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Lundi 26 mai 2008
"Banane!"
Voilà ce qu'elle m'a répondu lorsque je lui ai fait part de mes peurs (sortie de la cage oblige).
Je n'ai jamais autant aimé me faire traiter de banane.
Faut dire, c'est pas facile de rester zen lorsqu'on voit apparaître, à cause d'un silence un peu trop long (et encore), une infinité de raisons qui nous font regretter d'avoir osé croire qu'on avait le droit d'être aimé.
A la longue je m'y fais mais quand même, c'est épuisant.
Tout comme si j'apprenais à marcher.

par WaXou publié dans : overhell
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Vendredi 23 mai 2008
Être attiré par la psychologie, et vouloir faire psychiatre c'est difficile lorsqu'on est en médecine. En même temps c'est formateur: on se fait vanner tout le temps, dès qu'on dit un truc un peu profond c'est parce qu'on veut faire psy donc ça perd tout son intérêt, et surtout, il faut quand même prendre sur soi pour faire 6 à 8 ans d'études qui ne sont pas vraiment orientées vers cette discipline. On est gentiment ou franchement méprisé par les autres spécialités, et jusqu'à présent, à chaque fois que j'ai pu parler avec des psychologues elles m'ont toujours pris de haut puisqu'après tout on est que des médecins qui comprennent rien à la psychologie, sauf si on a déjà un nom. Vive l'étiquetage abusif.

Néanmoins, aujourd'hui dernier jour d'exams qui s'étaient jusqu'alors assez bien passés, j'ai été récompensé par la chance (on a bien le droit d'en avoir des fois). L'oral c'est le dernier examen et c'est le pire. C'est l'un des plus gros coefficient et on peut tomber sur absolument n'importe quoi et donc avoir absolument n'importe quelle note. Du score de Chads aux signes cliniques de la fracture du col du fémur. De la surveillance et des modalités du traitement au méthotrexate dans la polyarthrite rhumatoïde aux avantages de l'allaitement maternel (sujet spécial lectrices de magazines féminins). Il y a même des sujets qui n'ont pas été traités en cours. Pour couronner le tout, on se retrouve nez à nez devant des groupes de professeurs aléatoires qu'on connaît déjà pour nous avoir harcelés de questions en cours par petit groupes. Tant d'aléa, c'est pas bon pour le stress. Surtout que passer cette matière au rattrapage, ça veut dire se préparer pour l'internat un an à l'avance.

Aucun sujet de psy ne tombait depuis la veille. Lorsque j'ai été appelé, j'ai décidé de tirer un papier dans un coin de la boîte. Je suis tombé sur "signes cliniques de la dépression.". Au moment ou j'ai vu le papier, je me suis dit "c'est bon, la oraux c'est fini." Je me suis organisé mon petit speech. J'ai éludé le principe du cercle vicieux qu'il fallait briser pour parler des différents types. Je leur ai demandé s'ils voulaient que je continue sur d'autres chapitres étant donné que les signes cliniques c'était vite fait. Ils ont accepté avec plaisir et moi aussi je me suis fait plaisir à parler de tout.
Seule question hard: Et si ton bilan neurologique est normal alors que tu ne retrouves pas de facteur déclenchant, est-ce que tu fais une IRM?
Difficile de répondre, car en hospitalisation, on le ferait sûrement, mais en cabinet j'en doute. Finalement c'était la réponse qu'elle attendait. Pas fait exprès.
J'ai même apprécié la discussion que j'ai eue avec le prof psychiatre du groupe, qui était à peu près le seul auquel je n'avais pas parlé et qui semble finalement très intéressant.

Gros coup de pot. Je déteste lorsqu'une évaluation aussi importante est aussi aléatoire, mais quand j'ai de la chance comme ça, je le vis beaucoup mieux étrangement.
par WaXou publié dans : overhell
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Dimanche 18 mai 2008
J'ai parlé de ma descente aux enfers. Je remarque que ce n'est pas facile de faire passer l'état d'esprit dans lequel j'étais: une désorientation puis une inconscience de protection qui donne un fort sentiment de puissance, tout en l'expliquant.
 L'explication donne l'impression que j'avais conscience de ce qu'il m'arrivait que je calculais, et ce n'était pas le cas. Plus j'étais inconscient, et plus j'avais l'impression d'être supérieur aux autres sans savoir d'où ça venait. Plus je me foutais de l'amour, des relations, de communiquer, d'avoir des perspectives d'avenir et mieux je me sentais.
 Je pensais être celui qui a tout compris mais que personne ne comprend. On ne peut pas se rendre compte d'une chose qu'il nous manque lorsqu'on on ne regarde pas le vide laissé par cette chose. Lorsqu'on ne regarde que ce qu'il reste. Et lorsqu'il reste peu, on a un regard très précis, qui peut donner l'impression d'une clairvoyance supérieure aux autres alors qu'on loupe tout ce qu'il y a autour de ce qu'on regarde.
Pour résumer l'histoire on pourrait dire que mon champ de conscience s'est rétréci de plus en plus jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien et qu'à ce moment là ce champ de conscience s'est totalement ouvert. Ça ne veut pas dire que j'avais la clairvoyance totale. C'est juste que les limites étaient parties et qu'à nouveau, je sentais tout. Tous les problèmes qui m'avaient mené là ne devenaient plus qu'un chemin minuscule qui n'avait à ce moment là, plus vraiment d'importance sinon que c'était quand même mon chemin.

Je me suis aussi permis de résumer la descente aux enfers par cet évenement le plus intense qui m'a achevé, qui représente les dernières marches,  et dans lequel la double contrainte était la plus évidente: l'histoire du mal de tête. Là ou je n'avais plus aucune capacité pour résister à ce qu'on me disait. Pour ne pas me laisser bouffer par ce dont on voulait me persuader.
En fait, ce mal de tête représente bien le milieu dans lequel je vivais. Dans cet événement, les composantes sont assez nettes, les comportements apparaissent comme révoltants car non seulement je n'y résiste plus, ma vulnérabilité est totale, et l'urgence fait qu'ils sont poussés à l'extrême. Ils apparaissent grossis. On voit mieux comment ils fonctionnent et on peut se sentir indigné.
Ce mal de tête peut être considéré comme une chance tout compte fait. Car les comportements ici démasqués étaient tout de même actifs le reste du temps hors situation critique. J'ai vécu toute mon enfance dans cette ambiance. Mais comme le coté révoltant de l'attitude de mes parents n'était pas évident, je n'y réfléchissais pas. Je me laissais faire, je ne sentais pas d'où venaient les coups et je devenais un peu plus dur chaque fois. Croyant que c'était la vie qui le voulait. Je ne remettais rien en question, ou lorsque je le faisais, je m'en voulais à mort d'avoir osé penser que les seules personnes auxquelles je devais faire confiance, qui se présentaient comme protectrices, jouaient en fait contre moi. Si même mon équipe joue contre moi, la partie n'a plus aucun sens et je voulais continuer de jouer au jeu du fils à papa. J'aurais très bien pu finir par me déformer suffisamment, devenir juste assez gris, assez mort, pour m'entendre avec mes parents et ne plus avoir de problèmes. J'aurais pu répandre le virus à mon tour.
Seulement là, j'ai fait une overdose. Au moment de mon redoublement, le jeu m'est sorti par les yeux.

