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Samedi 19 juillet 2008

Dernière musique: Sad stuff. Un morceau qui n'a pas grand chose à voir avec ce que j'ai fait jusqu'à présent. Plus intime. Une partie synthé un peu moins basique.

Cela fait un moment que je n'ai plus aucune relation avec un dealer. J'achète toutes mes merdes via internet. Elles sont plus soft mais elles sont légales. Pourtant c'est dommage, passer par des dealers, ça avait son charme.

Je vais ici raconter des souvenirs autour de 3 dealers que j'ai connu. Je les ai tous perdu de vue. Sans ça, je n'aurais pas pu écrire cet article. Parano oblige.

Le premier s'appelait gros tony. Pas vraiment original. D'autant plus que ce n'était à l'époque qu'un dealer de shit.

J'ai connu le type au lycée. Un bon pote à moi m'avait dit tout émerveillé: "il y a un type dans ma classe, tu devrais le voir, c'est ton portrait craché. Il est baraqué, il a une voix grave et il a le même humour que toi."

A l'époque, je n'étais pas au courant que j'avais de l'humour, je me trouvais gros et ma voix me paraissait handicapante. Forcément, je voulais voir de quoi le gars aurait l'air. J'étais assis sur une fenêtre du rez de chaussée de mon lycée, entrain de parler à une fille dont j'ai oublié le nom car j'étais amoureux d'une autre, habillé d'un vieux jogging dont la marque était sûrement méconnue. J'ai vu le pote en question s'approcher avec un gars qui en effet semblait costaud. Le type a dit "c'est à lui que je ressemble? Enfoiré!".
Inutile de dire que je l'ai mal pris...

Deux ans plus tard. J'étais perdu. Chez un pote. Je venais d'avoir une grosse mononucléose qui aurait du me valoir une hospitalisation si mon père n'avait pas été là pour dire que le fait que je ne réussisse plus à boire n'était pas inquiétant.

On attendait Le Dealer, censé nous apporter de quoi nous enfumer. A l'époque, je n'avais jamais fumé de joint. Je trouvais même le mot "dealer" excitant.
A ma grande surprise, gros tony, le type qui me ressemblait tant, est arrivé, au bout de 2 heures d'attente, avec toute la nonchalance du monde, sur son scooter imposant. Il a enlevé son casque, il avait les cheveux longs. Il a filé un tocco au pote chez qui j'allais squatter pendant une semaine. Tout le monde était émerveillé par cet espèce de galet noir-brun. Je l'étais aussi, car il m'avait fallu en plus de mes relations attendre longtemps pour le voir enfin. Après le premier pétard, ils ont voulu jouer au trivial poursuit. De mon coté je n'arrivais pas à décoller du canapé, mais j'étais content. J'avais dans ma poche un cinquième du galet tant convoité. Il me suffisait d'attendre un moment pour que je puisse enfourcher ma bécane et rentrer chez moi pour tester en solitaire sur le toit de la maison parentale cette substance étrange qui faisait planer. Une substance qui me permettrait d'approcher ces étoiles d'un peu plus près sans regretter de ne pas réussir à les toucher.
Finalement la semaine s'est donc écourtée, l'expérience stellaire étant trop puissante pour être partagée.
J'ai dû attendre quelques jours pour me faire à cet effet avant d'avoir le courage d'en abuser en groupe en la mêlant aux alcools forts. En remplaçant les étoiles par mes amis. J'ai appris comment supporter ces sueurs froides vertigineuses avant de choisir le bon moment pour me jeter sur les chiottes et faire mon "renard" en toute dignité. Avec classe tout en restant dans le délire. Pas si facile pour ceux qui découvrent.
Savoir vomir discretement et tirer un dernier coup sur le 12 feuilles-turbo dont le cadavre serait ranimé le lendemain aux environs de 10 heures, juste avant la session djembé sur la plage, histoire d'emmerder les touristes. Ca aussi, c'était tout un art.

Une fois, un type a tenté de me faire chier (ça y est, là c'est épique!). Il voulait me défier à boire un verre de vodka pure plus rapidement que lui. Il prétendait être barman l'été, donc forcément imbattable à ce jeu. Personne ne savait si c'était vrai: il y avait tous les jours de nouvelles têtes à ces soirées mais tout le monde suivait le challenge avec attention. J'ai refusé pendant 10 bonnes minutes, puis j'ai fini par céder histoire de mettre un terme à ce harcèlement sans violence. J'ai gagné et j'ai perdu: son verre était rempli d'eau. Je l'avais plus ou moins senti venir mais vu qu'on était de toutes façons là pour boire et fumer je ne comprenais pas où il voulait en venir. Suite à sa défaite, il a cru bon de dévoiler la supercherie à toute l'assemblée qu'il avait déjà saoulée par son agressivité. Ca n'a fait que l'enfoncer mais ça ne l'a pas empéché de continuer de se foutre de moi. Gros Tony a fait preuve d'empathie. Il m'a emmené avec ma propre moto chez son dealer. Il m'a proposé de conduire mais je ne pouvais pas. Par pur respect pour l'exploit d'avoir ridiculisé ce con, il m'a offert tout son bénéf sur la vente. Je me suis retrouvé avec 2 toccos. Il a annoncé au connard en question qu'il n'en avait pas eu assez pour lui et l'a laissé en galère après 4h d'attente. Dommage qu'il n'ait pas pu voir ce que sa connerie lui avait coûté. Ce soir là, j'ai compris que Gros Tony, malgré son charisme, avait aussi beaucoup de sensibilité, et que s'il nous faisait parfois galérer, c'était soit contre sa volonté, ou soit parce qu'on lui avait manqué de respect.

