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Lundi 30 juin 2008

Il y a quelques jours, je lisais le
dernier article de Junko, où elle écrivait sur la fin qu'elle n'avait pas de but ni de rêves. J'allais laisser un commentaire pour lui dire que moi non plus mais en réfléchissant bien, j'ai remarqué que j'arrivais maintenant à exprimer mes buts passés bien qu'à l'époque il ne m'apparaissaient pas.
Au début, j'avais surtout des rêves. Particulièrement celui qui consistait à revenir au Sénégal en couple. J'avais le sentiment que le monde occidental me rendait fou et je voulais retourner vers la nature avant qu'il ne soit trop tard. En couple parce que ce qui m'attirait le plus dans une relation, c'était la possibilité de s'émerveiller à deux face à la beauté de la nature et de l'existence, partager ses vibrations. C'est, je crois, le seul véritable rêve que j'ai eu. Ceux qui ont suivi n'avaient rien à voir.

Par la suite, plus les choses allaient, et plus j'avais l'impression de devoir prouver que j'étais au dessus de tout. Désir totalement contradictoire puisque le fait de vouloir prouver une telle chose montre bien qu'on n'est pas au dessus de tout. Du coup, soit on reste un minimum cohérent et on échoue, soit on arrive à se leurrer en méprisant tout le monde et en restant dans sa solitude. Or comme c'est souvent précisément le mépris et la solitude qui font qu'on a envie d'être au dessus de tout, la boucle est bouclée.
Je crois que j'ai enfin senti ce qu'est en moi le désir de toute puissance. L'esprit mort-vivant dont j'ai parlé quelques fois dans des articles précédents, c'est ça.

Vers le collège, j'avais encore mon rêve du Sénégal, mais aussi de trouver l'âme soeur jusqu'à ce que je vive assez d'échecs sentimentaux pour trouver l'idée de l'âme soeur finalement contradictoire, surtout lorsque j'ai vécu la rupture que j'ai décrit dans l'article "
j'ai changé... depuis 10 ans". Si l'âme soeur existait, je venais de la perdre. Or une âme soeur qui peut se perdre définitivement, ce n'est pas vraiment une âme soeur.

Après cette rupture, j'avais envie de toucher à l'infini. A l'époque je le verbalisais en disant que je cherchais l'âme.
Ca me rappelle un schizophrène qui avait dit lors de sa première crise qu'il cherchait "la clé", qu'elle était cachée dans sa maison quelque part et que sans ça il n'y avait aucune guérison possible.
Heureusement, pour moi, c'était encore plus ou moins un passe temps, un refuge. Je vois avec effarement qu'aujourd'hui, c'est parfois encore le cas lorsque je me mets à écrire dans une sorte d'état second en croyant plus ou moins consciemment que ça me mènera quelque part.
Il y a eu des moments ou j'ai vécu des états de grâce, généralement au cours de conversations avec des amies ou amis. Je ne pouvais pas l'exprimer mais j'avais alors la certitude d'avoir trouvé cette âme. Pourtant je restais déçu car je ne pouvais pas le prouver, ce qui montrait qu'à l'origine, cette recherche du Graal était destinée à me servir d'une manière ou d'une autre. Elle manquait donc de sincérité.
Lorsque je suis entré en médecine, mon but, mon rêve était d'être reconnu pour des idées originales. Faire comme tout le monde ne m'intéressait pas. Je voulais pouvoir dire "vous voyez, j'ai fait à ma façon malgré tout ce que vous avez pu me reprocher depuis des années et enfin je suis reconnu". Tout ce que je faisais de sérieux n'avait plus qu'un seul but, montrer que malgré mon originalité, ce que je faisais pouvait mener loin si on me laissait faire. Cette envie a été d'autant plus forte que suite à ma crise douloureuse estivale mon père m'avait fait passer pour hystérique. Je voulais donc plus que jamais prouver que j'avais raison. Coûte que coûte. Un besoin de reconnaissance pour pouvoir dire "vous voyez, vous auriez dû m'aimer!"
C'est fou de voir que mes parents voulaient que je réussisse alors que ma réussite était précisément destinée à leur montrer qu'ils avaient tort. Probablement qu'arrivé en deuxième année, lorsque j'ai vu qu'au lieu de se remettre en question ils se sont servi de ma réussite pour dire qu'ils avaient finalement bien fait leur boulot ça m'a coupé toute envie de continuer dans cette voie. Une autre façon plus profonde d'expliquer mon redoublement.

Après ce redoublement je n'avais vraiment plus rien pour prouver ma valeur et là j'ai réalisé que je n'étais pas obligé de me faire tout petit pour autant.
Ma valeur ne changeait pas. En fait c'était comme ça depuis le début. Je leur en avais voulu de ne pas reconnaître cette valeur quand j'étais plus jeune parce que je savais bien que j'en avais une. Pas une valeur de surhomme, juste d'être humain, toute simple, comme tout le monde. Je n'étais peut-être "qu'un gosse", mais j'existais autant que mes parents. C'était ça que je voulais qu'on reconnaisse. Rien d'autre.
 Je n'avais donc plus aucune raison de continuer de m'acharner à être un grand médecin, mais je n'avais pas de raison non plus d'arrêter mes études, ce pourquoi j'ai décidé de continuer.
On m'avait invité à être toujours plus parfait et invulnérable pour être reconnu mais tout ce qu'on me disait c'est qu'on me reconnaissait pas tel que j'étais. J'aurais dû tirer un trait sur cette reconnaissance plutot que de vouloir la récupérer quitte à y perdre la vie, à me perdre moi même et ma capacité à aimer. C'est dans cet état que j'ai quitté ma petite amie en lui disant qu'il fallait que je me retrouve, sans bien comprendre pourquoi, à l'époque.

Le problème c'est qu'à partir de cette libération du redoublement, je me suis senti tellement clairvoyant, tellement libéré, avec tellement d'idées nouvelles et lumineuses pour mon monde que j'ai voulu en profiter: cette valeur que je n'avais pas pu obtenir grâce aux études, peut-être que j'allais pouvoir l'obtenir via la spiritualité et la méditation. Qu'enfin je pourrais définitivement m'immuniser contre le mépris de mes parents en étant totalement au delà de tout jugement. Je sentais bien qu'il y avait un truc qui clochait, qu'il y avait une idée de violence voire de vengeance qui n'avait rien de spirituel dans mon attitude, mais l'envie était tellement forte.
Une seule chose m'a permis de rester ouvert à la critique et à la relation, une exigence -déprimante- qui me permettait de me rendre compte que j'étais bien loin du détachement ultime, mais au contraire plutôt désespéré.

