Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Map

Locations of visitors to this page Geo Visitors Map

Spiritualité

Jeudi 19 mars 2009
Tout à l'heure je pensais au principe des gladiateurs.
"Vous êtes condamnés à mort, mais si vous vous battez et que vous gagnez contre les autres condamnés, vous aurez peut-être un sursis et des avantages pour vos prochains combats"
Parfois la société me donne cette impression.
Elle nous fait croire qu'on est rien à la base, et qu'on doit se battre pour vraiment vivre.
Et lorsque je regarde ceux qui ont gagné beaucoup de combats, c'est l'impression inverse que j'ai.
Ils étaient tout et ont perdu leur âme à force de se battre pour exister.

Curieusement, hier, je faisais remarquer ces paroles de Marilyn Manson, tirées de "The death song".

"We light a candle on earth we made into hell and pretend that we're in heaven (...)
We sing the death song, kids, because we got no future. And we wanna be just like you.
We were the world but now we got no future, and we wanna be just like you."

Peut-on continuer le combat sans perdre petit à petit son âme?
Arrêter le combat permet-il de la conserver?
Ou alors peut-être que l'âme n'est aucunement affectée par tout ça. Que ce qui compte, juste, c'est l'espace qu'on lui donne, à chaque moment. Que lorsqu'on gagne ou qu'on perd face à un but, on ne lui laisse aucune place. Alors que l'on se bat de manière bien plus légère et plus belle lorsqu'on sait que l'on a tout compte fait rien à perdre... ni à gagner.
Que tout ce qui compte, c'est la façon d'habiter son geste car c'est là qu'on existe. Ne pas attendre le résultat pour le faire.

Des pensées un peu en vrac ce soir.
Ça me rappelle le début de mon blog.
Et c'est agréable.


C'est après avoir écrit ces quelques lignes que je me suis rendu compte que ces pensées flirtaient avec l'esprit du Bushido. Agir dans l'instant comme si on ne faisait déjà plus partie de ce monde. L'idée peut sembler effrayante, mais j'ai envie de dire que c'est une bien belle manière de vivre, et que j'en suis bien loin.
Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 11 décembre 2008
...ou alors c'est juste de la fermeture.

Je me souviens que sur le forum cafe-eveil, une personne avait cité Braque: "Avant de violer les règles, il faut d'abord les connaître".
A l'époque, j'étais justement trop dans un trip anti-règles pour le saisir pleinement, mais cette réflexion avait beaucoup de portée
:



EDIT: comme cet article est manifestement susceptible de prêter à confusion: ce n'est pas mon bras (je n'ai pas - encore - décompensé) et il y a une faute à systSem, d'ou la raison de cette image ;-)




Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 4 août 2008

Mon dernier article me laisse insatisfait. Il y a du vrai, mais ça tourne en rond. Lorsqu'on attend de l'autre qu'il sache nous aimer, on manque du même coup de l'aimer à notre tour et on se retrouve mal placé pour en parler. On n'a ni raison ni tort. On se fait juste avoir.

L'amour n'a rien à voir avec toutes ces questions. J'ai tendance à mélanger amour et relationel qui sont des notions sur des plans bien différents.

Ce soir, j'ai des pensées étranges.

L'une d'elles tourne autour de la mort et de l'amour.

Lorsque je pense aux personnes dont je suis ou j'ai été proche et que j'imagine ce qu'il me manquerait d'elles après leur mort, je me rends compte qu'il s'agit de choses à la fois insignifiantes et essentielles. Il est même difficile de séparer ça en "choses" tant ça semble former un tout.

Dans la plupart des cas, ce sont des ensembles particularités silencieuses, qui prennent valeur de qualité et que ces personnes ne savent pas d'elles. Probablement parce qu'elles sont tellement intrinsèques qu'elles ne peuvent les voir. Bien trop souvent, ce qui me manquerait par dessus tout n'est pas vraiment ce dont je profite ou que je mets au premier plan. Je suis plus facilement fasciné par le reste, par les détails, les trous dans les masques et les costumes..C'est tout de même dommage.

C'est en pensant à la mort que je découvre ce qu'est la vie. Elle est d'une beauté à la fois profonde et discrète. Puissante et insaisissable. Ce ne sont pas des adjectifs que je pose là pour faire beau. Je trouve cette dualité force/vulnérabilité très troublante, à la fois paradoxale et pourtant quelque part profondément évidente.

