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Souvenirs

Samedi 19 septembre 2009
J'avais rencontré Jennifer dans le bus qui nous emmenait en Angleterre, en cinquième. Elle était grande, châtain clair, les cheveux épais, le teint pâle avec des formes particulièrement développées pour son âge. De grands yeux marrons, de jolies joues fraîches. Elle était très jolie.
Elle s'était intéressée à moi mais je n'avais pas encore eu l'occasion de faire attention à elle. Tout ce dont je me souviens, c'est que je me suis retrouvé à coté d'elle, que c'était une époque où mes hormones me travaillaient et ou j'aimais raconter des histoires fictives pour plonger dedans avec mon interlocuteur. Si je m'étais forcé à parler de ce qui me tenait à coeur à l'époque, j'aurais parlé de l'unité avec la nature que j'avais ressentie au Sénégal, de mon rêve de vivre là bas avec mon âme soeur, du plaisir que j'avais éprouvé à me baigner dans une mer à 30 degrés au nouvel an pendant que mes parents buvaient et chantaient avec d'autres adultes. De ces discussions, la nuit, avec des amis, allongés sur le ventre, dans le sable, là ou les vagues viennent mourir. Si j'avais dû parler du présent, je n'aurais pu parler que de jeux video, de ma mère qui était infernale avec moi, ou de ces pensées à propos de la dualité de l'homme, de son "coté âme", et son "coté corps" qui contrastaient avec l'horrible mal de bide que le stress me donnait tous les matins.
Cela n'intéressait personne de mon âge, je m'en étais bien vite rendu compte. Alors c'était plus rigolo de chercher à m'inventer des histoires extraordinaires mais plus simples et terre à terre.
Avec Jennifer, il a tout de suite été question de sexe. Sans doute qu'elle pensait que c'était ce qui m'intéresserait et qu'elle aussi voulait faire comme moi, seulement à l'époque, je ne m'en serais jamais douté.
On en a parlé sans gêne. Je n'avais encore jamais embrassé de fille avec la langue et j'avais trois poils qui se battaient en duel. S'il avait fallu que je respecte les normes, j'aurais dû être gêné, lui proposer de faire des cochonneries, ou tourner autour du pot, seulement ça, je ne savais pas faire. Alors j'ai décidé de me libérer de ces obligations en jouant le rôle du mec déjà bien expérimenté, qui l'a déjà fait plusieurs fois, qui aime ça et qui ne voit pas où est le problème.
Le résultat a été surprenant. Comme deux enfants qui jouent ensemble. Qui paradoxalement se découvrent en se couvrant de vêtements trop grands pour eux sortis des tiroirs de papa et maman, nous avons parlé pendant des heures comme si le sexe n'avait aucun secret pour nous. C'est ce qui nous a permis de rigoler ensemble, de faire des entrechats verbaux, de sentir notre présence mutuelle et de découvrir que malgré ce jeu de rôle grotesque, nous étions sur des longueurs d'ondes très proches.

Un Samedi, alors que j'étais en classe "d'étude", autrement dit, temps libre collé à une table, surveillé par un vieux pion très rodé, j'ai remarqué qu'à chaque fois que je me retournais, elle me regardait. L'effet que ça avait sur moi était très curieux. Tout à coup, c'était comme si j'existais plus intensément. Comme si tout ce que je voyais, mon monde et mon rôle en son sein prenaient de l'importance.
J'ai mis beaucoup de temps à imaginer que je pouvais lui plaire vraiment. Je croyais qu'elle voulait toujours jouer avec moi. Après la fille qui s'y connaît en sexe: la fille qui tombe amoureuse de T.
Elle était soit disant déjà "sortie" (je n'ai toujours que partiellement compris ce que ce terme voulait véritablement dire) avec mon ami le plus proche de l'époque. Ainsi, lorsqu'arrivé au bus elle m'a retenu par la poignée de mon cartable et qu'elle m'a donné un papier parfaitement plié en 4, j'ai cru que c'était un message d'ordre purement fonctionnel qui était adressé à ce dernier, et je lui ai dit "Ah, euh... merci je lui filerai!" mais elle a déguerpi si vite que je n'ai pas même pu voir ses yeux.
Je n'ai pas ouvert le papier pendant le trajet, pensant que ça ne me concernait pas, et que découvrir la vie sentimentale de ces deux là allait me complexer. Ce n'est qu'arrivé chez moi ou je me suis soudain rendu compte que je ne voyais, en fait, pas du tout ce que je devais faire de ce papier. Je l'ai ouvert, et j'ai lu, relu, et rerelu cette toute petite phrase écrite au stylo bille bleu sur ce morceau de feuille soigneusement déchiré et froissé d'avoir été trop longtemps enfermé dans une main moite d'émotion: "Je t'aime".
Moi? Elle m'aime moi? Mais elle ne sait pas qui je suis. Elle ne me connaît pas. Comment c'est possible? Elle doit forcément se tromper... mais pourquoi est-ce si important pour moi? Je ne suis pourtant pas amoureux d'elle?
Je me souviens avoir pourtant observé la moindre courbure de chaque lettre tant ce papier et ces mots semblaient avoir, au vu de cette éspèce d'énergie bouillonnante que je ressentais au fond de moi, un pouvoir magique extraordinaire que je n'arrivais pas à saisir. Je me demandais quelle force avait pu lui faire écrire ça et la lier à moi tout autant que ce qu'il m'arrivait.
Vraiment, je suis resté perplexe. Que faire? Lui parler? Pour lui dire quoi?
Et ainsi, lorsque je suis retourné au collège, elle ne manquait pas une occasion de passer devant moi à chaque récréation, bien que nos cours de récréation étaient séparées puisqu'elle était une classe au dessus de moi. C'est comme ça qu'elle a fini par me donner un nouveau mot: "Si tu veux sortir avec moi, viens à la kermesse Samedi, je viendrais avec mes parents à 14h et on pourra se retrouver."
A chaque fois que je la voyais, je ne pouvais plus la lâcher du regard. Toutes mes pensées tournaient autour d'elle dès que j'avais un moment de libre. Pourquoi elle? Pourquoi moi? Que veut-elle de moi? Qu'attend t-elle? Pourquoi ne me parle t-elle pas? Est-ce qu'elle ne va pas à coup sûr réaliser, si j'y vais, qu'en fait il n'y a rien à aimer chez moi? Je n'arrivais décidément pas à considérer que tout cela n'était pas un malentendu. Le fait d'avoir autant parlé d'une sexualité que je ne connaissais pas avec elle ne me dérangeait pas tant que ça: j'avais déjà été amoureux plusieurs fois, et je savais que ce n'était pas une question de sexe ni même d'expérience...

J'étais tellement perdu dans mes pensées que ce n'est que la veille que j'ai pensé à demander à mes parents de m'amener à la kermesse, la peur au ventre. Ils m'ont dit non sans autre forme de procès. Ils n'avaient pas le temps ni la tête à ça. Et je me souviens que ça m'avait arrangé, parce que si j'étais venu, je ne vois pas comment j'aurais pu faire pour qu'on se voit, elle et moi. Je pensais que si mes parents m'avaient accompagné, ils m'en auraient voulu de les laisser seuls. J'avais l'impression d'avoir l'obligation de les distraire. Déjà que pour moi c'était surréaliste d'avoir une vie indépendante de celle de mes parents, le fait d'oser la vivre devant eux me paraissait tout bonnement aberrant, et même violent. Lorsque la simple idée de vivre est perçue comme une trahison, le moindre obstacle est impossible à surmonter.

A la rentrée, après la kermesse, une copine à elle est venue me voir et m'a dit: "Jennifer m'a dit de te dire que tu n'étais qu'un sale puceau"
J'ai senti mon coeur se déchirer et j'ai répondu "cool".
Par WaXou
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Mardi 5 mai 2009
En 1997, je débarquais dans le plus grand lycée de ma ville natale, en seconde. Je découvrais alors le jeu en réseau grâce au "Cyber espace", un local tout neuf ou un groupe de personnes qui avaient en moyenne 5 ans de plus que moi se réunissaient lorsqu'ils ne travaillaient ou n'étudiaient pas.
C'était l'âge d'or du jeu en réseau. Internet coutaît cher et il n'était pas question de jouer chez soi avec des inconnus pendant toute la nuit. C'était moins cher de jouer dans un cyber café pour 20 francs de l'heure, mais comme ça coutaît tout de même la peau des fesses, on se débrouillait pour rentabiliser un maximum en cherchant l'action.

Je me souviens que je m'étais appelé "bigorneau" pour ma première partie de Duke nukem 3D. Mais un jour, j'ai décidé de m'appeler Waxweazle, car c'était un nom de Dj de Hardcore qui m'avait marqué. Je trouvais qu'il sonnait bien et j'aimais bien le style du type. Or, ce jour là, nous étions une dizaine à jouer et j'ai discrètement explosé tout le monde au score devant les habitués qui étaient heureux d'avoir un nouvel adversaire de taille et m'ont retenu par ce pseudo.
Ainsi, lorsque je suis passé quelques jours plus tard, j'étais déjà connu pour mon exploit, et ils avaient trouvé un diminutif: "wax". Je n'étais pas surfeur et j'étais nul en skate, mais j'aimais ce pseudo, d'autant plus que les gens se souvenaient plus facilement de moi par lui que par mon prénom.

