Dernière musique: Sad stuff. Un morceau qui n'a pas grand chose à voir avec ce que j'ai fait jusqu'à présent. Plus intime. Une partie synthé un peu moins
basique.
Cela fait un moment que je n'ai plus aucune relation avec un dealer. J'achète toutes mes merdes via internet. Elles sont plus soft mais elles sont légales. Pourtant c'est dommage, passer par des dealers, ça avait son charme.
Je vais ici raconter des souvenirs autour de 3 dealers que j'ai connu. Je les ai tous perdu de vue. Sans ça, je n'aurais pas pu écrire cet article. Parano oblige.
Le premier s'appelait gros tony. Pas vraiment original. D'autant plus que ce n'était à l'époque qu'un dealer de shit.
J'ai connu le type au lycée. Un bon pote à moi m'avait dit tout émerveillé: "il y a un type dans ma classe, tu devrais le voir, c'est ton portrait craché. Il est baraqué, il a une voix grave et il a le même humour que toi."
A l'époque, je n'étais pas au courant que j'avais de l'humour, je me trouvais gros et ma voix me paraissait handicapante. Forcément, je voulais voir
de quoi le gars aurait l'air. J'étais assis sur une fenêtre du rez de chaussée de mon lycée, entrain de parler à une fille dont j'ai oublié le nom car j'étais amoureux d'une autre, habillé d'un
vieux jogging dont la marque était sûrement méconnue. J'ai vu le pote en question s'approcher avec un gars qui en effet semblait costaud. Le type a dit "c'est à lui que je ressemble?
Enfoiré!".
Inutile de dire que je l'ai mal pris...
Deux ans plus tard. J'étais perdu. Chez un pote. Je venais d'avoir une grosse mononucléose qui aurait du me valoir une hospitalisation si mon père n'avait pas été là pour dire que le fait que je ne réussisse plus à boire n'était pas inquiétant.
On attendait Le Dealer, censé nous apporter de quoi nous enfumer. A l'époque, je n'avais jamais fumé de joint. Je trouvais même le mot "dealer"
excitant.
A ma grande surprise, gros tony, le type qui me ressemblait tant, est arrivé, au bout de 2 heures d'attente, avec toute la nonchalance du monde, sur son scooter imposant. Il a
enlevé son casque, il avait les cheveux longs. Il a filé un tocco au pote chez qui j'allais squatter pendant une semaine. Tout le monde était émerveillé par cet espèce de galet noir-brun. Je
l'étais aussi, car il m'avait fallu en plus de mes relations attendre longtemps pour le voir enfin. Après le premier pétard, ils ont voulu jouer au trivial poursuit. De mon coté je
n'arrivais pas à décoller du canapé, mais j'étais content. J'avais dans ma poche un cinquième du galet tant convoité. Il me suffisait d'attendre un moment pour que je puisse enfourcher ma
bécane et rentrer chez moi pour tester en solitaire sur le toit de la maison parentale cette substance étrange qui faisait planer. Une substance qui me permettrait d'approcher
ces étoiles d'un peu plus près sans regretter de ne pas réussir à les toucher.
Finalement la semaine s'est donc écourtée, l'expérience stellaire étant trop puissante pour être partagée.
J'ai dû attendre quelques jours pour me faire à cet effet avant d'avoir le courage d'en abuser en groupe en la mêlant aux alcools forts. En remplaçant les étoiles par mes
amis. J'ai appris comment supporter ces sueurs froides vertigineuses avant de choisir le bon moment pour me jeter sur les chiottes et faire mon "renard" en toute dignité. Avec classe tout en
restant dans le délire. Pas si facile pour ceux qui découvrent.
Savoir vomir discretement et tirer un dernier coup sur le 12 feuilles-turbo dont le cadavre serait ranimé le lendemain aux environs de 10 heures, juste avant la session djembé sur la plage,
histoire d'emmerder les touristes. Ca aussi, c'était tout un art.