Lorsque je pense ainsi à ces personnes, je n'attends plus rien d'elles, mis à part qu'elles continuent d'être ce qu'elles sont, et je sais qu'elles ne peuvent pas faire autrement.

Alors, quelque part, je suis déjà comblé.

Pour moi, après une phase douloureuse, la mort rend la vie belle, mais je n'y pense jamais. Sauf, peut-être, en me disant qu'elle est trop lointaine pour que ça vaille le coup d'y penser sérieusement et voir ce que cette mortalité change dans la donne.

Je pense que ça risque de me gâcher la soirée, preuve que je ne la considère pas si lointaine que ça, sinon je n'aurais pas peur d'y réfléchir. J'ai même du mal à m'avouer qu'il s'agit de peur ou de malaise tellement je m'en désintéresse.

Je ne sais pas pourquoi, ce soir, ce n'est pas le cas.

C'est pas facile d'écrire là dessus..On donne l'impression de ne pas aller bien alors que c'est plutôt l'inverse.
Du moins, je le crois.

Si "aller bien" ça veut dire ne pas avoir besoin de remplir à tout prix son esprit de bruit ou de sensations pour ne pas se sentir vide, alors, oui, ce soir, je vais bien. 

Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Lundi 30 juin 2008

Il y a quelques jours, je lisais le
dernier article de Junko, où elle écrivait sur la fin qu'elle n'avait pas de but ni de rêves. J'allais laisser un commentaire pour lui dire que moi non plus mais en réfléchissant bien, j'ai remarqué que j'arrivais maintenant à exprimer mes buts passés bien qu'à l'époque il ne m'apparaissaient pas.
Au début, j'avais surtout des rêves. Particulièrement celui qui consistait à revenir au Sénégal en couple. J'avais le sentiment que le monde occidental me rendait fou et je voulais retourner vers la nature avant qu'il ne soit trop tard. En couple parce que ce qui m'attirait le plus dans une relation, c'était la possibilité de s'émerveiller à deux face à la beauté de la nature et de l'existence, partager ses vibrations. C'est, je crois, le seul véritable rêve que j'ai eu. Ceux qui ont suivi n'avaient rien à voir.

Par la suite, plus les choses allaient, et plus j'avais l'impression de devoir prouver que j'étais au dessus de tout. Désir totalement contradictoire puisque le fait de vouloir prouver une telle chose montre bien qu'on n'est pas au dessus de tout. Du coup, soit on reste un minimum cohérent et on échoue, soit on arrive à se leurrer en méprisant tout le monde et en restant dans sa solitude. Or comme c'est souvent précisément le mépris et la solitude qui font qu'on a envie d'être au dessus de tout, la boucle est bouclée.
Je crois que j'ai enfin senti ce qu'est en moi le désir de toute puissance. L'esprit mort-vivant dont j'ai parlé quelques fois dans des articles précédents, c'est ça.

Vers le collège, j'avais encore mon rêve du Sénégal, mais aussi de trouver l'âme soeur jusqu'à ce que je vive assez d'échecs sentimentaux pour trouver l'idée de l'âme soeur finalement contradictoire, surtout lorsque j'ai vécu la rupture que j'ai décrit dans l'article "
j'ai changé... depuis 10 ans". Si l'âme soeur existait, je venais de la perdre. Or une âme soeur qui peut se perdre définitivement, ce n'est pas vraiment une âme soeur.