Ce que je veux surtout préciser par cette outro, c'est que mon histoire n'est pas si extraordinaire que ça. Elle l'est peut-être parce qu'il y a eu une cassure. Une overdose. Et que j'ai eu la chance de tomber sur les bonnes personnes au bon moment.
Mais bien d'autres personnes subissent ce que j'ai vécu à petit feu, dans une continuité et il n'y a pas de cassure. De prise de conscience. Le plan fonctionne bien.
J'ai eu l'occasion de voir d'autres personnes aux urgences qui arrivaient dans un état d'agitation et de désorientation extrême. Et en creusant un peu, je découvrais que leur environnement les avait complètement désorientés. Leur vie était devenue infernale mais ils faisaient avec. Et lorsqu'ils avaient la force de dire que ce n'était pas normal qu'on les traite ainsi, soit ils passaient pour fous, soit eux même s'excusaient pour cet accès de folie. Seulement une fois aux urgences, ils étaient dans cette phase de cassure, ou le stress favorise la prise de conscience en même temps qu'il favorise l'agitation. Je reconnaissais totalement l'enfer que j'avais vécu et une bonne dose de confiance, de compréhension et d'ouverture agissait bien mieux que les sédatifs. Le changement dans le regard, dans l'intonation, dans la présence de la personne était incroyable, indescriptible. En même temps, je me suis aperçu que dans mon entourage, certains vivaient aussi la même chose silencieusement. Cette désorientation de fond est particulièrement répandue, on la cache, on se la cache, on en a honte et pourtant, elle est légitime.

Voilà, je termine ici cette série d'articles (la conclusion a été difficile, il y a tellement de choses à dire là dessus). J'espère que j'aurais réussi à faire passer le message comme quoi les comportements que je décris dedans sont fréquents et importants car ils ont une réelle influence sur l'état de conscience d'une personne. On peut rendre quelqu'un fou en déniant sa qualité de sujet. En lui disant que ce qu'il ressent n'a pas de réalité car on ne peut rien répondre à ça lorsqu'on est de bonne foi: si ce qu'on ressent est erronné, alors comment juger de sa propre santé mentale et/ou de son discernement sinon en regardant sa situation. Réussite? Difficile de réussir lorsqu'on n'est pas soutenu et qu'on doute tout le temps. Bonheur? Difficile d'être heureux lorsqu'on ne réussit pas et qu'on est toujours remis en question. Idem pour tous les critères de "réussite" habituels. Celui qui souffre tout le temps ne réussit pas. Il se drogue, il est agité, il fuit, il n'est pas ou peu spontané, pas discipliné, parfois paranoiaque, et il ne prend pas soin de lui. Au pire pourra t'il voir la réussite comme sa seule échappatoire. Mais bonjour le stress et le challenge lorsqu'on part avec un tel handicap. Un handicap auquel presque personne n'accorde de réalité, de légitimité. Pas même soi. Mais ça marche. Pas parce que la réussite est une solution, mais parce que le fait d'avancer, ou qu'on aille - puisque de toutes façons on finira nulle part - c'est vivre.
 


par WaXou publié dans : overhell
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Samedi 17 mai 2008

"Je vois des gens qui sont morts
- En rêve tu veux dire?
- [non]
- Quand tu es éveillé?! Ils sont dans des tombes? Des cercueils?
-
Non, ils vont et ils viennent comme n'importe qui. Ils ne se voient pas entre eux. Ils ne voient que ce qu'ils ont envie de voir. Ils ne savent pas qu'ils sont morts !"

(Ce dialogue tiré du film Sixième sens prend tout son sens lorsqu'on connaît la fin du film, et donc les deux personnages)

Par la suite, en deuxième année, vu que la quantité de travail à fournir était bien moindre. J'ai eu un peu de temps pour essayer de comprendre ce qu'il m'arrivait. J'ai vu un ORL qui m'a trouvé une paralysie d'un muscle stapédien. Un muscle de l'oreille moyenne qui sert à amortir le son de sa propre voix, les bruits trop intenses et le bruit de fond. Ça expliquait entre autres la raison pour laquelle je ne comprenais plus rien à ce qu'on me disait lors des conversations de groupe, et pourquoi lorsque je sortais de boîte (une occasion pour boire et avoir l'impression d'être avec du monde), cette oreille n'entendait plus rien, comme si elle était bouchée, pendant 2 jours alors qu'avant, les deux avaient également leur compte. Le problème c'est que je réalisais de plus en plus que ça n'allait pas non plus psychologiquement, ce qui donnait raison à mon père et alimentait ma peur de voir qu'en effet, tout était peut-être dans ma tête. Avoir tellement peur d'une chose qu'on ne comprend pas au point de la faire devenir réalité... voilà qui est stressant.

J'ai passé ma deuxième année comme celle d'avant. Alcool, cannabis (que je faisais pousser chez moi), crises d'angoisse, sentiment d'étrangeté. Je commençais aussi à chercher ce que j'avais perdu via d'autres substances grâce à la revente de mon surplus de récoltes. Je ne pensais plus à mon avenir. Mes absences en TP ne me faisaient ni chaud ni froid. Comment être intéressé par un testicule de lapin dans ces conditions?
 Mon lien avec mes amis était de plus en plus virtuel. Je leur en voulais même un peu au début de ne pas me comprendre. Je ne me rendais pas compte que c'était aussi mon ambivalence: ils ne savaient pas si j'allais bien ou mal, puisque moi non plus j'en savais rien. Ça les mettait mal à l'aise. Ma relation avec ma copine en était au point mort. Elle en souffrait de plus en plus. J'étais néanmoins content de pouvoir apprécier quelques soirées beuveries enfumées.

Mes parents sont particulièrement fiers de moi à cette époque. Je ne me plains plus. J'ai passé le concours. Je n'existe plus autrement que par lui. Ils peuvent parler de moi à toute la famille comme ils l'entendent autour de ça. Je leur ai bien donné du fil à retordre, mais au final ils auront réussi à faire quelque chose de moi: un fantôme (Bravo!).  je ne vois pas en quoi la vie vaut encore la peine d'être vécue sauf peut être en tant que rockstar, le nez bourré de poudre, entrain de hurler ma douleur sur scène autour d'une musique qui prend aux tripes. Laisser s'échapper tout ce qu'on a sur le coeur. Détruire toutes les limites, et soi même avec. Brûler tout ce qu'il me reste de combustible dans une violente explosion de vie, puisque je n'atteindrais jamais plus le haut de l'escalier avec ce qu'il me reste. L'idée m'attire de plus en plus. C'est même elle qui me permet de tenir. De vibrer encore un peu. C'est ma grosse période Marilyn Manson.

C'est aussi la période ou je perds mon permis et ou je sombre petit à petit dans une noirceur qui m'arrange bien. Je commence à m'identifier à la souffrance. A me trouver un masque impresionnant derrière lequel personne ne voit plus que je suis totalement désorienté. Même pas moi. Comme les fantômes dans Sixième sens, je ne vois que ce que je veux voir, je ne sais pas que je suis mort. Je deviens comme mon père. J'ai même l'impression d'avoir raison.
Dans mon entourage, on m'aime toujours bien néanmoins. On sait que je n'ai pas un mauvais fond. C'est juste que ma noirceur fait un peu peur. Et mes jugements aussi. Ce n'est pas que je suis mal placé pour donner des leçons. Je ne suis PAS placé. Je suis hors vie, donc c'est facile. Et dès qu'on me titille trop, je me fais plaisir. Comme un vampire, la lumière semble me brûler la peau et lorsque je mords ma victime, elle a tendance à devenir aussi froide que moi.
 A certains moments, j'étais effrayé par l'attirance qu'exerçait cette attitude du coté féminin. Le coté hors vie, sans sentiments ne dérange pas alors que le coté libre transgressif et puissant fascine. Un fond d'humanité m'empêchait d'aller trop loin. J'étais touché par la fragilité des relations humaines. S'acharner sur quelque chose d'aussi fragile n'avait rien de courageux.
A coté de ça, je méprisais tellement l'idée de la réussite que je n'avais aucune énergie pour travailler. S'il m'était resté un peu d'ambition sur ce plan, je n'aurais sans doute jamais vu ce que je loupais. Je n'aurais probablement jamais verbalisé ce que j'écris ici.
 J'ai finalement eu de la chance d'être aussi extrême, aussi fidèle à ma haine car au moins j'ai pu faire le tri, voir d'où elle venait et où elle s'arrêtait. (et ne pas me planter qu'à moitié)

Puis ce fut l'été de la prise de conscience.
Appel téléphonique. C'est une amie que j'avais confondue a un moment avec une bouée de sauvetage. Je serais dernier de la promo au classement. Ca ne me surprend pas directement. Ce qui me surprend c'est que personne ne se soit rendu compte d'où je me trouvais pendant ces deux dernières années. Même moi, je suis surpris de constater que je n'en ai plus rien à faire de rien.
C'est tout de même pas normal.
Je ne sais pas quoi en penser.
Je parle, sincèrement perplexe, de mon échec à mes parents, sans faire de commentaires, attendant d'eux qu'ils partagent ma perplexité, mais c'est l'explosion. Ça recommence. Le démon est revenu. Exorcisons le. Pas question de faire le point avec lui. Il ne veut que notre souffrance. Cette fois-ci, si mon indifférence me suprenait, leur mépris me choque avant même de me concerner. Il sont complètement hors sujet.
 Ils ont parié sur le mauvais cheval: j'échoue à les rendre fiers de moi, à les rendre plus importants, comme si c'était ma seule fonction. Je dois quand même pouvoir leur servir de défouloir? Même pas.