J'ai perdu contact avec lui lorsqu'il a piqué la place de mon meilleur ami de l'époque pour travailler dans les champs. Il n'a pas compris ce qui me prenait d'oser l'insulter si copieusement au téléphone. Je lui avais dit qu'il pouvait venir s'il le voulait, mais qu'une fois sur le champ je le lui ferais regretter. Il a dû surtout regretter de m'avoir donné confiance en moi face à lui. D'autant plus que je ne me suis même pas pointé au rendez vous vu que mon pote n'avait pas voulu me suivre au cas où je lui fasse récupérer sa place. Dans ces circonstances je n'avais plus rien à gagner. Gros Tony est resté seul sur le champ, mais il n'y est jamais revenu. Je me dis encore parfois que le plus con des deux, c'était moi, avec une (ou deux) longueur(s) d'avance. D'autant plus que la dernière chose que j'ai sue sur lui, c'est qu'il avait décidé de quitter la fille dont il était timidement mais profondément amoureux parce qu'il en avait mis une autre enceinte. Un type qui assume. A mon âge, je n'avais encore jamais vu ça. Même plus de dix ans plus tard, l'effet de surprise reste entier.

Le second dealer dont je veux parler n'est pas véritablement le second. Entre temps, j'ai dû passer par plusieurs autres dealers de shit. Je me souviens que l'un d'eux me servait en pantoufles/peignoir en présence de ses parents dans une villa grand luxe. Sa spécialité était le pollen. Ça avait bon goût mais ça ne défonçait pas. Par contre niveau bénèf c'était fort.

Le dealer dont je veux parler m'a été présenté plus de 5 ans plus tard. J'étais chez le même ami que j'avais défendu pour cette histoire d'agriculture. Si j'avais bien commencé mes études de médecine, lui avait bien continué sa tendance toxicomane. Il m'a proposé de m'incruster à une soirée privée donnée en l'honneur du dealer en question. L'herbe avait remplacé les clopes. Maintenant il s'agissait de coke. Avant d'aller "toucher", il m'a proposé de me mettre dans le bain avec 5 ou 6 traces si je promettais de ne pas dire à sa copine qu'il avait tapé dans le stock avant l'heure. Je ne savais pas encore qu'il s'agissait pour lui d'une excuse en or.

Je suis arrivé chez le dealer complètement défoncé. Le ventre vide, la coke m'avait donné l'impression que j'avais toute la classe dont j'avais besoin. Je sentais mon coeur battre en rafales dans la 205 pourrie qui nous a mené jusqu'à sa maison. Je ne connaissais même pas la ville, je ne savais pas ou j'étais ni ce que je foutais là, ainsi défoncé. Je suis entré, accueilli par la femme du dealer. Une sorte de top model déchue après avoir été engrossée probablement de manière inopinée. J'avais à l'esprit que cette femme cherchait une échappatoire. N'importe laquelle. Quitte à se retrouver avec un étudiant, pour autant que ça change. C'est probablement pour cela qu'elle s'est retrouvée sur mes genoux le lendemain à 11h du mat alors que je me demandais si je me sortirais entier de cette soirée.

Le type nous a accueilli chaleureusement. Enfin, aussi chaleureusement qu'un type défoncé à la coke et à l'herbe le peut. Autant dire qu'il n'a pas fait de différence entre moi et mon pote. Il nous a invité à rouler les joints pour la soirée donnée en son honneur: il n'en était plus capable. Chacun avait son type d'herbe. On devait marquer au fluo chaque joint roulé. Skunk. Bubble Gum. White Widow. AK-47. Chronic. En l'échange, on a eu le droit à un joint de chaque. On a acheté 1g de coke chacun. Mon budget était mort. 80 euros le gramme. L'enculerie. Avec le shit, j'en aurais eu pour plusieurs semaines.

Le lendemain matin, après quelques brefs échanges du style: "Alors elle est bonne hein la pute?", j'avais perdu de vue le type jusqu'à ce qu'il se mette à beugler le prénom de sa femme dans toute la salle alors qu'elle était encore à moitié sur mes genoux. De toutes façons je n'avais rien tenté. J'étais paralysé par cette ambiance tellement incohérente, décadente, inconnue. Restant tout de même intrigué par ce qui peut transformer un être humain en un tel animal.

Je ne me souviens pas beaucoup de cette soirée. Il n'y a qu'un échange qui m'est resté: "Il y a de la coke dans ce bang aussi?"
- T'inquiète pas que si je te le file, c'est que c'est pas du shit!
- Heh, ok merci!
- Après tu me le repasse ok, à coté c'est des cons.

Je me souviens aussi vaguement avoir été branché par des mecs qui m'ont demandé de décoller mon cul du canapé. J'aurais bien voulu, mais j'étais tellement bien...

Enfin, le dernier dealer m'a branché lors d'une soirée dans une boîte miteuse, perdue dans la périphérie de Marseille. Il pensait que j'étais sous ecsta. A l'époque je n'avais essayé le produit qu'une fois et j'avais passé une soirée magique. Depuis avec un pote, on s'incrustait à toutes les soirées pourries du coin pour retrouver un peu de cette magie, quitte à le faire sobre. Mais vu qu'on était encore assez sensibles pour être littéralement dopés par la musique, on avait sûrement l'air encore plus stone que les véritables tox.