Après cette rupture, j'avais envie de toucher à l'infini. A l'époque je le verbalisais en disant que je cherchais l'âme.
Ca me rappelle un schizophrène qui avait dit lors de sa première crise qu'il cherchait "la clé", qu'elle était cachée dans sa maison quelque part et que sans ça il n'y avait aucune guérison possible.
Heureusement, pour moi, c'était encore plus ou moins un passe temps, un refuge. Je vois avec effarement qu'aujourd'hui, c'est parfois encore le cas lorsque je me mets à écrire dans une sorte d'état second en croyant plus ou moins consciemment que ça me mènera quelque part.
Il y a eu des moments ou j'ai vécu des états de grâce, généralement au cours de conversations avec des amies ou amis. Je ne pouvais pas l'exprimer mais j'avais alors la certitude d'avoir trouvé cette âme. Pourtant je restais déçu car je ne pouvais pas le prouver, ce qui montrait qu'à l'origine, cette recherche du Graal était destinée à me servir d'une manière ou d'une autre. Elle manquait donc de sincérité.
Lorsque je suis entré en médecine, mon but, mon rêve était d'être reconnu pour des idées originales. Faire comme tout le monde ne m'intéressait pas. Je voulais pouvoir dire "vous voyez, j'ai fait à ma façon malgré tout ce que vous avez pu me reprocher depuis des années et enfin je suis reconnu". Tout ce que je faisais de sérieux n'avait plus qu'un seul but, montrer que malgré mon originalité, ce que je faisais pouvait mener loin si on me laissait faire. Cette envie a été d'autant plus forte que suite à ma crise douloureuse estivale mon père m'avait fait passer pour hystérique. Je voulais donc plus que jamais prouver que j'avais raison. Coûte que coûte. Un besoin de reconnaissance pour pouvoir dire "vous voyez, vous auriez dû m'aimer!"
C'est fou de voir que mes parents voulaient que je réussisse alors que ma réussite était précisément destinée à leur montrer qu'ils avaient tort. Probablement qu'arrivé en deuxième année, lorsque j'ai vu qu'au lieu de se remettre en question ils se sont servi de ma réussite pour dire qu'ils avaient finalement bien fait leur boulot ça m'a coupé toute envie de continuer dans cette voie. Une autre façon plus profonde d'expliquer mon redoublement.

Après ce redoublement je n'avais vraiment plus rien pour prouver ma valeur et là j'ai réalisé que je n'étais pas obligé de me faire tout petit pour autant.
Ma valeur ne changeait pas. En fait c'était comme ça depuis le début. Je leur en avais voulu de ne pas reconnaître cette valeur quand j'étais plus jeune parce que je savais bien que j'en avais une. Pas une valeur de surhomme, juste d'être humain, toute simple, comme tout le monde. Je n'étais peut-être "qu'un gosse", mais j'existais autant que mes parents. C'était ça que je voulais qu'on reconnaisse. Rien d'autre.
 Je n'avais donc plus aucune raison de continuer de m'acharner à être un grand médecin, mais je n'avais pas de raison non plus d'arrêter mes études, ce pourquoi j'ai décidé de continuer.
On m'avait invité à être toujours plus parfait et invulnérable pour être reconnu mais tout ce qu'on me disait c'est qu'on me reconnaissait pas tel que j'étais. J'aurais dû tirer un trait sur cette reconnaissance plutot que de vouloir la récupérer quitte à y perdre la vie, à me perdre moi même et ma capacité à aimer. C'est dans cet état que j'ai quitté ma petite amie en lui disant qu'il fallait que je me retrouve, sans bien comprendre pourquoi, à l'époque.

Le problème c'est qu'à partir de cette libération du redoublement, je me suis senti tellement clairvoyant, tellement libéré, avec tellement d'idées nouvelles et lumineuses pour mon monde que j'ai voulu en profiter: cette valeur que je n'avais pas pu obtenir grâce aux études, peut-être que j'allais pouvoir l'obtenir via la spiritualité et la méditation. Qu'enfin je pourrais définitivement m'immuniser contre le mépris de mes parents en étant totalement au delà de tout jugement. Je sentais bien qu'il y avait un truc qui clochait, qu'il y avait une idée de violence voire de vengeance qui n'avait rien de spirituel dans mon attitude, mais l'envie était tellement forte.
Une seule chose m'a permis de rester ouvert à la critique et à la relation, une exigence -déprimante- qui me permettait de me rendre compte que j'étais bien loin du détachement ultime, mais au contraire plutôt désespéré.

D'ailleurs je réalise maintenant pourquoi à chaque fois que je me suis retrouvé face au stress des examens, j'ai toujours eu l'impression que je livrais un combat existentiel et impossible contre mes parents. Soit je travaillais et j'avais l'impression de valider leur attitude, de me trahir, soit je ne travaillais pas et c'étaient tous mes efforts que je réduisais à néant. C'était plus fort que moi. Je n'arrivais pas à me réapproprier mon labeur.
Décidément, il serait temps que j'arrête de voir tout travail comme un combat ou je devrais faire mes preuves pour exister...