Ils n'arrivent pas à concevoir que je puisse me permettre de leur être aussi inutile.
Phrase de ma mère: "Et qu'est-ce qu'on a en échange nous?"
Ils ont voulu que je fasse comme si tout allait bien. C'est ce que j'ai fait (et quel con!). Et maintenant il se sentent trompés?
Un étudiant fantôme, ça ne pouvait pas berner la fac. A ce moment, je ne réalise pas vraiment ce qu'il s'est passé, mais si ma noirceur a un avantage, c'est que mes parents n'ont plus l'air que de tout petits vampires ridicules. Plus qu'un fantôme, ils ont fait de moi un monstre. La seule différence entre eux et moi, c'est que la fragilité, la faiblesse me touche trop pour que je me mette à les haïr.
J'ai encore la nostalgie de ce que j'ai perdu.

Comme mon amie au téléphone n'a pas eu le courage de me confirmer la nouvelle, je dois me déplacer à Marseille. Et en effet, je suis avant dernier. La fille derrière moi, seule personne que je fréquentais de la promo s'est suicidée. Le seul socle du masque que je m'étais confectionné, ma réussite étudiante, est parti en fumée. Plus rien ne me rattache à rien. Pas de présence parentale, les études me rejettent, presque plus de lien amical, une relation sentimentale qui ne tient plus debout. Que reste t-il? J'existe bien pourtant? D'ailleurs malgré tout ça, ai-je changé, moi?

 Je rentre dans mon appart. Je me mets sur mon ordinateur car je dois attendre le lendemain pour qu'on vienne me chercher. Mais voilà que le clavier refuse de fonctionner. Signe du destin peut-être. Plus moyen de fuir. Pas la moindre boulette à fumer. Pas le moindre verre d'alcool. Je vois ce clavier inutile, incapable de me projeter dans un autre monde, et je ne sais pas ce qu'il me prend.
Une haine des objets qui ont accompagné ma fuite me monte subitement au nez. Je réalise d'un coup avec horreur que la panne de ce clavier me touche bien plus que ma propre détresse. Je dois mettre un terme à ce délire. Je le chope par son cordon, je le fais tournoyer, pris de fureur, j'en ai besoin. Je l'éclate au sol. Je vois toutes les touches voler aux quatre coins de l'appartement dans un cliquetis ma foi artistiquement intéressant. Tiens, mon sens de l'humour est revenu. Il était temps. Je me sens soulagé.
 Mon regard tombe sur ma lampe de salon ikéa. Cadeau de mes parents. Même tarif: je m'en sers comme d'une énorme masse avec laquelle je planterais un clou qui me garde sur terre. J'empoigne une peluche sur mon étagère, offerte par ma petite amie, je compte la déchirer, mais je la regarde bien et je vois quelque chose. La différence entre ce lampadaire horrible qui ne tient même pas droit et ce petit caneton, dont la tête nous avait fait rire est infinie. En brisant la lampe, j'étais soulagé, mais déchirer cette peluche me ferait du mal. Je n'avais jamais perçu ça. Je sens qu'il existe en ce monde une douceur au delà de mon mal être. Au delà de ce monde dans lequel je vis et qui m'a conduit à cet échec sur tous les plans. Je ne voyais plus rien de tout ça. Normal que la vie n'ait plus eu aucun sens. Comment ai-je pu en arriver là?
Je m'assois sur mon canapé clic-clac et je pleure sans trop savoir pourquoi. En fait, à partir de là, je ne cherche plus à comprendre. J'en ai trop marre. Je reste un moment allongé à écouter le silence dans mon appartement vide. C'est étrange comme je me sens présent. Je m'endors dans le plus grand état de tranquillité de ces dernières années, mais j'y fais à peine attention. Je ne me rends pas compte qu'il s'agit du début d'une grande prise de conscience.

Le lendemain, mes parents viennent me chercher. Ils veulent que je vienne voir les résultats avec eux. Je refuse, simplement parce que je ne comprend pas l'idée et qu'ils ne veulent pas me l'expliquer. C'est dingue comme ils sont persuadés que je dois faire ce qu'ils veulent. Lorsque je dis non, ça a l'air de leur faire tout drôle. Comme si le programme dans leur tête n'avait pas prévu cette réponse.
C'est aussi étonnant de voir comme on peut se retrouver libre de choisir, d'agir, lorsqu'on n'est plus rien. Il n'est plus question de jouer au plus intelligent avec eux. Je n'en vois pas l'utilité, je n'ai plus rien à défendre, même si de toute évidence, eux, oui.
Pourquoi cette concurrence? Elle n'a aucun sens. Quoi qu'on fasse, on sera toujours égaux.
Dans la voiture, ils m'assomment de reproches. Pourtant je me surprend à leur dire: "Si vous continuez, je rentre à pieds." Ils croient que je rigole mais je suis tout ce qu'il y a de plus sérieux. Même si ça doit me prendre 20h, ce serait sûrement une expérience plus intéressante qu'un voyage en leur compagnie.
C'est étrange comme je peux me sentir libre. J'hallucine aussi de voir comme tout à coup je sens le manque de pertinence de leurs reproches. Pas besoin de rentrer à pieds finalement. Ils ont beau s'acharner à essayer de me réduire, je ne réagis plus, je ne suis déjà plus rien. J'ai même le choix entre me taire et répondre calmement, avec un sourire intérieur, quelque chose de bref qui leur cloue le bec. Puisque la réussite d'apparence les préoccupe tant, que pensent t'ils du fait de cracher sur leur fils à chaque fois qu'il se retrouve en difficulté? Mieux, que pensent t'ils de ne tout simplement pas le connaître? Je ne ressens même pas de haine en leur disant ça. C'est juste une question de logique. Puis finalement, même si ça me soulage un peu de voir que je sais enfin leur répondre, jouer à leur jeu ne m'amuse pas. Je vois les choses sous une nouvelle perspective, Ma perspective. Et je compte bien l'honorer cette fois.

Arrivé chez eux, je ne reconnais pas la maison. Le jardin. Le ciel. Ma chatte. Je suis même particulièrement fascinée par elle. Elle est géniale. Elle avait déjà compris ce qui était essentiel alors qu'elle avait laissé de coté tout le reste. Elle me saute dessus comme si elle ne m'avait pas vu depuis 6 mois. Comme si personne ne l'avait jamais remarquée. Elle ne pense pas. Elle ne communique que par les actes. Elle est si simple, si présente, et je ne l'avais jamais remarqué.
Je sors dans le jardin, je ne comprend pas ce qu'il m'arrive, moi qui croyais que j'allais vivre un cauchemar. J'adore la vie. La nature. Comment pouvais-je ne plus rien percevoir à ce point?
Je goûterais à cet état de grâce pendant plusieurs semaines. Au grand désespoir de mes parents qui feront tout pour me ramener sur terre.
Je changerais mon concept de réussite du tout au tout. La réussite vers laquelle mes parents veulent m'amener, c'est une mort. Un échec de la vie. Ça ne m'intéresse pas. Ça ne devrait pas les intéresser. Je ne sais pas pourquoi ils veulent y croire à ce point. Ils voient bien ce que leur réussite a fait d'eux (non ils ne le voient pas), pourquoi croient-ils que la mienne les sauverait. Ils invoquent sans cesse l'amour, le lien familial, mais ils le font pour me faire souffrir, pour m'enfoncer encore plus. Je vois qu'il n'ont en fait jamais pris le temps de m'aimer. Forcément, lorsqu'on oublie ce détail, tout le reste n'est qu'une vaste comédie sans fond. Quand on n'est pas aimé et qu'on doit répondre à des mots creux; c'est simple, on n'a aucune énergie. On n'arrive plus à écouter.