Le gars m'a approché avec dans ses yeux une dose surprenante d'admiration. Il m'a demandé presque timidement à combien je touchais mes "tazs". Les seuls bons tazs que j'avais réussi à me procurer m'avaient coûté à l'époque 12 euros pièce. Je ne regrette pas le moindre centime de cette dépense. Pourtant, je lui ai annoncé tranquillement un 5 euros pour voir sa réaction. Il n'a même pas été surpris et a enchaîné en me proposant les siens à 2 euros par dix. Comme je n'y croyais pas, je lui ai dit, m'attendant à un refus de sa part, que je n'achetais rien sans tester. C'était faux puisqu'une semaine avant on m'avait refilé pour 20 euros 4 cachets complètement insipides. Néanmoins il avait l'air d'admirer aussi ma réaction.
Trois jours après, il me filait 2 pillules avec 2 lettres inscrites: D et G. Une marque connue, autant dans la mode que pour les pillules. J'en ai bouffé la moitié d'un chez moi. Quand j'ai senti que c'était bon, j'ai pris l'autre moitié. Une heure après, j'étais sur une autre planète. Une planète d'amour pur. Sensation dont la description serait forcément prise pour une incitation à la consommation de produits illicites. J'abrège donc.
 

La deuxième fois ou je l'ai vu, il a voulu me montrer qu'il pouvait aussi m'impressionner avec la coke. Il avait raison. Tellement qu'à ce moment là, j'ai commencé à me poser des questions sur mon avenir. Imaginez qu'on vous propose des diamants à 25 euros le gramme. Avec une drôle d'insistance autant au niveau de l'offre que de la demande...

Quelques semaines plus tard, on se téléphonait régulièrement histoire de prendre des nouvelles l'un de l'autre. Lorsque je m'emmerdais, je venais chez lui, même si c'était à presque une heure de route. Je restais l'aprem. On discutait. Il était intéressant: d'un coté il se prenait pour Scarface. De l'autre, il ne parlait que de son ex. Une fille qui l'avait laissé tomber pour un plus gros dealer que lui. Lorsqu'il ne parlait pas de ça, il voulait que je l'aide à devenir un plus gros dealer que ce type en l'aidant à infiltrer le milieu étudiant (ce que je ne me sentais pas de faire). De mon coté, j'essayais de lui expliquer que s'il la récupérait grâce à ses tunes, il ne récupérerait que la partie d'elle qu'il appelait "salope" et que ce n'était pas cette partie là qu'il voulait à ses cotés. Que de toutes façons, s'ils réussissait à la faire revenir comme ça, il la détesterait. Ce raisonnement le laissait sur le cul. A chaque fois que je lui sortais une pensée du style, il semblait m'apprécier davantage.

Il ne touchait jamais à ses prods. Il avait peur de rester perché. Pourtant un soir j'ai reçu un texto qui disait "Merci d'avoir parlé comme ça avec moi. Je me rends compte que tu as RAISON. C'était vraiment SYMPA de ta part. A bientôt."

Je ne l'ai revu qu'une fois après ça. Quelques mois plus tard, il a finalement échoué en taule.

 

par WaXou publié dans : Souvenirs
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Jeudi 15 mai 2008
 Matin du troisième jour, à la même heure, le mal de tête revient. Cette fois-ci avec des sensations d'instabilité, de flou visuel. La douleur est trop intense. Je préviens mon père que décidément, ça ne va pas du tout. Sensation de déjà vu. De à quoi bon. C'est tout juste si j'arrive encore à être sensé. J'ai du mal à réfléchir, je suis stressé, j'arrive de moins en moins à me concentrer sur ce qu'on me dit et à être convainquant, j'ai la nausée, et surtout je n'ai aucun appétit, aucun transit depuis 3 jours. Le mal de tête me cloue allongé sur le canapé, j'annule Roland Garros. Je ne regrette même pas, je ne pourrais pas supporter d'être dans une foule en plein soleil. Déjà que je supporte à peine d'exister.
Mon père me prend la tension et je le vois surpris de constater qu'elle est à 16/9 avec un coeur qui bat à 60. Malgré sa surprise, il ne fait rien. Il a l'air de penser que je le fais exprès. Lorsque j'ai la force de râler en disant que je ne peux plus supporter d'attendre comme ça, seul toute la journée sur le canapé sans savoir ce que j'ai, il m'engueule. Il refuse de m'amener à l'hopital: "Qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent de plus?"
- J'en sais rien, c'est pas à moi de le dire.
- Qu'est-ce que tu crois que t'as?
- Je ne sais pas! Mais c'est insupportable
- Mais tu penses à quoi?
- A rien, je sais pas, un truc dans la tête, une tumeur peut-être, j'en sais rien, mais il y a bien quelque chose.
- Ça c'est parce que tu n'y connais rien en médecine et qu'on ne t'as parlé que des pathologies graves. C'est très rare une tumeur, surtout à ton âge.
- Mais merde alors c'est autre chose, pourquoi c'est si compliqué, c'est pas croyable, je suis malade, tu sais pas ce que j'ai, faut m'amener à l'hosto c'est tout.
- Ooooh hein dis! Ne le prends pas comme ça, j'y peux rien moi, calme toi et arrête de te plaindre.
- Mais je peux pas rester comme ça! J'en peux plus là, tu vois pas?
- [regard un peu concerné] Tu veux que je fasse quoi, je t'ai déjà examiné et il n'y a rien. Si tu n'avais pas fumé des joints aussi!
L'argument qui tue. Je n'ai pas fumé depuis la soirée de fin d'exams, mais même si c'était le cas, que vient faire le cannabis dans l'histoire alors que je n'ai "rien". De toutes façons je n'arrive même plus à réfléchir. A partir de là, ce que j'arrive à faire de mieux, c'est de ne pas paniquer ou autrement dit, ne plus voir la situation en face. C'est aussi à partir de là que mon trouble va prendre une autre dimension: l'impression que ce que je vis n'a aucune réalité. Que j'invente tout pour me plaindre, et je vais être partagé entre une envie viscérale de crier et la peur d'être méprisé, considéré comme fou car je ne dépend plus que du jugement de mon père. Une peur d'autant plus vive que plus les choses avancent, et plus j'ai l'impression d'être dans un rêve. Petit à petit, une impression globale d'étrangeté s'installe et j'ai l'impression que la folie se rapproche. Je ne sais plus si mon problème est mon mal de tête et tout ce qui l'accompagne, ou cette panique de fond dont je n'arrive pas à me sortir. J'ai beau essayer de méditer, de me vider la tête, rien n'y fait.