Une fois, un type a tenté de me faire chier (ça y est, là c'est épique!). Il voulait me défier à boire un verre de vodka pure plus rapidement que lui. Il prétendait être barman l'été, donc forcément imbattable à ce jeu. Personne ne savait si c'était vrai: il y avait tous les jours de nouvelles têtes à ces soirées mais tout le monde suivait le challenge avec attention. J'ai refusé pendant 10 bonnes minutes, puis j'ai fini par céder histoire de mettre un terme à ce harcèlement sans violence. J'ai gagné et j'ai perdu: son verre était rempli d'eau. Je l'avais plus ou moins senti venir mais vu qu'on était de toutes façons là pour boire et fumer je ne comprenais pas où il voulait en venir. Suite à sa défaite, il a cru bon de dévoiler la supercherie à toute l'assemblée qu'il avait déjà saoulée par son agressivité. Ca n'a fait que l'enfoncer mais ça ne l'a pas empéché de continuer de se foutre de moi. Gros Tony a fait preuve d'empathie. Il m'a emmené avec ma propre moto chez son dealer. Il m'a proposé de conduire mais je ne pouvais pas. Par pur respect pour l'exploit d'avoir ridiculisé ce con, il m'a offert tout son bénéf sur la vente. Je me suis retrouvé avec 2 toccos. Il a annoncé au connard en question qu'il n'en avait pas eu assez pour lui et l'a laissé en galère après 4h d'attente. Dommage qu'il n'ait pas pu voir ce que sa connerie lui avait coûté. Ce soir là, j'ai compris que Gros Tony, malgré son charisme, avait aussi beaucoup de sensibilité, et que s'il nous faisait parfois galérer, c'était soit contre sa volonté, ou soit parce qu'on lui avait manqué de respect.
J'ai perdu contact avec lui lorsqu'il a piqué la place de mon meilleur ami de l'époque pour travailler dans les champs. Il n'a pas compris ce qui me prenait d'oser l'insulter si copieusement au téléphone. Je lui avais dit qu'il pouvait venir s'il le voulait, mais qu'une fois sur le champ je le lui ferais regretter. Il a dû surtout regretter de m'avoir donné confiance en moi face à lui. D'autant plus que je ne me suis même pas pointé au rendez vous vu que mon pote n'avait pas voulu me suivre au cas où je lui fasse récupérer sa place. Dans ces circonstances je n'avais plus rien à gagner. Gros Tony est resté seul sur le champ, mais il n'y est jamais revenu. Je me dis encore parfois que le plus con des deux, c'était moi, avec une (ou deux) longueur(s) d'avance. D'autant plus que la dernière chose que j'ai sue sur lui, c'est qu'il avait décidé de quitter la fille dont il était timidement mais profondément amoureux parce qu'il en avait mis une autre enceinte. Un type qui assume. A mon âge, je n'avais encore jamais vu ça. Même plus de dix ans plus tard, l'effet de surprise reste entier.
Le second dealer dont je veux parler n'est pas véritablement le second. Entre temps, j'ai dû passer par plusieurs autres dealers de shit. Je me souviens que l'un d'eux me servait en pantoufles/peignoir en présence de ses parents dans une villa grand luxe. Sa spécialité était le pollen. Ça avait bon goût mais ça ne défonçait pas. Par contre niveau bénèf c'était fort.
Le dealer dont je veux parler m'a été présenté plus de 5 ans plus tard. J'étais chez le même ami que j'avais défendu pour cette histoire d'agriculture. Si j'avais bien commencé mes études de médecine, lui avait bien continué sa tendance toxicomane. Il m'a proposé de m'incruster à une soirée privée donnée en l'honneur du dealer en question. L'herbe avait remplacé les clopes. Maintenant il s'agissait de coke. Avant d'aller "toucher", il m'a proposé de me mettre dans le bain avec 5 ou 6 traces si je promettais de ne pas dire à sa copine qu'il avait tapé dans le stock avant l'heure. Je ne savais pas encore qu'il s'agissait pour lui d'une excuse en or.
Je suis arrivé chez le dealer complètement défoncé. Le ventre vide, la coke m'avait donné l'impression que j'avais toute la classe dont j'avais besoin. Je sentais mon coeur battre en rafales dans la 205 pourrie qui nous a mené jusqu'à sa maison. Je ne connaissais même pas la ville, je ne savais pas ou j'étais ni ce que je foutais là, ainsi défoncé. Je suis entré, accueilli par la femme du dealer. Une sorte de top model déchue après avoir été engrossée probablement de manière inopinée. J'avais à l'esprit que cette femme cherchait une échappatoire. N'importe laquelle. Quitte à se retrouver avec un étudiant, pour autant que ça change. C'est probablement pour cela qu'elle s'est retrouvée sur mes genoux le lendemain à 11h du mat alors que je me demandais si je me sortirais entier de cette soirée.
Le type nous a accueilli chaleureusement. Enfin, aussi chaleureusement qu'un type défoncé à la coke et à l'herbe le peut. Autant dire qu'il n'a pas fait de différence entre moi et mon pote. Il nous a invité à rouler les joints pour la soirée donnée en son honneur: il n'en était plus capable. Chacun avait son type d'herbe. On devait marquer au fluo chaque joint roulé. Skunk. Bubble Gum. White Widow. AK-47. Chronic. En l'échange, on a eu le droit à un joint de chaque. On a acheté 1g de coke chacun. Mon budget était mort. 80 euros le gramme. L'enculerie. Avec le shit, j'en aurais eu pour plusieurs semaines.