Du reste, lorsque je regarde autour de moi, je vois que je ne suis pas le seul à mener ce genre de bataille perdue d'avance, ou rien que le fait de se mettre ainsi en jeu est déjà une forme de défaite plus profonde que la victoire qu'on vise.
Je crois que je vais voir d'anciens articles sous un autre jour... et des choses qui m'ont été dites aussi.
Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Dimanche 11 mai 2008
Finalement je n'ai pas eu à aller voir Thib à Montpellier, c'est lui qui est venu à Toulon.
Repas chez son père. Comme à Noël. C'est à la fois désolant et heureux de constater que j'ai davantage l'impression de faire partie de leur famille que de la mienne.
Sa mère est vraiment bien redescendue sur terre, mais pas trop non plus. J'adore parler avec elle. J'ai confiance. Je peux parler de coeur à coeur. On dirait qu'elle n'a pas envie de perdre de temps avec ce qui détruit.

Son père a un oeil qui a une fâcheuse tendance à dévier. Encore plus qu'à Noël.
La solitude, les addictions et sa fierté auront sans doute raison de lui. J'ai une certaine affection pour lui car il aime faire en sorte que nous soyons à l'aise. Il a envie de parler de ses problèmes même si c'est pour se braquer lorsqu'on touche au but, il a autant envie de vivre qu'il en a peur. C'est pas moi qui vais lui reprocher ça.
Le reste de la soirée, passée dans le parking de la résidence n'a fait que réaffirmer nos affinités. Je suis toujours surpris de voir comment Thib a pu mûrir. Il est d'une bienveillance rare et il ne s'en rend pas vraiment compte. Il ne maltraite plus sa sensibilité. Il a une capacité d'empathie surprenante. Le seul truc qui lui manque c'est de se faire confiance.
Du coup on se donne mutuellement confiance. C'est super agréable.
Je comprends pourquoi j'ai aussi peu foi en mon potentiel dans le milieu des études médicales.
Ça n'a tout simplement rien à voir. Mais "sans le vinaigre, le miel ne serait pas le miel".

En sortant de l'appartement son père m'a lancé une pique en disant que j'étais aussi nul que les autres médecins puisque je n'étais pas capable de poser un diagnostic pour sa douleur de hanche. J'avais des dizaines d'excuses à rétorquer. Je ne suis pas encore médecin, je ne l'avais pas examiné, il cachait des informations, et il ne m'écoutait pas. D'autant plus que vu le terrain, le diagnostic le plus probable et ses causes étaient trop gênants à évoquer devant son attitude, autour d'une table.
Finalement j'ai vu que ce n'était pas moi qu'il fallait excuser. Alors je suis resté silencieux, un peu désolé.
C'est alors que son ex femme a dit: "il l'a fait le diagnostic mais tu n'es pas prêt à l'écouter, pourtant tu devrais en profiter  c'est très rare un médecin qui écoute avec son coeur comme ça!"
Il a répondu avec un sourire "Tu m'emmerde toi!", alors que je remarquais que ses deux yeux étaient réconciliés. J'ai rarement vu un aussi beau "rejet".
Au moment ou elle a dit ça, elle avait posé sa main sur mon coeur. J'ai senti comme un frisson d'énergie me traverser. C'était fluide, c'était doux et pas insistant du tout. Aucunement désagréable. Juste un peu déroutant.
Je ne sais pas si c'est l'idée qu'elle est spécialisée dans les massages énergétiques, si c'est de savoir qu'elle en a fait pleurer plus d'un rien qu'en touchant le dos, ou si c'est vraiment qu'elle a un don.
De toutes façons, que ce soit l'un ou l'autre, c'est tout aussi intéressant et appréciable.
Pourtant je ne suis pas très "chakra" ni "aura", mais il y a manifestement un noyau sur lequel on est aujourd'hui prêts à s'entendre.
Je suis curieux.

Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 5 mai 2008

J'ai eu l'occasion de retoucher à l'herbe presque par hasard. Et comme à chaque fois que j'y retouche, je suis surpris de retrouver plein de sensations que j'aime, une sorte de feeling de nature. D'enthousiasme. D'envie de faire des trucs, même de travailler, c'est dire le coté paradoxal.

A chaque fois, j'en arrive à cette conclusion: je suis bien plus supportable lorsque je suis dans cet état là, autant pour moi même que pour les autres.

Ce n'est pas directement l'effet qui est à l'origine de ce changement.  Comme disait Pookie lors de notre soirée, ça fait respirer, mais il y a avec un sentiment de nostalgie. Au début je n'ai pas compris, mais après je me suis rendu compte de ce qu'il voulait dire.