Au bout d'une semaine, ma petite amie, que je n'ai pas pu voir depuis le début des vacances, vient me voir. J'imaginais que ça allait me faire du bien, mais je me vois incapable de profiter d'elle, de communiquer. Son innocence me perturbe plus qu'autre chose. Elle me fait voir malgré elle, par ses questions, l'obscure complexité de ma situation et ça me fait peur. Je ne veux pas l'impliquer là dedans. J'aimerais lui demander de m'accompagner aux urgences, mais j'ai aussi peur de l'entrainer dans ma folie.
 Je n'ai pas envie qu'elle me voit comme ça. Je suis un débris. Stressé, désorienté. Et en plus j'ai rien pour excuser mon état. Pas de "j'ai la gastro" ni même de "je fais une dépression". Je ne veux pas qu'elle assiste à ce qui m'arrive. Jusqu'à présent j'avais toujours été quelqu'un de solide. J'avais l'habitude d'en chier, mais pas comme ça.
Elle ne sait pas comment réagir: elle est mal à l'aise de me voir me tenir la tête sans bouger, les larmes aux yeux, tout en faisant comme si tout allait bien. Je ne me rends pas compte que je suis entrain d'exclure ma seule chance d'être soutenu, mais j'ai dépassé le stade de la recherche de soutien. Je lui demande de partir.

 Tous les soirs, le mal de tête se calme partiellement et je reviens dans un monde moins agité dans lequel mes parents veulent bien faire attention à moi pour autant que je ne parle pas de ce que je vis. A chaque fois, je ne vois pas comment ça pourrait recommencer. Ni pourquoi. Mais je ne suis plus sûr de rien. J'essaie de profiter des quelques heures de calme ou j'arrive enfin à regarder la télévision, ou à jouer à l'ordi.
  Et tous les matins, je suis réveillé à 7h sans raison. Je me trouve toujours bizarre mais je m'y habitue. C'est le mal de tête que je crains le plus. Il arrivera toujours plus fort que la veille, creshendo mais maximum au bout d'une heure. La nausée est parfois intense mais je ne vomis pas. De toutes façons je ne mange pas. J'attends toute la journée le retour de mon père.
 Une fois, ma mère arrivera avant lui. Devant un dernier appel au secours, elle ne fait que me répondre que mon père n'est pas inquiet. Lorsque j'insiste, elle ne me répond plus. Elle me demande même de me taire pour qu'elle puisse écouter la télé. J'essaie de me retenir mais je me mets à pleurer malgré moi. Elle me regarde avec un air sévère avant de se retourner vers l'écran magique.
 J'aimerais qu'on perce un trou dans ma tête pour que la pression s'arrête de monter. Je me dis même que je préférerais mourir. Chaque jour, je vois ma tension monter: 19/11. Un pouls à 48. Puis 20/12. Mon père décide finalement que l'appareil doit être cassé. Il attend d'en rapporter un du travail avant de débuter un traitement hypotenseur. Un jour de plus d'attente pour l'appareil, qui montrera une tension encore plus élevée. Un jour de plus pour les médocs. En cadeau, j'ai le droit à un sédatif qui me permettra enfin de somnoler.
Encore trois jours de rémission lente.
Au bout de deux semaines, je n'ai plus mal à la tête. Bizarrement, je n'ai plus qu'une douleur assez précise au niveau du cou. Finie la sensation d'irréalité. J'ai juste des sifflements d'oreille, des vertiges et des fourmis à un pied. C'est comme s'il ne s'était jamais rien passé. Mais le "comme" à malheureusement beaucoup plus d'importance que je ne le crois.

