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Jeudi 12 juin 2008

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Je viens de voir Phénomène (je crois que le vrai titre FR est phénomènes, mais vu qu'en anglais c'est "The happening", je préfère l'appeler "Phénomène"). Je vais parler ici de ce que ce film m'inspire, je ne vais pas dévoiler grand chose puisque ce film ne dévoile rien directement par lui même par rapport à sa bande annonce. Je vais juste éviter de parler de la fin même si elle ne m'a rien dévoilé sans réflexion à posteriori. Cependant, si vous comptez aller voir ce film, je conseille vivement de lire cet article après coup, ce sera bien plus intéressant.

Phénomène est un film qui présente un phénomène anormal, qui paraît incompréhensible. On lui cherche un sens tout le film mais bizarrement, on est renvoyé à une multitude de petites problématiques humaines qui paraissent sans rapport avec le phénomène, juste parallèles. Et pourtant, elle sont pour moi comme des indices que l'auteur a semé pour nous permettre de trouver un sens au phénomène. Un sens qui ne sera pas dévoilé à la fin mais qu'on devra chercher si on adopte une attitude scientifique. Sans ça, ce film peut donner l'impression d'être une grosse blague, un film catastrophe baclé et incohérent, d'autant plus qu'on nous donne via le personnage principal une hypothèse pour expliquer le phénomène. Une hypothèse qui ne tient pas la route. Ou alors seulement en partie.

Le truc qui met sur la voie, c'est qu'au lieu de nous plonger dans une action facile et cohérente, l'accent est mis sur des petites scènes, des petits tableaux montrant plusieurs paradoxes humains à travers des personnages décrits sur quelques minutes par leur attitude, leurs problèmes, leur tourments d'humains, qui meurent, ou pas, à cause du phénomène. Chaque personnage paraît cinématographiquement incohérent, mais pourtant réaliste.

Un film qui m'a tout de suite rappelé mon apocalyptic dream number one, lui même inspiré de the virgin suicides.

La différence c'est que dans mon rêve, c'est la nature qui dort au fond de l'homme, celle avec avec laquelle l'enfant est toujours en contact, qui provoque le suicide en masse des enfants parce que le monde dans lequel ils naissent ne parvient plus à les porter, à donner naissance à l'envie de vivre originelle, à l'instinct de survie.

Ici la nature est extérieure à l'homme... encore que...

Elle provoquerait des suicides via une neurotoxine qui déposséderait l'homme de son instinct de survie (c'est la théorie presque tout de suite exposée). Mais il y a tout de suite un problème: pourquoi l'homme se suiciderait sur le champ si on lui enlevait son instinct de survie? Car c'est bien ce que font les personnages. Une fois "infectés", il cherchent le premier moyen leur permettant de se suicider. Si le fait de perdre son instinct de survie pousse directement l'homme au suicide, c'est peut-être parce que ce dernier souffre tellement qu'il n'y a que son instinct de survie qui le tient en vie.

Je me rappelle avoir demandé à Quelqu'un, il y a peu pour tenter de montrer à quel point nous sommes prêts à cracher sur notre propre vie: "Si tu avais eu dans ta vie la possibilité d'appuyer sur un bouton pour que tout s'arrête d'un coup, te faire disparaître toi, ou la personne de ton choix et les problèmes associés à ton lien à cette personne sans autre conséquence que cette disparition, sans avoir de problèmes, combien de fois aurais-tu appuyé sur ce bouton?". Mon interlocutrice avait été sincère. Elle a reconnu qu'elle aurait sans doute appuyé beaucoup de fois sur ce bouton, y compris pour elle. Autrement dit, si le suicide ou le meurtre ne nous posait pas de problèmes pratiques, il y a aurait peu de vivants sur terre. C'est du reste ce qu'on fait souvent dans notre tête. Puisqu'on ne peut pas faire disparaître la personne dans la pratique, on le fait dans notre monde intérieur afin de le rendre moins problématique sans se rendre compte qu'on fait alors apparaître une nouvelle problématique bien plus subtile et enfermante: pour que ça marche, on est obligé de se réfugier dans ce monde intérieur, qui se décale de plus en plus par rapport à la réalité alors qu'on continue de vivre physiquement dans celle-ci. On se tue symboliquement à petit feu pour ne plus avoir de problèmes jusqu'à ce qu'ultimement, nous soyons tellement décalé qu'on ne sache même plus manger, respirer, aimer. Qu'on soit enfermés vivants dans un monde sans vie de moins en moins intéressant et stimulant. On se retrouve sans énergie et ce manque d'énergie nous conduit à nous sentir de moins en moins à la hauteur des obstacles qu'on rencontre. Ainsi la boucle est bouclée. On devient littéralement des morts vivants. On peut mettre cette idée en rapport avec le passage de Sixième sens, du même réalisateur que j'avais cité dans un article précédent: je vois des gens qui sont morts, ils vont et ils viennent comme n'importe qui, ils ne se voient pas entre eux, ils ne savent pas qu'ils sont morts.