J'étais fier de moi, sauf que parmis ces habitués qui m'avaient remarqué, il y en avait un qui n'était pas du tout impressionné par mon score. Il s'appelait Harold, du surnom de "fenril". Harold n'avait rien d'autre à faire que de squatter le cyber la moitié de son temps et il avait développé une façon de jouer à duke nukem qui ne laissait aucune chance à son adversaire: il se servait de la souris pour les déplacement à type de rotation et de visée, tandis que les déplacements de type "translation" étaient gérés au clavier. Ainsi, il pouvait tourner autour de son adversaire tout en restant face à lui et en se déplaçant à sa guise ce qui faisait de lui une légende à ce jeu. Une partie face à lui ou je n'ai effectivement vu que du feu m'a vite fait comprendre que pour rivaliser, je devais m'habituer à la complexité de cette technique.
Au bout de quelques jours, je faisais partie des quelques élus qui jouaient à duke à la souris (même si actuellement c'est devenu une technique standard) et je défiais Harold qui me manifesta alors à son tour beaucoup de respect. Je fus connu de tous les habitués et considéré comme le premier ayant battu "fenril" à duke. J'étais certes le plus jeune, mais je m'intégrais parfaitement parmis eux. C'est ainsi que je connus Olive, qui me proposera plus tard de jouer un rôle dans un film amateur destiné à un festival de manga et qui m'invitera à ses réseaux de jeu privés, Ju, qui m'invitera lui aussi à passer un été dans son appartement avec quelques élus à jouer au jeu de rôle ultima online sur le net (toute une épopée), J.R, le patron de la boîte, riche politicien aux relation douteuses toujours heureux de passer du temps avec des jeunes, Didier, gérant sorti de nulle part arrêté quelques mois plus tard pour traffic de drogue, Pierrot, gros barbu tabagique quadragénaire gérant de station service et amateur de sniping dans les jeux de tir en équipe. Il y en avait beaucoup d'autres que j'ai plus ou moins bien connu, mais faire une liste détaillée prendrait des pages.
Avec eux, j'aurais été initié au foot grâce à l'événement de la coupe du monde 98, au paint ball, aux kebabs sur le port, aux nuits blanches "cyber", aux tournois et à quelques sorties "normales" d'adolescent assez mûres que je n'aurais probablement pas connu sans cet esprit "cyber". Seule chose à déplorer: presque aucune fille, à l'époque, ne se prenait à ce genre de passion.

Ma vie au lycée était à peu près accessoire. L'action était dans ce petit local et une poignée de mes amis s'étaient joints à moi, et on profitait de ce sympathique groupe de gens venus de tous bords, tous motivés par une même chose: passer des bonnes soirées en se prenant l'espace de quelques heures pour un soldat, un chef de guerre menant des armées et coordonnant des attaques massives sur des planetes inconnues, ou un espion intégrant le camp adverse et informant ses alliés de la position et des plans de l'ennemi. Ici encore, le panel des rôles et des situations était vaste et imprévisible. De nouveaux jeux sortaient tous les deux mois, et de nouvelles stratégies prenaient naissance chaque jour au milieu de ces parties dont certaines me restent encore en mémoire au détail près.

Dans tous les cas, même si j'étais le plus jeune, je faisais partie des leader. On composait une équipe après m'avoir opposé à un autre leader comme Harold, Olive ou Ju et je ne pouvais jouer sérieusement que lorsqu'un autre leader était présent au cyber, ce pourquoi j'appelais souvent avant de venir pour savoir qui était sur les lieux. Il m'arrivait donc de commander des mecs qui avaient plus de 10 ans de plus que moi, véritables militaires dans leur vie professionnelle, et de les mener à une glorieuse victoire ou une dramatique défaite après des heures de combat et de stratégies construites au cours de mini staffs improvisés sur le champ de bataille en réponse aux stratégies de l'autre équipe. Le respect et les liens qui se créaient étaient pourtant, eux, bien réels, et ça me faisait bizarre de retrouver mes parents qui me parlaient toujours comme si j'étais débile lorsque je rentrais chez moi.
Malgré tout, je me souviens que mon père respectait plutôt bien ce passe temps, même si cela n'arrangeait pas mon niveau en maths, ni son entente avec ma mère. Sans doute avait-il remarqué que c'était la première fois depuis plusieurs années que j'avais une vie en dehors de la maison familiale, et cela lui rappelait sa jeunesse qu'il a passée avec des amis à faire des courses de voitures miniatures sur circuit.

Lors de ma première et de ma terminale, le jeu en réseau s'est développé et un nouveau cyber café à ouvert un peu plus loin. L'ambiance n'était pas la même et la moyenne d'âge était beaucoup plus jeune. Certains d'entre eux étaient dans ma classe et je ne sais trop pourquoi, j'ai très vite eu des ennemis jaloux de ma notoriété en matière de jeu en réseau dont je n'étais pourtant pas particulièrement fier en dehors du cyber espace: c'était quand même un peu la honte devant les filles qui préféraient à l'époque les pré-délinquants, les musiciens ou les sportifs.
Ainsi, wax était connu pour être imbatable à Duke nukem, inégalable à Quake, et un fin stratège à Starcraft. La plupart me lançaient des défis alors que j'aurais préféré avoir des alliés. Cependant, l'ambiance de jeu que j'avais connu et les nombreuses parties improvisées et passionnées qui constituaient mon expérience de leader faisaient qu'il était impossible de me battre à armes égales. J'ai donc très vite eu des détracteurs qui essayaient de me rabaisser de toutes les manières possibles, essayant de m'impressionner avec leurs connaissance théorique approfondie du jeu, mais qui se révélaient tout autant incapables de me battre que les autres. Plus ça allait, plus j'étais connu, et plus je les énervais alors que je ne cherchais même pas particulièrement à être plus fort qu'eux et que l'ambiance des tournois avec eux m'était insuportable.
J'apprenais même régulièrement par le bouche à oreille qu'il y avait des gens que je n'avais jamais vus, qui n'avaient jamais osé me parler, qui prétendaient me connaître et avaient déjà un avis tout cuit sur moi, ma façon d'être et de jouer.

Je ne comprenais pas à l'époque qu'ils étaient jaloux de l'esprit du cyber espace, pas plus que je ne comprenais pourquoi cela les amusait de se ridiculiser en mettant plus de deux heures à gagner une partie à un contre 5 alors que pour ma part je trouvais le défi intéressant et ma résistance preuve d'une nette supériorité stratégique dont je n'avais pas besoin de me vanter. Je restais juste stupéfait devant leur capacité à s'auto congratuler et leur joie d'avoir dépensé chacuns 40 francs pour une victoire sans péril et un triomphe sans gloire tandis que le gérant, compatissant devant tant d'injustice, m'offrait avec plaisir mes heures de jeu.

Au bout d'un moment, c'est devenu assez prise de tête. Les joueurs de ce nouveau cyber n'arrêtaient pas de me provoquer. Il y avait même une connaissance aigrie qui depuis le collège passait son temps à répandre tout à fait volontairement de fausses rumeurs sur mon compte (et qui jusqu'au dernières nouvelles continue encore), qui s'était joint à eux et passait dramatiquement le plus clair de son temps à monter tout le monde contre moi comme si j'étais l'ennemi à vaincre, ce qui ne m'épuisait bien plus que ça ne m'amusait.

Ces gamins développaient l'antithèse de l'esprit qui m'avait donné envie de devenir bon à ces jeux: l'amitié, l'entraide, le partage d'un même but et la réunion de personnes venant d'horizons différents. Au cyber espace, on était tour à tour alliés, ennemis, spectateurs. On se racontait nos vies. On distribuait des prospectus pour des heures de jeu symboliques. On s'invitait à boire un pot lorsque le cyber était fermé, tandis que la seule manière dont les joueurs de l'autre cyber café interagissaient avec moi était la provocation bête et méchante, sans le moindre soupçon de second degré, sauf exception.

Après le bac, l'esprit de jeu était devenu tellement tendu que je ne prenais plus aucun plaisir à jouer, tout comme mes premiers amis dont j'avais à l'époque été le challenger. J'étais toujours bon mais ça n'avait plus aucun intérêt. Il n'y avait plus aucun respect pour la qualité de jeu. Plus aucun fair play. Ils jouaient comme si leur victoire pouvait leur apporter le respect et l'admiration. Ils ne prenaient aucun plaisir à trouver plus fort qu'eux. Le but n'était plus de s'amuser mais de dominer, d'avoir raison, de ridiculiser l'autre et paradoxalement, ils étaient nuls et ridicules, bien qu'ils étaient les seuls à ne pas s'en rendre compte.

C'est ainsi que j'ai arrêté de jouer aux jeux en réseau en public. J'ai gardé mon pseudo, mais à l'arrivée des services de "chat" et de messagerie instantannée, wax, wax2, et waxweazle étaient déjà pris. Alors j'ai opté pour waxou et waxounet, même si je suis loin d'être le seul sur le net à utiliser ces pseudos.
Par WaXou
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Mardi 18 novembre 2008
J'ai pensé à écrire une série d'articles dans lesquels je me téléporterais mentalement vers des endroits qui ont accueilli des moments particuliers de mon passé. Je les imagine la nuit, dans le silence, vus d'en haut. Alors, mon corps se souvient. Il m'arrive même parfois de sentir quelque chose de grandiose, indépendemment du fait que le souvenir soit agréable ou non. J'ai beaucoup de mal à décrire cette impression, c'est profond, doux, silencieux, beau et vaste. J'aime beaucoup me perdre là dedans.