 A partir de là, le stress m'a foutu une trouille bleue. Savoir qu'un tel enfer pouvait m'arriver sans raison, rien qu'à cause du stress, ça m'a conduit à repasser le concours en faisant le strict necessaire. Le plus difficile a été de dire à mes amis que je ne savais pas ce qui m'était arrivé, tout en leur disant que c'était horrible. Ils ne comprenaient pas. Moi non plus. Alors j'ai décidé de faire comme si rien ne s'était passé, je croyais que ça simplifierait les choses.
 Car j'étais régulièrement forcé d'y repenser à cause de ma douleur au cou, des vertiges qui revenaient par poussées mais surtout à cause du fait que j'avais peur de moi même. Je me découvrais des difficultés de concentration, surtout lorsqu'il s'agissait de comprendre une conversation dans un groupe. On aurait dit que je n'avais plus aucune confiance. J'étais clairement perturbé. Et je me tuais à jouer -mal -le rôle de celui qui va bien.
 J'avais constament peur que ça recommence. Vu le fond de stress permanent dans lequel je vivais, bien plus intense que lors de ma "crise", je ne voyais pas pourquoi ça ne recommençait pas. Au pire avais-je le droit à quelques crise d'angoisse le soir. La peur de devenir fou subitement. Ce pourquoi j'ai eu tendance à éviter de sortir. Je ne voulais pas que mes amis me voient dans un état que je n'assumais pas.
 Petit à petit je me suis éteint. J'ai tout fait pour ne pas faire de vagues. De temps en temps je disais à mon père que ma vie n'était plus comme avant depuis cet épisode. Alors il invoquait le cannabis. J'essayais de m'en séparer, mais vu que tous mes copains en fumaient, ça ne faisait que m'exclure davantage du groupe et je finissais par craquer. Rester seul dans mon appartement, stressé, sans vie et ne même plus avoir un joint à fumer pour tuer le temps, alors que tout le monde s'amusait c'était trop dur. Du coup je me suis aussi mis à l'alcool, vu que mon père n'avait rien contre cette substance. Surtout le soir. Ca m'évitait les crises d'angoisse.
J'ai eu mon concours. Je n'y croyais plus étant donné que j'avais perdu toute mon énergie. Toute ma vigueur et mon ambition. En fait, c'était surtout grâce à mon premier essai. Je n'ai pas fait beaucoup mieux. Je ne me suis concentré que sur la matière qui m'avait fait échouer.  Le reste, je l'ai survolé et j'ai eu des notes moins bonnes que la première fois. En fait, compte tenu de mon état, je n'aurais jamais dû passer en deuxième année. Mais j'ai préféré ne pas m'en rendre compte et me persuader que tout allait bien. Vu que la  théorie de mon père, c'était de dire que je me rendais malade pour ne pas avoir à travailler, j'essayais de croire que j'avais vaincu ma maladie, mais j'avais trop peur de voir que je n'étais plus que l'ombre de moi même.

 



 
par WaXou publié dans : Souvenirs
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Jeudi 15 mai 2008

Cette situation peut paraître surréaliste. Ce genre de description est à mon sens rare car pour pouvoir la faire, il faut avoir la chance d'être sorti du cercle vicieux, ou au moins en avoir extrait ses yeux.
Il y a à peine deux ans, bien que cet événement était encore relativement récent, je ne m'en souvenais pas comme d'un événement important. C'était un passage de ma vie auquel je ne donnais aucun sens, que je n'intégrais pas, et donc je n'y pensais pas clairement (par contre en souterrain...). J'en avais honte et je ne me souvenais même plus vraiment de ce qu'il s'était passé. C'était vague. On m'avait persuadé implicitement qu'il ne fallait pas y penser. Que le seul fait d'y penser montrerait que je suis toujours malade. Et j'y croyais, car le peu de fois ou j'y repensais, je ne sentais que désorientation et peur. Et pourtant, ce qu'il fallait faire c'était l'inverse. Le fait de ne pas regarder tout ça en face m'empêchait de donner du sens, comprendre mon histoire et voir en quoi consistait la véritable maladie. Lorsqu'on me demandait ce que j'avais fait pendant les vacances entre mes 2 premières années de médecine, j'étais bloqué. Généralement, sur un ton calme, j'expliquais qu'il m'était arrivé un truc bizarre. Pourquoi un ton calme? Parce que je voulais montrer que ce n'était pas important, qu'il ne fallait surtout pas faire attention à ce qu'il s'était passé. J'adoptais avec moi même l'attitude révoltante qui avait tout compliqué à l'extrême, tout en croyant me protéger.

Lorsque j'ai commencé à reprendre cet événement et à le regarder en face, j'ai au début cru que j'étais entrain de devenir fou alors qu'au contraire je me battais pour retrouver mes racines.
Je vais parler ici de diagnostics loupés, mais le problème ne tient pas vraiment au manque de compétences médicales. Le simple fait d'accorder de l'importance à ce qui était entrain de m'arriver, quelle que soit la pathologie suspectée, rien qu'en tenant compte de ma détresse, aurait suffit.

N'importe qui l'aurait fait mais pas mes parents. Et à l'époque, c'était encore à eux que je faisais le plus confiance. Du reste, lorsqu'au début j'essayais de parler de ça, personne ne réalisait l'horreur que j'avais vécue. Au contraire, on me répondait comme si la seule mauvaise chose dans l'histoire, c'était que je ne fasse plus confiance à mes parents. On leur trouvait toutes les excuses du monde. Déjà que j'hésitais à en parler, je finissais par en être totalement dissuadé.

