En discutant avec une personne qui a un sérieux problème pour se sortir de l'emprise qu'à une autre personne sur elle (oui, c'est un
thème récurent chez moi), j'ai réalisé une chose: c'est parce qu'elle met un masque lorsqu'elle fréquente cette personne qu'elle est vulnérable. Elle préfère garder ce masque et avoir une attitude
à laquelle elle n'adhère pas, plutôt que de l'enlever.
Pourquoi? Parce que justement, tout le savoir faire du manipulateur, dans cette histoire, c'est de lui faire croire qu'elle n'est pas digne d'attention voire d'être aimée, sans son masque. C'est de
la nier ou l'ignorer, de la ridiculiser, de la faire culpabiliser, de l'humilier, de la discréditer lorsqu'elle laisse transparaître ses faiblesses, sa sensibilité, son mal être, sa frustration ou
ses doutes vis à vis d'elle même.
Alors elle se la joue tranquille. Forte. Solide. Terre à terre. Elle fait comme si elle n'attendait rien de personne. Comme si elle n'avait besoin de rien. Et on la traite en tant que telle, un peu
trop même. Parfois elle y croit, lorsque le décalage permis par le rôle la protège. D'autres fois il l'enferme, et elle se sent mal jusqu'à ce qu'elle craque. Mais c'est trop tard. Lorsqu'on craque
comme ça, et qu'on est censé être fort, tranquille et avoir besoin de rien, ça passe pour ridicule. Une pustule à la surface du rôle... ou une victoire du vrai.
Tout dépend du point de vue...
La solution, telle que je l'ai vécue, c'est de faire savoir ses limites avant qu'on nous donne trop envie de faire comme si on n'en avait pas.
Mais dans la pratique, en général, c'est plus difficile, sinon il n'y aurait pas de problème. Particulièrement dans le cadre d'une emprise. Tout est fait pour que ça paraisse inenvisageable.
Seulement ça aussi, ça dépend beaucoup du point de vue.
Ici, une scène d'American Beauty ou Lester, le mari de Carolyn, ose pour la première fois assumer son humanité plutôt que d'être l'homme asexué, effacé et sans émotions qu'il est devenu depuis
plusieurs années. Je ne le trouve pas parfaitement juste avec elle, mais ce que je trouve intéressant, et qui illustre mon article, c'est le changement entre son attitude de départ "meuh non" et le
déclic du "et puis merde, vas-y, tue moi". C'est la première fois ou Lester semble vivant dans sa parole dans ce film. Son envie de se masturber est cette pustule de vrai dont je parlais. Elle
devient humanité au moment ou il n'en a plus honte, quoi qu'en dise Carolyn.