D'ailleurs je réalise maintenant pourquoi à chaque fois que je me suis retrouvé face au stress des examens, j'ai toujours eu l'impression que je livrais un combat existentiel et impossible contre mes parents. Soit je travaillais et j'avais l'impression de valider leur attitude, de me trahir, soit je ne travaillais pas et c'étaient tous mes efforts que je réduisais à néant. C'était plus fort que moi. Je n'arrivais pas à me réapproprier mon labeur.
Décidément, il serait temps que j'arrête de voir tout travail comme un combat ou je devrais faire mes preuves pour exister...

Du reste, lorsque je regarde autour de moi, je vois que je ne suis pas le seul à mener ce genre de bataille perdue d'avance, ou rien que le fait de se mettre ainsi en jeu est déjà une forme de défaite plus profonde que la victoire qu'on vise.
Je crois que je vais voir d'anciens articles sous un autre jour... et des choses qui m'ont été dites aussi.
par WaXou publié dans : Spiritualité
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Mardi 24 juin 2008
Lors de ma dernière garde de pédiatrie, j'ai remarqué un phénomène que je vois revenir de plus en plus fréquemment.

 J'ai vu arriver cette jolie ado âgée de 14 ans, pâle, longiligne, immobile, presque végétale, sur son fauteuil roulant. Des yeux magnifiques, légèrement souriants, le visage doux. Quelque chose m'a dit que j'avais déjà vu ça quelque part. Probablement dans the virgin suicides, mais aussi ailleurs, de nombreuses fois. La même beauté hermétique, en dehors du monde des névrosés, une souffrance devenant presque un art tant elle n'a jamais pu être comprise. L'expression "suicide attitude" m'est venue à l'esprit.
Elle était comme à un endroit ou vie et mort ne font qu'un. Morte-vivante. Elle était anorexique, mais l'anorexie était accessoire à cette attitude.
Pourtant mon interne n'a vu que ça. "Il faut manger parce que si on ne mange pas, on meurt."
Elle n'avait pas vu qu'elle avait affaire à une fille pour qui la mort n'est pas un problème.
C'était intéressant de voir le gouffre d'incompréhension entre ces deux personnes. L'une était bien persuadée que ses valeurs morales étaient absolues. Des valeurs qui n'étaient même pas les siennes mais celles de l'organisme auquel elle se voulait appartenir. L'autre se sentait totalement étrangère à tout ça. Elle n'avait rien à dire, et pourtant, elle avait infiniment plus de présence à mes yeux. Les schémas de l'interne étaient évidents, prévisibles, creux, répétitifs. Son discours rappelait la positive attitude invoquée par Raffarin. La fille était calme, silencieuse, présente à l'instant. Elle dégageait une grâce curieuse, sérieuse, avec laquelle je suis à l'aise, familier.
Cela me rappelait beaucoup de choses exprimées sur ce blog. Comme lorsque j'ai dit à ma mère que je ne me voyais pas vivre au delà de 25 ans. Le coup de l'apoptose. C'était pareil. Cette fille n'appartenait plus à cet organisme fait d'idées et de valeurs préconçues, destinées à assurer sa survie, son bon fonctionnement, qu'on pourrait appeler le mental collectif. Du coup, ce dernier ne faisait plus rien d'autre que lui donner une impression d'étrangeté, de solitude. Lorsque je lui demandais ce qui lui posait problème, elle me répondait avec un sourire doucement désolé, "J'aimerais être comme tout le monde.". C'était ça qui la faisait souffrir, qui l'empêchait de se relever et de marcher. Elle restait donc allongée là sans arriver à intégrer son existence dans ce monde qui ne lui parlait pas. Peut-être qu'elle aurait dû définitivement s'en dissocier plutôt que de rester coincée comme ça. Je ne sais pas.

Quand j'y pense, entre elle et l'interne, je ne sais pas bien qui m'apparaissait la plus vivante tout compte fait. On aurait dit que l'interne était un programme informatique sans utilisateur tellement elle était prévisible et répétitive. Qu'elle se permette de donner des conseils de vie paraissait aberrant, y compris aux yeux de la mère. L'adolescente était peut-être hors "organisme", hors système, mais elle répondait à des principes plus profonds, de l'ordre de la Présence, de la lucidité, de la beauté. Elle ne semblait plus savoir qui elle était vraiment, mais elle m'apparaissait déjà plus proche d'elle même, plus cohérente par ce doute.

Le fait d'être hors de cet organisme la rendait plus naturelle tout en la tuant.


Il doit y avoir un bug quelque part.

Ps: heureusement que j'ai fini mon herbe il y a quelques jours. Un petit mois de fumette modérée et j'observe que mes pensées sont beaucoup plus confuses et mes articles plus rares...

par WaXou publié dans : overhell
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Lundi 16 juin 2008
Que peut-il bien se passer dans la tête d'une fillette de 5 ans, en apparence tout à fait saine d'esprit et lucide, pour bouffer une plaquette d'anticholinergiques réservés au traitement de la maladie de parkinson et deux antipsychotiques réservés aux crises violentes.
Dr House, ce n'est vraiment pas loin de la réalité.
Alors que nous étions entrain de nous prendre le choux avec des maladies métaboliques impossible, des tumeurs du tronc cérébral, que j'étais entrain de réfléchir à la raison pour laquelle elle chutait en arrière malgré les moqueries de mes coexternes qui n'avaient, eux, aucune hypothèse à fournir, les parents pourtant tout à fait certains qu'elle ne pouvait avoir ingéré le moindre médicament ont fini par ramener ça. Et ça expliquait tout.
Une tentative de suicide? Non. Elle est trop jeune. C'est un accident. Enfin j'éspère.