A un moment du film est évoqué un exemple: des plantes sécréteraient une phéromone lorsqu'elles seraient menacées par des chenilles afin d'attirer des guêpes qui les tuent. Si on met en rapport le phénomène et cet exemple, on peut se demander de quel prédateur se sert la nature pour tuer l'homme. Et la conclusion serait que sans instinct de survie, l'homme se tuerait tout seul devant toute problématique. Il est donc son propre prédateur, et c'est juste son instinct de survie, un dernier vestige de la nature, qui l'empêcherait de se tuer. Il n'y a que ça pour le garder en vie, sauf peut-être pour les enfants qui eux, sont encore proches de leur nature, même si du coup, ceux-ci prennent de plein fouet la folie humaine et y réagissent en conséquence, d'une façon qui peut apparaître démesurée. (edit: ce qui est étonnant c'est que j'ai écrit cette dernière phrase sans me rendre compte qu'un passage du film impliquant deux jeunes illustrait totalement ce principe)

C'est une théorie peut-être un peu tirée par les cheveux. Mais c'est précisément cette idée qui avait rendu mon cauchemar si troublant. Le fait qu'un jour, la nature en chacun de nous serait tellement bafouée qu'un seuil serait atteint et que notre vie nous quitterait par une sorte de dissociation ultime qui provoquerait un suicide, soit symbolique, soit réel. Une idée qui semblait ressortir de "the virgin suicides", mais aussi des suicides en masse, de ce que j'ai vu aux urgences ou des troubles "borderline" qui selon un documentaire d'arté seraient de plus en plus fréquents sans qu'on ne sache clairement pourquoi. A savoir que les "borderlines" ont un taux de suicide très élevé étant donné qu'ils se retrouvent parfois à affronter une sensation de vide infernale au milieu de laquelle l'instinct de survie n'a plus vraiment d'importance.
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C'est aussi l'idée développée par Marilyn Manson dans
"disassociative" dont j'ai déjà parlé. " Je peux vous dire ce qu'ils disent dans l'espace: notre monde est trop gris. Mais lorsque l'esprit est si digital, le corps agit de son propre gré / à sa façon, ce monde me tue..."

Principe encore retrouvé dans la musique de NoFX, "the decline" avec "Sara est partie, le processus de pensée disparu, elle a laissé son répondeur allumé (en gros, elle répond mais elle n'est plus derrière ses mots), le message d'accueil énoncé sincèrement, des messages que personne n'entendra plus jamais (...) Une balle, une tête vide, maintenant que la serotonine est partie."
L'idée du suicide paraît venir d'une partie de nous qui reprend le dessus. Une partie qui ne craint pas la mort, qui est au delà des problématiques de la séparation individuelle et qui décide qu'elle ne peut plus habiter ce corps ou tout du moins cette image de soi. C'est aussi pour ça, à mon sens, que lorsqu'on touche un tel fond on connaît soit une mort symbolique, soit physique et que c'est propice à la réalisation du fait qu'au fond, ce qui nous habite, notre âme, notre véritable nature est au delà de la séparation individuelle et du corps. Il y a un truc au plus profond de nous qui persiste même lorsque tout le reste meurt, y compris la séparation physique.

On peut aussi voir ce principe dans les livres d'Eckhart Tolle. Notre esprit est devenu tellement prépondérant dans notre vie, à tourner en boucle, qu'on ne perçoit plus rien, qu'on ne prête plus attention à quoi que ce soit, ni à qui que ce soit. Il y a tellement de problématiques les unes sur les autres que jamais nous ne touchons le fond, le silence nécessaire à la perception de ce qui Est. On vit presque uniquement dans notre tête avec de brefs intervalles de présence qui passent inaperçus sous la masse des pensées alors que ce sont uniquement ces instants qui nous gardent en vie, qui nous permettent de respirer sans que nous nous en rendions compte.

Du reste, à la fin du film, il arrive quelque chose de bien particulier aux personnages principaux et on peut se demander si cela influe sur le phénomène. C'est probablement le cas, sinon le film n'aurait aucun sens, et cela va dans le sens de ma pensée. Je ne dévoile rien parce que c'est à peu prés la seule chose dévoilable dans ce film. Le reste ne sont que des événements qui s'enchaînent dont le trait principal est déjà dévoilé dans la bande annonce.

Ce film invite donc à la réflexion pour trouver du sens. A une réflexion profonde mais particulièrement trippante. Peut-être que ce que je dis est à coté de la plaque, c'est bien sûr à chacun de se faire son idée..

Lorsqu'il s'est fini, je ne savais vraiment pas quoi en penser. Il a pris toute sa profondeur dans la réaction qu'il a suscitée en moi après coup lorsque je me suis dit "soit ce film ne tient pas la route, ou soit il faut comprendre quelque chose par son aspect patchworké ;). Je me demande s'il a fait le même effet à tout le monde ou si c'est moi qui ai été long à la comprenette (je n'ai d'ailleurs pas du tout compris lorsqu'une partie de la salle a applaudi à la fin).

