A 10h, je me réveille. Oublié de mettre mon téléphone en charge, il n'a pas sonné. Je me souviens clairement de mon dernier rêve. Je
participais à un staff, au dernier étage d'un immeuble. Je remplaçais un gars qui venait de se faire virer. Je bénéficiais de sa secrétaire et de son Black Berry de fonction auquel je ne comprenais
rien. Comme c'était à mon tour de parler, au milieu de ces mecs en costard cravate, j'ai balancé mon téléphone à la secrétaire en lui demandant de me le régler. J'ai pris parole et je crois avoir
monté le ton. A la fin de la discussion, la secrétaire m'a dit "c'est bien, vous avez mené la danse, c'est ce qu'ils attendent de vous, continuez comme ça!". Elle avait pris des photos de moi
entrain de parler avec le téléphone et je ressemblais à une personne qui inspire un mépris assez universel, avec sa bogossitude.
J'avais un appartement de fonction très sympa. Une vue sur une ville qui semblait plutôt surréaliste, pleine de gratte ciels, de travaux et ensoleillée.
En me réveillant, je suis allé voir mes mails. Il y en avait un dans lequel j'avais des liens pour des photos des travaux à Dubai. J'ai cru reconnaître la ville dans laquelle j'étais lors de mon
rêve étrange. J'ai ensuite décidé d'aller faire un tour sur Google Earth, voir se je retrouvais l'hôtel dans lequel mes parents m'avaient emmené en Turquie, et je me suis rendormi sans m'en
apercevoir.
Je me suis réveillé vers 13h sur mon canapé. Pas du tout à l'aise étant donné que j'avais perdu ma matinée. Je me suis préparé et j'ai filé chez Elle, ou m'attendait un sandwich au poulet pimenté
de chez Subway.
Elle m'a demandé si j'allais à la soirée post internat. Je ne sais pas pourquoi, cette perspective m'a mis mal à l'aise. "C'est pas maintenant que je vais me la jouer sociable!". Je me suis un peu
étonné. Il n'y a pas si longtemps je m'étais dis que j'irais à cette soirée. Pourquoi est-ce que je la voyais comme hostile aujourd'hui?
Peut-être parce que dans cette promo de médecine, je ne me suis fait que 3 amis dignes de ce nom au grand maximum, et que dans le tas, il y en a 2 qui m'ont beaucoup déçu. Or je n'ai plus envie de
les voir.
Il restait Pookie, mais je ne sais pas s'il viendra, d'autant plus que les révisions en sa compagnie n'ont finalement pas évolué dans le bon sens. Il a manifesté dernièrement un comportement très
étrange, au point que mon hypothèse explicative la moins loufoque serait qu'il ait une attirance pour Elle. Pour une quantité de petites raisons, mais aussi parce qu'il m'a rappelé l'attitude que
j'avais lorsque je fréquentais quotidiennement Al et Em. Envie d'être parfait en renonçant à mes sentiments et en me montrant impassible jusqu'à devenir irritant, envie de transgresser en m'y
abandonnant et en disant tout, laissant échapper quelques cris du coeur tout de suite étouffés, tout en ressentant une sorte plaisir plus ou moins malsain à demeurer ainsi borderline, incompris,
contradictoire, insaisissable. Sans doute qu'il y a d'autres possibilités qui m'échappent, car déjà, ce qui ne va pas, c'est que ma propre attitude avec Em. était dûe à des affirmations très
ambigues de sa part. Et je ne crois pas que M. ait beaucoup joué à ce jeu là.
J'ai travaillé un petit moment. Elle dormait juste en face de moi. Puis elle s'est réveillée, et alors c'est moi qui ai fini par m'endormir. Encore.
Je me suis tourné sur le coté pour ne pas ronfler. Ma bouche était entrouverte. J'entendais ce probable voisin et son marteau qui tappait depuis un moment. De temps en temps, j'étais pris d'un
vertige que je connais bien. Cette décharge, qui donne l'impression qu'on tombe, juste au moment ou l'on va perdre conscience dans l'endormissement, comme si on avait loupé une marche ou que
quelque chose allait nous percuter. Une bouffée d'énergie soudaine qui fait sursauter. L'énergie semblait s'approcher de moi par approches sucessives, comme tournant autour de sa proie, prête
à fondre sur mon corps épuisé. Je l'ai sentie une fois, légère. Deux fois. Trois fois. La quatrième fut assez intense, et la cinquième m'emporta.
Plus rien. Plus de sensation de corps. Dans mes oreilles, particulièrement mon oreille droite, j'entendais ces bruits étranges, un peu effrayants, qui remplaçaient le bruit du marteau. Des bruits
électroniques. Des bruits d'ondes. De données. Chaotiques, avec des tonalités un peu aléatoires. Sans vraiment de rapport avec quoi que ce soit dans mon esprit. Je les entends toujours lorsque je
reste conscient après cette décharge. Je crois que c'est le bruit de fond de mes neurones. Cela ressemble au bruit qu'on peut entendre lorsqu'on cherche une station de radio et qu'on s'est perdu
dans une fréquence éloignée. Insensé mais avec juste ce qu'il faut de cohérence pour ne pas passer inaperçu.
Je n'arrive pas souvent à supporter cet état. J'ai toujours l'impression que je risque de faire une crise d'épilepsie généralisée et là, en l'occurrence, j'ai peur de lui faire peur car je n'ai
aucune idée de la tête que je peux faire vu que je n'ai plus conscience de l'extérieur. Lorsque ça arrive, je ne peux plus bouger. Mon corps semble si loin. Pour y arriver, il faut que je rassemble
toute ma volonté et l'effort est très désagréable.
C'est ce que j'ai fait. J'ai senti que l'un de mes pieds avait sursauté même si le reste de mon corps restait amorphe. Je n'entendais plus le bruit étrange. J'entendais à nouveau le marteau.
Elle était sortie de la pièce sans même que je m'en sois rendu compte.
Je me suis rendu compte que je me sentais particulièrement bien. Plus du tout sommeil. Enfin. J'ai pu parcourir une quinzaine de cours en quelques minutes.
Et c'est manu qui m'a téléphoné pour me souhaiter bonne chance et me dire qu'il voulait me voir. Cela m'a fait très plaisir. Puis, un peu plus tard, je téléphonais à Thib, et me rendais compte que
le problème de cette soirée post internat était résolu. J'avais prévu de le voir lui et sa mère, depuis le début, mais comme je ne lui avais pas téléphoné depuis que sa mère avait envoyé un carton
d'invitation, je ne réalisais pas que cette soirée était... réelle, même si j'avais répondu que j'irais par écrit.
Thib. m'a dit plusieurs fois qu'elle lui parlait souvent de moi, qu'elle était particulièrement enthousiasmée par les quelques échanges que nous avions eus, qu'elle avait ressenti quelque chose qui
l'avait assez bouleversée au point qu'elle veuille construire des projets avec moi.
D'un coté c'était réciproque, mais je n'y croyais qu'à moitié. J'ai appris, sans doute à tort, à me méfier de ces élans spirituels. D'autant plus que j'ai toujours l'impression de me prendre un
électrochoc lorsque je réalise qu'une personne a choisi de véritablement faire attention à moi.
Je ne me doutais pas qu'elle serait capable d'organiser une véritable soirée le lendemain de mon internat et de me donner une véritable place d'honneur au sein de sa famille. Cela me paraît presque
aussi irréel que le fait de participer à un staff au sommet d'un gratte ciel à Dubaï...