Elle m'aura vraiment fait très peur. Voir une petite fille comme ça dans un état très préoccupant, qui semble se dégrader toutes les heures, ça empêche un peu de s'inquiéter pour le petit bout qui vient pour une diarrhée qui dure depuis 1 mois et que ses parents se sentent d'amener le dimanche, aux urgences, très tard dans la nuit, sans pouvoir donner une raison à cette soudaine impulsion.
Et pourtant, on s'aperçevra que le ptit bout a finalement une grosse tête et un bon retard psychomoteur malgré un poids et une taille dans les limites supérieures de la normale. Un truc que le pédiatre n'avait pas vu, ayant suivi régulièrement l'enfant, mais qui était évident pour nous qui ne l'avions jamais vu.
A croire que les parents avaient senti qu'ils devaient nous le montrer, sans savoir pourquoi.
Et en effet, ça pouvait aussi expliquer la diarrhée.
par WaXou publié dans : overhell
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Vendredi 13 juin 2008
J'ai beau avoir l'impression d'évoluer au fil du temps sans m'en rendre compte directement (je le remarque par les situations différentes que je vis et dans lesquelles je me jette), il y a quand même des choses qui persistent et qui me bouffent la vie.
Dernièrement j'ai vu 99f. Vers le milieu du film, le personnage principal prend du recul par rapport à sa propre vie, se libère de la folie à laquelle il participait jusqu'alors grâce à son talent d'artiste qui est à l'écoute des énergies qui le portent. Des énergies qui veulent retourner aux racines. Qui veulent du vrai, du vivant, du sincère et plus jamais de prise de tête ou d'hypocrisie. Malgré cette découverte, il se heurte à un choix. Il n'est pas encore complètement libéré. Soit il profite de cette libération pour faire n'importe quoi et sombrer dans les plaisirs faciles via les drogues et autre (ce qui dans le film le mène au suicide).  Soit il se construit SA discipline. Une véritable discipline, pas du tout faite pour l'arranger mais à laquelle il peut adhérer. Dans son cas, il décide qu'il doit apprendre à galérer, mais il veut des galères naturelles. Pas des galères sans queue ni tête qui le poussent à se battre finalement contre lui même en lui enlevant peu à peu tout ce qui fait de lui une personne. Paradoxalement c'est dans la nature qu'il retrouvera sa nature d'homme et cessera d'être un animal humain.
J'ai l'impression d'être encore entre ces deux choix. J'oscille entre n'importe quoi, animalité humaine et discipline intérieure. Ma discipline m'empêchant de sombrer trop loin dans le n'importe quoi et le n'importe quoi m'empêchant d'aller trop loin dans la discipline. Je commence à être las de cette situation car au fond, c'est quand même du n'importe quoi.
Pour moi, la discipline consisterait probablement à me mettre à bosser mes cours avec sérieux. Je crois que ça me libérerait. Il faudrait que je prenne soin de ma santé. Que je me mette à faire la vaisselle aussi par exemple. Ce n'est pas nécessaire mais c'est l'image que j'ai du non n'importe quoi. Et tout ça ne devrait pas être fait dans le but de trouver le salut. Il faudrait que je fasse tout ça en étant présent à ce que je fais et en y adhérant totalement.
Voilà, je crois, la source de toute discipline.
Je ne bosse pas mes cours parce que j'y suis obligé, à cause du système ou autre. Je bosse parce que je veux être psychiatre. Je sais que je pourrais m'épanouir dans cette discipline, y apporter de la vie, en faire presque un art personnel, c'est pour ça que j'ai décidé de continuer mes études de médecine et pour rien d'autre.
 Il y a quelque chose de profondément enfoui en moi, plein d'espoir, de passion, qui veut s'exprimer par ce biais. Quelque chose en quoi j'ai confiance et qui donne des couleurs à mon monde. Et c'est pour ce même quelque chose que je devrais trouver une discipline. Lui jurer fidélité une bonne fois pour toutes plutôt que de chercher des couleurs artificielles.
Je suis encore dans cet "après".
Parfois je l'oublie.


J'ai mis l'image du voyage de Chihiro car elle représente bien cette problématique. Chihiro est une petite fille qui se retrouve dans un monde effrayant après avoir perdu ses parents qui se sont transformés en cochons-humains, s'étant jetés sur la nourriture d'un restaurant désert et n'ayant justement fait preuve d'aucune discipline. Au fur et à mesure qu'elle acceptera ce monde, il deviendra finalement de moins en moins effrayant et de plus en plus magique.
par WaXou publié dans : overhell
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Jeudi 12 juin 2008

Découvrez MGMT!


Je viens de voir Phénomène (je crois que le vrai titre FR est phénomènes, mais vu qu'en anglais c'est "The happening", je préfère l'appeler "Phénomène"). Je vais parler ici de ce que ce film m'inspire, je ne vais pas dévoiler grand chose puisque ce film ne dévoile rien directement par lui même par rapport à sa bande annonce. Je vais juste éviter de parler de la fin même si elle ne m'a rien dévoilé sans réflexion à posteriori. Cependant, si vous comptez aller voir ce film, je conseille vivement de lire cet article après coup, ce sera bien plus intéressant.

Phénomène est un film qui présente un phénomène anormal, qui paraît incompréhensible. On lui cherche un sens tout le film mais bizarrement, on est renvoyé à une multitude de petites problématiques humaines qui paraissent sans rapport avec le phénomène, juste parallèles. Et pourtant, elle sont pour moi comme des indices que l'auteur a semé pour nous permettre de trouver un sens au phénomène. Un sens qui ne sera pas dévoilé à la fin mais qu'on devra chercher si on adopte une attitude scientifique. Sans ça, ce film peut donner l'impression d'être une grosse blague, un film catastrophe baclé et incohérent, d'autant plus qu'on nous donne via le personnage principal une hypothèse pour expliquer le phénomène. Une hypothèse qui ne tient pas la route. Ou alors seulement en partie.

Le truc qui met sur la voie, c'est qu'au lieu de nous plonger dans une action facile et cohérente, l'accent est mis sur des petites scènes, des petits tableaux montrant plusieurs paradoxes humains à travers des personnages décrits sur quelques minutes par leur attitude, leurs problèmes, leur tourments d'humains, qui meurent, ou pas, à cause du phénomène. Chaque personnage paraît cinématographiquement incohérent, mais pourtant réaliste.