Edit: j'ai mis après coup cette musique de Mgmt en fond pour cet article car elle représente tout à fait l'esprit qui anime ma réflexion avec une dose d'espoir en plus. Un esprit dont je n'ai pas réussi à parler directement ici.
Merci Julien.

par WaXou publié dans : overhell
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Mercredi 11 juin 2008
Départ de pookie, je reste seul. J'ai reçu du kratom il n'y a pas longtemps. Je n'ai pas envie d'aller en conf. Ça ne fait que deux semaines que les exams sont finis. J'ai bien le droit de glandouiller un peu. D'autant plus que depuis quelques années, je sais que la capacité à glandouiller peut se perdre.
Je me fais mon bol. Pas besoin d'en mettre beaucoup. Dernièrement je suis tombé sur des séries peu corsées en alcaloïdes. Ma tolérance n'est pas bien haute. Je bois l'infâme breuvage et j'attends que les effets se fassent sentir, la tête enfouie dans un oreiller. Quelques dizaines de minutes plus tard, je rêve. Je me dis que s'il y a une drogue que je veux tester, c'est l'opium. Je ne sais pas pourquoi, cette substance me paraît avoir une âme contrairement à d'autres drogues plus dures. Le kratom s'en rapproche beaucoup paraît-il mais le goût gâche tout.

Je suis réveillé par la sonnerie de mon téléphone. Pas le temps de décrocher. C'était cette vieille amie dont j'ai été amoureux il y a plusieurs années, à l'époque ou j'avais senti une profonde connection entre nous. Depuis c'est comme si un gros mur nous séparait. Elle est de passage chez un bon ami, actuellement interne aux urgences, dans un service que je connais bien. Elle me propose de passer. Pourquoi pas.
Je marche quelques minutes. Je connais cette route par coeur. Je l'ai descendue et remontée des centaines de fois. Parfois avec des kilos de courses sur chaque bras. Cette fois je n'ai pour bagage qu'une bouteille de rosé bien fraîche.
Je débarque dans l'appart de mon ami interne encore plus bordélique que le mien. Calage sur la terasse-jardin. C'est dommage, le kratom atténue l'effet de l'alcool. Je reste ultra zen malgré les débats naïfs dans lesquels je me laisse emporter.
Parler de tout et de rien, rigoler pour des conneries. Réaliser que tout le monde croit ou veut croire en la même chose et fait les même erreurs. J'ai confiance. Je ne sais pas en quoi. En moi ou en eux, ça revient au même. J'ai le sourire. La seule chose qui m'attriste c'est de croire que toute cette belle innocence va être érodée au fil des années. J'espère qu'elle saura persister et devenir un fond, comme le rocher devient sable à la fois fluide et solide qui supporte l'océan. Pfff. Moi et mes images à la con.
Je repars. Il est une heure du matin. Le prochain rendez vous est pris pour la fête de la musique. Je sors de l'immeuble. Finalement le vin blanc et le rosé tappent à retardement.
Je marche moyennement droit dans ces rues bourrées de voitures. Je passe devant mon ancien appartement. Je salue intérieurement mon successeur qui a laissé sa lumière allumée. Il a raison. Faut laisser sa lumière allumée. Keep your lights on.
Elles sont belles ces rues tout compte fait. Les crottes de chien sont en voie de disparition, ou peut-être ai-je appris à les occulter tout en les évitant. Ou alors peut-être que c'est parce que je marche au milieu de la route. Je décide de prendre une photo de ce moment éminement insignifiant parce qu'il me paraît justement unique.
Je m'arrête au distributeur robotisé. Un couple de jeunes semblant à peine sortis de la voiture de papa et maman sont assis par terre avec un chien. Ils me demandent une pièce. Je les regarde, la fille à les yeux complètement dissociés. Ce n'est pas un strabisme, c'est assez effrayant. Ils me remercient de mon refus. Étrangeté quand tu nous tiens.
J'aimerais savoir d'ou ils viennent. Pourquoi ils sont là mais j'ai peur d'être trop intéressé.
Je me couche en oubliant de régler mon réveil.
Quand je fais n'importe quoi je ne le fais pas à moitié.

(ps: je viens de regarder un peu qui me visite en ce moment et je remarque que depuis deux jours je reçois des visites du ministère de l'intérieur ainsi que de la santé et affaires sociales, j'hésite à enlever mon article sur le kratom puisque visiblement c'est celui là qui les intéresse le plus...)
par WaXou publié dans : overhell
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Dimanche 8 juin 2008
On était à table avec mes parents et j'ai entendu un miaulement désespéré venant d'un coin de la maison. Comme ça continuait, je suis allé voir, généralement ses miaulements nous sont toujours destinés sauf quand elle a très mal. C'était probablement le cas: elle était entrain de chercher quelque chose dans un recoin sous la cheminée.
En fait elle cherchait encore ses petits. 10 ans plus tard.
Quelle tristesse. Voilà pourquoi elle est aussi dépendante de nous. Pourquoi elle n'a d'attention que pour nous. Qu'elle ne pense qu'à bouffer. Voilà pourquoi elle est aussi "insecure" et qu'elle a tant besoin de contact, d'être rassurée. Ma mère se plaint gentiment, mais perpétuellement de son coté "collant". Et c'est vrai que je suis toujours étonné de voir à quel point le fait de monter sur nos genoux est important pour elle. Un problème existentiel. Littéralement.
Elle est peut-être comme ça parce qu'un jour ses petits ont disparus. Tous d'un coup. Je n'ai jamais compris comment mon père a pu faire ça. Sans prévenir. Quand je pense que lui et ma mère avaient l'air aussi émerveillés que moi lorsqu'elle a mis bas. C'était magnifique de voir cette petite sénégalaise avec ses petits, de voir qu'elle savait parfaitement quoi faire. Elle s'en occupait à merveille.
4 chatons contre quelques centaines d'euros, un peu de temps et d'attention. Le combat était inégal.
La deuxième fois on les a placés. Mais elle a encore une fois vu ses petits disparaître les un après les autres jusqu'à ce qu'il n'en reste plus aucun. Je ne crois pas qu'elle ait pu se sentir mère indigne. Ce genre de concept n'existe pas chez les animaux. Mais par contre, qu'elle ait eu l'impression que le monde n'avait pas de sens et qu'elle ait eu un besoin de protection, oui. Comme si ses instincts avaient prouvé leur inutilité, et sans eux, sur quoi peut-elle se baser? Elle devient une handicapée totalement dépendante ce qui nous arrange bien puisque ça la rend si attentive à nous, dans sa propre quête d'attention. Couper ou limiter le lien à la nature de l'autre. Voilà comment le rendre dépendant.
Au fond, on est un peu tous les deux dans la même galère.
WaXou l'animal de compagnie angoissé.
Du reste je viens de me souvenir que lors de la deuxième portée, elle n'arrêtait pas de trimballer ses petits pour les mettre dans le lit de mes parents. Quelle ironie.