C'est ça que je ressentais dans mon dernier article. Ce sentiment de fraîcheur. Sauf que j'en ai profité plus directement, parce que je ne l'ai pas attribué qu'au cannabis. J'y goûtais déjà avant, lorsque je me suis dit "pourquoi pas?". L'effet m'a permis de transformer l'essai mais ce n'était pas ce que je cherchais à l'origine. J'étais dans un état d'esprit d'ouverture. Pas dans l'idée de me défoncer. Et le joint a été un catalyseur. En cela, il m'a fait du bien.

Mais si j'ai du stopper net ma consommation il y a quelques années, c'est bien pour une raison.

C'est que comme pour tout, on finit par confondre le catalyseur et le fruit de la réaction jusqu'à en oublier les réactifs. On croit qu'en ajoutant un max de sel dans l'eau, celle-ci va tellement dégeler qu'elle va être encore et encore plus fluide alors que passé un seuil elle le devient de moins en moins, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que du sel humide. S'il n'y a plus rien à dégeler, ça ne marche plus. On n'est plus dans l'ouverture à un changement d'état, on est dans une nouvelle volonté de cristallisation. Et finalement ça regèle d'une façon... plus salée.

Je crois que l'idée, comme le suggérait la vidéo de south park concernant la discipline, c'est encore cette modération.

La modération, ce n'est pas, comme on pourrait le croire, synonyme de moyen, de sans vie, de plat. Au contraire, la modération permet de garder un état d'esprit frais, et pas uniquement au cours du bref passage entre deux états. Un état d'esprit réceptif, ouvert, souple et sensible. Donc particulièrement vivant.

Je crois que la difficulté avec le cannabis (et certainement avec d'autres drogues pas trop dures), c'est que lorsqu'on se l'est complètement interdit presque en le diabolisant (on a l'impression que c'est plus facile comme ça, c'est humain) on a comme rigidifié, embolisé une partie de soi. On jette le bébé avec l'eau du bain. Un peu comme on a tendance à faire lorsqu'on quitte une personne qu'on aime, ou lorsqu'on se fait rejeter. C'est la même problématique. Non pas que l'attirance pour une drogue et une personne soient similaires, c'est plutôt la manière de s'en soustraire, l'étiquetage crispé, qui est le même.

Du coup lorsqu'on a oublié cet étiquetage et qu'on regarde ce qu'il y a derrière, on se rend compte que notre amour n'a pas cessé. Que nous nous y sommes fermé. Pour la drogue, on remarque qu'on a zappé tout le bon pour ne garder que le mauvais en souvenir. Et sur le moment, on ne voit plus que le bon et on est prêt à recommencer les même erreurs.

Pour la personne, on va oublier que malgré notre lien profond redécouvert, les conditions restent les mêmes: ce lien risque de nous faire souffrir, d'une manière ou d'une autre, mais surtout si on veut l'exploiter. Or, on sera tenté, surtout si on vient de le redécouvrir et qu'il nous apporte un sentiment de fraîcheur dont nous avions besoin. On est vulnérabilisé. Mais accepter cette vulnérabilité, c'est aussi une manière de faire honneur à ce lien, ou tout du moins de ne pas lui faire violence.

Pour la drogue, on va oublier qu'on va être tenté d'exploiter l'effet. Qu'on va finir par la prendre pour un médicament de l'âme, c'est déjà ce qui arrive lorsqu'on se dit " Alors ce que je ressens, c'est à cause de ça?", alors que ce qui nous a fait du bien à l'âme, en en reprenant, c'est de laisser vivre cette partie de soi que nous avions enfermée. L'effet en lui même n'a fait que pousser une porte déjà déverrouillée.
Et lorsqu'aprés 3 mois de consommation régulière on fume un joint totalement machinalement, le plaisir n'est plus là, et c'est la défonce terne, abrutissante, qui nous fait faire une sieste ou un bad trip si on est stressé.
On est alors prêt à diaboliser cette substance à laquelle on en veut de ne finalement rien nous apporter. On se dit qu'elle nous a encore bien eus, sans se rendre compte qu'on est encore entrain de se faire avoir. Nous allons encore mettre dans un sac la plante pourrie qu'on a trop arrosée parce qu'on ne sait plus quoi faire avec elle et son odeur. L'eau ne marche plus, et l'attente ne paraît pas envisageable. Et pourtant, cette attente c'est aussi un acte, à l'origine. Un choix.
Et mieux vaut s'en rendre compte avant que tout soit pourri.

