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Dimanche 24 février 2008

  Je suis rentré chez mes parents ce week-end. Et je suis vite reparti.

J'ai passé ma matinée avec Milady. Ça c'était agréable. Puis je suis resté pour le déjeuner.
 A chaque fois c'est la même chose: je me dis "Mince, ils sont peut-être pas si terribles que ça", même si une lourde atmosphère de "attention à ce que tu dis" plane. Donc je réponds de bon coeur à leurs questions. Parfois même j'enchaîne sur un sujet qui me tient à coeur, mais vu que je me fais largement couper la parole 4 ou 5 fois au profit de la télévision (là c'est le "chut" sans appel), de la météo, du chat qui devient subitement marrant, d'un bras qui gratte ou de n'importe quel événement qui puisse être commenté dès mes 3 premières phrases, j'ai tendance à vite me calmer.

  Après la quatrième reprise du début, malgré cette sensation de vide intérieur, de "à quoi bon", assis, recroquevillé sur ma chaise, je décide de ne plus me répéter tant qu'on ne m'aura pas demandé explicitement de poursuivre. Cette attitude me permet de préserver un minimum de dignité. Je ne supporte pas de parler dans ces conditions et je trouve ça normal, alors soit ils veulent que je parle, soit ce n'est pas le cas et mon silence ne les dérangera pas.
 Cependant, cette décision de silence potentiel semble toujours beaucoup irriter mon père. Le pauvre faisait, lui, beaucoup d'efforts pour à la fois m'écouter, répondre aux remarques de ma mère et surtout ne pas prendre parti alors qu'il a un mal fou à faire plus d'une chose à la fois. Résultat: il fait tout n'importe comment et n'assume pas. Avec ce silence, je gâche probablement tous ses efforts.

 De l'autre coté, ma mère, sans doute déçue de ne plus avoir de paroles à couper, marque un moment d'hésitation avant de réagir. Puis décidant de s'appuyer sur les souffleries de mon père, elle vient s'occuper du pauvre waxou pas bien dans sa peau. Elle s'approche avec son maquillage parfait, son faux bronzage, ses vêtements tellement bien assortis et sa nouvelle panoplie de pendentifs zen et tribaux.
Elle vient se percher face à moi, debout, les mains pleines de bagues or et diamant appuyées sur la table, un regard si pesant mais qui se voudrait pourtant aimant, pour me dire, style de rien, de continuer de parler parce qu'en fait, elle m'écoutait.
Mais voilà, moi, j'en suis incapable. J'ai l'impression que si on me coupe encore une fois la parole, ne serait-ce que pour dire: "les frites ne sont pas salées, le sel est là bas, P. ? Tu vas chercher le sel? Tu veux pas du ketchup?"  mon esprit va s'effondrer de l'intérieur et je vais péter un plomb.
 Je suis bloqué, si je commence à lui dire qu'elle ne m'écoute pas malgré ce qu'elle dit, elle va me répéter mes deux dernières phrases déformées à sa sauce, manquant à coup sûr l'esprit de ce que je disais. Et si je le lui dis... elle ne sera pas d'accord mais voudra bien me laisser poursuivre pour la forme. J'ai vécu cette scène des centaines de fois. Je la connais par coeur.

 Une heure avant, seul dans la maison, j'étais entrain de regarder mes mails sur son ordinateur et je tombais malgré moi sur sa dernière commande de livres, écrite sur un bout de post-it déchiré juste à coté de la souris. D'habitude je les vois défiler un par un sur la table du salon. Cette fois j'ai le droit à deux ou trois mois d'un coup: "la pleine conscience", "libérez vous des manipulateurs...", "sachez exprimer votre colère...", "l'effort pour rendre l'autre fou", "l'enfant tyran". On se croirait dans American Beauty.

  Ainsi postée à quelques dizaines de centimètres de moi, elle insiste encore pour que je continue. Alors avec un mal fou, je me force à relever la tête et la regarder droit dans les yeux (je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais je sens qu'il faut que je le fasse pour moi) pour lui dire: "Non, je n'en ai vraiment plus envie." alors que mon père, commence à sérieusement s'agiter en grognant.
- Ah on est punis alors c'est ça? Me sort-elle, en ricanant.
- Non c'est juste que je n'ai plus envie de raconter quoi que ce soit. Je me suis trop répété.
- D'accord c'est pas grave alors... tu veux des frites?
Je croyais m'être protégé avec mon attitude, mais ce "c'est pas grave alors" me donne envie de crier. Or je me retrouve face à... des frites (pas salées).
J'ai envie de refuser, de partir, mais lorsque je fais ça, ça ne change rien au problème, alors je décide simplement de ne plus parler.