Ce passage avec Milady a été troublant aussi parce que lorsque j'ai vu qu'elle cherchait ses petits, que ce manque la hantait toujours après autant d'années, je n'ai même pas pu en parler. Je ne voulais pas casser la petite bulle dans laquelle ils essaient de s'enterrer. J'ai réalisé que c'était trop tard. Ils n'auront jamais le courage de voir les choses en face. Je ne leur aurait fait que du mal.
Il y a eu un grand silence, et on a fait comme si de rien était.

Sinon en ce moment il n'y a pas de conflits. Je me suis même surpris à demander à ma mère de se taire alors qu'elle faisait des commentaires idiots sur le visage d'un jeune à la télé. J'essayais d'écouter le reportage. J'ai dû m'y reprendre à deux fois mais la deuxième fois a été efficace. Je n'y ai même pas fait gaffe sur le coup. Ce n'est pas grand chose mais ça n'aurait jamais pu arriver avant. Je ne regardais jamais la télévision à table. J'étais toujours sur la défensive ou en quête d'attention. Incapable de m'intéresser à autre chose qu'à eux. Du coup c'était à moi qu'on demandait de se taire, de la même façon dont ils repoussent Milady lorsqu'elle essaie par tous les moyens de monter sur leurs genoux.
Je ne sais pas à quoi est dû ce changement. Je crois que je vis une période charnière.
Quoi qu'en fait, depuis 4 ans j'ai toujours l'impression de vivre une période charnière...
par WaXou publié dans : overhell
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Jeudi 5 juin 2008
Il m'arrive parfois d'avoir des coups de fatigue vraiment déroutants. Je m'y suis habitué depuis le temps. Il y a quelques années, cela m'arrivait jusqu'à 10 fois par jour. Maintenant c'est par période et j'en ai rarement plus d'un par jour. Le schéma est toujours le même. Je me sens un peu stressé, comme si mon corps me brûlait, une impression de tête vide. Puis arrivent les baillements. Toutes les 10 secondes pendant au moins une demi heure. Mes doigts deviennent froids, mon coeur ralentit, mon champ visuel se rétrécit et respirer devient presque épuisant.
Lorsque je suis seul chez moi, il me suffit de m'allonger. Je ne peux jamais m'endormir dans cet état, mais je peux plonger dans le silence, y adhérer, accepter ce vide. C'est une expérience presque extatique.
J'ai mis beaucoup de temps à comprendre que je pouvais le faire. Avant ça me paniquait. Je ne savais pas ce qu'il m'arrivait donc j'essayais de corriger, de me concentrer, de contracter mes muscles pour me réveiller. Ca ne faisait que rendre cet état moins supportable. Je n'étais pas habitué à accepter mes faiblesses. Je voulais être toujours au top de ma concentration, de ma lucidité, j'avais l'impression que je n'étais rien sans ça.
Je me souviens de mon plus vieil ami qui ne comprenait pas mon problème. Il me disait "T'as qu'à t'allonger, regarde, tu te fous par terre et moi pendant ce temps je regarde la télé.". Je pensais à tout sauf à ça. Probablement que le problème était en partie là. Comme si je subissais des années d'intolérance à mes propres faiblesses. Celles-ci se répercutaient par des sortes de syncopes sur lesquelles je n'avais cette fois, aucun contrôle. Chassez le naturel, il revient au galop.

J'écris actuellement dans cet état. Et je comprend pourquoi j'ai été dérouté la première fois. J'ai presque mal partout. Je me sens faible. Pendant mon stage, on me demandait de faire des calculs pour les feuilles de perfusions et j'en étais incapable. Sauf que maintenant, je ne le cache pas. Je dis tout de suite que j'ai un gros coup de barre, et si mon supérieur n'est pas d'accord avec ça, c'est son problème. Pas le mien. Moi je n'y peux rien. C'est déjà assez emmerdant comme ça d'en avoir un à l'hopital.
Il faut dire que c'est plus facile lorsque ça n'arrive qu'une fois par semaine tout au plus.
C'est quand même effrayant de constater que c'est précisément lorsqu'on manque de capacités, particulièrement de lâcher prise, qu'on se retrouve à affronter les situations les plus difficiles sur ce plan. On pourrait croire ça cruel, ou alors justement bien fait car si l'obstacle avait été trop petit, je l'aurais sûrement contourné et je n'aurais pas eu à apprendre à m'accepter. Le problème c'est que je n'étais pas au courant à l'époque qu'il était possible de surmonter l'obstacle, du coup je ne voyais que le coté cruel de la chose. Je manquais vraiment de confiance.