Un film qui m'a tout de suite rappelé mon apocalyptic dream number one, lui même inspiré de the virgin suicides.

La différence c'est que dans mon rêve, c'est la nature qui dort au fond de l'homme, celle avec avec laquelle l'enfant est toujours en contact, qui provoque le suicide en masse des enfants parce que le monde dans lequel ils naissent ne parvient plus à les porter, à donner naissance à l'envie de vivre originelle, à l'instinct de survie.

Ici la nature est extérieure à l'homme... encore que...

Elle provoquerait des suicides via une neurotoxine qui déposséderait l'homme de son instinct de survie (c'est la théorie presque tout de suite exposée). Mais il y a tout de suite un problème: pourquoi l'homme se suiciderait sur le champ si on lui enlevait son instinct de survie? Car c'est bien ce que font les personnages. Une fois "infectés", il cherchent le premier moyen leur permettant de se suicider. Si le fait de perdre son instinct de survie pousse directement l'homme au suicide, c'est peut-être parce que ce dernier souffre tellement qu'il n'y a que son instinct de survie qui le tient en vie.

Je me rappelle avoir demandé à Quelqu'un, il y a peu pour tenter de montrer à quel point nous sommes prêts à cracher sur notre propre vie: "Si tu avais eu dans ta vie la possibilité d'appuyer sur un bouton pour que tout s'arrête d'un coup, te faire disparaître toi, ou la personne de ton choix et les problèmes associés à ton lien à cette personne sans autre conséquence que cette disparition, sans avoir de problèmes, combien de fois aurais-tu appuyé sur ce bouton?". Mon interlocutrice avait été sincère. Elle a reconnu qu'elle aurait sans doute appuyé beaucoup de fois sur ce bouton, y compris pour elle. Autrement dit, si le suicide ou le meurtre ne nous posait pas de problèmes pratiques, il y a aurait peu de vivants sur terre. C'est du reste ce qu'on fait souvent dans notre tête. Puisqu'on ne peut pas faire disparaître la personne dans la pratique, on le fait dans notre monde intérieur afin de le rendre moins problématique sans se rendre compte qu'on fait alors apparaître une nouvelle problématique bien plus subtile et enfermante: pour que ça marche, on est obligé de se réfugier dans ce monde intérieur, qui se décale de plus en plus par rapport à la réalité alors qu'on continue de vivre physiquement dans celle-ci. On se tue symboliquement à petit feu pour ne plus avoir de problèmes jusqu'à ce qu'ultimement, nous soyons tellement décalé qu'on ne sache même plus manger, respirer, aimer. Qu'on soit enfermés vivants dans un monde sans vie de moins en moins intéressant et stimulant. On se retrouve sans énergie et ce manque d'énergie nous conduit à nous sentir de moins en moins à la hauteur des obstacles qu'on rencontre. Ainsi la boucle est bouclée. On devient littéralement des morts vivants. On peut mettre cette idée en rapport avec le passage de Sixième sens, du même réalisateur que j'avais cité dans un article précédent: je vois des gens qui sont morts, ils vont et ils viennent comme n'importe qui, ils ne se voient pas entre eux, ils ne savent pas qu'ils sont morts.

A un moment du film est évoqué un exemple: des plantes sécréteraient une phéromone lorsqu'elles seraient menacées par des chenilles afin d'attirer des guêpes qui les tuent. Si on met en rapport le phénomène et cet exemple, on peut se demander de quel prédateur se sert la nature pour tuer l'homme. Et la conclusion serait que sans instinct de survie, l'homme se tuerait tout seul devant toute problématique. Il est donc son propre prédateur, et c'est juste son instinct de survie, un dernier vestige de la nature, qui l'empêcherait de se tuer. Il n'y a que ça pour le garder en vie, sauf peut-être pour les enfants qui eux, sont encore proches de leur nature, même si du coup, ceux-ci prennent de plein fouet la folie humaine et y réagissent en conséquence, d'une façon qui peut apparaître démesurée. (edit: ce qui est étonnant c'est que j'ai écrit cette dernière phrase sans me rendre compte qu'un passage du film impliquant deux jeunes illustrait totalement ce principe)

C'est une théorie peut-être un peu tirée par les cheveux. Mais c'est précisément cette idée qui avait rendu mon cauchemar si troublant. Le fait qu'un jour, la nature en chacun de nous serait tellement bafouée qu'un seuil serait atteint et que notre vie nous quitterait par une sorte de dissociation ultime qui provoquerait un suicide, soit symbolique, soit réel. Une idée qui semblait ressortir de "the virgin suicides", mais aussi des suicides en masse, de ce que j'ai vu aux urgences ou des troubles "borderline" qui selon un documentaire d'arté seraient de plus en plus fréquents sans qu'on ne sache clairement pourquoi. A savoir que les "borderlines" ont un taux de suicide très élevé étant donné qu'ils se retrouvent parfois à affronter une sensation de vide infernale au milieu de laquelle l'instinct de survie n'a plus vraiment d'importance.
.
C'est aussi l'idée développée par Marilyn Manson dans
"disassociative" dont j'ai déjà parlé. " Je peux vous dire ce qu'ils disent dans l'espace: notre monde est trop gris. Mais lorsque l'esprit est si digital, le corps agit de son propre gré / à sa façon, ce monde me tue..."

Principe encore retrouvé dans la musique de NoFX, "the decline" avec "Sara est partie, le processus de pensée disparu, elle a laissé son répondeur allumé (en gros, elle répond mais elle n'est plus derrière ses mots), le message d'accueil énoncé sincèrement, des messages que personne n'entendra plus jamais (...) Une balle, une tête vide, maintenant que la serotonine est partie."
L'idée du suicide paraît venir d'une partie de nous qui reprend le dessus. Une partie qui ne craint pas la mort, qui est au delà des problématiques de la séparation individuelle et qui décide qu'elle ne peut plus habiter ce corps ou tout du moins cette image de soi. C'est aussi pour ça, à mon sens, que lorsqu'on touche un tel fond on connaît soit une mort symbolique, soit physique et que c'est propice à la réalisation du fait qu'au fond, ce qui nous habite, notre âme, notre véritable nature est au delà de la séparation individuelle et du corps. Il y a un truc au plus profond de nous qui persiste même lorsque tout le reste meurt, y compris la séparation physique.