Un petit groupe de chalets. Mignons. Petits jardins verts et fournis. Une ou deux voitures pour 6 ou 7 maisons. Un père de famille à la retraite qui retape son toit. Du matériel de ski dépassé qui traîne dans les garages. Des luges sans enfants pour les utiliser. Nature luxuriante. Nombreux bruits d'oiseaux au milieu du silence. Le vent frais de l'altitude qui fait chanter les arbres d'une manière bien à eux.
Il y a un chalet en particulier. Un peu plus petit que les autres, fait d'un joli bois marron foncé.
Il y a plusieurs années, une twingo s'est garée devant. Je la conduisais. Elle était à coté de moi. Nous nous sommes installés. Nous avons exploré les alentours et j'ai réalisé que je n'étais pas ou plus fait pour elle. Qu'elle ne demandait qu'à profiter de la vie en toute simplicité et que j'avais tout un tas de tourments intérieurs qui m'en empêchaient.
J'avais voulu l'ignorer pendant ce séjour, voulu croire que ce n'était qu'un délire, mais mon corps ne m'a pas laissé faire. Toute cette beauté me donnait envie de pleurer. De rester au fond du lit le matin. Et je la trouvais si belle, si fraîche, que ma chair semblait brûler à coté d'elle.

Il y a ce morceau de forêt ou nous étions poursuivis par les taons préhistoriques. Un énorme serpent est sorti d'un tas de feuilles. Elle m'a sauté dans les bras sans même réfléchir. De la voir chercher protection contre moi m'a perturbé, car dans mon esprit, c'était loin de moi qu'elle aurait dû s'enfuir.

A l'écart de ma vie d'étudiant, de mes parents, du cannabis, et de toutes les excuses que j'utilisais pour cautionner mon immobilisme, je me rendais compte que je n'en pouvais plus. Que je ne voulais plus vivre alors qu'elle, voulait vivre avec moi. J'aurais tant aimé être comme elle à ce moment là, y croire encore mais je n'ai pu que faire semblant ce qui était encore plus lourd et insupportable.
J'étais étonné de voir que sur les photos j'avais l'air normal, alors qu'à l'intérieur, tout me semblait être en décomposition.
J'étais étonné qu'elle ne s'en rende pas compte, mais c'était mieux comme ça. Au moins, quand elle m'a sauté dans les bras face à ce serpent, pendant quelques secondes, j'ai tout oublié.
Dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps.
Dommage que je n'ai pas su, moi, sauter dans les siens face à ce serpent là.
Je vois ce lieu, ce soir, il me parait aujourd'hui amical, voire complice.
Comme si à l'époque il avait su, et qu'il n'avait rien dit.
Par WaXou
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Mercredi 17 septembre 2008

Découvrez U2!

Je me souviens d'une fille, que j'ai rencontrée en première année de médecine.

Au milieu d'un amphi de 800 personnes, à chaque fois qu'elle se levait, je ne pouvais m'empêcher de la regarder. Si j'avais été dans un monde d'héroic fantasy, elle aurait été une elfe. Grande, mince, le teint pâle, discrète... tout en elle semblait tellement naturel, pas calculé. Je me demandais ce qu'une fille comme elle pouvait faire ici, au milieu de cet esprit de concurrence poussé, de cette concentration de jeunes avides d'affirmation de soi.

Au début, j'ai cru que c'était moi qui me faisait des idées. Je ne pensais pas qu'une telle personne pouvait exister. J'en ai détourné mon regard.

Puis un jour, j'ai vu que c'était elle qui s'était mise à me regarder, toujours au milieu de la foule. Quand nos regards se croisaient, elle me souriait, alors que moi, j'avais l'impression de me liquéfier. Elle n'avait rien à voir avec les "canons atomiques" qui parsemaient l'amphi. Je la trouvais magnifique, mais elle avait un visage particulier et s'habillait d'une façon plutôt terne, simple. Pourtant je n'osais pas l'approcher. Sans la connaître, je me sentais déjà comme un gros balourd à coté d'elle.

Puis un jour, je l'ai croisée à l'inter-cours au milieu des fumeurs dont je faisais partie. Et, chose improbable, elle est venue me dire bonjour. Elle m'a fait la bise et m'a demandé si j'allais bien avec un sourire naturel, doux et joyeux. Une fois de plus, je me suis liquéfié.

Jamais je n'aurais pu faire ça, et pourtant, elle le faisait avec une telle simplicité. Elle adhérait à son attirance d'une si belle manière. Avec le fardeau de souffrance que je me trainais, rien que de la regarder était réparateur, mais vu les désastres sentimentaux que j'avais déjà vécus je ne voulais pas risquer de salir cette pureté.

Plutôt mourrir sur le champ. Je ne croyais plus du tout en moi.

J'étais dans une puissante phase provocatrice et face à elle, je me retrouvais plus innocent et vulnérable que jamais.

Je n'ai donc pas cherché à l'approcher, mais ça ne l'empêchait pas de me fasciner. Elle ne devait pas s'en douter. Elle continuait de me sourire, de me dire bonjour, fidèle à elle même.

Puis j'ai redoublé ma première année. Alors qu'elle, était passée, 10eme sur 3000. Quelques mois plus tard, encore en pleine période de révision, je l'ai croisée. Elle m'a proposé de me donner ses cours, m'a donné son numéro de téléphone, et cette fois-ci, j'en ai profité pour l'inviter à dîner et elle a accepté.

Je m'étais fait tout un foin de cette soirée. Bien maladroit, j'imaginais que je me devais d'être charismatique, enthousiaste, positif, et sûr de moi, et non pas... moi, c'est à dire épuisé par ce monde de folie étudiante, d'apparences. J'avais préparé un bon repas, un apéro, rangé l'appartement, tamisé la lumière, fait ma playlist sur winamp, incapable d'imaginer qu'elle était simplement attirée par moi. Je ne peux même pas m'en vouloir. Le passé d'incompréhension que mon décalage avait créé jouait contre moi.

C'est juste triste et un peu grotesque.

Elle est arrivée, elle a voulu boire de l'eau du robinet. Elle n'avait pas faim et voulait se contenter de cacahuètes.

Elle m'expliqua que même si elle était passée, elle se demandait ce qu'elle faisait en médecine, que suite à sa réussite, elle se retrouvait entrain de déprimer. J'essayais de trouver des bons cotés auxquels je ne croyais même pas, sinon je n'aurais pas été positif. Mon coté réaliste m'ayant déjà coûté une grosse peine de coeur.

Elle balayait toutes mes tentatives positivistes d'une parole, mais sans aucun mépris. Elle me racontait son passé. Elle avait subi une tonne d'opérations: l'oreille moyenne, la machoire, les yeux, tout cela le long de son enfance qui avait été un grand vide. Elle avait connu le malheur, la douleur, la pauvreté.

J'ai persisté en lui disant que maintenant tout cela était fini, qu'elle pouvait passer à autre chose, mais elle ne voulait pas tirer de trait sur tout cela. Elle avait raison. C'était ce passé qui faisait d'elle une fille si essentielle. Tellement respectueuse de la vie. Tellement douée pour être simplement elle même. Je ne l'ai pas réalisé, tellement préoccupé par l'image que je renvoyais.

Comme le courant ne passait pas, on ne s'est pas quittés tard. Je suis resté comme un con avec ma bouffe, mon alcool et mes musiques. Je l'ai raccompagnée chez elle dans son silence.

Elle a continué de prendre des nouvelles de moi par des amis, régulièrement, sincèrement. Je faisais de même.

Aujourd'hui elle est en couple, en martinique. Et j'espère sincèrement qu'elle est heureuse.

De toutes façons, à l'époque, j'avais du chemin à faire :)

Par WaXou
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Samedi 6 septembre 2008

Le lendemain, son copain était revenu. Ils sont venus chez moi, elle ne m'a pas adressé le moindre regard, ni la moindre parole. Elle était redevenue totalement comme avant, comme si à ses cotés, il lui était impossible d'être autrement.
Pendant des mois, elle a été glaciale et moi, comme je n'ai rien compris, j'ai fait la gueule. L'histoire officielle, qui a fait le tour de nos amis communs, a été que je l'avais manipulo-draguée. Il convenait d'être méfiant avec moi. Elle, semblait adhérer totalement à cette version. Je l'ai mal vécu. J'ai eu l'impression de me réveiller d'un beau rêve.

J'ai tenté de comprendre ce qu'il se passait pendant quelques mois, puis j'ai laissé tomber. Le seul moyen que j'ai trouvé pour me protéger c'est de devenir très sombre. La seule chose qui m'avait empêché momentanément de sombrer, c'était elle, plus rien ne me retenait.
C'est alors qu'un an après elle s'est disputée avec lui et avant que je ne le sente venir, ça a recommencé.

Elle est venue me voir tout de suite, avec la même présence qu'avant, la même tendresse. Elle ne niait plus ce qu'il s'était passé. Elle pensait à nouveau par elle même, sauf qu'elle était déboussolée. Et moi aussi. Elle ne savait pas quoi faire. S'il fallait qu'elle le quitte ou non. Ou si c'était elle qui délirait. Elle me demandait de prendre la décision à sa place. J'en avais envie, mais je n'ai pas pu. Je me serais trahi. J'aurais craché sur tout ce qui faisait qu'avec moi, elle était libre de penser, de choisir, d'être elle même. Et pourtant ça me brisait le coeur de ne pas pouvoir la sortir de là. Je me prenais la tête tous les jours, en me demandant si j'avais pris la bonne décision. Pendant une semaine, elle est venue tous les après midi, puis elle m'a froidement annoncé un jour qu'il s'était excusé, et qu'il n'y avait plus le problème.

Par la suite, ce schéma s'est reproduit. La dernière fois, c'était il y a deux ans. Ils se sont disputés devant moi lors d'une soirée. Lui, avait croisé une coexterne et a discuté avec comme si elle n'existait plus. Elle l'a mal vécu, il l'a faite passer pour une chieuse dérangée devant tout le monde, ça a marché. Après être partie seule dans la foule, elle est venue me voir pour me dire qu'elle voulait fumer un joint avec moi. Lui, m'a demandé ce qu'il avait mal fait, en sous entendant qu'elle était tarée. Résultat des courses, je me suis tellement défoncé que je ne sais même plus ce qu'il s'est passé, mis à part que je leur ai dit de se débrouiller tout seuls.