Sinon, pas grand chose à voir (quoi que...):
J'ai le titre d'un manga qui me revient souvent en ce moment. Il s'apelle Eureka Seven. Je l'ai déjà vu en entier. Il est vraiment trippant. Très rafraichissant. Très profond mais on se demande ou il veut en venir. Je viens à peine de comprendre ce titre, qui est en fait comme un message caché qui explique ou ce manga voulait en venir, quel était le fil conducteur. Eureka = j'ai trouvé, c'est aussi le nom de la fille dont le héro tombe amoureux et forme un couple autour duquel toute l'histoire va tourner. Et Seven = Dieu. C'est le chiffre souvent utilisé pour représenter Dieu. Et tout à coup ça devient évident que le réalisateur a glissé une multitude de messages cachés au milieu d'une histoire en apparence bien classique de manga.
Du coup je vais peut-être me le remater...

Allez en route pour 24h de folie.

(24h de garde bien sûr... pour Eureka Seven je crois bien que je n'aurais jamais le temps de le regarder vu l'emploi du temps que j'ai en ce moment)
par WaXou publié dans : overhell
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Mercredi 4 juin 2008
Réveil en sursaut. J'ai trop dormi. Il a fallu que je me recouche après son départ. Je dois être dans 15 minutes à l'hôpital pour le staff. Je me dépêche mais je suis à peine stressouillé. Au fond ce staff n'est qu'une grosse blague, mais faut faire comme si.
Les internes parlent dans le vent. Personne ne dit rien de constructif médicalement parlant puisque chaque service a bien l'intention de tout faire à sa sauce pour prouver je ne sais pas quoi. Tout est dans les regards, les sourires, les intonations, les remarques. C'est en fait davantage un cours sur la communication non verbale. Une version adulte de la cour de récré en primaire.
Je sors de mon immeuble avec ma ceinture qui pend le long de ma jambe, je suis en tongues avec une barbe de 4 jours. Une pensée me dit "tu déconnes là, t'es un peu trop à l'arrache!", mais elle ne prend pas prise. Je n'ai rien à me reprocher, je suis détendu, relativement propre. Je m'allume une clope. Elle passe mal, le rosé d'hier soir se fait encore sentir.
En face de moi, j'entraperçois à travers l'espèce de rosée matinale gluante qui recouvre encore mes yeux un type un peu bizarre. Il est vraiment maigre mais porte une sorte de T-shirt moulant en nylon rose fluo (décidément), et on a l'impression qu'il a voulu se faire une fausse poitrine féminine: il a deux excroissances sur le torse qui ne ressemblent ni à des pectoraux, ni à des seins. Il fonce directement vers moi. C'est rare qu'une personne fasse ça. Je dois pas avoir l'air commode en plus ce matin. C'est pas normal: un truc bizarre va arriver.
"Tu me files une clope?"
Le ton est irritant. Je n'ai même pas besoin de réfléchir à la question. Je fais non de la tête sans même marquer un temps d'arrêt, j'évite juste de laisser s'échapper un début de rire: ce type dégage de l'insolence de la tête aux pieds et même au delà, je suis sidéré.
-Tu me passes une clope enculé! TOUT DE SUITE! T'as compris?
Je me retourne totalement perplexe. Je regarde ses mains, m'attendant à voir une arme, mais rien. Une sensation curieuse m'envahit. Il m'énerve déjà tellement qu'il serait surpris de voir la facilité et la force avec laquelle je pourrais lui mettre une droite s'il le fallait. Ça me fait peur, j'espère vraiment qu'il ne va pas me toucher. En plus il y a tout un groupe d'étudiants en médecine quelques mètres plus loin. Je décide de continuer ma route. Faisons comme s'il ne s'était rien passé.
Il me suit:
"Viens là! Tu me files une clope et tu te dépêches ok?"
Finalement j'ai plus envie de lui faire bouffer ma clope que de la finir.
Je laisse sortir un "Tu me lâches ou pas?" totalement faussement ouvert, car au fond ça ne fait qu'exprimer ma volonté d'en finir d'une manière ou d'une autre. Je reconnais ce ton glacial et monocorde que j'empreintais parfois avant. Un ton rempli d'une sérénité sans vie. Il me regarde un peu surpris et il s'en va sans rien dire, comme s'il s'était trompé de personne. Il ne râle même pas.
Suis-je bien réveillé?
C'est bien la première fois qu'un type m'agresse de la sorte à peine tombé du lit, ça me fait bizarre d'avoir réagi comme ça. Pendant un moment j'ai ressenti plein pot cette espèce de sensation de toute puissance, d'invulnérabilité. J'ai failli la laisser m'emporter.
[Je me souviens de Ricky Fitts dans American Beauty qui raconte avoir pété les plombs de cette façon...]
Ironiquement, ce type était le client typique pour la suture aux urgences à 4h du mat qui va faire tout un foin parce qu'il a peur de la piqûre.
Quelques minutes après, j'avais dans mes bras un prématuré qui m'adressait tranquilement un sourire bullo-baveux malgré sa sonde naso-gastrique. Je me sentais curieusement un peu ridicule à coté de lui.
Si tu savais dans quel monde de barges tu as débarqué mon pauv' bonhomme!