On peut aussi voir ce principe dans les livres d'Eckhart Tolle. Notre esprit est devenu tellement prépondérant dans notre vie, à tourner en boucle, qu'on ne perçoit plus rien, qu'on ne prête plus attention à quoi que ce soit, ni à qui que ce soit. Il y a tellement de problématiques les unes sur les autres que jamais nous ne touchons le fond, le silence nécessaire à la perception de ce qui Est. On vit presque uniquement dans notre tête avec de brefs intervalles de présence qui passent inaperçus sous la masse des pensées alors que ce sont uniquement ces instants qui nous gardent en vie, qui nous permettent de respirer sans que nous nous en rendions compte.

Du reste, à la fin du film, il arrive quelque chose de bien particulier aux personnages principaux et on peut se demander si cela influe sur le phénomène. C'est probablement le cas, sinon le film n'aurait aucun sens, et cela va dans le sens de ma pensée. Je ne dévoile rien parce que c'est à peu prés la seule chose dévoilable dans ce film. Le reste ne sont que des événements qui s'enchaînent dont le trait principal est déjà dévoilé dans la bande annonce.

Ce film invite donc à la réflexion pour trouver du sens. A une réflexion profonde mais particulièrement trippante. Peut-être que ce que je dis est à coté de la plaque, c'est bien sûr à chacun de se faire son idée..

Lorsqu'il s'est fini, je ne savais vraiment pas quoi en penser. Il a pris toute sa profondeur dans la réaction qu'il a suscitée en moi après coup lorsque je me suis dit "soit ce film ne tient pas la route, ou soit il faut comprendre quelque chose par son aspect patchworké ;). Je me demande s'il a fait le même effet à tout le monde ou si c'est moi qui ai été long à la comprenette (je n'ai d'ailleurs pas du tout compris lorsqu'une partie de la salle a applaudi à la fin).

Edit: j'ai mis après coup cette musique de Mgmt en fond pour cet article car elle représente tout à fait l'esprit qui anime ma réflexion avec une dose d'espoir en plus. Un esprit dont je n'ai pas réussi à parler directement ici.
Merci Julien.

par WaXou publié dans : overhell
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Mercredi 11 juin 2008
Départ de pookie, je reste seul. J'ai reçu du kratom il n'y a pas longtemps. Je n'ai pas envie d'aller en conf. Ça ne fait que deux semaines que les exams sont finis. J'ai bien le droit de glandouiller un peu. D'autant plus que depuis quelques années, je sais que la capacité à glandouiller peut se perdre.
Je me fais mon bol. Pas besoin d'en mettre beaucoup. Dernièrement je suis tombé sur des séries peu corsées en alcaloïdes. Ma tolérance n'est pas bien haute. Je bois l'infâme breuvage et j'attends que les effets se fassent sentir, la tête enfouie dans un oreiller. Quelques dizaines de minutes plus tard, je rêve. Je me dis que s'il y a une drogue que je veux tester, c'est l'opium. Je ne sais pas pourquoi, cette substance me paraît avoir une âme contrairement à d'autres drogues plus dures. Le kratom s'en rapproche beaucoup paraît-il mais le goût gâche tout.

Je suis réveillé par la sonnerie de mon téléphone. Pas le temps de décrocher. C'était cette vieille amie dont j'ai été amoureux il y a plusieurs années, à l'époque ou j'avais senti une profonde connection entre nous. Depuis c'est comme si un gros mur nous séparait. Elle est de passage chez un bon ami, actuellement interne aux urgences, dans un service que je connais bien. Elle me propose de passer. Pourquoi pas.
Je marche quelques minutes. Je connais cette route par coeur. Je l'ai descendue et remontée des centaines de fois. Parfois avec des kilos de courses sur chaque bras. Cette fois je n'ai pour bagage qu'une bouteille de rosé bien fraîche.
Je débarque dans l'appart de mon ami interne encore plus bordélique que le mien. Calage sur la terasse-jardin. C'est dommage, le kratom atténue l'effet de l'alcool. Je reste ultra zen malgré les débats naïfs dans lesquels je me laisse emporter.
Parler de tout et de rien, rigoler pour des conneries. Réaliser que tout le monde croit ou veut croire en la même chose et fait les même erreurs. J'ai confiance. Je ne sais pas en quoi. En moi ou en eux, ça revient au même. J'ai le sourire. La seule chose qui m'attriste c'est de croire que toute cette belle innocence va être érodée au fil des années. J'espère qu'elle saura persister et devenir un fond, comme le rocher devient sable à la fois fluide et solide qui supporte l'océan. Pfff. Moi et mes images à la con.
Je repars. Il est une heure du matin. Le prochain rendez vous est pris pour la fête de la musique. Je sors de l'immeuble. Finalement le vin blanc et le rosé tappent à retardement.
Je marche moyennement droit dans ces rues bourrées de voitures. Je passe devant mon ancien appartement. Je salue intérieurement mon successeur qui a laissé sa lumière allumée. Il a raison. Faut laisser sa lumière allumée. Keep your lights on.
Elles sont belles ces rues tout compte fait. Les crottes de chien sont en voie de disparition, ou peut-être ai-je appris à les occulter tout en les évitant. Ou alors peut-être que c'est parce que je marche au milieu de la route. Je décide de prendre une photo de ce moment éminement insignifiant parce qu'il me paraît justement unique.
Je m'arrête au distributeur robotisé. Un couple de jeunes semblant à peine sortis de la voiture de papa et maman sont assis par terre avec un chien. Ils me demandent une pièce. Je les regarde, la fille à les yeux complètement dissociés. Ce n'est pas un strabisme, c'est assez effrayant. Ils me remercient de mon refus. Étrangeté quand tu nous tiens.
J'aimerais savoir d'ou ils viennent. Pourquoi ils sont là mais j'ai peur d'être trop intéressé.
Je me couche en oubliant de régler mon réveil.
Quand je fais n'importe quoi je ne le fais pas à moitié.