Je crois que ça fait un moment que je ne pense plus à elle en ressentant quoi que ce soit de positif. Difficile, donc, de parler d'Amour aujourd'hui. Je ne vois plus que cette prise de tête, car ce que cette histoire a de marquant, c'est cette oscillation entre deux réalités, qui semblent s'exclure l'une l'autre. Je croyais à l'époque savoir ce qu'était l'amour. Après ça, je n'y ai plus rien compris pendant un moment.

PS: Je récupère le net le 12/09.

Par WaXou
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Samedi 6 septembre 2008

En repensant à cette histoire, je me rends compte qu'elle m'a beaucoup marqué et qu'elle a participé pour beaucoup à ma chute lorsque j'étais en deuxième année. Je ne pensais pas que les choses referaient surface, alors je vais la raconter autrement qu'au travers d'un rêve.
Je remarque un étonnant parallèle avec mes parents, voire une coté oedipien (qui ne manque pas de me mettre mal à l'aise).

C'était il y a 4 ans. Elle était en couple, avec un ami, nous habitions à coté et nous nous fréquentions depuis plus d'un an lorsque par hasard, pour la première fois, nous nous sommes retrouvés seuls trois jours durant. Comme elle avait tendance à avoir un rôle d'arrière plan, je n'avais jamais vraiment fait attention à elle.
C'était juste la copine d'un pote du lycée.

Elle est passée me voir juste comme ça, nous avons discuté mais sans son copain pour faire des jeux de mots et des blagues toutes les deux phrases et se foutre de la gueule de celui ou celle qui ose faire preuve de sensibilité, la discussion est devenue particulièrement sérieuse, émouvante, impliquée et nous n'avons plus pu nous arrêter. La relation superficielle est devenue tout à coup d'une intimité et d'une profondeur troublantes. Comme si je la voyais vraiment pour la première fois.
Jusqu'ici, nous avions surtout soif de poursuivre ce contact qui semblait réparateur, apaisant.
Le reste, on s'en foutait.

Le soir arrivé, nous avons fini par nous quitter le plus tard possible. Dès son départ, elle m'a manqué. Chose qui n'était jamais arrivée auparavant. J'étais entrain de me demander si c'était partagé lorsque j'ai reçu un texto de sa part, qui me souhaitait une bonne nuit et me demandait une réponse. C'était pile ce dont j'avais besoin pour m'endormir avec le sourire et le coeur ouvert. Car quelque chose me disait que c'était trop beau pour être vrai.
Que j'allais y croire mais pas elle, car si de mon coté la seule chose qui avait changé était au niveau du coeur, elle, n'avait rien à voir avec cette fille effacée qui était habituellement avec son mec. On aurait dit qu'elle ne savait pas qui elle était et qu'elle venait de le découvrir.

Je ne pensais pas qu'elle viendrait le lendemain. J'imaginais qu'elle serait trop désorientée vis à vis de son mec et d'elle même et qu'elle voudrait que les choses redeviennent comme avant.

Pourtant, dès la première heure, elle vint chez moi. Elle annulait ses rendez vous avec ses amies, je ne travaillais plus, on voulait passer le plus de temps possible ensemble sans comprendre ce qu'il nous arrivait. Nous qui ne nous connaissions pas deux jours avant, faisions alors passer l'autre avant tout le reste. Il se dégageait une forme de tendresse spontanée et désintéressée de notre échange que je n'avais jamais connue avec une fille jusqu'alors. Je n'en revenais pas.

Le dernier jour, le soir, alors que j'étais chez elle, et qu'elle nous avait préparé le dîner, elle a eu son ami au téléphone. Conversation superficielle, se terminant par un "je t'aime je t'aime" bien creux, assise à coté de moi, regardant le sol, elle resta silencieuse un bon moment après avoir raccroché.

Après que je lui aie demandé ce qu'il se passait elle m'expliqua qu'avec lui, elle n'était pas celle qu'elle était vraiment. Qu'elle était fausse, qu'elle ne se sentait pas libre d'être silencieuse comme avec moi. Elle m'avoua qu'elle ne s'était jamais rendu compte que ça sonnait si faux, mais qu'à la lumière de ces derniers jours, c'était devenu évident. Elle ne savait pas quoi en penser. Moi non plus. Et nous sommes restés là, l'un à coté de l'autre, dans un profond silence, comme si c'était la meilleure façon de profiter de ces dernières heures.

Il semblait qu'elle aurait dû prendre une décision mais elle avait dû mal à tirer un trait sur un an de vie de couple pour une chose qu'elle ne comprenait pas. Elle n'arrivait même pas à se rendre compte que c'était elle qui était en couple avec lui, qui jouait ce rôle de nunuche naîve dont tout le monde se moquait à chaque soirée. C'était inconcevable. On ne savait pas quoi faire. Alors on a rien fait. Probablement que si elle n'avait pas eu l'air aussi destabilisée je l'aurais embrassée, mais là, j'aurais eu l'impression de profiter de la situation.

De mon coté, j'ai tout à coup réalisé que notre relation ne pouvait pas être compatible avec le retour de son compagnon. Je ne savais pas l'expliquer, mais j'ai vu qu'elle l'avait aussi compris. J'éspérais naïvement qu'une fois qu'il serait revenu, je lui manquerais, mais quelque chose me disait que ça se passerait autrement, même si sur le coup je ne voyais pas du tout comment c'était possible.

Lorsque nous nous sommes dit au revoir, il s'est passé quelque chose d'étrange. On s'est longuement regardés avec beaucoup de tendresse. Plus tard, j'ai compris qu'à ce moment là, nous nous étions dit adieu.

Par WaXou
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Mercredi 20 août 2008

J'ai des souvenirs, comme ça, qui ont été niés pendant des années. Ca me soulage, de temps en temps, d'en raconter un ici. On pourrait penser que cela attiserait ma colère, mais je suis persuadé qu'au contraire, cela lui permet de trouver un exu... exhu... une porte de sortie, et qu'ainsi je libère l'un de mes vieux fantômes  pour me retrouver un peu plus en paix avec moi même, pour autant que je reste le plus fidèle possible au souvenir.

Lors de ma sixième, juste après mon retour du Sénégal, un élève d'une autre classe, crapule en herbe, avait voulu me vendre du shit en l'échange d'un jeu sur console. J'avais refusé sans mépris, simplement parce que je n'aurais pas su quoi en faire et ça m'était sorti de l'esprit.
Le soir, lors du repas familial, j'ai voulu  engager la discussion sur ce sujet, en leur faisant part de mon étonnement. Ma mère étant assistante sociale scolaire dans un lycée, j'ai pensé que si ma vie ne l'intéressait pas, ce sujet pourrait remporter plus de succès. J'imaginais que je pourrais, pour une fois, être pris au sérieux et mener une véritable discussion avec elle, comme elle le faisait avec n'importe qui.
 Je trouvais qu'il était temps pour elle de se rendre compte que j'étais capable de raisonner, pour peu qu'on me prenne au sérieux. Que je n'avais pas besoin de ses menaces pour être discipliné. Je voulais mettre un terme à ce rapport frustrant que j'avais avec elle. Sans doute que c'était une méthode déjà bien trop détournée pour être efficace, mais je ne m'attendais pas à un tel retournement de situation.
 

Je suis d'abord passé pour un menteur. Pour celui qui voulait faire l'intéressant, qui voulait choquer, rien que pour emmerder ses parents. Voir mes intentions aussi facilement dénaturées m'a fait mal, mais je suis resté patient, ce que je ne serais plus capable de faire maintenant. J'ai réussi à prouver ma bonne foi en employant le mot que le type avait employé: "demi barrette". Cependant, il n'y a pas eu de discussion. Pas question de m'accorder cette grâce là. C'était pourtant la seule chose qui comptait pour moi. Au vu de ce silence, j'ai pensé qu'elle ne m'avait quand même pas cru. Et pourtant.

Le lendemain soir, je rentrais du collège. J'étais seul avec elle, quand vers 19h, le téléphone sonna. Ma mère discuta un petit moment jusqu'à ce que je comprenne qu'il s'agissait de moi. Elle me passa le combiné en me disant un truc du style "fais ce que tu veux, personne ne t'oblige à rien". Au téléphone, c'était ma conseillère d'éducation, plutôt sévère, impulsive, criarde. Elle avait été mise au courant par magie (ma mère ayant réfuté toute responsabilité dans cette histoire) de ce qu'il m'était arrivé. Elle voulait donc tranquillement que je balance le type, qui n'était pas un ami, mais que je voyais tous les jours. Non seulement je n'avais pas réussi à avoir le beurre, c'est à dire une discussion sérieuse avec ma mère et du respect, mais en plus je devais quand même le payer.