Au début, je croyais simplement avoir retrouvé mon état hors "névrose d'angoisse". Mais plus ça allait et plus j'ai réalisé qu'il y avait autre chose. Ce dans quoi je prenais ma source semblait être comme une sorte d'énergie infinie, illimitée, remplie d'amour, immortelle. Je ne me focalisais pas trop sur l'idée, j'étais toujours trop las pour chercher à comprendre. Je laissais couler. J'étais juste étonné de voir mes pensées anxieuses habituelles, qui tournaient en rond dans ma tête, trouver facilement une porte de sortie. Perdre leur limites, leur importance dans une sorte de sensation de joie. Elles n'étaient que des reflets éphémères et déformés de ce qui comptait vraiment, une fois qu'on a senti d'où vient le reflet, celui-ci n'a plus d'importance.
Plus aucune angoisse. Un sommeil profond, qui me permettait de me lever tôt pour aller courir sur la plage. L'impression de renaître.
Mais là on se rapproche vraiment de ce que je ne sais pas décrire. De ce qui ne peut que se vivre. Il n'y avait plus qu'action. Il n'y avait jamais rien eu d'autre.

Ce que je n'avais pas prévu, c'est que lorsqu'on connaît une telle libération après avoir vécu un tel enfer, on a tendance à s'enfermer avec, à vouloir bâtir de grands murs à coup de réflexion et de théories pour prouver qu'on a raison (!) pour ne pas que le passé nous rattrape. On ne voit pas que c'est déjà ce qui est entrain de se passer, que c'est ce passé qui nous pousse à nous enfermer, que les vieux réflexes sont toujours là. On ne le réalise qu'une fois le toit posé, lorsqu'il ne reste plus que des murs avec quelques petites fenêtres et qu'on a oublié de poser une porte. C'est alors qu'un long travail de déconstruction s'impose. Une longue lessive pour oublier tous les vieux réflexes basés sur les malentendus. Sur la peur.
J'en suis encore là.

par WaXou publié dans : overhell
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Jeudi 15 mai 2008
 Matin du troisième jour, à la même heure, le mal de tête revient. Cette fois-ci avec des sensations d'instabilité, de flou visuel. La douleur est trop intense. Je préviens mon père que décidément, ça ne va pas du tout. Sensation de déjà vu. De à quoi bon. C'est tout juste si j'arrive encore à être sensé. J'ai du mal à réfléchir, je suis stressé, j'arrive de moins en moins à me concentrer sur ce qu'on me dit et à être convainquant, j'ai la nausée, et surtout je n'ai aucun appétit, aucun transit depuis 3 jours. Le mal de tête me cloue allongé sur le canapé, j'annule Roland Garros. Je ne regrette même pas, je ne pourrais pas supporter d'être dans une foule en plein soleil. Déjà que je supporte à peine d'exister.
Mon père me prend la tension et je le vois surpris de constater qu'elle est à 16/9 avec un coeur qui bat à 60. Malgré sa surprise, il ne fait rien. Il a l'air de penser que je le fais exprès. Lorsque j'ai la force de râler en disant que je ne peux plus supporter d'attendre comme ça, seul toute la journée sur le canapé sans savoir ce que j'ai, il m'engueule. Il refuse de m'amener à l'hopital: "Qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent de plus?"
- J'en sais rien, c'est pas à moi de le dire.
- Qu'est-ce que tu crois que t'as?
- Je ne sais pas! Mais c'est insupportable
- Mais tu penses à quoi?
- A rien, je sais pas, un truc dans la tête, une tumeur peut-être, j'en sais rien, mais il y a bien quelque chose.
- Ça c'est parce que tu n'y connais rien en médecine et qu'on ne t'as parlé que des pathologies graves. C'est très rare une tumeur, surtout à ton âge.
- Mais merde alors c'est autre chose, pourquoi c'est si compliqué, c'est pas croyable, je suis malade, tu sais pas ce que j'ai, faut m'amener à l'hosto c'est tout.
- Ooooh hein dis! Ne le prends pas comme ça, j'y peux rien moi, calme toi et arrête de te plaindre.
- Mais je peux pas rester comme ça! J'en peux plus là, tu vois pas?
- [regard un peu concerné] Tu veux que je fasse quoi, je t'ai déjà examiné et il n'y a rien. Si tu n'avais pas fumé des joints aussi!
L'argument qui tue. Je n'ai pas fumé depuis la soirée de fin d'exams, mais même si c'était le cas, que vient faire le cannabis dans l'histoire alors que je n'ai "rien". De toutes façons je n'arrive même plus à réfléchir. A partir de là, ce que j'arrive à faire de mieux, c'est de ne pas paniquer ou autrement dit, ne plus voir la situation en face. C'est aussi à partir de là que mon trouble va prendre une autre dimension: l'impression que ce que je vis n'a aucune réalité. Que j'invente tout pour me plaindre, et je vais être partagé entre une envie viscérale de crier et la peur d'être méprisé, considéré comme fou car je ne dépend plus que du jugement de mon père. Une peur d'autant plus vive que plus les choses avancent, et plus j'ai l'impression d'être dans un rêve. Petit à petit, une impression globale d'étrangeté s'installe et j'ai l'impression que la folie se rapproche. Je ne sais plus si mon problème est mon mal de tête et tout ce qui l'accompagne, ou cette panique de fond dont je n'arrive pas à me sortir. J'ai beau essayer de méditer, de me vider la tête, rien n'y fait.


Au bout d'une semaine, ma petite amie, que je n'ai pas pu voir depuis le début des vacances, vient me voir. J'imaginais que ça allait me faire du bien, mais je me vois incapable de profiter d'elle, de communiquer. Son innocence me perturbe plus qu'autre chose. Elle me fait voir malgré elle, par ses questions, l'obscure complexité de ma situation et ça me fait peur. Je ne veux pas l'impliquer là dedans. J'aimerais lui demander de m'accompagner aux urgences, mais j'ai aussi peur de l'entrainer dans ma folie.
 Je n'ai pas envie qu'elle me voit comme ça. Je suis un débris. Stressé, désorienté. Et en plus j'ai rien pour excuser mon état. Pas de "j'ai la gastro" ni même de "je fais une dépression". Je ne veux pas qu'elle assiste à ce qui m'arrive. Jusqu'à présent j'avais toujours été quelqu'un de solide. J'avais l'habitude d'en chier, mais pas comme ça.
Elle ne sait pas comment réagir: elle est mal à l'aise de me voir me tenir la tête sans bouger, les larmes aux yeux, tout en faisant comme si tout allait bien. Je ne me rends pas compte que je suis entrain d'exclure ma seule chance d'être soutenu, mais j'ai dépassé le stade de la recherche de soutien. Je lui demande de partir.