Ps: à savoir quand même que si j'ai pris le cannabis pour exemple, ce n'est encore une fois pas la substance qui compte mais l'attitude que représente pour soi sa consommation. Si en me lisant on se dit "tiens je vais fumer du cannabis, si ça me rend plus supportable" cela n'aura rien à voir avec l'attitude d'ouverture dont je parle.

Pour illustrer cet article, j'ai fait un petit montage d'un épisode de south park assez proche dans l'idée. Cependant, une nuance, le personnage n'a pas l'occasion de se cristalliser dans la drogue.

On pourra y voir quand même la même ouverture à soi, la sortie des limites bien trop serrées (comme sa cravate) qu'on s'était fixées et qui ne nous laissaient plus respirer, et le rejet en bloc de cette expérience une fois que les étiquettes ont repris leur importance. "Même l'argent n'avait plus d'importance!", c'est dire.
J'aime bien aussi le premier joint. Il accepte de le fumer car il n'a plus rien à perdre. Pas pour s'anesthésier l'esprit ou devenir cool. Et c'est cette attitude qui une fois catalysée par le joint lui donne un si bon trip que le clochard ne comprend pas.
A noter que le "college" signifie en fait  "université".


Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 19 avril 2008
Une vidéo bien parlante que j'ai découverte grâce à Dez. Elle me rapelle ce week end d'intégration à la fac où tout le monde portait le même T-shirt avec marqué dessus "Sortez du troupeau" avec une image de mouton.
Elle ajoute un bémol aussi à l'idée de la légèreté pour la légèreté.
Ou comment faire tout à fait l'inverse de ce qu'on croit faire.
Le site dont elle est tirée vaut aussi le coup d'oeil.

Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 1 avril 2008

  Il y a plus de 3 ans, avant que je ne découvre cafe-eveil, je venais à peine de me mettre en recherche de spiritualité sur internet suite à une sorte de soif soudaine.
Je n'y connaissais rien, mais je voyais ou elle n'était pas. Je sentais en moi quelque chose qui cherchait à résonner à l'extérieur. Je ne savais pas que ça allait être tout un chemin qui commençait. J'errais par-ci par-là sur divers forums de bouddhisme, de psychologie, parfois même de spiritisme.
Rarement, il m'arrivait de poster mais je me prenais trop facilement au jeu de la pensée qui cherche à matérialiser par des reflexions complexes et autres jonglages avec des concepts abstraits l'enthousiasme qui me portait. Je restais ainsi souvent le seul à me suivre. J'avais fini par abandonner l'idée. Ce que je ressentais était bien trop décallé pour mes réflexes d'expression et je ne le reconnaissais pas dans ce que je lisais sur le net. Je me disais que personne n'avait rien compris au coeur des enseignements dont ils parlaient. Maintenant, je crois que cette déception venait du fait que j'allais là ou il y avait le plus de monde et le plus de bruit. Du coup j'essayais de faire encore plus de bruit.

Puis un jour, je suis tombé sur un message perdu et resté sans réponse au milieu d'un forum de spiritisme. Il me semble qu'il s'appelait "votre présence". Son auteur semblait encore plus décallé que moi, mais dans la même direction. Je me suis donc décidé à lui écrire un message dont j'ai oublié le contenu, histoire de lui signaler que je voyais la même lune que lui.
On a eu un echange de 4 mails, puis je n'ai plus eu de nouvelles. Cependant, j'ai conservé ses mails car je les ai trouvés particulièrement précieux, originaux et troublants tant ils étaient spontannés et profonds.
Je vais retranscrire quelques passages ici. J'avais débuté notre échange entre autres en lui posant une question qui me faisait souvent moi même douter de ce que je ressentais alors: cette attitude de présence et de non réaction ne pouvait-elle pas être une sorte de fuite au fond?