Je n'aurais sans doute jamais la preuve formelle qu'il me soit arrivé quelque chose d'organique, mais je ne sais pas si c'est vraiment necessaire car comme je l'ai dit, ce n'était pas ça le plus important. Tout ce que je sais, c'est que par malchance je me suis retrouvé avec un besoin viscéral d'attention, et que j'ai eu exactement le contraire. Ce qui a rendu cet événement si difficile, ce n'est pas la douleur mais le déni, le rejet déguisé en connaissance, en sagesse.
Médicalement parlant, mon père a été nul, mais il a fait comme s'il savait ce qu'il faisait.
La première chose à faire devant un mal de tête aussi inhabituel par son intensité, sa persistance au delà de 48 heures, ou sa brutalité, surtout accompagné d'hypertension, d'arrêt du transit, de phonophobie, de bradycardie et d'agitation, c'est d'aller aux urgences et de faire un scanner. Selon les études, cette symptomatologie seule pousse à plus de 40% la probabilité de  faire une hemorragie méningée. J'en ai vu des bien plus silencieuses que ça. Mais ça aurait très bien pu être une nevrose d'angoisse inaugurale (même si aujourd'hui je pense que l'angoisse a été réactionelle à l'attitude de mes parents)  ça n'aurait rien changé. J'avais autant besoin d'aide. Surtout qu'après ces deux semaines, mon problème était en effet presque uniquement psychologique.


                
Il était question d'aller à Roland Garros avec mes amis de médecine pour décompresser, suite à ma première tentative pour passer le concours de médecine. Je n'avais pas encore les résultats mais il était prévu que je redouble donc je n'avais pas vraiment la pression. Néanmoins je ne suis pas passé loin.

J'avais toujours été plus ou moins associable, mais avec ces amis j'avais eu l'occasion de me trouver une place, de faire plusieurs soirées mémorables, de connaître beaucoup de monde alors que mes amis plus anciens étaient tout à fait compatibles au groupe. On rigolait, on discutait tous les soirs. J'étais à l'aise et je ne me sentais que rarement seul. Du reste, la raison la plus importante qui me poussait à avoir mon concours était le lien que j'avais avec eux. Je n'avais jamais espéré vivre une vie étudiante épanouie, mais en leur présence, je voyais que c'était possible. C'était plus que j'en demandais.
Je trouvais ça un peu pathétique d'être davantage motivé par l'amitié que par mon ambition, mais je ne me l'avouais pas complètement.
Je voulais me croire fort et indépendant.

On avait deux semaines pour voir un peu notre famille. Après, les sorties allaient s'enchaîner. J'avais plus envie que jamais de profiter de mes vacances. Manque de bol, la première semaine fut ternie par une violente douleur abdominale, à droite. Ca m'était déjà arrivé, mais à l'époque c'était parti en quelques heures. Là, c'est resté pendant 4 jours et 4 nuits. Je ne pouvais plus me lever ni manger. Lorsqu'on me touchait le ventre j'avais l'impression qu'il se déchirait alors qu'il se contractait malgré moi plusieurs fois. Pour moi j'avais un truc digestif mais à cette époque je n'accordais pas grande importance à mon discernement vu qu'il était tout le temps remis en question, donc je me fiais à mon père. Or, pour lui, comme je n'avais pas de fièvre, je n'avais rien, pas question de m'emmener à l'hôpital.

J'ai donc passé 4 jours seul à la maison, en attendant que ça passe, mais j'étais assez angoissé. Le coup de ne rien avoir alors que mon ventre ne m'avait jamais fait aussi mal de ma vie, c'est pas rassurant du tout. J'aurais préféré qu'on me dise que j'allais être opéré, au moins j'aurais pu faire face à quelque chose.
Ça s'est arrêté un beau matin. Preuve selon mon père, qu'il avait eu raison de ne rien faire.

Trois jours plus tard, mon père a voulu manger au Mac Do. A l'époque c'était un peu notre rituel jusqu'à ce que ma mère l'engueule je ne sais plus pourquoi.
Dans la voiture, je me sentais bizarre. Agité. Pourtant il n'y avait aucune raison à ça. Je trouvais que je parlais plus vite que d'habitude... pour ne rien dire. J'avais l'impression de parler à un mur.
Arrivé au fast food, je me suis aperçu que je n'avais pas vraiment faim, j'avais comme envie de quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Comme si je respirais de l'air sans oxygène. D'ailleurs, je remarquais aussi que j'étais essoufflé. Mal à l'aise.
J'ai attendu que mon père finisse de manger et je lui ai expliqué que je me sentais vraiment bizarre.
Il m'a dit que c'était le stress. J'étais prêt à le croire sur ce coup. J'imaginais que le fait d'avoir été autant speed pendant plusieurs mois me rendait mal à l'aise au repos, mais pourquoi maintenant, ça j'en savais rien.
Je décidai donc de rentrer à la maison et de faire une sieste éspérant que mon corps comprenne qu'il fallait maintenant ralentir le rythme.

Arrivé à la maison, impossible de dormir. Et l'essoufflement devient encore plus désagréable allongé. C'est alors qu'arrive assez vite un mal de tête comme je n'ai jamais connu. Pulsatile. Qui me prend toute la tête. Mon père décide de prendre la tension: j'ai 11/6, mon coeur bat aux alentours des 70. Je n'ai donc rien selon lui. Pourtant je ressens quelque chose d'inhabituel. Je n'ai jamais ressenti cette sensation d'agitation et de malaise. J'ai le sentiment que ça ne va pas s'arrêter là, et j'ai raison. Le mal de tête progresse de plus en plus. Je commence à me sentir angoissé, puis vers 22h tout rentre dans l'ordre. Ouf! Je suis quand même un peu inquiet parce que je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé. Et vu ce qu'il s'est passé lorsque j'ai eu mal au ventre, je ne suis pas vraiment rassuré.