(ps: je viens de regarder un peu qui me visite en ce moment et je remarque que depuis deux jours je reçois des visites du ministère de l'intérieur ainsi que de la santé et affaires sociales, j'hésite à enlever mon article sur le kratom puisque visiblement c'est celui là qui les intéresse le plus...)
par WaXou publié dans : overhell
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Dimanche 8 juin 2008
On était à table avec mes parents et j'ai entendu un miaulement désespéré venant d'un coin de la maison. Comme ça continuait, je suis allé voir, généralement ses miaulements nous sont toujours destinés sauf quand elle a très mal. C'était probablement le cas: elle était entrain de chercher quelque chose dans un recoin sous la cheminée.
En fait elle cherchait encore ses petits. 10 ans plus tard.
Quelle tristesse. Voilà pourquoi elle est aussi dépendante de nous. Pourquoi elle n'a d'attention que pour nous. Qu'elle ne pense qu'à bouffer. Voilà pourquoi elle est aussi "insecure" et qu'elle a tant besoin de contact, d'être rassurée. Ma mère se plaint gentiment, mais perpétuellement de son coté "collant". Et c'est vrai que je suis toujours étonné de voir à quel point le fait de monter sur nos genoux est important pour elle. Un problème existentiel. Littéralement.
Elle est peut-être comme ça parce qu'un jour ses petits ont disparus. Tous d'un coup. Je n'ai jamais compris comment mon père a pu faire ça. Sans prévenir. Quand je pense que lui et ma mère avaient l'air aussi émerveillés que moi lorsqu'elle a mis bas. C'était magnifique de voir cette petite sénégalaise avec ses petits, de voir qu'elle savait parfaitement quoi faire. Elle s'en occupait à merveille.
4 chatons contre quelques centaines d'euros, un peu de temps et d'attention. Le combat était inégal.
La deuxième fois on les a placés. Mais elle a encore une fois vu ses petits disparaître les un après les autres jusqu'à ce qu'il n'en reste plus aucun. Je ne crois pas qu'elle ait pu se sentir mère indigne. Ce genre de concept n'existe pas chez les animaux. Mais par contre, qu'elle ait eu l'impression que le monde n'avait pas de sens et qu'elle ait eu un besoin de protection, oui. Comme si ses instincts avaient prouvé leur inutilité, et sans eux, sur quoi peut-elle se baser? Elle devient une handicapée totalement dépendante ce qui nous arrange bien puisque ça la rend si attentive à nous, dans sa propre quête d'attention. Couper ou limiter le lien à la nature de l'autre. Voilà comment le rendre dépendant.
Au fond, on est un peu tous les deux dans la même galère.
WaXou l'animal de compagnie angoissé.
Du reste je viens de me souvenir que lors de la deuxième portée, elle n'arrêtait pas de trimballer ses petits pour les mettre dans le lit de mes parents. Quelle ironie.

Ce passage avec Milady a été troublant aussi parce que lorsque j'ai vu qu'elle cherchait ses petits, que ce manque la hantait toujours après autant d'années, je n'ai même pas pu en parler. Je ne voulais pas casser la petite bulle dans laquelle ils essaient de s'enterrer. J'ai réalisé que c'était trop tard. Ils n'auront jamais le courage de voir les choses en face. Je ne leur aurait fait que du mal.
Il y a eu un grand silence, et on a fait comme si de rien était.

Sinon en ce moment il n'y a pas de conflits. Je me suis même surpris à demander à ma mère de se taire alors qu'elle faisait des commentaires idiots sur le visage d'un jeune à la télé. J'essayais d'écouter le reportage. J'ai dû m'y reprendre à deux fois mais la deuxième fois a été efficace. Je n'y ai même pas fait gaffe sur le coup. Ce n'est pas grand chose mais ça n'aurait jamais pu arriver avant. Je ne regardais jamais la télévision à table. J'étais toujours sur la défensive ou en quête d'attention. Incapable de m'intéresser à autre chose qu'à eux. Du coup c'était à moi qu'on demandait de se taire, de la même façon dont ils repoussent Milady lorsqu'elle essaie par tous les moyens de monter sur leurs genoux.
Je ne sais pas à quoi est dû ce changement. Je crois que je vis une période charnière.
Quoi qu'en fait, depuis 4 ans j'ai toujours l'impression de vivre une période charnière...
par WaXou publié dans : overhell
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Jeudi 5 juin 2008
Il m'arrive parfois d'avoir des coups de fatigue vraiment déroutants. Je m'y suis habitué depuis le temps. Il y a quelques années, cela m'arrivait jusqu'à 10 fois par jour. Maintenant c'est par période et j'en ai rarement plus d'un par jour. Le schéma est toujours le même. Je me sens un peu stressé, comme si mon corps me brûlait, une impression de tête vide. Puis arrivent les baillements. Toutes les 10 secondes pendant au moins une demi heure. Mes doigts deviennent froids, mon coeur ralentit, mon champ visuel se rétrécit et respirer devient presque épuisant.
Lorsque je suis seul chez moi, il me suffit de m'allonger. Je ne peux jamais m'endormir dans cet état, mais je peux plonger dans le silence, y adhérer, accepter ce vide. C'est une expérience presque extatique.
J'ai mis beaucoup de temps à comprendre que je pouvais le faire. Avant ça me paniquait. Je ne savais pas ce qu'il m'arrivait donc j'essayais de corriger, de me concentrer, de contracter mes muscles pour me réveiller. Ca ne faisait que rendre cet état moins supportable. Je n'étais pas habitué à accepter mes faiblesses. Je voulais être toujours au top de ma concentration, de ma lucidité, j'avais l'impression que je n'étais rien sans ça.
Je me souviens de mon plus vieil ami qui ne comprenait pas mon problème. Il me disait "T'as qu'à t'allonger, regarde, tu te fous par terre et moi pendant ce temps je regarde la télé.". Je pensais à tout sauf à ça. Probablement que le problème était en partie là. Comme si je subissais des années d'intolérance à mes propres faiblesses. Celles-ci se répercutaient par des sortes de syncopes sur lesquelles je n'avais cette fois, aucun contrôle. Chassez le naturel, il revient au galop.

