S'ilyabienquelqu'un que j'ai redécouvert
avec beaucoup de bonheur ces derniers temps, c'est Thib.
Thib. avait étémon ami le plus proche lorsque F. avait déménagé au collège. Notre amitié était moins forte, au début, car
je ne sentais pas toujours sa présence. Régulièrement, il jouait à la comédie du petit merdeux et s'amusait à
essayer de me provoquer par tous les moyens possibles.
Un jour, pourtant, lassé, je lui ai dit "Ca y est? T'es parti dans ton délire du "je joue au petit con", tu me préviendras
quand t'as fini?"
Il s'est arrêté net et il m'a confirmé qu'il ne savait pas ce qui lui prenait lorsqu'il était comme ça et qu'il était désolé. Il m'a remercié de lui avoir fait remarquer le début de la "crise" et
de ne pas avoir réagi.
J'ai été très surpris par ce moment. Il m'a permis de réaliser que Thib. était quelqu'un qui était totalement transcendé lorsqu'on lui accordait confiance. Lorsqu'on osait croire en lui.
16 ans plus tard, il n'avait pas oublié cet instant. Je m'en souviens, pour ma part, à la seconde près. Notre présence mutuelle était très particulière.
Thib. m'a surpris de la sorte plusieurs fois. Même cette semaine, lorsque je lui ai montré le conflit avec A. lorsque j'avais parlé de ma relation avec elle sur mon blog, il m'a tout de suite dit
"Elle te fait passer pour un monstre mais elle sait très bien que si tu en étais vraiment un, elle n'aurait pas intérêt à te provoquer de la sorte. Elle ne ferait pas ça si elle ne savait pas que
c'était faux."
Je n'avais jamais exprimé ça aussi simplement et ça lui est venu en quelques secondes. Il était même indigné par ce qu'il lisait lorsque je lui montrais les mails échangés pendant le conflit. Il
aviait l'air de tout ressentir avec tellement de force. Lorsque je lui racontais des anecdotes d'hopital, il saisissait tout de suite l'essentiel que je voulais partager avec lui, parfois même, il
le prolongeait et je me rendais compte qu'il aurait pu être un médecin rayonnant, attentif, humble, ouvert et concerné. L'humain le passionne clairement. Le plus fou, dans cette histoire, c'est que Thib ne lit pas. Toutes les idées qu'il exprime sont les siennes. Il a toujours été nul en
classe dans toutes les matières et la plupart des profs l'ont toujours pris pour un idiot, ce pourquoi il n'a pas trouvé d'autre travail que celui d'ouvrier. Il a le don pour s'entourer d'amis qui
lui donnent un rôle de débile ou qui le prennent pour un con. Et Thib le voit bien, ça ne l'offusque même pas. Il veut tellement croire à une véritable lumière au fond de chaque être qu'il se
laisse faire sans rien dire. Il ne se rend pas compte que ce n'est pas de cette façon que cette lumière en laquelle il croit peut ressortir. Il ne suffit pas d'y croire au fond de soi. Selon moi,
le plus beau, c'est de manifester sa foi en l'autre au travers de ses actes d'une façon ou d'une autre. Et dans lapratique, ça peut vouloir dire par exemple qu'il faut parfois oser se mettre en colère devant la lâcheté, l'hypocrisie ou l'inconscience lorsqu'on la voit chez l'autre, sinon les
relations restent creuses. Pour ma part, je suis généralement touché lorsqu'on me fait remarquer mon inconscience directement. Ca me montre qu'on fait confiance à ma bonne foi. Ca me montre que
l'autre fait attention à moi. Sans ça, même si c'est le cas, je ne le vois pas forcément.
Or ma relation avec lui est la preuve même de ce principe. Depuis que nous sommes petits, j'ai toujours senti cette lumière en lui, et j'ai toujours essayé de lui faire remarquer lorsqu'il la
baffouait, non pas dans un but d'aide ou pour lui donner une leçon, mais parce que je me sentais soudainement seul.