 Tous les soirs, le mal de tête se calme partiellement et je reviens dans un monde moins agité dans lequel mes parents veulent bien faire attention à moi pour autant que je ne parle pas de ce que je vis. A chaque fois, je ne vois pas comment ça pourrait recommencer. Ni pourquoi. Mais je ne suis plus sûr de rien. J'essaie de profiter des quelques heures de calme ou j'arrive enfin à regarder la télévision, ou à jouer à l'ordi.
  Et tous les matins, je suis réveillé à 7h sans raison. Je me trouve toujours bizarre mais je m'y habitue. C'est le mal de tête que je crains le plus. Il arrivera toujours plus fort que la veille, creshendo mais maximum au bout d'une heure. La nausée est parfois intense mais je ne vomis pas. De toutes façons je ne mange pas. J'attends toute la journée le retour de mon père.
 Une fois, ma mère arrivera avant lui. Devant un dernier appel au secours, elle ne fait que me répondre que mon père n'est pas inquiet. Lorsque j'insiste, elle ne me répond plus. Elle me demande même de me taire pour qu'elle puisse écouter la télé. J'essaie de me retenir mais je me mets à pleurer malgré moi. Elle me regarde avec un air sévère avant de se retourner vers l'écran magique.
 J'aimerais qu'on perce un trou dans ma tête pour que la pression s'arrête de monter. Je me dis même que je préférerais mourir. Chaque jour, je vois ma tension monter: 19/11. Un pouls à 48. Puis 20/12. Mon père décide finalement que l'appareil doit être cassé. Il attend d'en rapporter un du travail avant de débuter un traitement hypotenseur. Un jour de plus d'attente pour l'appareil, qui montrera une tension encore plus élevée. Un jour de plus pour les médocs. En cadeau, j'ai le droit à un sédatif qui me permettra enfin de somnoler.
Encore trois jours de rémission lente.
Au bout de deux semaines, je n'ai plus mal à la tête. Bizarrement, je n'ai plus qu'une douleur assez précise au niveau du cou. Finie la sensation d'irréalité. J'ai juste des sifflements d'oreille, des vertiges et des fourmis à un pied. C'est comme s'il ne s'était jamais rien passé. Mais le "comme" à malheureusement beaucoup plus d'importance que je ne le crois.

 A partir de là, le stress m'a foutu une trouille bleue. Savoir qu'un tel enfer pouvait m'arriver sans raison, rien qu'à cause du stress, ça m'a conduit à repasser le concours en faisant le strict necessaire. Le plus difficile a été de dire à mes amis que je ne savais pas ce qui m'était arrivé, tout en leur disant que c'était horrible. Ils ne comprenaient pas. Moi non plus. Alors j'ai décidé de faire comme si rien ne s'était passé, je croyais que ça simplifierait les choses.
 Car j'étais régulièrement forcé d'y repenser à cause de ma douleur au cou, des vertiges qui revenaient par poussées mais surtout à cause du fait que j'avais peur de moi même. Je me découvrais des difficultés de concentration, surtout lorsqu'il s'agissait de comprendre une conversation dans un groupe. On aurait dit que je n'avais plus aucune confiance. J'étais clairement perturbé. Et je me tuais à jouer -mal -le rôle de celui qui va bien.
 J'avais constament peur que ça recommence. Vu le fond de stress permanent dans lequel je vivais, bien plus intense que lors de ma "crise", je ne voyais pas pourquoi ça ne recommençait pas. Au pire avais-je le droit à quelques crise d'angoisse le soir. La peur de devenir fou subitement. Ce pourquoi j'ai eu tendance à éviter de sortir. Je ne voulais pas que mes amis me voient dans un état que je n'assumais pas.
 Petit à petit je me suis éteint. J'ai tout fait pour ne pas faire de vagues. De temps en temps je disais à mon père que ma vie n'était plus comme avant depuis cet épisode. Alors il invoquait le cannabis. J'essayais de m'en séparer, mais vu que tous mes copains en fumaient, ça ne faisait que m'exclure davantage du groupe et je finissais par craquer. Rester seul dans mon appartement, stressé, sans vie et ne même plus avoir un joint à fumer pour tuer le temps, alors que tout le monde s'amusait c'était trop dur. Du coup je me suis aussi mis à l'alcool, vu que mon père n'avait rien contre cette substance. Surtout le soir. Ca m'évitait les crises d'angoisse.
J'ai eu mon concours. Je n'y croyais plus étant donné que j'avais perdu toute mon énergie. Toute ma vigueur et mon ambition. En fait, c'était surtout grâce à mon premier essai. Je n'ai pas fait beaucoup mieux. Je ne me suis concentré que sur la matière qui m'avait fait échouer.  Le reste, je l'ai survolé et j'ai eu des notes moins bonnes que la première fois. En fait, compte tenu de mon état, je n'aurais jamais dû passer en deuxième année. Mais j'ai préféré ne pas m'en rendre compte et me persuader que tout allait bien. Vu que la  théorie de mon père, c'était de dire que je me rendais malade pour ne pas avoir à travailler, j'essayais de croire que j'avais vaincu ma maladie, mais j'avais trop peur de voir que je n'étais plus que l'ombre de moi même.

 



 
par WaXou publié dans : Souvenirs
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Jeudi 15 mai 2008

Cette situation peut paraître surréaliste. Ce genre de description est à mon sens rare car pour pouvoir la faire, il faut avoir la chance d'être sorti du cercle vicieux, ou au moins en avoir extrait ses yeux.
Il y a à peine deux ans, bien que cet événement était encore relativement récent, je ne m'en souvenais pas comme d'un événement important. C'était un passage de ma vie auquel je ne donnais aucun sens, que je n'intégrais pas, et donc je n'y pensais pas clairement (par contre en souterrain...). J'en avais honte et je ne me souvenais même plus vraiment de ce qu'il s'était passé. C'était vague. On m'avait persuadé implicitement qu'il ne fallait pas y penser. Que le seul fait d'y penser montrerait que je suis toujours malade. Et j'y croyais, car le peu de fois ou j'y repensais, je ne sentais que désorientation et peur. Et pourtant, ce qu'il fallait faire c'était l'inverse. Le fait de ne pas regarder tout ça en face m'empêchait de donner du sens, comprendre mon histoire et voir en quoi consistait la véritable maladie. Lorsqu'on me demandait ce que j'avais fait pendant les vacances entre mes 2 premières années de médecine, j'étais bloqué. Généralement, sur un ton calme, j'expliquais qu'il m'était arrivé un truc bizarre. Pourquoi un ton calme? Parce que je voulais montrer que ce n'était pas important, qu'il ne fallait surtout pas faire attention à ce qu'il s'était passé. J'adoptais avec moi même l'attitude révoltante qui avait tout compliqué à l'extrême, tout en croyant me protéger.

Lorsque j'ai commencé à reprendre cet événement et à le regarder en face, j'ai au début cru que j'étais entrain de devenir fou alors qu'au contraire je me battais pour retrouver mes racines.
Je vais parler ici de diagnostics loupés, mais le problème ne tient pas vraiment au manque de compétences médicales. Le simple fait d'accorder de l'importance à ce qui était entrain de m'arriver, quelle que soit la pathologie suspectée, rien qu'en tenant compte de ma détresse, aurait suffit.

N'importe qui l'aurait fait mais pas mes parents. Et à l'époque, c'était encore à eux que je faisais le plus confiance. Du reste, lorsqu'au début j'essayais de parler de ça, personne ne réalisait l'horreur que j'avais vécue. Au contraire, on me répondait comme si la seule mauvaise chose dans l'histoire, c'était que je ne fasse plus confiance à mes parents. On leur trouvait toutes les excuses du monde. Déjà que j'hésitais à en parler, je finissais par en être totalement dissuadé.

Je n'aurais sans doute jamais la preuve formelle qu'il me soit arrivé quelque chose d'organique, mais je ne sais pas si c'est vraiment necessaire car comme je l'ai dit, ce n'était pas ça le plus important. Tout ce que je sais, c'est que par malchance je me suis retrouvé avec un besoin viscéral d'attention, et que j'ai eu exactement le contraire. Ce qui a rendu cet événement si difficile, ce n'est pas la douleur mais le déni, le rejet déguisé en connaissance, en sagesse.
Médicalement parlant, mon père a été nul, mais il a fait comme s'il savait ce qu'il faisait.
La première chose à faire devant un mal de tête aussi inhabituel par son intensité, sa persistance au delà de 48 heures, ou sa brutalité, surtout accompagné d'hypertension, d'arrêt du transit, de phonophobie, de bradycardie et d'agitation, c'est d'aller aux urgences et de faire un scanner. Selon les études, cette symptomatologie seule pousse à plus de 40% la probabilité de  faire une hemorragie méningée. J'en ai vu des bien plus silencieuses que ça. Mais ça aurait très bien pu être une nevrose d'angoisse inaugurale (même si aujourd'hui je pense que l'angoisse a été réactionelle à l'attitude de mes parents)  ça n'aurait rien changé. J'avais autant besoin d'aide. Surtout qu'après ces deux semaines, mon problème était en effet presque uniquement psychologique.


