Cela faisait un moment que je
n'avais pas rêvé de mon grand père.Suite à sa mort, je ne sais pas pourquoi, j'ai fait de nombreux rêves ou il était là et ou j'étais angoissé parce qu'alors je savais que son coeur pouvait lâcher d'un moment à l'autre, ce qui ne l'empêchait pas de faire des efforts, de crier ou de rigoler très fort, comme dans mes souvenirs.
Je ne sais pas quand il est apparu. J'étais encore dans une sorte de camp de vacances dans le style de ceux que j'ai connu au Sénégal, j'étais assis avec lui derrière les cuisines du restaurant. Je ne sais plus de quoi on parlait mais c'était très réaliste. Alors que dans mes rêves précédents l'épisode de sa mort était totalement occulté, là, j'avais la notion qu'il avait eu une greffe de coeur mais qu'il allait tout de même mourir à cause d'un rejet et qu'il le savait.
Du coup, ça a pris une autre dimension: je n'avais pas un message crucial à lui communiquer sans pouvoir le faire comme dans les autres rêves.
On était tous les deux sur le même plan.
On s'est retrouvé chez mes parents, avec de la famille et là c'est devenu un peu délirant. Je me souviens qu'à un moment, il s'est donné un coup de poing sternal, manoeuvre médicale un peu sauvage pouvant refaire partir un coeur qui a des "ratés". Puis il s'est levé. Lorsqu'on lui a demandé ou il allait, il nous a regardé et n'a pas répondu. Alors j'ai regardé mon père qui m'a fait comprendre à sa mimique que son retour touchait à sa fin. J'ai vu ma tante nous regarder elle aussi... et puis mon grand père est revenu, avec un visage jeune mais un peu méconnaissable et il s'est mis à chanter une musique pas mal du tout, dont les paroles étaient du style "Pourquoi faut-il approcher la mort si près pour voir combien la vie est belle?". C'en était trop et je me suis réveillé. A ce moment là, je me souvenais encore de l'air de la musique. J'avais même dans l'idée de le reprendre. Mon grand père avait beaucoup chanté, dansé, fait la fête pendant sa jeunesse, seulement ces paroles, ce n'était pas lui. Non pas parce qu'elles sont fausses, mais parce qu'il avait déjà approché la mort une fois, et il m'avait dit qu'il était en paix car il avait bien profité de sa vie. Or c'est l'un des cotés que j'admirais le plus chez lui.
Par contre, ce que ça m'évoque c'est que peu avant sa deuxième et ultime approche, je l'avais vu assez dépité. Il m'avait confié sa culpabilité vis à vis du fait de s'être fait enfermer par ma grand mère, et de ne pas avoir su s'en éloigner. Qu'à force de vouloir la protéger, il avait fait du mal à tout le monde et il ne l'avait pas aidée.
Je me souviens encore de ses mots: "J'ai regardé dans le dictionnaire "hystérie", et c'est ça, elle est comme ça, je n'ai jamais rien pu y faire". Par réflexe, je lui avais répondu qu'il avait quand même une jolie famille malgré tout. Il m'a alors donné un billet en me disant d'aller m'amuser, de ne pas m'occuper de ce problème qui avait fait assez de mal comme ça.
J'ai beaucoup regretté d'être parti ce jour là, mais je ne pouvais pas savoir que c'était la dernière fois que je le voyais. Seulement, ces mots, aujourd'hui me reviennent à l'esprit. Et je me demande si en effet, au vu de ce que j'ai compris récemment, le démon de culpabilité dont il parlait ne s'était pas déjà transmis.