Le lendemain matin, après quelques brefs échanges du style: "Alors elle est bonne hein la pute?", j'avais perdu de vue le type jusqu'à ce qu'il se mette à beugler le prénom de sa femme dans toute la salle alors qu'elle était encore à moitié sur mes genoux. De toutes façons je n'avais rien tenté. J'étais paralysé par cette ambiance tellement incohérente, décadente, inconnue. Restant tout de même intrigué par ce qui peut transformer un être humain en un tel animal.
Je ne me souviens pas beaucoup de cette soirée. Il n'y a qu'un échange qui m'est resté: "Il y a de la coke dans ce bang
aussi?"
- T'inquiète pas que si je te le file, c'est que c'est pas du shit!
- Heh,
ok merci!
- Après tu me le repasse ok, à coté c'est des cons.
Je me souviens aussi vaguement avoir été branché par des mecs qui m'ont demandé de décoller mon cul du canapé. J'aurais bien voulu, mais j'étais tellement bien...
Enfin, le dernier dealer m'a branché lors d'une soirée dans une boîte miteuse, perdue dans la périphérie de Marseille. Il pensait que j'étais sous ecsta. A l'époque je n'avais essayé le produit qu'une fois et j'avais passé une soirée magique. Depuis avec un pote, on s'incrustait à toutes les soirées pourries du coin pour retrouver un peu de cette magie, quitte à le faire sobre. Mais vu qu'on était encore assez sensibles pour être littéralement dopés par la musique, on avait sûrement l'air encore plus stone que les véritables tox.
Le gars m'a approché avec dans ses yeux une dose surprenante d'admiration. Il m'a demandé presque timidement à combien je touchais mes "tazs". Les
seuls bons tazs que j'avais réussi à me procurer m'avaient coûté à l'époque 12 euros pièce. Je ne regrette pas le moindre centime de cette dépense. Pourtant, je lui ai annoncé tranquillement
un 5 euros pour voir sa réaction. Il n'a même pas été surpris et a enchaîné en me proposant les siens à 2 euros par dix. Comme je n'y croyais pas, je lui ai dit, m'attendant à un refus de sa
part, que je n'achetais rien sans tester. C'était faux puisqu'une semaine avant on m'avait refilé pour 20 euros 4 cachets complètement insipides. Néanmoins il avait l'air d'admirer
aussi ma réaction.
Trois jours après, il me filait 2 pillules avec 2 lettres inscrites: D et G. Une marque connue, autant dans la mode que pour les pillules. J'en ai bouffé la moitié d'un chez moi. Quand j'ai
senti que c'était bon, j'ai pris l'autre moitié. Une heure après, j'étais sur une autre planète. Une planète d'amour pur. Sensation dont la description serait forcément prise pour une
incitation à la consommation de produits illicites. J'abrège donc.
La deuxième fois ou je l'ai vu, il a voulu me montrer qu'il pouvait aussi m'impressionner avec la coke. Il avait raison. Tellement qu'à ce moment là, j'ai commencé à me poser des questions sur mon avenir. Imaginez qu'on vous propose des diamants à 25 euros le gramme. Avec une drôle d'insistance autant au niveau de l'offre que de la demande...
Quelques semaines plus tard, on se téléphonait régulièrement histoire de prendre des nouvelles l'un de l'autre. Lorsque je m'emmerdais, je venais
chez lui, même si c'était à presque une heure de route. Je restais l'aprem. On discutait. Il était intéressant: d'un coté il se prenait pour Scarface. De l'autre, il ne parlait que de son ex. Une
fille qui l'avait laissé tomber pour un plus gros dealer que lui. Lorsqu'il ne parlait pas de ça, il voulait que je l'aide à devenir un plus gros dealer que ce type en l'aidant à infiltrer le
milieu étudiant (ce que je ne me sentais pas de faire). De mon coté, j'essayais de lui expliquer que s'il la récupérait grâce à ses tunes, il ne récupérerait que la partie d'elle qu'il appelait
"salope" et que ce n'était pas cette partie là qu'il voulait à ses cotés. Que de toutes façons, s'ils réussissait à la faire revenir comme ça, il la détesterait. Ce raisonnement le laissait sur
le cul. A chaque fois que je lui sortais une pensée du style, il semblait m'apprécier davantage.
Il ne touchait jamais à ses prods. Il avait peur de rester perché. Pourtant un soir j'ai reçu un texto qui disait "Merci d'avoir parlé comme ça avec moi. Je me rends compte que tu as RAISON.
C'était vraiment SYMPA de ta part. A bientôt."
Je ne l'ai revu qu'une fois après ça. Quelques mois plus tard, il a finalement échoué en taule.