                
Il était question d'aller à Roland Garros avec mes amis de médecine pour décompresser, suite à ma première tentative pour passer le concours de médecine. Je n'avais pas encore les résultats mais il était prévu que je redouble donc je n'avais pas vraiment la pression. Néanmoins je ne suis pas passé loin.

J'avais toujours été plus ou moins associable, mais avec ces amis j'avais eu l'occasion de me trouver une place, de faire plusieurs soirées mémorables, de connaître beaucoup de monde alors que mes amis plus anciens étaient tout à fait compatibles au groupe. On rigolait, on discutait tous les soirs. J'étais à l'aise et je ne me sentais que rarement seul. Du reste, la raison la plus importante qui me poussait à avoir mon concours était le lien que j'avais avec eux. Je n'avais jamais espéré vivre une vie étudiante épanouie, mais en leur présence, je voyais que c'était possible. C'était plus que j'en demandais.
Je trouvais ça un peu pathétique d'être davantage motivé par l'amitié que par mon ambition, mais je ne me l'avouais pas complètement.
Je voulais me croire fort et indépendant.

On avait deux semaines pour voir un peu notre famille. Après, les sorties allaient s'enchaîner. J'avais plus envie que jamais de profiter de mes vacances. Manque de bol, la première semaine fut ternie par une violente douleur abdominale, à droite. Ca m'était déjà arrivé, mais à l'époque c'était parti en quelques heures. Là, c'est resté pendant 4 jours et 4 nuits. Je ne pouvais plus me lever ni manger. Lorsqu'on me touchait le ventre j'avais l'impression qu'il se déchirait alors qu'il se contractait malgré moi plusieurs fois. Pour moi j'avais un truc digestif mais à cette époque je n'accordais pas grande importance à mon discernement vu qu'il était tout le temps remis en question, donc je me fiais à mon père. Or, pour lui, comme je n'avais pas de fièvre, je n'avais rien, pas question de m'emmener à l'hôpital.

J'ai donc passé 4 jours seul à la maison, en attendant que ça passe, mais j'étais assez angoissé. Le coup de ne rien avoir alors que mon ventre ne m'avait jamais fait aussi mal de ma vie, c'est pas rassurant du tout. J'aurais préféré qu'on me dise que j'allais être opéré, au moins j'aurais pu faire face à quelque chose.
Ça s'est arrêté un beau matin. Preuve selon mon père, qu'il avait eu raison de ne rien faire.

Trois jours plus tard, mon père a voulu manger au Mac Do. A l'époque c'était un peu notre rituel jusqu'à ce que ma mère l'engueule je ne sais plus pourquoi.
Dans la voiture, je me sentais bizarre. Agité. Pourtant il n'y avait aucune raison à ça. Je trouvais que je parlais plus vite que d'habitude... pour ne rien dire. J'avais l'impression de parler à un mur.
Arrivé au fast food, je me suis aperçu que je n'avais pas vraiment faim, j'avais comme envie de quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Comme si je respirais de l'air sans oxygène. D'ailleurs, je remarquais aussi que j'étais essoufflé. Mal à l'aise.
J'ai attendu que mon père finisse de manger et je lui ai expliqué que je me sentais vraiment bizarre.
Il m'a dit que c'était le stress. J'étais prêt à le croire sur ce coup. J'imaginais que le fait d'avoir été autant speed pendant plusieurs mois me rendait mal à l'aise au repos, mais pourquoi maintenant, ça j'en savais rien.
Je décidai donc de rentrer à la maison et de faire une sieste éspérant que mon corps comprenne qu'il fallait maintenant ralentir le rythme.

Arrivé à la maison, impossible de dormir. Et l'essoufflement devient encore plus désagréable allongé. C'est alors qu'arrive assez vite un mal de tête comme je n'ai jamais connu. Pulsatile. Qui me prend toute la tête. Mon père décide de prendre la tension: j'ai 11/6, mon coeur bat aux alentours des 70. Je n'ai donc rien selon lui. Pourtant je ressens quelque chose d'inhabituel. Je n'ai jamais ressenti cette sensation d'agitation et de malaise. J'ai le sentiment que ça ne va pas s'arrêter là, et j'ai raison. Le mal de tête progresse de plus en plus. Je commence à me sentir angoissé, puis vers 22h tout rentre dans l'ordre. Ouf! Je suis quand même un peu inquiet parce que je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé. Et vu ce qu'il s'est passé lorsque j'ai eu mal au ventre, je ne suis pas vraiment rassuré.

Je me couche et je m'aperçois que j'ai du mal à dormir, j'ai mal au cou. Lorsque je me réveille au milieu de la nuit, la première chose qui m'accueille dans la réalité sont des vertiges et je suis forcé de constater que je ne me sens pas comme d'habitude.

Le deuxième jour, lorsque je me réveille, je suis seul dans la maison. Il y a la femme de ménage. Je décide de jouer à un jeu sur mon ordinateur. Depuis le temps que j'attends ça: glandouiller. Mais voilà, je n'arrive pas à me concentrer. Je me sens toujours trop agité pour me détendre. Rester assis sur une chaise me paraît impossible. Je ne m'amuse pas du tout. C'est comme la veille. La femme de ménage ouvre la porte et me parle. Je me rends compte que j'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle dit. En fait, ça me donne même la nausée d'essayer. Pourtant je l'aime bien, mais là je ne sais pas quoi lui dire, je ne supporte plus de l'entendre parler. J'ai autant de mal à me concentrer sur ce qu'elle dit qu'à me concentrer sur mon jeu.

Je décide de me prendre un bon bain, généralement ça me change les idées. Peut-être que si je ne me focalise pas sur ce malaise, ça finira par passer mais c'est bien la première fois que je me sens si bizarre.

Je suis dans la baignoire, et rien ne s'arrange. Au contraire, je sens le mal de tête de la veille qui revient. Il est 11h. A chaque fois que je me lève, j'ai l'impression que ma tête va exploser. Pendant 2 secondes il ne se passe rien et d'un coup un battement tape sur le toit de mon crâne, le deuxième est pire et me prend autour des yeux, je l'entends claquer dans mes oreilles. Alors je dois corriger avec ma respiration pour encaisser le troisième. Lorsque j'inspire la douleur est momentanément plus supportable. Je fais l'erreur de tousser une fois, décharge infernale de douleur, vertige. Les changements de positions sont aussi à éviter. Tous mes muscles sont crispés pour ne pas que ma tête bouge. Je me réfugie dans le canapé du salon. Ce que je ne sais pas, c'est que je passerais la majorité des 10 jours suivants au même endroit.

Je regarde la télé. Le son me fatigue aussi. Entre midi et deux mon père rentre. Je lui explique mon problème. Il m'examine et me dit que je me fais des idées: je n'ai rien d'important, c'est le stress. Cette idée du stress qui fait exploser ma tête et contre lequel on ne peut rien faire commence à me perturber. Ca ne tient tellement pas debout que je ne sais pas quoi en penser.

Je me force à sortir, à voir un ami. Ça me permet de penser à autre chose même si le mal de tête est toujours là, la sensation de malaise indescriptible aussi. Quelques fois, j'ai des crises de bâillement qui me soulagent. Je n'ai jamais eu ça. Des bâillements très rapprochés les un des autres. Bizarre. Lorsque je rentre chez moi, j'ai tout à coup un malaise au volant, mon corps me donne l'impression d'être glacé, je rassemble toute mon énergie pour ne pas m'arrêter. Je ne sais pas ce qui m'arrive, j'ai l'impression que je disparais, que je deviens fou, je ne ressens plus rien. Je me réfugie dans mon lit. Mes parents dorment. Je n'ose pas les réveiller, je ne sais pas pourquoi.