 Je ne pouvais plus m'opposer à ça. Maintenant que c'était arrivé jusqu'aux oreilles de la CPE, elle ne faisait que son travail. Ce n'était pas ma mère. Elle se tapait complètement de ma tranquillité, et n'avait pas idée d'ou cette histoire était partie. Ma mère était à coté tandis que la CPE usait de tous les moyens pour me faire cracher le morceau: elle parlait de fouiller tous les élèves de ma classe qui n'avaient rien à voir dans cette histoire, de punir à l'aveugle en citant des noms histoire de voir ma réaction, de faire un speech à toutes les classes demandant au type de se dénoncer. Ma position était claire: j'étais entrain de négocier ma sécurité. Forcément, à 11 ans, quand on est déjà mal intégré à son collège et qu'on a la chiasse tous les matins à cause du stress, dans une telle position, on se met à pleurer. Je cherchais le regard de ma mère, qui m'avait pourtant dit que personne ne m'obligeait à rien, mais elle restait immobile, silencieuse. Lorsque j'eus raccroché, toujours en larmes, elle tint juste à se défausser de toute responsabilité en m'expliquant qu'elle en avait parlé à une amie mais qu'elle n'avait pas prévu que l'info irait jusqu'aux oreilles de la CPE. Du coup je me retrouvais à devoir lui accorder le doute qu'elle ne m'avait pas accordé lorsque j'avais parlé de cette histoire au début. A la différence que de mon coté, je cherchais un contact, alors que pour elle, c'était une façon de se désimpliquer vis à vis de moi et de ce qu'il m'arrivait. Une fois déresponsabilisée elle chercha en plus à avoir le rôle de la maman protectrice en me consolant. Je n'ai bien sûr pas pu accepter ce contact là, qui était tout sauf réparateur.

Je ne me souviens pas de ce qu'il s'est passé dans ma tête à la suite de cet événement, c'était sans doute très noir. Je ne savais pas mettre de mots là dessus. Tout ce que je ressentais était un franc sentiment d'indignation et d'injustice que je n'avais pourtant pas le droit de ressentir, vu comme c'était présenté. J'ai donc gardé ça pour moi.

A cette époque, j'étais un élève studieux. J'avais toujours les félicitations et lorsque j'avais des difficultés dans une matière, je la travaillais jusqu'à ce que je pige le truc. Une année après ça, j'étais incapable de fournir le moindre effort de discipline. Je ne sais pas si cet événement a joué un rôle crucial là dedans. Il n'est pas unique en son genre. Néanmoins, lorsque je cherche dans mes souvenirs des éléments se rapportant à mon dégoût de l'autorité, c'est l'un des premiers que je retrouve.

L'ironie, dans cette histoire, c'est que le seul type qui me faisait confiance, qui a été vrai avec moi, était celui qui a essayé de me refiler son shit, et lui, je l'ai tout de suite trahi.

[Edit: après coup, si je comprends bien ma détresse d'enfant, aujourd'hui, je comprends aussi ma mère et je trouve cette situation simplement triste. Deux mondes qui interagissent sans aucune sorte d'harmonie et qui font leur possible pour rétablir leur équilibre à distance l'un de l'autre.]

Par WaXou
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Samedi 19 juillet 2008

Dernière musique: Sad stuff. Un morceau qui n'a pas grand chose à voir avec ce que j'ai fait jusqu'à présent. Plus intime. Une partie synthé un peu moins basique.

Cela fait un moment que je n'ai plus aucune relation avec un dealer. J'achète toutes mes merdes via internet. Elles sont plus soft mais elles sont légales. Pourtant c'est dommage, passer par des dealers, ça avait son charme.

Je vais ici raconter des souvenirs autour de 3 dealers que j'ai connu. Je les ai tous perdu de vue. Sans ça, je n'aurais pas pu écrire cet article. Parano oblige.

Le premier s'appelait gros tony. Pas vraiment original. D'autant plus que ce n'était à l'époque qu'un dealer de shit.

J'ai connu le type au lycée. Un bon pote à moi m'avait dit tout émerveillé: "il y a un type dans ma classe, tu devrais le voir, c'est ton portrait craché. Il est baraqué, il a une voix grave et il a le même humour que toi."

A l'époque, je n'étais pas au courant que j'avais de l'humour, je me trouvais gros et ma voix me paraissait handicapante. Forcément, je voulais voir de quoi le gars aurait l'air. J'étais assis sur une fenêtre du rez de chaussée de mon lycée, entrain de parler à une fille dont j'ai oublié le nom car j'étais amoureux d'une autre, habillé d'un vieux jogging dont la marque était sûrement méconnue. J'ai vu le pote en question s'approcher avec un gars qui en effet semblait costaud. Le type a dit "c'est à lui que je ressemble? Enfoiré!".
Inutile de dire que je l'ai mal pris...

Deux ans plus tard. J'étais perdu. Chez un pote. Je venais d'avoir une grosse mononucléose qui aurait du me valoir une hospitalisation si mon père n'avait pas été là pour dire que le fait que je ne réussisse plus à boire n'était pas inquiétant.

On attendait Le Dealer, censé nous apporter de quoi nous enfumer. A l'époque, je n'avais jamais fumé de joint. Je trouvais même le mot "dealer" excitant.
A ma grande surprise, gros tony, le type qui me ressemblait tant, est arrivé, au bout de 2 heures d'attente, avec toute la nonchalance du monde, sur son scooter imposant. Il a enlevé son casque, il avait les cheveux longs. Il a filé un tocco au pote chez qui j'allais squatter pendant une semaine. Tout le monde était émerveillé par cet espèce de galet noir-brun. Je l'étais aussi, car il m'avait fallu en plus de mes relations attendre longtemps pour le voir enfin. Après le premier pétard, ils ont voulu jouer au trivial poursuit. De mon coté je n'arrivais pas à décoller du canapé, mais j'étais content. J'avais dans ma poche un cinquième du galet tant convoité. Il me suffisait d'attendre un moment pour que je puisse enfourcher ma bécane et rentrer chez moi pour tester en solitaire sur le toit de la maison parentale cette substance étrange qui faisait planer. Une substance qui me permettrait d'approcher ces étoiles d'un peu plus près sans regretter de ne pas réussir à les toucher.
Finalement la semaine s'est donc écourtée, l'expérience stellaire étant trop puissante pour être partagée.
J'ai dû attendre quelques jours pour me faire à cet effet avant d'avoir le courage d'en abuser en groupe en la mêlant aux alcools forts. En remplaçant les étoiles par mes amis. J'ai appris comment supporter ces sueurs froides vertigineuses avant de choisir le bon moment pour me jeter sur les chiottes et faire mon "renard" en toute dignité. Avec classe tout en restant dans le délire. Pas si facile pour ceux qui découvrent.
Savoir vomir discretement et tirer un dernier coup sur le 12 feuilles-turbo dont le cadavre serait ranimé le lendemain aux environs de 10 heures, juste avant la session djembé sur la plage, histoire d'emmerder les touristes. Ca aussi, c'était tout un art.

Une fois, un type a tenté de me faire chier (ça y est, là c'est épique!). Il voulait me défier à boire un verre de vodka pure plus rapidement que lui. Il prétendait être barman l'été, donc forcément imbattable à ce jeu. Personne ne savait si c'était vrai: il y avait tous les jours de nouvelles têtes à ces soirées mais tout le monde suivait le challenge avec attention. J'ai refusé pendant 10 bonnes minutes, puis j'ai fini par céder histoire de mettre un terme à ce harcèlement sans violence. J'ai gagné et j'ai perdu: son verre était rempli d'eau. Je l'avais plus ou moins senti venir mais vu qu'on était de toutes façons là pour boire et fumer je ne comprenais pas où il voulait en venir. Suite à sa défaite, il a cru bon de dévoiler la supercherie à toute l'assemblée qu'il avait déjà saoulée par son agressivité. Ca n'a fait que l'enfoncer mais ça ne l'a pas empéché de continuer de se foutre de moi. Gros Tony a fait preuve d'empathie. Il m'a emmené avec ma propre moto chez son dealer. Il m'a proposé de conduire mais je ne pouvais pas. Par pur respect pour l'exploit d'avoir ridiculisé ce con, il m'a offert tout son bénéf sur la vente. Je me suis retrouvé avec 2 toccos. Il a annoncé au connard en question qu'il n'en avait pas eu assez pour lui et l'a laissé en galère après 4h d'attente. Dommage qu'il n'ait pas pu voir ce que sa connerie lui avait coûté. Ce soir là, j'ai compris que Gros Tony, malgré son charisme, avait aussi beaucoup de sensibilité, et que s'il nous faisait parfois galérer, c'était soit contre sa volonté, ou soit parce qu'on lui avait manqué de respect.

J'ai perdu contact avec lui lorsqu'il a piqué la place de mon meilleur ami de l'époque pour travailler dans les champs. Il n'a pas compris ce qui me prenait d'oser l'insulter si copieusement au téléphone. Je lui avais dit qu'il pouvait venir s'il le voulait, mais qu'une fois sur le champ je le lui ferais regretter. Il a dû surtout regretter de m'avoir donné confiance en moi face à lui. D'autant plus que je ne me suis même pas pointé au rendez vous vu que mon pote n'avait pas voulu me suivre au cas où je lui fasse récupérer sa place. Dans ces circonstances je n'avais plus rien à gagner. Gros Tony est resté seul sur le champ, mais il n'y est jamais revenu. Je me dis encore parfois que le plus con des deux, c'était moi, avec une (ou deux) longueur(s) d'avance. D'autant plus que la dernière chose que j'ai sue sur lui, c'est qu'il avait décidé de quitter la fille dont il était timidement mais profondément amoureux parce qu'il en avait mis une autre enceinte. Un type qui assume. A mon âge, je n'avais encore jamais vu ça. Même plus de dix ans plus tard, l'effet de surprise reste entier.

Le second dealer dont je veux parler n'est pas véritablement le second. Entre temps, j'ai dû passer par plusieurs autres dealers de shit. Je me souviens que l'un d'eux me servait en pantoufles/peignoir en présence de ses parents dans une villa grand luxe. Sa spécialité était le pollen. Ça avait bon goût mais ça ne défonçait pas. Par contre niveau bénèf c'était fort.

