J'ai eu l'occasion de retoucher à l'herbe presque par hasard. Et comme à chaque fois que j'y retouche, je suis surpris de retrouver plein de sensations que j'aime, une sorte de feeling de nature. D'enthousiasme. D'envie de faire des trucs, même de travailler, c'est dire le coté paradoxal.
A chaque fois, j'en arrive à cette conclusion: je suis bien plus supportable lorsque je suis dans cet état là, autant pour moi même que pour les autres.
Ce n'est pas directement l'effet qui est à l'origine de ce changement. Comme disait Pookie lors de notre soirée, ça fait respirer, mais il y a avec un sentiment de nostalgie. Au début je n'ai pas compris, mais après je me suis rendu compte de ce qu'il voulait dire.
C'est ça que je ressentais dans mon dernier article. Ce sentiment de fraîcheur. Sauf que j'en ai profité plus directement, parce que je ne l'ai pas attribué qu'au cannabis. J'y goûtais déjà avant, lorsque je me suis dit "pourquoi pas?". L'effet m'a permis de transformer l'essai mais ce n'était pas ce que je cherchais à l'origine. J'étais dans un état d'esprit d'ouverture. Pas dans l'idée de me défoncer. Et le joint a été un catalyseur. En cela, il m'a fait du bien.
Mais si j'ai du stopper net ma consommation il y a quelques années, c'est bien pour une raison.
C'est que comme pour tout, on finit par confondre le catalyseur et le fruit de la réaction jusqu'à en oublier les réactifs. On croit qu'en ajoutant un max de sel dans l'eau, celle-ci va tellement dégeler qu'elle va être encore et encore plus fluide alors que passé un seuil elle le devient de moins en moins, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que du sel humide. S'il n'y a plus rien à dégeler, ça ne marche plus. On n'est plus dans l'ouverture à un changement d'état, on est dans une nouvelle volonté de cristallisation. Et finalement ça regèle d'une façon... plus salée.
Je crois que l'idée, comme le suggérait la vidéo de south park concernant la discipline, c'est encore cette modération.
La modération, ce n'est pas, comme on pourrait le croire, synonyme de moyen, de sans vie, de plat. Au contraire, la modération permet de garder un état d'esprit frais, et pas uniquement au cours du bref passage entre deux états. Un état d'esprit réceptif, ouvert, souple et sensible. Donc particulièrement vivant.
Je crois que la difficulté avec le cannabis (et certainement avec d'autres drogues pas trop dures), c'est que lorsqu'on se l'est complètement interdit presque en le diabolisant (on a l'impression que c'est plus facile comme ça, c'est humain) on a comme rigidifié, embolisé une partie de soi. On jette le bébé avec l'eau du bain. Un peu comme on a tendance à faire lorsqu'on quitte une personne qu'on aime, ou lorsqu'on se fait rejeter. C'est la même problématique. Non pas que l'attirance pour une drogue et une personne soient similaires, c'est plutôt la manière de s'en soustraire, l'étiquetage crispé, qui est le même.
Du coup lorsqu'on a oublié cet étiquetage et qu'on regarde ce qu'il y a derrière, on se rend compte que notre amour n'a pas cessé. Que nous nous y sommes fermé. Pour la drogue, on remarque qu'on a zappé tout le bon pour ne garder que le mauvais en souvenir. Et sur le moment, on ne voit plus que le bon et on est prêt à recommencer les même erreurs.
Pour la personne, on va oublier que malgré notre lien profond redécouvert, les conditions restent les mêmes: ce lien risque de nous faire souffrir, d'une manière ou d'une autre, mais surtout si on veut l'exploiter. Or, on sera tenté, surtout si on vient de le redécouvrir et qu'il nous apporte un sentiment de fraîcheur dont nous avions besoin. On est vulnérabilisé. Mais accepter cette vulnérabilité, c'est aussi une manière de faire honneur à ce lien, ou tout du moins de ne pas lui faire violence.
Pour la drogue, on va oublier qu'on va être tenté d'exploiter l'effet. Qu'on va finir par la prendre pour un médicament de l'âme, c'est déjà ce qui
arrive lorsqu'on se dit " Alors ce que je ressens, c'est à cause de ça?", alors que ce qui nous a fait du bien à l'âme, en en reprenant, c'est de laisser vivre cette partie de soi que nous avions
enfermée. L'effet en lui même n'a fait que pousser une porte déjà déverrouillée.
Et lorsqu'aprés 3 mois de consommation régulière on fume un joint totalement machinalement, le plaisir n'est plus là, et c'est la défonce terne, abrutissante, qui nous fait faire une sieste ou un
bad trip si on est stressé.
On est alors prêt à diaboliser cette substance à laquelle on en veut de ne finalement rien nous apporter. On se dit qu'elle nous a encore bien eus, sans se rendre compte qu'on est encore entrain
de se faire avoir. Nous allons encore mettre dans un sac la plante pourrie qu'on a trop arrosée parce qu'on ne sait plus quoi faire avec elle et son odeur. L'eau ne marche plus, et l'attente
ne paraît pas envisageable. Et pourtant, cette attente c'est aussi un acte, à l'origine. Un choix.
Et mieux vaut s'en rendre
compte avant que tout soit pourri.
Ps: à savoir quand même que si j'ai pris le cannabis pour exemple, ce n'est encore une fois pas la substance qui compte mais l'attitude
que représente pour soi sa consommation. Si en me lisant on se dit "tiens je vais fumer du cannabis, si ça me rend plus supportable" cela n'aura rien à voir avec l'attitude d'ouverture dont je
parle.
Pour illustrer cet article, j'ai fait un petit montage d'un épisode de south park assez proche dans l'idée. Cependant, une nuance, le personnage n'a
pas l'occasion de se cristalliser dans la drogue.