Heureusement, tu mettras au moins une dizaine d'années avant de t'en rendre compte...
par WaXou publié dans : Lol
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Samedi 31 mai 2008
Je me souviens qu'une fois, au collège, j'avais dit à ma mère un truc qui m'avait surpris en réponse au stress qu'elle essayait de me communiquer vis à vis de mes notes qui ne visaient pas assez la perfection pour elle (difficile lorsqu'on ne vient en cours que pour voir ses amis):
"Je ne me vois pas vivre après 25 ans de toutes façons, viens pas me stresser à propos d'une idée de métier, j'en suis si loin..."
J'étais sincère. Je n'avais aucune envie de dépasser cet âge là. Je ne m'en croyais pas capable. Je me sentais tellement inapte à la vie. Comme une cellule partie sur le mauvais chemin à cause d'une mutation, attendant que ses mécanismes d'apoptose (mort cellulaire programmée) se mettent en marche. Finalement, déjà à cet âge là, j'avais l'impression d'être bien plus proche de la mort que de la vie et je ne m'en étais jamais vraiment rendu compte. C'était tellement énorme que je ne le voyais pas, j'avais  même du mal à y croire. Je n'arrivais pas  à imaginer qu'une telle vérité puisse ne pas être évidente pour tout mon entourage.
 J
e voulais mieux croire que j'avais dit ça juste pour faire chier ma mère. C'était plus rassurant quelque part. Plus simple. Même si ça faisait de moi quand même un enfant sacrément pervers et que ce n'était pas du tout ce que je ressentais.
 Car lorsque j'étais amené à exprimer le vide que je ressentais vis à vis de ma vie et de mon avenir, je me trouvais plus sincère que jamais. Je trouvais que là, au moins, je parlais directement du problème sans tourner autour du pot. Au moins je ne mentais pas en disant que j'aurais une meilleure note la prochaine fois, je ne discutaillais pas en retournant la faute sur le prof. Je ne m'enfermais pas dans une situation impossible en promettant une amélioration. J'étais surpris par cette impression de vrai alors que je disais quelque chose d'impensable. C'était cru, mais c'était vivant..
Bien sûr, je m'en suis voulu d'avoir osé être si direct. Il ne faut pas faire souffrir ses parents qui se donnent tant de mal pour nous. Elle aussi m'en a beaucoup voulu cette fois là. Rejet total pendant plusieurs jours. J'ai été amené à repenser à cette scène il y a quelques années lorsque ma mère m'a dit que je n'avais aucun problèmes lors de mon adolescence. C'était la première scène qui m'est venue à l'esprit. Mais elle a prétendu que tout ça n'est jamais arrivé. Que je l'aurais inventé. Alors j'ai vu que le véritable problème n'avait jamais cessé.
Par chance, je me souvenais très bien de cette scène. Surtout de la perplexité que j'ai ressentie en m'entendant dire ça. Je me souviens même de l'endroit exact ou roulait la voiture.
Ça me rappelle un jeune "schizophrène" qui lors de sa première crise me racontait pendant que je lui faisais un electrocardiogramme, que dans la voiture avec ses parents, il a répondu quelque chose qui l'a surpris, qui remettait totalement ses parents en question. Il s'est mis à raconter quelque chose qui lui paraissait à la fois vrai mais décalé. Il a continué, mais comme il était totalement ignoré, il s'est senti mal. C'est alors que des voix du genre "Enfoiré, t'aurais jamais dû dire ça! Tu vas payer!" sont arrivées.
Je ne sais pas si ce qu'il a dit ce jour là à ses parents était vrai, il n'a pas osé me dire précisément ce dont il s'agissait. Et par la suite il n'a plus jamais osé évoquer cette scène. Les psychiatres du service, que j'avais mis au courant de l'histoire, ont estimé qu'il valait mieux penser que c'était du délire, que c'était bien trop dangereux de remettre ça sur le tapis vu que l'idée était de le réintégrer dans une sorte d'harmonie familiale et de lui faire accepter son traitement. Supposer que le milieu familial contenait la base de la disharmonie c'était bien trop emmerdant et compliqué. Lorsque je passe devant ce service, un an et demi après, il y est encore.
Ce qui m'a marqué c'est la similarité de la scène. Se mettre tout à coup à dire une chose impensable mais qu'on découvre profondément vraie. Que personne ne veut nous voir oser exprimer et se heurter à un "tu n'aurais jamais dû faire ça!" d'abord implicite, venant de l'extérieur, et ensuite intérieur. Car je m'étais vraiment senti mauvais après coup. Et j'ose croire maintenant que s'il y avait "délire", c'est plutôt là qu'il se situait. Il y en a encore des traces, du reste. Généralement, lorsque je poste un article comme ça, ensuite, je suis pris d'un gros doute. J'ai parfois même l'impression d'être un monstre. Pourtant, alors que je suis entrain de l'écrire, je sais très bien que je ne fais que timidement réfléchir, que je ne veux le mal de personne et qu'aucun but dissimulé n'anime mon écriture. Lorsque j'écris dans une attitude malveillante, même dissimulée, je le sais. C'est d'ailleurs beaucoup plus confortable.