Le dealer dont je veux parler m'a été présenté plus de 5 ans plus tard. J'étais chez le même ami que j'avais défendu pour cette histoire d'agriculture. Si j'avais bien commencé mes études de médecine, lui avait bien continué sa tendance toxicomane. Il m'a proposé de m'incruster à une soirée privée donnée en l'honneur du dealer en question. L'herbe avait remplacé les clopes. Maintenant il s'agissait de coke. Avant d'aller "toucher", il m'a proposé de me mettre dans le bain avec 5 ou 6 traces si je promettais de ne pas dire à sa copine qu'il avait tapé dans le stock avant l'heure. Je ne savais pas encore qu'il s'agissait pour lui d'une excuse en or.

Je suis arrivé chez le dealer complètement défoncé. Le ventre vide, la coke m'avait donné l'impression que j'avais toute la classe dont j'avais besoin. Je sentais mon coeur battre en rafales dans la 205 pourrie qui nous a mené jusqu'à sa maison. Je ne connaissais même pas la ville, je ne savais pas ou j'étais ni ce que je foutais là, ainsi défoncé. Je suis entré, accueilli par la femme du dealer. Une sorte de top model déchue après avoir été engrossée probablement de manière inopinée. J'avais à l'esprit que cette femme cherchait une échappatoire. N'importe laquelle. Quitte à se retrouver avec un étudiant, pour autant que ça change. C'est probablement pour cela qu'elle s'est retrouvée sur mes genoux le lendemain à 11h du mat alors que je me demandais si je me sortirais entier de cette soirée.

Le type nous a accueilli chaleureusement. Enfin, aussi chaleureusement qu'un type défoncé à la coke et à l'herbe le peut. Autant dire qu'il n'a pas fait de différence entre moi et mon pote. Il nous a invité à rouler les joints pour la soirée donnée en son honneur: il n'en était plus capable. Chacun avait son type d'herbe. On devait marquer au fluo chaque joint roulé. Skunk. Bubble Gum. White Widow. AK-47. Chronic. En l'échange, on a eu le droit à un joint de chaque. On a acheté 1g de coke chacun. Mon budget était mort. 80 euros le gramme. L'enculerie. Avec le shit, j'en aurais eu pour plusieurs semaines.

Le lendemain matin, après quelques brefs échanges du style: "Alors elle est bonne hein la pute?", j'avais perdu de vue le type jusqu'à ce qu'il se mette à beugler le prénom de sa femme dans toute la salle alors qu'elle était encore à moitié sur mes genoux. De toutes façons je n'avais rien tenté. J'étais paralysé par cette ambiance tellement incohérente, décadente, inconnue. Restant tout de même intrigué par ce qui peut transformer un être humain en un tel animal.

Je ne me souviens pas beaucoup de cette soirée. Il n'y a qu'un échange qui m'est resté: "Il y a de la coke dans ce bang aussi?"
- T'inquiète pas que si je te le file, c'est que c'est pas du shit!
- Heh, ok merci!
- Après tu me le repasse ok, à coté c'est des cons.

Je me souviens aussi vaguement avoir été branché par des mecs qui m'ont demandé de décoller mon cul du canapé. J'aurais bien voulu, mais j'étais tellement bien...

Enfin, le dernier dealer m'a branché lors d'une soirée dans une boîte miteuse, perdue dans la périphérie de Marseille. Il pensait que j'étais sous ecsta. A l'époque je n'avais essayé le produit qu'une fois et j'avais passé une soirée magique. Depuis avec un pote, on s'incrustait à toutes les soirées pourries du coin pour retrouver un peu de cette magie, quitte à le faire sobre. Mais vu qu'on était encore assez sensibles pour être littéralement dopés par la musique, on avait sûrement l'air encore plus stone que les véritables tox.

Le gars m'a approché avec dans ses yeux une dose surprenante d'admiration. Il m'a demandé presque timidement à combien je touchais mes "tazs". Les seuls bons tazs que j'avais réussi à me procurer m'avaient coûté à l'époque 12 euros pièce. Je ne regrette pas le moindre centime de cette dépense. Pourtant, je lui ai annoncé tranquillement un 5 euros pour voir sa réaction. Il n'a même pas été surpris et a enchaîné en me proposant les siens à 2 euros par dix. Comme je n'y croyais pas, je lui ai dit, m'attendant à un refus de sa part, que je n'achetais rien sans tester. C'était faux puisqu'une semaine avant on m'avait refilé pour 20 euros 4 cachets complètement insipides. Néanmoins il avait l'air d'admirer aussi ma réaction.
Trois jours après, il me filait 2 pillules avec 2 lettres inscrites: D et G. Une marque connue, autant dans la mode que pour les pillules. J'en ai bouffé la moitié d'un chez moi. Quand j'ai senti que c'était bon, j'ai pris l'autre moitié. Une heure après, j'étais sur une autre planète. Une planète d'amour pur. Sensation dont la description serait forcément prise pour une incitation à la consommation de produits illicites. J'abrège donc.
 

La deuxième fois ou je l'ai vu, il a voulu me montrer qu'il pouvait aussi m'impressionner avec la coke. Il avait raison. Tellement qu'à ce moment là, j'ai commencé à me poser des questions sur mon avenir. Imaginez qu'on vous propose des diamants à 25 euros le gramme. Avec une drôle d'insistance autant au niveau de l'offre que de la demande...

Quelques semaines plus tard, on se téléphonait régulièrement histoire de prendre des nouvelles l'un de l'autre. Lorsque je m'emmerdais, je venais chez lui, même si c'était à presque une heure de route. Je restais l'aprem. On discutait. Il était intéressant: d'un coté il se prenait pour Scarface. De l'autre, il ne parlait que de son ex. Une fille qui l'avait laissé tomber pour un plus gros dealer que lui. Lorsqu'il ne parlait pas de ça, il voulait que je l'aide à devenir un plus gros dealer que ce type en l'aidant à infiltrer le milieu étudiant (ce que je ne me sentais pas de faire). De mon coté, j'essayais de lui expliquer que s'il la récupérait grâce à ses tunes, il ne récupérerait que la partie d'elle qu'il appelait "salope" et que ce n'était pas cette partie là qu'il voulait à ses cotés. Que de toutes façons, s'ils réussissait à la faire revenir comme ça, il la détesterait. Ce raisonnement le laissait sur le cul. A chaque fois que je lui sortais une pensée du style, il semblait m'apprécier davantage.

Il ne touchait jamais à ses prods. Il avait peur de rester perché. Pourtant un soir j'ai reçu un texto qui disait "Merci d'avoir parlé comme ça avec moi. Je me rends compte que tu as RAISON. C'était vraiment SYMPA de ta part. A bientôt."

Je ne l'ai revu qu'une fois après ça. Quelques mois plus tard, il a finalement échoué en taule.

 

Par WaXou
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Jeudi 15 mai 2008
 Matin du troisième jour, à la même heure, le mal de tête revient. Cette fois-ci avec des sensations d'instabilité, de flou visuel. La douleur est trop intense. Je préviens mon père que décidément, ça ne va pas du tout. Sensation de déjà vu. De à quoi bon. C'est tout juste si j'arrive encore à être sensé. J'ai du mal à réfléchir, je suis stressé, j'arrive de moins en moins à me concentrer sur ce qu'on me dit et à être convainquant, j'ai la nausée, et surtout je n'ai aucun appétit, aucun transit depuis 3 jours. Le mal de tête me cloue allongé sur le canapé, j'annule Roland Garros. Je ne regrette même pas, je ne pourrais pas supporter d'être dans une foule en plein soleil. Déjà que je supporte à peine d'exister.
Mon père me prend la tension et je le vois surpris de constater qu'elle est à 16/9 avec un coeur qui bat à 60. Malgré sa surprise, il ne fait rien. Il a l'air de penser que je le fais exprès. Lorsque j'ai la force de râler en disant que je ne peux plus supporter d'attendre comme ça, seul toute la journée sur le canapé sans savoir ce que j'ai, il m'engueule. Il refuse de m'amener à l'hopital: "Qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent de plus?"
- J'en sais rien, c'est pas à moi de le dire.
- Qu'est-ce que tu crois que t'as?
- Je ne sais pas! Mais c'est insupportable
- Mais tu penses à quoi?
- A rien, je sais pas, un truc dans la tête, une tumeur peut-être, j'en sais rien, mais il y a bien quelque chose.
- Ça c'est parce que tu n'y connais rien en médecine et qu'on ne t'as parlé que des pathologies graves. C'est très rare une tumeur, surtout à ton âge.
- Mais merde alors c'est autre chose, pourquoi c'est si compliqué, c'est pas croyable, je suis malade, tu sais pas ce que j'ai, faut m'amener à l'hosto c'est tout.
- Ooooh hein dis! Ne le prends pas comme ça, j'y peux rien moi, calme toi et arrête de te plaindre.
- Mais je peux pas rester comme ça! J'en peux plus là, tu vois pas?
- [regard un peu concerné] Tu veux que je fasse quoi, je t'ai déjà examiné et il n'y a rien. Si tu n'avais pas fumé des joints aussi!
L'argument qui tue. Je n'ai pas fumé depuis la soirée de fin d'exams, mais même si c'était le cas, que vient faire le cannabis dans l'histoire alors que je n'ai "rien". De toutes façons je n'arrive même plus à réfléchir. A partir de là, ce que j'arrive à faire de mieux, c'est de ne pas paniquer ou autrement dit, ne plus voir la situation en face. C'est aussi à partir de là que mon trouble va prendre une autre dimension: l'impression que ce que je vis n'a aucune réalité. Que j'invente tout pour me plaindre, et je vais être partagé entre une envie viscérale de crier et la peur d'être méprisé, considéré comme fou car je ne dépend plus que du jugement de mon père. Une peur d'autant plus vive que plus les choses avancent, et plus j'ai l'impression d'être dans un rêve. Petit à petit, une impression globale d'étrangeté s'installe et j'ai l'impression que la folie se rapproche. Je ne sais plus si mon problème est mon mal de tête et tout ce qui l'accompagne, ou cette panique de fond dont je n'arrive pas à me sortir. J'ai beau essayer de méditer, de me vider la tête, rien n'y fait.