J'écris actuellement dans cet état. Et je comprend pourquoi j'ai été dérouté la première fois. J'ai presque mal partout. Je me sens faible. Pendant mon stage, on me demandait de faire des calculs pour les feuilles de perfusions et j'en étais incapable. Sauf que maintenant, je ne le cache pas. Je dis tout de suite que j'ai un gros coup de barre, et si mon supérieur n'est pas d'accord avec ça, c'est son problème. Pas le mien. Moi je n'y peux rien. C'est déjà assez emmerdant comme ça d'en avoir un à l'hopital.
Il faut dire que c'est plus facile lorsque ça n'arrive qu'une fois par semaine tout au plus.
C'est quand même effrayant de constater que c'est précisément lorsqu'on manque de capacités, particulièrement de lâcher prise, qu'on se retrouve à affronter les situations les plus difficiles sur ce plan. On pourrait croire ça cruel, ou alors justement bien fait car si l'obstacle avait été trop petit, je l'aurais sûrement contourné et je n'aurais pas eu à apprendre à m'accepter. Le problème c'est que je n'étais pas au courant à l'époque qu'il était possible de surmonter l'obstacle, du coup je ne voyais que le coté cruel de la chose. Je manquais vraiment de confiance.

Sinon, pas grand chose à voir (quoi que...):
J'ai le titre d'un manga qui me revient souvent en ce moment. Il s'apelle Eureka Seven. Je l'ai déjà vu en entier. Il est vraiment trippant. Très rafraichissant. Très profond mais on se demande ou il veut en venir. Je viens à peine de comprendre ce titre, qui est en fait comme un message caché qui explique ou ce manga voulait en venir, quel était le fil conducteur. Eureka = j'ai trouvé, c'est aussi le nom de la fille dont le héro tombe amoureux et forme un couple autour duquel toute l'histoire va tourner. Et Seven = Dieu. C'est le chiffre souvent utilisé pour représenter Dieu. Et tout à coup ça devient évident que le réalisateur a glissé une multitude de messages cachés au milieu d'une histoire en apparence bien classique de manga.
Du coup je vais peut-être me le remater...

Allez en route pour 24h de folie.