Je me couche et je m'aperçois que j'ai du mal à dormir, j'ai mal au cou. Lorsque je me réveille au milieu de la nuit, la première chose qui m'accueille dans la réalité sont des vertiges et je suis forcé de constater que je ne me sens pas comme d'habitude.

Le deuxième jour, lorsque je me réveille, je suis seul dans la maison. Il y a la femme de ménage. Je décide de jouer à un jeu sur mon ordinateur. Depuis le temps que j'attends ça: glandouiller. Mais voilà, je n'arrive pas à me concentrer. Je me sens toujours trop agité pour me détendre. Rester assis sur une chaise me paraît impossible. Je ne m'amuse pas du tout. C'est comme la veille. La femme de ménage ouvre la porte et me parle. Je me rends compte que j'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle dit. En fait, ça me donne même la nausée d'essayer. Pourtant je l'aime bien, mais là je ne sais pas quoi lui dire, je ne supporte plus de l'entendre parler. J'ai autant de mal à me concentrer sur ce qu'elle dit qu'à me concentrer sur mon jeu.

Je décide de me prendre un bon bain, généralement ça me change les idées. Peut-être que si je ne me focalise pas sur ce malaise, ça finira par passer mais c'est bien la première fois que je me sens si bizarre.

Je suis dans la baignoire, et rien ne s'arrange. Au contraire, je sens le mal de tête de la veille qui revient. Il est 11h. A chaque fois que je me lève, j'ai l'impression que ma tête va exploser. Pendant 2 secondes il ne se passe rien et d'un coup un battement tape sur le toit de mon crâne, le deuxième est pire et me prend autour des yeux, je l'entends claquer dans mes oreilles. Alors je dois corriger avec ma respiration pour encaisser le troisième. Lorsque j'inspire la douleur est momentanément plus supportable. Je fais l'erreur de tousser une fois, décharge infernale de douleur, vertige. Les changements de positions sont aussi à éviter. Tous mes muscles sont crispés pour ne pas que ma tête bouge. Je me réfugie dans le canapé du salon. Ce que je ne sais pas, c'est que je passerais la majorité des 10 jours suivants au même endroit.

Je regarde la télé. Le son me fatigue aussi. Entre midi et deux mon père rentre. Je lui explique mon problème. Il m'examine et me dit que je me fais des idées: je n'ai rien d'important, c'est le stress. Cette idée du stress qui fait exploser ma tête et contre lequel on ne peut rien faire commence à me perturber. Ca ne tient tellement pas debout que je ne sais pas quoi en penser.

Je me force à sortir, à voir un ami. Ça me permet de penser à autre chose même si le mal de tête est toujours là, la sensation de malaise indescriptible aussi. Quelques fois, j'ai des crises de bâillement qui me soulagent. Je n'ai jamais eu ça. Des bâillements très rapprochés les un des autres. Bizarre. Lorsque je rentre chez moi, j'ai tout à coup un malaise au volant, mon corps me donne l'impression d'être glacé, je rassemble toute mon énergie pour ne pas m'arrêter. Je ne sais pas ce qui m'arrive, j'ai l'impression que je disparais, que je deviens fou, je ne ressens plus rien. Je me réfugie dans mon lit. Mes parents dorment. Je n'ose pas les réveiller, je ne sais pas pourquoi.

Je passe une nuit difficile, un sommeil très superficiel avec beaucoup de réveils vertigineux J'angoisse surtout parce que je ne sais pas ce que j'ai, je n'y comprend rien. Le lendemain, au réveil, ça va mieux mais le mal de tête est cette fois-ci seulement diminué. Je le sens toujours.

Psychologiquement, je commence sérieusement à craquer. Je ne sais plus très bien ou en est ma vie. J'ai l'impression de vivre un cauchemar. On dirait que personne ne m'entend. Que petit à petit je m'éloigne de la réalité, ou que la réalité me rejette.

par WaXou publié dans : Souvenirs
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Samedi 12 avril 2008
...on se fait généralement tapper dessus.