J'étais entrain de me demander pour la nième fois ce que je foutais ici. Comment je pouvais passer en un clin d'oeil d'une position presque épanouie à cette profonde perplexité. J'ai l'impression de venir les voir par moi même, mais le peu de fois ou ils m'ont donné mon argent de semaine par virement sur mon compte, je suis resté sur Marseille. Maintenant que je suis là, il doit bien y avoir un moyen pour que ce schéma ne se répète pas encore et encore car je sais ou il va me mener. Je vais les envoyer chier, et lorsque je vais rentrer je n'aurais pas envie ni de travailler, ni de ranger cet appartement qui au fond est le leur, je n'apprécierais pas mon trajet en voiture, car elle aussi n'est pas vraiment la mienne. J'aimerais parfois me débarrasser de tout ça, travailler dans les champs (surtout maintenant qu'il fait beau), ou avoir un petit boulot, mais j'ai déjà fait tellement d'efforts pour me construire cette ébauche de vie en médecine... jespere que je tiendrais jusqu'à l'indépendance, et qu'à ce moment là je ne considérerais pas que mon internat est aussi issu de leur argent.

Elle m'a ensuite demandé mon avis concernant une mère qui maltraitait sa fille. Elle affirmait qu'elle lui donnait trop de claques pour qu'elle travaille alors que sa fille était limitée. J'ai tenté d'évoquer la possibilité qu'elle était peut-être "limitée" à cause de cette méthode. Je ne me rendais pas compte qu'en même temps je prenais ma propre défense. Peine perdue: "non! laisse moi raconter".
Alors j'ai tenté de garder le silence, ce qui a marché pendant quelques minutes malgré les à priori que je l'entendais débiter, mais elle a fini par me demander:  "Comment est-ce que je peux faire comprendre à cette mère qu'elle devrait moins s'acharner parce que c'est ça que je veux vraiment savoir!". Or pour moi, si une mère à un tel comportement avec sa fille, ce n'est pas en lui disant que c'est abusif qu'elle va se calmer.
Au mieux passera t-elle à la violence verbale, et perso, je préfère encore la violence physique parce qu'elle est palpable, difficile à nier.
Je lui ai donc dit qu'à mon avis, si la mère avait un tel comportement, c'est que ça ne datait pas d'hier et qu'une remarque ne suffirait pas à faire changer un tel système. Elle m'a répondu "Ne cherches pas à me décourager... comme toujours, de suite!"
- Tu veux que je te donne mon avis, tu l'as, tu voulais que je réponde sincèrement ou pas?
- Euuh, je veux que tu sois sincère mais que tu ne me donnes pas une réponse qui me bloque. (Avance Hercules!)
- Alors tu ne veux pas vraiment de ma sincérité...
- Pfff?! Alors...Tu veux du café?
- Non merci.
- Tu es sûr?
- Oui.
Là encore, j'imagine que dans sa tête je veux du café mais que je dis non pour l'embêter. La différence c'est que je ne veux pas de café parce que je suis incapable d'apprécier quoi que ce soit aprés ce genre de dialogue; j'ai surtout envie de me réveiller de disparaître de ce cauchemar ou de renverser la table, au choix. Mais ça, je n'ai pas encore osé le faire.

Donc je me suis cassé avant de perdre mon sang-froid.

Sinon, j'ai eu mes résultats d'examens du premier quadrimestre, je m'en suis bien sorti.
Comme prévu.


Photo: Milady, chatte sénégalaise allant sur sa 17ème année.
par WaXou publié dans : Conflits
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Vendredi 18 janvier 2008

Je mange avec mes parents.  A la télé, une critique sur le fait qu'Ardisson ait posé la question "quelle est la mort qui vous a le moins touché cette année dans le paf".