(24h de garde bien sûr... pour Eureka Seven je crois bien que je n'aurais jamais le temps de le regarder vu l'emploi du temps que j'ai en ce moment)
par WaXou publié dans : overhell
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Mercredi 4 juin 2008
Réveil en sursaut. J'ai trop dormi. Il a fallu que je me recouche après son départ. Je dois être dans 15 minutes à l'hôpital pour le staff. Je me dépêche mais je suis à peine stressouillé. Au fond ce staff n'est qu'une grosse blague, mais faut faire comme si.
Les internes parlent dans le vent. Personne ne dit rien de constructif médicalement parlant puisque chaque service a bien l'intention de tout faire à sa sauce pour prouver je ne sais pas quoi. Tout est dans les regards, les sourires, les intonations, les remarques. C'est en fait davantage un cours sur la communication non verbale. Une version adulte de la cour de récré en primaire.
Je sors de mon immeuble avec ma ceinture qui pend le long de ma jambe, je suis en tongues avec une barbe de 4 jours. Une pensée me dit "tu déconnes là, t'es un peu trop à l'arrache!", mais elle ne prend pas prise. Je n'ai rien à me reprocher, je suis détendu, relativement propre. Je m'allume une clope. Elle passe mal, le rosé d'hier soir se fait encore sentir.
En face de moi, j'entraperçois à travers l'espèce de rosée matinale gluante qui recouvre encore mes yeux un type un peu bizarre. Il est vraiment maigre mais porte une sorte de T-shirt moulant en nylon rose fluo (décidément), et on a l'impression qu'il a voulu se faire une fausse poitrine féminine: il a deux excroissances sur le torse qui ne ressemblent ni à des pectoraux, ni à des seins. Il fonce directement vers moi. C'est rare qu'une personne fasse ça. Je dois pas avoir l'air commode en plus ce matin. C'est pas normal: un truc bizarre va arriver.
"Tu me files une clope?"
Le ton est irritant. Je n'ai même pas besoin de réfléchir à la question. Je fais non de la tête sans même marquer un temps d'arrêt, j'évite juste de laisser s'échapper un début de rire: ce type dégage de l'insolence de la tête aux pieds et même au delà, je suis sidéré.
-Tu me passes une clope enculé! TOUT DE SUITE! T'as compris?
Je me retourne totalement perplexe. Je regarde ses mains, m'attendant à voir une arme, mais rien. Une sensation curieuse m'envahit. Il m'énerve déjà tellement qu'il serait surpris de voir la facilité et la force avec laquelle je pourrais lui mettre une droite s'il le fallait. Ça me fait peur, j'espère vraiment qu'il ne va pas me toucher. En plus il y a tout un groupe d'étudiants en médecine quelques mètres plus loin. Je décide de continuer ma route. Faisons comme s'il ne s'était rien passé.
Il me suit:
"Viens là! Tu me files une clope et tu te dépêches ok?"
Finalement j'ai plus envie de lui faire bouffer ma clope que de la finir.
Je laisse sortir un "Tu me lâches ou pas?" totalement faussement ouvert, car au fond ça ne fait qu'exprimer ma volonté d'en finir d'une manière ou d'une autre. Je reconnais ce ton glacial et monocorde que j'empreintais parfois avant. Un ton rempli d'une sérénité sans vie. Il me regarde un peu surpris et il s'en va sans rien dire, comme s'il s'était trompé de personne. Il ne râle même pas.
Suis-je bien réveillé?
C'est bien la première fois qu'un type m'agresse de la sorte à peine tombé du lit, ça me fait bizarre d'avoir réagi comme ça. Pendant un moment j'ai ressenti plein pot cette espèce de sensation de toute puissance, d'invulnérabilité. J'ai failli la laisser m'emporter.
[Je me souviens de Ricky Fitts dans American Beauty qui raconte avoir pété les plombs de cette façon...]
Ironiquement, ce type était le client typique pour la suture aux urgences à 4h du mat qui va faire tout un foin parce qu'il a peur de la piqûre.
Quelques minutes après, j'avais dans mes bras un prématuré qui m'adressait tranquilement un sourire bullo-baveux malgré sa sonde naso-gastrique. Je me sentais curieusement un peu ridicule à coté de lui.
Si tu savais dans quel monde de barges tu as débarqué mon pauv' bonhomme!
Heureusement, tu mettras au moins une dizaine d'années avant de t'en rendre compte...
par WaXou publié dans : Lol
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Samedi 31 mai 2008
Je me souviens qu'une fois, au collège, j'avais dit à ma mère un truc qui m'avait surpris en réponse au stress qu'elle essayait de me communiquer vis à vis de mes notes qui ne visaient pas assez la perfection pour elle (difficile lorsqu'on ne vient en cours que pour voir ses amis):
"Je ne me vois pas vivre après 25 ans de toutes façons, viens pas me stresser à propos d'une idée de métier, j'en suis si loin..."
J'étais sincère. Je n'avais aucune envie de dépasser cet âge là. Je ne m'en croyais pas capable. Je me sentais tellement inapte à la vie. Comme une cellule partie sur le mauvais chemin à cause d'une mutation, attendant que ses mécanismes d'apoptose (mort cellulaire programmée) se mettent en marche. Finalement, déjà à cet âge là, j'avais l'impression d'être bien plus proche de la mort que de la vie et je ne m'en étais jamais vraiment rendu compte. C'était tellement énorme que je ne le voyais pas, j'avais  même du mal à y croire. Je n'arrivais pas  à imaginer qu'une telle vérité puisse ne pas être évidente pour tout mon entourage.
 J
e voulais mieux croire que j'avais dit ça juste pour faire chier ma mère. C'était plus rassurant quelque part. Plus simple. Même si ça faisait de moi quand même un enfant sacrément pervers et que ce n'était pas du tout ce que je ressentais.
 Car lorsque j'étais amené à exprimer le vide que je ressentais vis à vis de ma vie et de mon avenir, je me trouvais plus sincère que jamais. Je trouvais que là, au moins, je parlais directement du problème sans tourner autour du pot. Au moins je ne mentais pas en disant que j'aurais une meilleure note la prochaine fois, je ne discutaillais pas en retournant la faute sur le prof. Je ne m'enfermais pas dans une situation impossible en promettant une amélioration. J'étais surpris par cette impression de vrai alors que je disais quelque chose d'impensable. C'était cru, mais c'était vivant..
Bien sûr, je m'en suis voulu d'avoir osé être si direct. Il ne faut pas faire souffrir ses parents qui se donnent tant de mal pour nous. Elle aussi m'en a beaucoup voulu cette fois là. Rejet total pendant plusieurs jours. J'ai été amené à repenser à cette scène il y a quelques années lorsque ma mère m'a dit que je n'avais aucun problèmes lors de mon adolescence. C'était la première scène qui m'est venue à l'esprit. Mais elle a prétendu que tout ça n'est jamais arrivé. Que je l'aurais inventé. Alors j'ai vu que le véritable problème n'avait jamais cessé.
Par chance, je me souvenais très bien de cette scène. Surtout de la perplexité que j'ai ressentie en m'entendant dire ça. Je me souviens même de l'endroit exact ou roulait la voiture.
Ça me rappelle un jeune "schizophrène" qui lors de sa première crise me racontait pendant que je lui faisais un electrocardiogramme, que dans la voiture avec ses parents, il a répondu quelque chose qui l'a surpris, qui remettait totalement ses parents en question. Il s'est mis à raconter quelque chose qui lui paraissait à la fois vrai mais décalé. Il a continué, mais comme il était totalement ignoré, il s'est senti mal. C'est alors que des voix du genre "Enfoiré, t'aurais jamais dû dire ça! Tu vas payer!" sont arrivées.
Je ne sais pas si ce qu'il a dit ce jour là à ses parents était vrai, il n'a pas osé me dire précisément ce dont il s'agissait. Et par la suite il n'a plus jamais osé évoquer cette scène. Les psychiatres du service, que j'avais mis au courant de l'histoire, ont estimé qu'il valait mieux penser que c'était du délire, que c'était bien trop dangereux de remettre ça sur le tapis vu que l'idée était de le réintégrer dans une sorte d'harmonie familiale et de lui faire accepter son traitement. Supposer que le milieu familial contenait la base de la disharmonie c'était bien trop emmerdant et compliqué. Lorsque je passe devant ce service, un an et demi après, il y est encore.
Ce qui m'a marqué c'est la similarité de la scène. Se mettre tout à coup à dire une chose impensable mais qu'on découvre profondément vraie. Que personne ne veut nous voir oser exprimer et se heurter à un "tu n'aurais jamais dû faire ça!" d'abord implicite, venant de l'extérieur, et ensuite intérieur. Car je m'étais vraiment senti mauvais après coup. Et j'ose croire maintenant que s'il y avait "délire", c'est plutôt là qu'il se situait. Il y en a encore des traces, du reste. Généralement, lorsque je poste un article comme ça, ensuite, je suis pris d'un gros doute. J'ai parfois même l'impression d'être un monstre. Pourtant, alors que je suis entrain de l'écrire, je sais très bien que je ne fais que timidement réfléchir, que je ne veux le mal de personne et qu'aucun but dissimulé n'anime mon écriture. Lorsque j'écris dans une attitude malveillante, même dissimulée, je le sais. C'est d'ailleurs beaucoup plus confortable.

 Et voilà, j'ai passé mes 25 ans et j'arrive au bout de ces études. J'ai l'impression d'avoir passé le seuil critique. De m'être trouvé finalement apte à la vie. J'ai perdu du temps mais quelque part, je crois que le temps ne se perd jamais. Jusqu'à présent, rien ne me montrait que je passerais ce seuil. Je luttais comme je pouvais, mais c'est comme si les batailles en moi ne laissaient que trop peu de soldats pour reconstruire quoi que ce soit de solide. Déjà qu'ils étaient blessés, épuisés, ils se retrouvaient avec une tâche impossible. D'autant plus impossible qu'ils n'avaient pas été formés pour ça. C'est peut-être l'origine de certains "symptômes négatifs".
J'ai l'impression d'être un champ de ruines. C'est pas grave. J'ai toujours trouvé une beauté dans les ruines. La nature les rend belles avec le temps.


Photo: www.photo-evasion.com

par WaXou publié dans : overhell communauté : Ce que je pense, Ce que je vis
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