Au bout d'une semaine, ma petite amie, que je n'ai pas pu voir depuis le début des vacances, vient me voir. J'imaginais que ça allait me faire du bien, mais je me vois incapable de profiter d'elle, de communiquer. Son innocence me perturbe plus qu'autre chose. Elle me fait voir malgré elle, par ses questions, l'obscure complexité de ma situation et ça me fait peur. Je ne veux pas l'impliquer là dedans. J'aimerais lui demander de m'accompagner aux urgences, mais j'ai aussi peur de l'entrainer dans ma folie.
 Je n'ai pas envie qu'elle me voit comme ça. Je suis un débris. Stressé, désorienté. Et en plus j'ai rien pour excuser mon état. Pas de "j'ai la gastro" ni même de "je fais une dépression". Je ne veux pas qu'elle assiste à ce qui m'arrive. Jusqu'à présent j'avais toujours été quelqu'un de solide. J'avais l'habitude d'en chier, mais pas comme ça.
Elle ne sait pas comment réagir: elle est mal à l'aise de me voir me tenir la tête sans bouger, les larmes aux yeux, tout en faisant comme si tout allait bien. Je ne me rends pas compte que je suis entrain d'exclure ma seule chance d'être soutenu, mais j'ai dépassé le stade de la recherche de soutien. Je lui demande de partir.

 Tous les soirs, le mal de tête se calme partiellement et je reviens dans un monde moins agité dans lequel mes parents veulent bien faire attention à moi pour autant que je ne parle pas de ce que je vis. A chaque fois, je ne vois pas comment ça pourrait recommencer. Ni pourquoi. Mais je ne suis plus sûr de rien. J'essaie de profiter des quelques heures de calme ou j'arrive enfin à regarder la télévision, ou à jouer à l'ordi.
  Et tous les matins, je suis réveillé à 7h sans raison. Je me trouve toujours bizarre mais je m'y habitue. C'est le mal de tête que je crains le plus. Il arrivera toujours plus fort que la veille, creshendo mais maximum au bout d'une heure. La nausée est parfois intense mais je ne vomis pas. De toutes façons je ne mange pas. J'attends toute la journée le retour de mon père.
 Une fois, ma mère arrivera avant lui. Devant un dernier appel au secours, elle ne fait que me répondre que mon père n'est pas inquiet. Lorsque j'insiste, elle ne me répond plus. Elle me demande même de me taire pour qu'elle puisse écouter la télé. J'essaie de me retenir mais je me mets à pleurer malgré moi. Elle me regarde avec un air sévère avant de se retourner vers l'écran magique.
 J'aimerais qu'on perce un trou dans ma tête pour que la pression s'arrête de monter. Je me dis même que je préférerais mourir. Chaque jour, je vois ma tension monter: 19/11. Un pouls à 48. Puis 20/12. Mon père décide finalement que l'appareil doit être cassé. Il attend d'en rapporter un du travail avant de débuter un traitement hypotenseur. Un jour de plus d'attente pour l'appareil, qui montrera une tension encore plus élevée. Un jour de plus pour les médocs. En cadeau, j'ai le droit à un sédatif qui me permettra enfin de somnoler.
Encore trois jours de rémission lente.
Au bout de deux semaines, je n'ai plus mal à la tête. Bizarrement, je n'ai plus qu'une douleur assez précise au niveau du cou. Finie la sensation d'irréalité. J'ai juste des sifflements d'oreille, des vertiges et des fourmis à un pied. C'est comme s'il ne s'était jamais rien passé. Mais le "comme" à malheureusement beaucoup plus d'importance que je ne le crois.

 A partir de là, le stress m'a foutu une trouille bleue. Savoir qu'un tel enfer pouvait m'arriver sans raison, rien qu'à cause du stress, ça m'a conduit à repasser le concours en faisant le strict necessaire. Le plus difficile a été de dire à mes amis que je ne savais pas ce qui m'était arrivé, tout en leur disant que c'était horrible. Ils ne comprenaient pas. Moi non plus. Alors j'ai décidé de faire comme si rien ne s'était passé, je croyais que ça simplifierait les choses.
 Car j'étais régulièrement forcé d'y repenser à cause de ma douleur au cou, des vertiges qui revenaient par poussées mais surtout à cause du fait que j'avais peur de moi même. Je me découvrais des difficultés de concentration, surtout lorsqu'il s'agissait de comprendre une conversation dans un groupe. On aurait dit que je n'avais plus aucune confiance. J'étais clairement perturbé. Et je me tuais à jouer -mal -le rôle de celui qui va bien.
 J'avais constament peur que ça recommence. Vu le fond de stress permanent dans lequel je vivais, bien plus intense que lors de ma "crise", je ne voyais pas pourquoi ça ne recommençait pas. Au pire avais-je le droit à quelques crise d'angoisse le soir. La peur de devenir fou subitement. Ce pourquoi j'ai eu tendance à éviter de sortir. Je ne voulais pas que mes amis me voient dans un état que je n'assumais pas.
 Petit à petit je me suis éteint. J'ai tout fait pour ne pas faire de vagues. De temps en temps je disais à mon père que ma vie n'était plus comme avant depuis cet épisode. Alors il invoquait le cannabis. J'essayais de m'en séparer, mais vu que tous mes copains en fumaient, ça ne faisait que m'exclure davantage du groupe et je finissais par craquer. Rester seul dans mon appartement, stressé, sans vie et ne même plus avoir un joint à fumer pour tuer le temps, alors que tout le monde s'amusait c'était trop dur. Du coup je me suis aussi mis à l'alcool, vu que mon père n'avait rien contre cette substance. Surtout le soir. Ca m'évitait les crises d'angoisse.
J'ai eu mon concours. Je n'y croyais plus étant donné que j'avais perdu toute mon énergie. Toute ma vigueur et mon ambition. En fait, c'était surtout grâce à mon premier essai. Je n'ai pas fait beaucoup mieux. Je ne me suis concentré que sur la matière qui m'avait fait échouer.  Le reste, je l'ai survolé et j'ai eu des notes moins bonnes que la première fois. En fait, compte tenu de mon état, je n'aurais jamais dû passer en deuxième année. Mais j'ai préféré ne pas m'en rendre compte et me persuader que tout allait bien. Vu que la  théorie de mon père, c'était de dire que je me rendais malade pour ne pas avoir à travailler, j'essayais de croire que j'avais vaincu ma maladie, mais j'avais trop peur de voir que je n'étais plus que l'ombre de moi même.

 



 
Par WaXou
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Jeudi 15 mai 2008

Cette situation peut paraître surréaliste. Ce genre de description est à mon sens rare car pour pouvoir la faire, il faut avoir la chance d'être sorti du cercle vicieux, ou au moins en avoir extrait ses yeux.
Il y a à peine deux ans, bien que cet événement était encore relativement récent, je ne m'en souvenais pas comme d'un événement important. C'était un passage de ma vie auquel je ne donnais aucun sens, que je n'intégrais pas, et donc je n'y pensais pas clairement (par contre en souterrain...). J'en avais honte et je ne me souvenais même plus vraiment de ce qu'il s'était passé. C'était vague. On m'avait persuadé implicitement qu'il ne fallait pas y penser. Que le seul fait d'y penser montrerait que je suis toujours malade. Et j'y croyais, car le peu de fois ou j'y repensais, je ne sentais que désorientation et peur. Et pourtant, ce qu'il fallait faire c'était l'inverse. Le fait de ne pas regarder tout ça en face m'empêchait de donner du sens, comprendre mon histoire et voir en quoi consistait la véritable maladie. Lorsqu'on me demandait ce que j'avais fait pendant les vacances entre mes 2 premières années de médecine, j'étais bloqué. Généralement, sur un ton calme, j'expliquais qu'il m'était arrivé un truc bizarre. Pourquoi un ton calme? Parce que je voulais montrer que ce n'était pas important, qu'il ne fallait surtout pas faire attention à ce qu'il s'était passé. J'adoptais avec moi même l'attitude révoltante qui avait tout compliqué à l'extrême, tout en croyant me protéger.

Lorsque j'ai commencé à reprendre cet événement et à le regarder en face, j'ai au début cru que j'étais entrain de devenir fou alors qu'au contraire je me battais pour retrouver mes racines.
Je vais parler ici de diagnostics loupés, mais le problème ne tient pas vraiment au manque de compétences médicales. Le simple fait d'accorder de l'importance à ce qui était entrain de m'arriver, quelle que soit la pathologie suspectée, rien qu'en tenant compte de ma détresse, aurait suffit.

N'importe qui l'aurait fait mais pas mes parents. Et à l'époque, c'était encore à eux que je faisais le plus confiance. Du reste, lorsqu'au début j'essayais de parler de ça, personne ne réalisait l'horreur que j'avais vécue. Au contraire, on me répondait comme si la seule mauvaise chose dans l'histoire, c'était que je ne fasse plus confiance à mes parents. On leur trouvait toutes les excuses du monde. Déjà que j'hésitais à en parler, je finissais par en être totalement dissuadé.