De cette façon, on peut voir qu'il y a certaines personnes, comme lui, qui cherchent le vrai et la lumière, et d'autres
qui n'en ont rien à faire, qui peuvent être des gens dont la présence est agréable, mais sur qui on ne peut pas compter.
Et puis il y a autre chose. Une aussi belle croyance, ça fait souffrir, parce qu'elle fait voir l'obscurité noir sur blanc. Et je suis bien placé pour savoir qu'à la longue, si on ne laisse jamais
la lumière transparaître par ses actes en réponse à l'obscurité, si on reste dans son coin en se contentant de ce à quoi on croit, on finit par accumuler beaucoup de souffrance à cause d'une sorte
de décalage entre le monde intérieur et le monde extérieur. Et c'est la porte ouverte à la toxicomanie... entre autres.
Son problème avec Julie m'est donc apparu sous un autre jour. Julie lui fait régulièrement des sales coups, mais comme il croit en sa bonne foi profonde, il ne lui dit rien et il subit une sorte de
passivité agressive perpétuelle. Par exemple, là, il devait venir chez moi, elle devait l'accompagner à la gare le matin, et ils s'étaient mis d'accord. Mais comme elle n'avait, en fait, pas envie
qu'il parte, elle ne l'a pas réveillé et a parié sur son manque d'organisation: normalement, il n'aurait pas dû avoir
d'argent pour prendre le bus (elle a été très surprise lorsqu'il lui a téléphoné de chez moi). Mais c'était sans compter sur son envie de me voir: il avait prévu un plan b.
C'était totalement malveillant de la part de Julie mais il ne lui a rien dit, pensant qu'il suffit de comprendre pour pardonner. Et il s'étonne ensuite d'avoir des moments où il est à la limite
d'être violent avec elle contre son gré. Et il s'en veut beaucoup pour ça.
Pour moi, ce n'est pas étonnant. Mais que se passerait-il s'il le lui disait? S'il lui donnait une occasion d'être vraie
avec lui. Est-ce qu'elle la saisirait ou est-ce qu'elle cracherait dessus?
C'est ce type de choix qui permet, à mon sens, de savoir si une relation vaut la peine qu'on fasse des efforts. Lorsqu'on voit l'autre saisir une telle occasion, comme Thib l'a si souvent fait avec
moi, on sait tout de suite où on en est avec l'autre. Ce n'est pas pour rien que ce jour là, il y a 16 ans, je me souviens de tout au détail près. En faisant ce choix là, Thib. m'a lui aussi donné
un puissant sentiment de présence, d'existence.
Je suis vraiment heureux d'avoir retrouvé un tel ami. En médecine, toutes mes relations d'amitié se sont révélées stériles, sauf peut-être, celle avec Pookie, mais comme ce dernier a régulièrement
remis les compteurs à zéro (je ne sais pas si c'est une habitude chez les étudiants en médecine), notre amitié est plus épuisante d'enrichissante. Je pensais que c'était mon propre épuisement qui
était à l'origine de cette sensation de sur-place mais le fait d'avoir vu Thib. une semaine me montre bien que épuisé ou pas, avec les bonnes personnes, ça avance tout seul.
Ca alors, je ne m'attendais pas du tout à un tel commentaire. Je me rends compte que le principe évoqué par Thib. s'appliquait aussi à moi d'une certaine manière. Je t'ai moi aussi décrite comme quelque chose que je savais bien, qu'au fond, tu n'étais pas. Merci pour cette agréable surprise.
Commentaire n°2
posté par
WaXou
le 23/06/2009 à 18h26
Thib a raison
Ton amie A.
Je me rends compte que le principe évoqué par Thib. s'appliquait aussi à moi d'une certaine manière. Je t'ai moi aussi décrite comme quelque chose que je savais bien, qu'au fond, tu n'étais pas.
Merci pour cette agréable surprise.