Je passe une nuit difficile, un sommeil très superficiel avec beaucoup de réveils vertigineux J'angoisse surtout parce que je ne sais pas ce que j'ai, je n'y comprend rien. Le lendemain, au réveil, ça va mieux mais le mal de tête est cette fois-ci seulement diminué. Je le sens toujours.

Psychologiquement, je commence sérieusement à craquer. Je ne sais plus très bien ou en est ma vie. J'ai l'impression de vivre un cauchemar. On dirait que personne ne m'entend. Que petit à petit je m'éloigne de la réalité, ou que la réalité me rejette.

par WaXou publié dans : Souvenirs
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Mercredi 14 mai 2008
Je constate que lorsque je vois une porte s'ouvrir sur la vie, j'ai peur de la prendre.
J'ai peur de me trimbaler ma cage avec moi et de me retrouver dans une position encore plus inconfortable.
Ma cage me dérange tellement que je ne veux pas en sortir. Je ne veux pas approcher de ses barreaux quand bien même je crois y voir une brèche.
Mais si elle me dérange tant, pourquoi ne pas au moins être cohérent avec moi même et tenter d'en sortir, faire face à ma peur, rien que pour le geste. Pour rester moi même. Pour ne pas avoir à me retourner contre moi. Tout comme Jocelin se met à tourner en rond comme un fou lorsque j'ouvre son toit. Car même si je ne le sens que partiellement (?), je sais que c'est à ce comportement que tient la véritable cage, le veritable enfer. Et les barreaux ne seraient plus qu'accessoires.
Un fois la cage construite à l'intérieur de notre tête, on se sent moins enfermé, juste un peu - beaucoup - vide... et seul.
"Le cercle vicieux des pièges relationels qui ont été les notres."
Be the victim of our own design.
Ca doit être ça.

Je n'arrive même pas à comprendre pourquoi j'hésite.
La peur de ne pas savoir ce que je veux fait que je ne sais plus ce que je veux.
Je tourne en rond.
Comme Jocelin.


par WaXou publié dans : overhell
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Dimanche 11 mai 2008
Finalement je n'ai pas eu à aller voir Thib à Montpellier, c'est lui qui est venu à Toulon.
Repas chez son père. Comme à Noël. C'est à la fois désolant et heureux de constater que j'ai davantage l'impression de faire partie de leur famille que de la mienne.
Sa mère est vraiment bien redescendue sur terre, mais pas trop non plus. J'adore parler avec elle. J'ai confiance. Je peux parler de coeur à coeur. On dirait qu'elle n'a pas envie de perdre de temps avec ce qui détruit.

Son père a un oeil qui a une fâcheuse tendance à dévier. Encore plus qu'à Noël.
La solitude, les addictions et sa fierté auront sans doute raison de lui. J'ai une certaine affection pour lui car il aime faire en sorte que nous soyons à l'aise. Il a envie de parler de ses problèmes même si c'est pour se braquer lorsqu'on touche au but, il a autant envie de vivre qu'il en a peur. C'est pas moi qui vais lui reprocher ça.
Le reste de la soirée, passée dans le parking de la résidence n'a fait que réaffirmer nos affinités. Je suis toujours surpris de voir comment Thib a pu mûrir. Il est d'une bienveillance rare et il ne s'en rend pas vraiment compte. Il ne maltraite plus sa sensibilité. Il a une capacité d'empathie surprenante. Le seul truc qui lui manque c'est de se faire confiance.
Du coup on se donne mutuellement confiance. C'est super agréable.
Je comprends pourquoi j'ai aussi peu foi en mon potentiel dans le milieu des études médicales.
Ça n'a tout simplement rien à voir. Mais "sans le vinaigre, le miel ne serait pas le miel".

En sortant de l'appartement son père m'a lancé une pique en disant que j'étais aussi nul que les autres médecins puisque je n'étais pas capable de poser un diagnostic pour sa douleur de hanche. J'avais des dizaines d'excuses à rétorquer. Je ne suis pas encore médecin, je ne l'avais pas examiné, il cachait des informations, et il ne m'écoutait pas. D'autant plus que vu le terrain, le diagnostic le plus probable et ses causes étaient trop gênants à évoquer devant son attitude, autour d'une table.
Finalement j'ai vu que ce n'était pas moi qu'il fallait excuser. Alors je suis resté silencieux, un peu désolé.
C'est alors que son ex femme a dit: "il l'a fait le diagnostic mais tu n'es pas prêt à l'écouter, pourtant tu devrais en profiter  c'est très rare un médecin qui écoute avec son coeur comme ça!"
Il a répondu avec un sourire "Tu m'emmerde toi!", alors que je remarquais que ses deux yeux étaient réconciliés. J'ai rarement vu un aussi beau "rejet".
Au moment ou elle a dit ça, elle avait posé sa main sur mon coeur. J'ai senti comme un frisson d'énergie me traverser. C'était fluide, c'était doux et pas insistant du tout. Aucunement désagréable. Juste un peu déroutant.
Je ne sais pas si c'est l'idée qu'elle est spécialisée dans les massages énergétiques, si c'est de savoir qu'elle en a fait pleurer plus d'un rien qu'en touchant le dos, ou si c'est vraiment qu'elle a un don.
De toutes façons, que ce soit l'un ou l'autre, c'est tout aussi intéressant et appréciable.
Pourtant je ne suis pas très "chakra" ni "aura", mais il y a manifestement un noyau sur lequel on est aujourd'hui prêts à s'entendre.
Je suis curieux.

par WaXou publié dans : Spiritualité
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Samedi 10 mai 2008
"J'ai vu un psychiatre qui disait que la dépression chez l'adolescent c'était normal, qu'il fallait la suivre sans s'en inquiéter."

Comment discuter avec elle de ce que je pense de la dépression de l'adolescent, l'idée me paraît saugrenue. Pourquoi ce mot "normal" me semble aussi agressif venant d'elle alors que le verbe "suivre" paraît insignifiant?
Mais veut-elle vraiment que je parle de mon expérience?
Elle ne la connaît que trop bien.
Tout ce qui l'intéresse c'est de faire comme si c'était un sujet froid. Qui ne me concernait pas..
Comme s'il n'y avait jamais eu aucun problème mis à part dans ma tête.
Tout ça caché derrière cette fausse invitation à la discussion sur un sujet qui me tient à coeur.
Faut dire, dans ma famille, la discussion ne sert qu'à se persuader un peu plus qu'on a raison ou ne sert pas.
Depuis le temps j'ai fini par le comprendre.
Toutes les discussions sont des combats et elles commencent toujours de manière anodine.
Plutôt que de regarder ma haine en face, je te prends dans mes bras d'une manière tellement désagréable que tu vas me rejeter malgré toi. Tu vois, tu n'y peux rien, tu es incapable d'aimer ni d'être heureux, viens dans les bras de maman, démon. Pourquoi tu ne viens pas? Encore un autre de tes tours pour me rendre la vie impossible! Mais je t'accepte comme tu es, je te pardonne.
Quelle folie.
Double bind (*) à la con.

Tant que cette attitude me mettra en colère, c'est que j'aurais un coeur qui bat. Si c'est ça un démon, j'en suis un.
Voilà qui explique pourquoi le contact de sa main sur mon épaule m'est profondément insupportable.
Dire qu'à chaque fois je m'en suis voulu d'être aussi allergique à ce contact là. Me croyant allergique à l'amour.
Je m'étais bien fait avoir.
La haine déguisée en amour, c'est juste indigeste, comme une jolie tomate bien rouge farcie avec du vomi.
Un emballage familier qui cache un contenu destructeur.
L'amour simple ne s'emballe pas et passe comme du petit lait. C'est tout...
Voilà pourquoi faute de petit lait je me réfugiais dans l'eau tiède lorsque je n'en pouvais plus.
Heureusement que je ne me suis pas pris pour un sachet de thé.