Ma mère: "Ardisson, il veut faire parler de lui en étant trash! Il est vraiment con ce type!"
Moi: Je n'en suis pas certain... je pense qu'il veut faire passer un message en faisant ça: il veut montrer l'hypocrisie qu'il y a derrière le fait de faire de l'audience sur la mort de quelqu'un tout en se faisant passer pour des grands sensibles, alors qu'il y a des tas de gens qui meurent à coté dont on entend pas parler et qui sont sûrement des types trés bien aussi. Il veut choquer, mais c'est pour faire passer un message qui lui tient à coeur. Dans l'histoire, je trouve que c'est lui le plus sensible.
Ma mère: Chuuuuut! J'écoute... regarde il a traité miss France de pute! Quel con!
Moi: C'est encore pareil, il s'adressait à Geneviève, il voulait justement aller jusqu'au bout des choses en faisant admettre à Geneviève qu'elle pensait qu'elle était une pute pour avoir posé dans un magazine, et qu'au final c'était bien plus indécent que de poser dans un magazine.
Ma mère: Chuuut! Laisse moi écouter!!!
Moi: Tu crois pas que c'est plus intéressant de discuter entre nous?
Mon père: "Oh là! Ca y est, ça va partir en conflit pour rien! Arrête toi T"
Moi: si la discussion ne t'intéresse pas, n'y participe pas mais maman a dit une chose, et je crois qu'elle se trompe, c'est pour ça que je veux en discuter!
Mon père: Mais pourquoi tu es comme ça? Tu nous cherches là tu vois pas? Tu es entrain de t'énerver!!!!!
Moi: Forcément que je m'énerve, j'essaie d'avoir une discussion constructive et au lieu de me répondre, elle fait comme si je n'avais rien dit simplement parce que ce que je dis ne va pas dans son sens, c'est lâche donc ça m'énerve, d'autant plus que lorsque c'est toi qui lui fais le coup, là c'est la première à râler
Mon père: Mais c'est normal d'être d'accord que lorsque ça nous arrange!
Moi: Quoi?  Vraiment j'en reviens pas à chaque fois que tu dis ça! C'est censé être constructif une discussion! Si on m'oppose un argument que je trouve valable, je vais changer mon point de vue, c'est à ça que ça sert. T'es pas d'accord maman?
Ma mère: ...
Moi: En gros, tu dis qu'il faut être un con avec tous ceux qui ne sont pas d'accord avec toi? (cf. South Park)
Mon père: bien sûr! (!!!), sinon tu te fais marcher dessus. Regarde, avec mon directeur c'est ce que je fais, même s'il a raison, je m'en fous car c'est un con.
Moi: mais je ne suis pas ton directeur, je suis ton fils merde!
Mon père: Regarde, à cause de toi on est entrain de s'engueuler là, t'es content?
Moi: si tu écoutais mes arguments et que tu y répondais avec les tiens on n'en serait pas là, on aurait une discussion intéressante, c'est ça que je veux moi sinon ça sert à rien de parler.
Mon père: oui, cette discussion ne sert à rien, moi j'en ai rien à faire d'Ardisson alors arrête toi!
Moi: Mais c'est toi qui t'interpose au milieu de la conversation, et on n'est même plus entrain de parler d'Ardisson là, mais de l'utilité d'une discussion, j'en reviens pas comme ça rend fou de discuter avec vous, on y arrive pas, il n'y a rien à faire! Je comprend pourquoi je suis autant tourmenté vraiment.
Mon père: Rhaaaaa! t'avais dit que tu ne dirais plus ça hein!
Moi: Mais c'est la  vérité, vous me rendez dingue!
Mon père: T'AVAIS DIT QUE TU NE PARLERAIS PLUS DE CA!!!!
Moi: Oui t'as raison, là ou j'en reviens pas, c'est qu'à chaque fois j'oublie. Comment je peux être autant stupide. Même là, je crois que ce que je dis sert à quelque chose, mais autant parler au chat. [d'ailleurs ma mère l'a compris, c'est avec le chat qu'elle a les discussions les plus longues]
Bon je m'en vais. Bonne semaine.

L'ironie dans cette histoire c'est que je me retrouve dans la même position qu'Ardisson: je veux faire passer un message qui me tient à coeur mais pour cela, je suis obligé de m'opposer aux règles de la bienséance familiale, c'est à dire qu'il faut soit être d'accord avec ce que l'autre dit, soit ne rien dire, ou alors c'est qu'on est un con, or on n'écoute pas les arguments d'un con. Au moins comme ça, pas besoin de se remettre en question. Si on simplifie l'équation: on n'a pas à écouter des arguments qui ne vont pas dans notre sens. Et forcément, rien ne peut lui prouver qu'il a tort.

C'est aussi complètement tordu de discuter du fait qu'une discussion doit être constructive alors que l'une des deux parties n'est pas d'accord avec ce principe. C'est forcément un échec. Quelque part, mon père a raison. Il faut vraiment que je me mette dans la tête qu'il n'ont aucune envie d'échanger, de comprendre. Vraiment, j'arrive pas à l'intégrer je ne sais pas pourquoi.
 

par WaXou publié dans : Conflits
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