Je me souviens d'une vieille humilation, lorsque je débarquais du Sénégal. Une fille d'une autre classe m'avait demandé ce que je pensais d'un type qui me revenait pas. Autant j'aurais pu être ami avec lui et je n'aurais rien dit. Du reste, par la suite, c'est ce qui a failli arriver si je n'avais pas changé de collège. Seulement tout ce que je savais de ce type à ce moment là, c'était qu'il écrasait les faibles et les timides sans aucune pitié et jouait au sensible avec les filles.
 Du coup j'ai répondu ce que je pensais de manière très basique: qu'il se comportait comme un con. Elle a insisté, en disant qu'il était gentil. Et j'ai insisté en disant que je ne voyais que le coté con. Ce que je ne savais pas, c'est qu'elle était amoureuse de lui.
Quelques jours plus tard. Je jouais au foot avec mon meilleur ami. Un grand pro de l'embrouille qui passait son temps à se battre mais avec qui j'étais très proche. Le type a voulu me voir. La fille était avec lui. J'ai compris qu'il voulait s'expliquer.
Les explications ont été brèves. Il m'a chopé par le col, le poing levé. M'a demandé de faire des excuses pour avoir dit qu'il se comportait comme un con. Je ne pouvais pas lui dire qu'il était précisément entrain d'illustrer ce que j'avais dit. Je me suis excusé. Et c'était surtout ça, l'humiliation. Etre forcé de reconnaître son tort sous une menace qui nous donne pourtant raison.
Mon pote a remarqué que j'avais des soucis et m'a demandé si je voulais qu'il s'en mêle. J'ai refusé. C'était ma faute.
Je n'avais pas compris la situation. Moi aussi j'avais été con finalement.
Les choses n'ont pas tant changé que ça, 15 ans plus tard.
par WaXou publié dans : Souvenirs
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Mercredi 13 février 2008
J'étais au CP, ce soir là, ma mère devait faire des photocopies. Beaucoup de photocopies, tard, le soir, avec une amie dans un batiment administratif. Or j'avais dû venir avec elle. J'étais resté un moment avec les deux femmes, même s'il y avait la fille de l'amie à ma mère qui était dans le coin, que je voyais passer parfois. Elle semblait avoir mon âge.
 Et puis ça durait tellement longtemps que j'ai décidé d'aller faire un tour moi aussi et voir ce qui allait se passer au contact de cette fille, dont j'ai oublié le prénom. Je n'ai pas tout de suite été attiré par elle même si elle était mignone, mais comme je n'avais personne d'autre avec qui jouer, pourquoi ne pas m'amuser avec elle à visiter le batîment?
 La prise de contact a duré un moment, on n'osait pas trop se parler, on communiquait plus par nos actes que par les mots. Elle m'a fait découvrir qu'on pouvait éplucher les citrons comme les mandarines et les manger par quartiers. On a donc mangé nos quartiers de citron assis l'un à coté de l'autre. Alors moi j'ai fait un peu le pitre pour la faire rire, et ça a marché. Du coup on est parti à la découverte du batîment ensemble. 
On a découvert plein de pièces amusantes, avec plein d'objets curieux, des statues marrantes, on a fait la course dans les couloirs. J'étais aussi tout de suite inquiêt pour elle lorsqu'elle trébuchait et je volais à son secours, je ne voulais surtout mais alors, surtout pas qu'elle souffre. Pourtant, lorsqu'un ami se faisait mal, ça ne me faisait pas la même chose.
 J'étais trés surpris de m'entendre aussi bien avec une fille. Je les pensais différentes surtout dans leur comportement.
Elle aussi l'était, mais ses différences me plaisaient tellement! Et pourtant, aucun caractère sexuel secondaire à cet âge là. Ce qui me plaisait, c'était qu'elle aimait organiser notre visite pour nous deux même si ça n'avait aucune importance, ou lorsqu'elle décidait d'aller s'amuser dans une autre pièce d'un coup, et qu'elle me tirait avec elle en me prenant par la main. Elle voulait clairement faire des découvertes avec moi. Elle n'avait pas cet enthousiasme avant que j'arrive. On était juste content d'être l'un avec l'autre, quoi qu'on fasse, mais tout en restant actifs, chacun avec nos tendances propres, voire même un rôle différent. C'est un peu ce que j'ai ressenti avec mon interne aux urgences à la garde de réquisition dont j'ai parlé lors d'un précédent article.
A la fin de la soirée, le temps s'était arrêté. J'étais comme sur une nouvelle terre. Je me souviens d'une relation d'une telle simplicité et d'un tel naturel que tout semblait se passer tout seul. Nous étions surpris de voir le plaisir que l'on prenait à se découvrir dans nos expressions, nos mimiques, nos réactions, notre vie. On avait l'impression de ne plus pouvoir se quitter sans qu'aucune volonté de l'un ou de l'autre soit engagée.
Je ne m'étais pas rendu compte que j'étais tombé amoureux d'elle. Je croyais aimer une autre fille qui était dans ma classe, et dont la moitié des garçons étaient amoureux (même si personne ne l'approchait).
 On s'est quittés avec le sourire. En essayant de faire rire l'autre à travers les vitres de nos voitures respectives. Il faut dire que nos mères nous avaient dit que puisqu'on s'entendait bien, et  puisqu'elles allaient devoir faire ça plusieurs soirs, elles nous prendraient à nouveau avec elles. Le quand, sur le moment importait peu. Mais lorsque les souvenirs se sont substitués à la trace émotionelle de sa présence, au bonheur dans lequel je nageais sans m'en rendre totalement compte, ça a été une autre histoire.
 Je demandais par la suite à ma mère de manière quotidienne quand est-ce qu'elle referait des photocopies. Or, un soir, elle m'a dit qu'elle y retournait, j'étais aux anges, et là elle m'a dit que je ne venais pas. Drame. J'ai donc insisté, pleuré, mais elle m'a tout de suite calmé en me disant qu'elle ne pensait pas que son amie prendrait sa fille avec elle de toutes façons. Question que je ne m'étais pas posée une seconde étant donné ce qui avait été dit.
 Je n'ai pas compris. J'ai beaucoup pleuré. J'imaginais que ça devait être pareil pour elle si sa mère lui interdisait de venir, il ne pouvait en être autrement, je l'avais senti dans son sourire lorsqu'on s'était quittés. Enfin... il me semblait. Mais à ce moment là je ne savais plus.
Je n'ai pas voulu demander à ma mère, si finalement sa copine était venue ou non avec sa fille, car je savais que si c'était le cas, elle aurait sans doute préféré me mentir. C'était donc inutile.

 Elle a été mon premier amour, certainement le plus bref, mais pas des moindres...


par WaXou publié dans : Souvenirs
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