Je n'aurais sans doute jamais la preuve formelle qu'il me soit arrivé quelque chose d'organique, mais je ne sais pas si c'est vraiment necessaire car comme je l'ai dit, ce n'était pas ça le plus important. Tout ce que je sais, c'est que par malchance je me suis retrouvé avec un besoin viscéral d'attention, et que j'ai eu exactement le contraire. Ce qui a rendu cet événement si difficile, ce n'est pas la douleur mais le déni, le rejet déguisé en connaissance, en sagesse.
Médicalement parlant, mon père a été nul, mais il a fait comme s'il savait ce qu'il faisait.
La première chose à faire devant un mal de tête aussi inhabituel par son intensité, sa persistance au delà de 48 heures, ou sa brutalité, surtout accompagné d'hypertension, d'arrêt du transit, de phonophobie, de bradycardie et d'agitation, c'est d'aller aux urgences et de faire un scanner. Selon les études, cette symptomatologie seule pousse à plus de 40% la probabilité de  faire une hemorragie méningée. J'en ai vu des bien plus silencieuses que ça. Mais ça aurait très bien pu être une nevrose d'angoisse inaugurale (même si aujourd'hui je pense que l'angoisse a été réactionelle à l'attitude de mes parents)  ça n'aurait rien changé. J'avais autant besoin d'aide. Surtout qu'après ces deux semaines, mon problème était en effet presque uniquement psychologique.


                
Il était question d'aller à Roland Garros avec mes amis de médecine pour décompresser, suite à ma première tentative pour passer le concours de médecine. Je n'avais pas encore les résultats mais il était prévu que je redouble donc je n'avais pas vraiment la pression. Néanmoins je ne suis pas passé loin.

J'avais toujours été plus ou moins associable, mais avec ces amis j'avais eu l'occasion de me trouver une place, de faire plusieurs soirées mémorables, de connaître beaucoup de monde alors que mes amis plus anciens étaient tout à fait compatibles au groupe. On rigolait, on discutait tous les soirs. J'étais à l'aise et je ne me sentais que rarement seul. Du reste, la raison la plus importante qui me poussait à avoir mon concours était le lien que j'avais avec eux. Je n'avais jamais espéré vivre une vie étudiante épanouie, mais en leur présence, je voyais que c'était possible. C'était plus que j'en demandais.
Je trouvais ça un peu pathétique d'être davantage motivé par l'amitié que par mon ambition, mais je ne me l'avouais pas complètement.
Je voulais me croire fort et indépendant.

On avait deux semaines pour voir un peu notre famille. Après, les sorties allaient s'enchaîner. J'avais plus envie que jamais de profiter de mes vacances. Manque de bol, la première semaine fut ternie par une violente douleur abdominale, à droite. Ca m'était déjà arrivé, mais à l'époque c'était parti en quelques heures. Là, c'est resté pendant 4 jours et 4 nuits. Je ne pouvais plus me lever ni manger. Lorsqu'on me touchait le ventre j'avais l'impression qu'il se déchirait alors qu'il se contractait malgré moi plusieurs fois. Pour moi j'avais un truc digestif mais à cette époque je n'accordais pas grande importance à mon discernement vu qu'il était tout le temps remis en question, donc je me fiais à mon père. Or, pour lui, comme je n'avais pas de fièvre, je n'avais rien, pas question de m'emmener à l'hôpital.

J'ai donc passé 4 jours seul à la maison, en attendant que ça passe, mais j'étais assez angoissé. Le coup de ne rien avoir alors que mon ventre ne m'avait jamais fait aussi mal de ma vie, c'est pas rassurant du tout. J'aurais préféré qu'on me dise que j'allais être opéré, au moins j'aurais pu faire face à quelque chose.
Ça s'est arrêté un beau matin. Preuve selon mon père, qu'il avait eu raison de ne rien faire.

Trois jours plus tard, mon père a voulu manger au Mac Do. A l'époque c'était un peu notre rituel jusqu'à ce que ma mère l'engueule je ne sais plus pourquoi.
Dans la voiture, je me sentais bizarre. Agité. Pourtant il n'y avait aucune raison à ça. Je trouvais que je parlais plus vite que d'habitude... pour ne rien dire. J'avais l'impression de parler à un mur.
Arrivé au fast food, je me suis aperçu que je n'avais pas vraiment faim, j'avais comme envie de quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Comme si je respirais de l'air sans oxygène. D'ailleurs, je remarquais aussi que j'étais essoufflé. Mal à l'aise.
J'ai attendu que mon père finisse de manger et je lui ai expliqué que je me sentais vraiment bizarre.
Il m'a dit que c'était le stress. J'étais prêt à le croire sur ce coup. J'imaginais que le fait d'avoir été autant speed pendant plusieurs mois me rendait mal à l'aise au repos, mais pourquoi maintenant, ça j'en savais rien.
Je décidai donc de rentrer à la maison et de faire une sieste éspérant que mon corps comprenne qu'il fallait maintenant ralentir le rythme.

Arrivé à la maison, impossible de dormir. Et l'essoufflement devient encore plus désagréable allongé. C'est alors qu'arrive assez vite un mal de tête comme je n'ai jamais connu. Pulsatile. Qui me prend toute la tête. Mon père décide de prendre la tension: j'ai 11/6, mon coeur bat aux alentours des 70. Je n'ai donc rien selon lui. Pourtant je ressens quelque chose d'inhabituel. Je n'ai jamais ressenti cette sensation d'agitation et de malaise. J'ai le sentiment que ça ne va pas s'arrêter là, et j'ai raison. Le mal de tête progresse de plus en plus. Je commence à me sentir angoissé, puis vers 22h tout rentre dans l'ordre. Ouf! Je suis quand même un peu inquiet parce que je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé. Et vu ce qu'il s'est passé lorsque j'ai eu mal au ventre, je ne suis pas vraiment rassuré.

Je me couche et je m'aperçois que j'ai du mal à dormir, j'ai mal au cou. Lorsque je me réveille au milieu de la nuit, la première chose qui m'accueille dans la réalité sont des vertiges et je suis forcé de constater que je ne me sens pas comme d'habitude.

Le deuxième jour, lorsque je me réveille, je suis seul dans la maison. Il y a la femme de ménage. Je décide de jouer à un jeu sur mon ordinateur. Depuis le temps que j'attends ça: glandouiller. Mais voilà, je n'arrive pas à me concentrer. Je me sens toujours trop agité pour me détendre. Rester assis sur une chaise me paraît impossible. Je ne m'amuse pas du tout. C'est comme la veille. La femme de ménage ouvre la porte et me parle. Je me rends compte que j'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle dit. En fait, ça me donne même la nausée d'essayer. Pourtant je l'aime bien, mais là je ne sais pas quoi lui dire, je ne supporte plus de l'entendre parler. J'ai autant de mal à me concentrer sur ce qu'elle dit qu'à me concentrer sur mon jeu.

Je décide de me prendre un bon bain, généralement ça me change les idées. Peut-être que si je ne me focalise pas sur ce malaise, ça finira par passer mais c'est bien la première fois que je me sens si bizarre.

Je suis dans la baignoire, et rien ne s'arrange. Au contraire, je sens le mal de tête de la veille qui revient. Il est 11h. A chaque fois que je me lève, j'ai l'impression que ma tête va exploser. Pendant 2 secondes il ne se passe rien et d'un coup un battement tape sur le toit de mon crâne, le deuxième est pire et me prend autour des yeux, je l'entends claquer dans mes oreilles. Alors je dois corriger avec ma respiration pour encaisser le troisième. Lorsque j'inspire la douleur est momentanément plus supportable. Je fais l'erreur de tousser une fois, décharge infernale de douleur, vertige. Les changements de positions sont aussi à éviter. Tous mes muscles sont crispés pour ne pas que ma tête bouge. Je me réfugie dans le canapé du salon. Ce que je ne sais pas, c'est que je passerais la majorité des 10 jours suivants au même endroit.

Je regarde la télé. Le son me fatigue aussi. Entre midi et deux mon père rentre. Je lui explique mon problème. Il m'examine et me dit que je me fais des idées: je n'ai rien d'important, c'est le stress. Cette idée du stress qui fait exploser ma tête et contre lequel on ne peut rien faire commence à me perturber. Ca ne tient tellement pas debout que je ne sais pas quoi en penser.

Je me force à sortir, à voir un ami. Ça me permet de penser à autre chose même si le mal de tête est toujours là, la sensation de malaise indescriptible aussi. Quelques fois, j'ai des crises de bâillement qui me soulagent. Je n'ai jamais eu ça. Des bâillements très rapprochés les un des autres. Bizarre. Lorsque je rentre chez moi, j'ai tout à coup un malaise au volant, mon corps me donne l'impression d'être glacé, je rassemble toute mon énergie pour ne pas m'arrêter. Je ne sais pas ce qui m'arrive, j'ai l'impression que je disparais, que je deviens fou, je ne ressens plus rien. Je me réfugie dans mon lit. Mes parents dorment. Je n'ose pas les réveiller, je ne sais pas pourquoi.

Je passe une nuit difficile, un sommeil très superficiel avec beaucoup de réveils vertigineux J'angoisse surtout parce que je ne sais pas ce que j'ai, je n'y comprend rien. Le lendemain, au réveil, ça va mieux mais le mal de tête est cette fois-ci seulement diminué. Je le sens toujours.

Psychologiquement, je commence sérieusement à craquer. Je ne sais plus très bien ou en est ma vie. J'ai l'impression de vivre un cauchemar. On dirait que personne ne m'entend. Que petit à petit je m'éloigne de la réalité, ou que la réalité me rejette.

Par WaXou
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