatives depuis le début. La place d'interne de psy est confortable, mais c'est à 80% du boulot socio-administratif, tandis que pour l'interne de médecine générale, il peut y avoir jusqu'à 50% du travail basé sur le psychique. C'est d'ailleurs dans des services de médecine organique que j'ai vécu mes plus belles expérience en matière de psychothérapie pour le moment. Le hic, c'est que c'est un boulot plus épuisant.
C'est l'assistanat qui me paraît être intéressant dans un service de psy, et c'est accessible depuis un internat de médecine générale. Mais malgré tout, je n'aurais pas craché sur un peu de confort, je l'avoue. Et puis aussi sur un résultat un peu plus brillant, histoire que les gens ne soient pas désolés pour moi alors que je suis déjà bien heureux d'avoir traversé ce deuxième cycle et d'être à 3 mois de l'indépendance financière vis à vis de mes parents.

Je ne savais pas trop quoi penser de ce résultat au début, sur mon écran. Décevant. Certes. Mais après?
J'avais rendez-vous chez M. une heure plus tard, qui elle, a eu un bon résultat alors qu'elle parlait de catastrophe et qu'elle disait s'en foutre. Tu parles. Je me doutais bien qu'elle devait jubiler tout en faisant style de rien, comme à chaque fois qu'elle a de bons résultats. J'avais cependant un peu peur de sa réaction vis à vis du mien. Je me disais qu'elle risquait d'être révélatrice.
 Et je l'ai trouvée frustrante. Elle ne s'était encore jamais amusée à jouer au thérapeute avec moi de manière aussi flagrante. Elle était d'une zenitude intense, compatissante, elle posait des questions pour me faire parler et ça me saoulait. Elle attendait de voir ce que je disais pour me donner, non pas un avis, mais des arguments qui allaient dans mon sens, comme si elle, bien que prête à me donner conseil, n'était pas concernée.

 Que j'évoque le redoublement, donc la séparation, ou la possibilité de prendre médecine générale, c'était la bonne solution. Si je parlais d'espoir d'avoir quand même psy cette année, elle avait des questions de thérapeute à poser. Elle laissait de grands silences que j'étais obligé de combler en parlant alors que je n'en avais pas envie. Du coup on a plutôt parlé de son résultat à elle.
 Elle me donnait l'impression de tellement jubiler vis à vis de son résultat qu'elle n'avait pas envie de vraiment se sentir concernée par ma déception et comme j'avais tout de même un peu honte de ma performance, je n'ai rien osé lui dire sur le moment.  Elle était sur un nuage éloigné du mien, qui semblait beaucoup plus haut.

  Comme elle faisait comme si le fait qu'on soit ensemble ou pas n'avait pas d'importance, je lui ai rappelé que pour moi, ça avait de l'importance, en lui disant que j'avais l'intention, à l'origine, que nous restions ensemble. Elle m'a alors dit que pour elle aussi, comme si c'était évident: elle ne se voyait pas faire son internat sans moi. Seulement, encore une fois, elle ne m'a soulagé qu'à moitié. Après s'être montrée totalement indifférente tant que je ne m'étais pas prononcé, elle m'a tout à coup suivi au moment ou j'ai fait un mouvement. Comme mon ombre.

Je n'ai pleinement compris ma frustration que le lendemain, lorsque j'ai parlé avec Ar., mon coexterne, qui lui aussi a eu un bon classement. Je lui ai dit que j'avais peur de ne pas avoir le choix à cause de ce classement vraiment trop limite. Il avait envie de me rassurer, mais comme il n'était pas sûr, il est allé sur le net voir les tableaux des rangs limites des autres années. Il m'a expliqué son raisonnement et m'a dit qu'il pensait vraiment que je pourrais avoir un poste de psy compte tenu de l'augmentation des postes cette année. Qu'il ne fallait pas que je m'en fasse selon lui, il a ajouté qu'il pensait que ce concours récompensait une majorité d' imbéciles et qu'avoir un mauvais classement n'était pas honteux.
Je n'arrivais pas à partager sa confiance, mais j'ai été touché par son attitude concernée, alors que rien ne l'y obligeait. Il m'a donné un avis différent du mien en l'appuyant sur des arguments. Son résultat ne lui donnait pas tout à coup une place compatissante au dessus de moi, et c'est donc là que je me suis dit qu'il fallait que je tire ça au clair avec M.

C'est ce soir ou j'ai décidé d'en parler. Mais sa mère avait réussi à gâcher son enthousiasme très vite par téléphone avant que j'arrive: "Ah? Donc tu comptes redoubler? Ah non? Bon alors si t'es contente tant mieux pour toi"
Toute sa joie est retombée à plat. Elle s'est rendue compte qu'elle espérait surtout que sa mère soit contente d'elle, une fois de plus, ce qui l'a beaucoup énervée. Et de mon coté, j'ai réalisé que c'était pour cela qu'elle semblait aussi obnubilée par son résultat comme s'il était le "précieux".
Je l'ai soutenue comme j'ai pu et une fois que je l'ai sentie apaisée, j'en ai profité pour lui dire que j'avais eu du mal à encaisser son attitude compatissante, non concernée, qu'elle avait eue avec moi. Comme elle m'expliquait que pour elle, c'était la meilleure à avoir pour mon bien, je lui ai raconté le bien que m'avait fait la réaction de mon coexterne contrairement à la sienne. Qu'il s'était mouillé un minimum, lui. "Mais il ne te connaît pas"
- Mais justement! C'est ça qui me gêne! Je l'ai senti plus proche que toi.
- Mais c'était pas pareil, sa réaction était froide, implacable!
- Non, il s'est acharné à me trouver des tableaux sur internet pour me montrer qu'il ne disait pas ça pour me faire plaisir, et il m'a fait du bien, par contre ta réaction à toi, elle, je l'ai trouvée froide, neutre. Lui il a pris parti. Si je n'ai pas de place de psy, peut-être que je lui en voudrais pendant un moment, mais au moins, il a pris le risque de me donner un avis qui me concernait.
- Ok, alors s'il se trompe, tu risques de lui en vouloir, et si je ne te donne pas d'avis tu m'en veux aussi? Si c'est comme ça moi je dis plus rien et voilà.

Et je suis parti. L'envie de m'expliquer davantage, étouffée en voyant qu'elle ne cherchait même pas à comprendre... ou qu'elle comprenait déjà très bien. Elle a le don pour me faire regretter d'oser lui dire ce que je ressens.

Maintenant, c'est le tour des parents...


Par WaXou - Publié dans : overhell
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