 Et voilà, j'ai passé mes 25 ans et j'arrive au bout de ces études. J'ai l'impression d'avoir passé le seuil critique. De m'être trouvé finalement apte à la vie. J'ai perdu du temps mais quelque part, je crois que le temps ne se perd jamais. Jusqu'à présent, rien ne me montrait que je passerais ce seuil. Je luttais comme je pouvais, mais c'est comme si les batailles en moi ne laissaient que trop peu de soldats pour reconstruire quoi que ce soit de solide. Déjà qu'ils étaient blessés, épuisés, ils se retrouvaient avec une tâche impossible. D'autant plus impossible qu'ils n'avaient pas été formés pour ça. C'est peut-être l'origine de certains "symptômes négatifs".
J'ai l'impression d'être un champ de ruines. C'est pas grave. J'ai toujours trouvé une beauté dans les ruines. La nature les rend belles avec le temps.


Photo: www.photo-evasion.com

par WaXou publié dans : overhell communauté : Ce que je pense, Ce que je vis
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Jeudi 29 mai 2008
En ce moment, je ressens de temps en temps l'Envie. C'est une chose qui m'a souvent manqué et que j'ai souvent cru observer chez les autres non sans une certaine douleur.
C'est une sorte de prise de conscience comme quoi le potentiel de la vie est énorme.
J'ai envie d'aller à un resto sur une plage avec une fille ou des amis, de boire du bon vin, de prendre un bain de minuit. Envie d'acheter des vêtements différents, pas tape à l'oeil, juste différents. L'envie de ranger l'appartement, d'acheter une lampe ou quelque objet qui rajoute une âme à ce lieu qui au fond a son importance. L'envie de me refaire un trip au cactus.
J'ai envie de faire du sport jusqu'à ce que chaque muscle de mon corps soit faible et bourré d'endorphines.
J'ai envie de prendre part à un groupe d'amis et d'y apporter une chaleur qui accueille tout le monde, même le plus timide. Une chaleur qui fasse perdre l'envie d'éblouir à celui qui en manque.
Une envie d'être juste là, dans un monde que je ne connais finalement pas mais qui est mon monde, notre monde.
Une envie qui paraît profondément logique, tellement évidente qu'on se demande pourquoi elle n'est pas toujours là le reste du temps. Peut-être qu'elle y est. Peut-être être que c'est le fait de ne pas la voir qui désoriente et crée des problèmes. C'est impressionnant la tonne de problèmes sans queue ni tête qui peuvent m'habiter lorsque cette envie n'est pas au premier plan. Est-ce pour tout le monde pareil?
Comment ce changement si radical peut-être si difficile à mettre en évidence lorsqu'il n'est pas le notre?

Je n'en sais rien. Je ne sais pas si ça va durer. Je sais que ça ne durera qu'en fonction de ma capacité à en profiter, à laisser cette envie être la base, la source, sans l'intégrer à un but, sans la laisser être happée par une problématique quelconque dont elle deviendrait objet.
J'ai envie de plonger dans cette envie, de lui faire confiance jusqu'à ce que je ne sois plus qu'elle et que je ne sache même plus en parler.
par WaXou publié dans : overhell
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Mercredi 28 mai 2008
Nuit difficile.

Je me souviens de plusieurs cauchemars.
Je décollais au dessus de mon lit (= rêve lucide donc sommeil mauvais) et je me dirigeais vers le mur. En même temps j'avais l'impression que la partie gauche de ma tête était glacée alors qu'un bruit semblable à un vent violent soufflait dans mon oreille droite. Je me prenais régulièrement des sortes de décharges électriques. Semblables à celle qu'on se prend lorsqu'on s'endort, qui donne parfois l'impression de chuter. Mais comme j'en prenais en gros une toutes les 2 secondes de manière aléatoire, je ne sais pas pourquoi, j'avais à l'esprit que c'étaient mes neurones qui claquaient. Agréable comme sensation...

Je me souviens d'une fille qui a fait une crise d'hystérie et qui s'est changée en bouteille d'eau (ça, ça m'a fait vraiment peur parce que c'était pas habituel). Je me suis dit "merde, si les gens se changent vraiment en objets ça ne va pas être possible de revenir en arrière."
Il s'en est suivi un rêve assez classique où je devais échapper à des flics qui m'en voulaient d'être encore en liberté.