Du coup je l'ai laissée répéter en boucle qu'elle n'avait rien à se reprocher parce que ma souffrance n'avait pas d'importance.
J'aimerais bien qu'elle ne culpabilise pas, mais faudrait qu'elle s'arrête de me cracher dessus.
Je me demande parfois comment j'ai fait pour ne pas -totalement- craquer.

(*)
"Cette situation donne naissance à une volonté de fuite. Lorsque cette fuite n'est pas possible au sens propre du terme (par exemple si l'on est économiquement ou socialement dépendant de la personne intimant l'un des deux ordres), la fuite peut avoir lieu dans un certain nombre de névroses ou de psychoses, parmi lesquelles la schizophrénie.
Le mécanisme a été étudié pour la première fois en 1950 par l'école de Palo-Alto."


Ils oublient juste la baignoire et la drogue.
La baignorite chronique, flemmardise idiopathique ou alternative à la schizophrénie?


par WaXou publié dans : overhell
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Vendredi 9 mai 2008

Dans ma chambre. Ma mère range des affaires dans mon placard. On revient du feu d'artifice du 14 Juillet. Je repense à ce final. Je n'ai jamais vibré comme ça. Surtout qu'à la fin, ils ont mis la musique de Top Gun. Je ne connais pas beaucoup de musiques mise à part celle là et celles de Johnny. Mais celle là est magique pour moi. Qu'ils la mettent pour le final m'a tout simplement donné l'impression de toucher à une sorte d'unité interhumaine, comme si on se comprenait tous dans la vibration, comme si on vibrait tous au fond de nous pour la même chose. J'en suis même persuadé sur le moment et j'ai envie de le dire.
 Mais voilà, j'ai 5 ans, et on ne m'a pas appris à exprimer ce genre de chose, probablement que lorsque je saurais l'exprimer j'aurais perdu une bonne partie de ma capacité à vibrer.
 Alors je me mets à pleurer sans savoir expliquer pourquoi à ma mère. Je lui explique quand même que c'est à cause de la musique de Top Gun. Parce que c'était beau.
Elle n'en revient pas. Moi non plus.
Heureusement que mes copains sont pas là.

Et voici ma traduction de la musique "The decline" de NoFX, qui me donne facilement le frisson.
Elle est longue mais vraiment belle je trouve.
Les paroles originales

D'où viennent tous les gens stupides?
Et comment ont-ils fait pour devenir si bêtes?
Élevés sur la chaîne de montagnes violettes
Nourris par des vagues de grains jaunes
Pour devenir des êtres humains déchus, zero sentiments.
(passage qui fait penser à Pigs des pink floyd)

Reprochons ça à la nature humaine, la destinée humaine
Reprochons ça à l'aviditocracie
La peur de Dieu
La peur du changement
La peur de la vérité

Ajoutons les droits de l'homme, enlevons ceux qui ne sont pas respectés
Il n'y a pas de réponse
Apprenons et chantons des chansons à paillettes étoilées (rapport à la fois aux chansons creuses et au drapeau américain)
Quand les questions ne sont pas même posées
Est-ce qu'on peut apprendre du passé?
On vit dans la stagnation unie

Père, qu'ai-je fait?
J'ai pris cette 22 (fusil de petit calibre qui remplace aux états unis la carabine à plomb des familles)
Un cadeau que tu m'avais fait
J'ai dormi avec chaque nuit
Je l'ai nettoyé
Je l'ai bien polie
Chéri chaque cartouche, chaque balle

En bas du ruisseau, sous les buissons, sous la saleté
Il y a la carcasse de ma deuxième victime
En bas vers le parc, sous la pierre, sous les pins
Il y a la carcasse de mon frère William
Mon frère ou es tu parti?
Je jure que je n'aurais jamais pensé en être capable
Je vois tellement de fois ou ils m'ont dit de tirer droit
N'appuie pas sur la gâchette, presse là pour être sûr de tuer.
Tuer c'est ce qu'on veut
Tuer c'est pour quoi nous sommes élevés.

Les Chrétiens aiment leurs flingues, l'église et la NRA (Rapport au christianisme extrémiste, proche du fanatisme)
Prions pour leur esclavage, Prions pour leur basse foi

Le livre de contes a été lu et chaque ligne crue
La destinée a été tracée, la logique est une menace
La raison recherchée et enfermée

Jerry a passé du temps dans le Michigan
Des vacances de 20 ans, après tout il avait 10 centimes
10 centimes valent beaucoup plus à Détroit
10 centimes en Californie, une amende de 20$

Jerry n'est resté que quelques mois (en prison)
Difficile de s'amuser lorsqu'on saigne du cul
Asphyxier quelqu'un c'est rapide et simple
Ça écrase 17 ans de fun d'être la pute de quelqu'un

Ne pense pas, reste
Bois ton vin, chez toi
Regarde le feu brûler, soit
Ce sont ses problèmes pas les miens (tranquille)
Il faut être un citoyen exemplaire, c'est tout.

J'aimerais avoir un schilling pour chaque meurtre stupide
Je pourrais racheter un gouvernement. L'amérique est à vendre
C'est une bonne affaire, avec du profit bien gras à la clé
Ou alors peut-être la déchirer
Partir dans l'hypothèse qu'un million de gens sont intelligents
Plus intelligent qu'une seule personne

La sérotonine est partie, elle a abandonné, balayée au loin (dans le cerveau la sérotonine donne la sensation de joie et d'amour)
Sara envolée, le processus de pensée disparu
Elle a laissé son répondeur allumé
Le message de salutation énoncé sincèrement
Des messages que personne n'entendra plus jamais.

10 000 messages par jour, un million d'autres restent victimes du "laisser faire"
10 000 voix, une centaine de flingues
100 décibels devienne qu'un
Une balle, une tête vide
Maintenant que la sérotonine est partie

L'homme habitué à parler pratique une jolie routine
Ils se sentent un peu au dessus
Ne vous sentez pas mal
Ils ont trouvé un chemin dans votre tête
Et vous vous sentez un peu trompés
Ce n'est pas qu'ils s'en fichent
La télévision met une pensée dans votre tête
Comme un jingle de Barry Manilow
J'aimerais apprendre au monde à chanter en harmonie parfaite
Un regard vide symphonique
Ça ne vous intéresse pas
Ce n'est pas fait pour vous intéresser
Ils parient que vous ne serez pas intéressés

Un pari sur ton avidité
A pari sur ta fierté
Pourquoi tenter de les battre quand un million d'autres on essayé?

Nous sommes des putains (we are the whore ressemble phonétiquement à we are the world)
Intellectuellement castrés
Nous sommes des ratés
Élevés de manière dysfonctionnelle

Encore une pilule pour tuer la douleur
Encore une pilule pour tuer la douleur
Encore une pilule pour tuer la douleur
De vivre dans la conformité

encore une prière pour être en sûreté
Encore une prière pour nous garder au chaud
encore une prière pour être tranquille
Il y aura un endroit meilleur

Perdue la bataille, perdue la guerre
Perdues les choses qui valaient qu'on vive pour elles
Perdue la volonté de gagner le combat
Encore une pilule pour tuer la douleur

Na na na na na...

Avancer devient difficile, la difficulté nous endette
Ne fais pas attention, paie le loyer
Paie pour tes péchés, un peu de foi devrait nous garder en sécurité.

Sauvez nous!
L'existence humaine manque d'une résistance essentielle
Le futur déjà écrit, les chances sont astronomiquement contre nous
Seul l'idiot et le génie livreraient une bataille déjà perdue
Contre le super ego
Lorsqu'abandonner reste putain d'arrangeant
Et ainsi nous continuons nos vies
On sait la vérité mais on préfère mentir
Les mensonges sont simples, la joie est simple
Pourquoi aller contre la tradition quand on peut admettre la défaite
Vivre dans le déclin
Être la victime de notre propre conception
Le statu quo basé sur les soupçons
Pourquoi quelqu'un voudrait t'il retirer son cou

Chers membres du club "Nous avons le notre"
J'aimerais vous présenter à notre hôte
Il a le sien, et j'ai le mien
Voici le déclin.


par WaXou publié dans : Musique
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