Mais le plus prenant, ça a été un rêve avec mes parents. Plus ou moins accompagné par le Dr. Cox de scrubs et l'idée d'une rachi anesthésie sur un enfant habillé d'un improbable slip à rayures oranges et jaunes.
Je me souviens que je marchais avec mon père pas loin de chez nous alors qu'il me montrait les voitures de James Bond. L'une des rares passions vestiges de son enfance. Ma mère débarquait en disant qu'elle voulait avoir l'une de ces voitures, totalement inconfortable et hors de prix, qu'elle ne saurait probablement pas conduire ni apprécier. Mon père trouvait ça stupide et elle en profitait pour se plaindre de son intolérance et de son machisme.
Une fois ce dernier parti, elle m'a dit fière de son coup: "Je fais ça pour lui montrer que je ne supporte pas de vivre avec lui, et je le lui montre chaque jour, pas mal non?".
Du coup je crisais et je lui disais "j'ai une meilleure idée tiens, je vais lui dire ce que tu m'as dit, comme ça ce sera fait une bonne fois pour toutes et ça t'évitera d'avoir à le torturer pendant toute sa pauvre vie!"
Bien sûr je devenais tout à coup pire que lui et mieux: mon père lui même, qui avait tout entendu s'en prenait à moi en me disant d'arrêter d'emmerder ma mère.
Du coup je réalisais l'horreur de leur situation. Sa tristesse. Mon père qui n'a déjà jamais eu aucun amour de sa mère. Probablement pas non plus de son père, se retrouvant avec une femme qui le torture alors qu'il prend son fils, le seul qui cherche à être vrai avec lui, pour un ennemi. Je pleurais et j'hurlais, je criais ce que je ressentais. Et ils faisaient comme si j'étais fou. Mais ce n'était pas ça qui me dérangeait. C'était toujours la tristesse de leur situation. Devant mes cris, ils se mettaient à monter le son de la télévision, semblant tout à coup réconciliés sur le point que j'étais le principal empêcheur de tourner en rond de leur vie.
Et là j'ai compris que la rachi anesthésie, c'était pour moi.

Si les rêves permettent d'évacuer les mauvaises pensées de l'inconscient pour éviter qu'elle ne nous hantent le reste de la journée, cette nuit a été sacrément purificatrice!
par WaXou publié dans : Rêves et rêveries
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Lundi 26 mai 2008
"Banane!"
Voilà ce qu'elle m'a répondu lorsque je lui ai fait part de mes peurs (sortie de la cage oblige).
Je n'ai jamais autant aimé me faire traiter de banane.
Faut dire, c'est pas facile de rester zen lorsqu'on voit apparaître, à cause d'un silence un peu trop long (et encore), une infinité de raisons qui nous font regretter d'avoir osé croire qu'on avait le droit d'être aimé.
A la longue je m'y fais mais quand même, c'est épuisant.
Tout comme si j'apprenais à marcher.

par WaXou publié dans : overhell
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Vendredi 23 mai 2008
Être attiré par la psychologie, et vouloir faire psychiatre c'est difficile lorsqu'on est en médecine. En même temps c'est formateur: on se fait vanner tout le temps, dès qu'on dit un truc un peu profond c'est parce qu'on veut faire psy donc ça perd tout son intérêt, et surtout, il faut quand même prendre sur soi pour faire 6 à 8 ans d'études qui ne sont pas vraiment orientées vers cette discipline. On est gentiment ou franchement méprisé par les autres spécialités, et jusqu'à présent, à chaque fois que j'ai pu parler avec des psychologues elles m'ont toujours pris de haut puisqu'après tout on est que des médecins qui comprennent rien à la psychologie, sauf si on a déjà un nom. Vive l'étiquetage abusif.

Néanmoins, aujourd'hui dernier jour d'exams qui s'étaient jusqu'alors assez bien passés, j'ai été récompensé par la chance (on a bien le droit d'en avoir des fois). L'oral c'est le dernier examen et c'est le pire. C'est l'un des plus gros coefficient et on peut tomber sur absolument n'importe quoi et donc avoir absolument n'importe quelle note. Du score de Chads aux signes cliniques de la fracture du col du fémur. De la surveillance et des modalités du traitement au méthotrexate dans la polyarthrite rhumatoïde aux avantages de l'allaitement maternel (sujet spécial lectrices de magazines féminins). Il y a même des sujets qui n'ont pas été traités en cours. Pour couronner le tout, on se retrouve nez à nez devant des groupes de professeurs aléatoires qu'on connaît déjà pour nous avoir harcelés de questions en cours par petit groupes. Tant d'aléa, c'est pas bon pour le stress. Surtout que passer cette matière au rattrapage, ça veut dire se préparer pour l'internat un an à l'avance.

Aucun sujet de psy ne tombait depuis la veille. Lorsque j'ai été appelé, j'ai décidé de tirer un papier dans un coin de la boîte. Je suis tombé sur "signes cliniques de la dépression.". Au moment ou j'ai vu le papier, je me suis dit "c'est bon, la oraux c'est fini." Je me suis organisé mon petit speech. J'ai éludé le principe du cercle vicieux qu'il fallait briser pour parler des différents types. Je leur ai demandé s'ils voulaient que je continue sur d'autres chapitres étant donné que les signes cliniques c'était vite fait. Ils ont accepté avec plaisir et moi aussi je me suis fait plaisir à parler de tout.
Seule question hard: Et si ton bilan neurologique est normal alors que tu ne retrouves pas de facteur déclenchant, est-ce que tu fais une IRM?
Difficile de répondre, car en hospitalisation, on le ferait sûrement, mais en cabinet j'en doute. Finalement c'était la réponse qu'elle attendait. Pas fait exprès.
J'ai même apprécié la discussion que j'ai eue avec le prof psychiatre du groupe, qui était à peu près le seul auquel je n'avais pas parlé et qui semble finalement très intéressant.

Gros coup de pot. Je déteste lorsqu'une évaluation aussi importante est aussi aléatoire, mais quand j'ai de la chance comme ça, je le vis beaucoup mieux étrangement.
par WaXou publié dans : overhell
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