La présence consiste, à justement lire le message, en restant silencieux, ne pas intérepreter, ou juger, que c'est une fuite, peut être que quelqu'un d'autre en lisant ce message, aurait eu une autre réaction, et je souligne ce mot "réaction", parce que il est un de nos problèmes humains.

il nous est difficile de lire, de faire, ou d'écouter quelqu'un, sans réagir, tout en sachant qu'il s'agit de notre réaction, dans toute sa subjectivité, et notre expérience personnelle.

la présence à l'événement, à nos émotions, à nos sentiments, implique la neutralisation du pouvoir de la réaction,
(...)

la présence n'est pas une fuite, au contraire, elle est la vie, elle se traduit par une richesse de vie incroyable, tu n'as jamais écouter un arbre, quand dieu nous permet d'écouter un arbre, on sent qu'il vit, tu n'as jamais observé une fourmillière, quelle richesse de vie ?

je pourrais dire aussi que la présence est l'immobilisme, qui n'est pas passivité, on s'immobilise dans l'instant, ainsi, on accompagne chaque instant, on est entier, on est pas séparé ni par les remords d'un passé révolu, ni par les espérences d'un futur qui n'est pas encore là.

être présent au fait, et non à ses développements, me permet d'apprendre de tous ce qui me tombe sous la main, parce que je ne réagit pas à telle ou telle chose, on ne juge pas d'un livre par exemple, ni de son auteur, ni de sa formation, ou de ses orientations religieuses ou politiques, parce qu'on accède à un niveau de connaissance qui nous permet de voir la vérité, le fait.

je m'arrête là, sinon je ne vais pas m'arrêter, et enchanté de faire ta connaissance.


[Je n'ai malheureusement pas conservé mes propres mails, donc je ne sais plus ce que je répondais à l'époque...]


merci pour ta réponse,
en fait je voulais que tu m'en dise davantage de ton avis sur le sujet.

concernant ma façon de faire, ou comment j'ai appris, moi-même je ne sais pas, peut être par intuition, d'ailleurs je n'ai pas compris ce que tu voulais dire par dualité et illusion, j'ai du faire des recherches pour le savoir.

ce n'est qu'en multipliant les expériences que j'arriverai à savoir comment ça se fait,

je ne juge pas, ou plus précisément, je laisse cette pensée (qu'elle soit opinion sur une personne, une émotion, ou autre), je sens quand elle me vient et je la laisse passer, je ne l'alimente pas, au début, c'est difficile, parce qu'on a passé des années à être attachés à nos pensées, à les alimenter quand elles sont là, ou à les chasser, fuir d'elles, quand les laisse passer les premières fois, je ne sais pas comment décrire ça, des peurs des pensées, longtemps refoulées reviennent à la surface, j'en ai fais l'expérience, je ne sais plus de quoi j'ai peur, de quelque chose en particulier ou de la peur elle-même? tu vois ce que je veux dire...

bon je finis, pour l'instant, mais avant je suis curieux, de te connaître, qu'est ce que tu fais à part répondre à mes messages,(...)
bonne journée

J'ai été très surpris de ton message, j'ai très apprécié surtout la dernière partie,

Moi aussi, je suis enfant nomade, (...), j'ai beaucoup voyagé, physiquement mais aussi intérieurement, mon esprit ne cesse de voyager, autrefois je le censurais, le privais de ces voyages, j'en avais peur, maintement il voyage plus souvent. Je commence à comprendre...

Sinon, je ne vais pas répondre directement à ton message, mais seulemnt laisser libre court à mes doigts, je ne réflechis pas maintenant, apprendre c'est beaucoup plus en boucle, l'apprentissage, linéaire , dirigé vers une seule direction, soit on fait de cette façon ou on ne fait rien, ne mène nullepart, en plus il use l'esprit, en nous obligeant à être ce que nous ne sommes pas, c'est cruel,

En fait ce que j'ai compris, concernant la dualité c'est qu'il existe deux états, on réagit à une provocation, et ensuite, l'on devient conscient, je me sens encore confus, à ne comprendre, ce truc, d'un manière scientifique, ou peut être parce que les mots aussi peuvent nous jouer des tours, meme les mots ils ont une forme d'autorité qu'ils exercent sur nous.

(...)
  Tellement de choses, d'expériences, chaque être humain a été programmé pour trouver la vérité, ou plutôt être présent quand la vérité est là, parce qu'elle est toujours là, c'est qui nous qui ne sommes pas attentifs à son rendez-vous, rares sont les personnes qui le font, c'est un vrai parcours de combatant, pour celui qui veut la vérité, la première leçon , et à mon avis la seul qui revient à chaque fois, c'es nous-mêmes, nous nous donnons trop d'importance, beaucoup plus qu'il l'est en vérité, quand je me dis être trahi, bousculé ou dérangé, par quelque chose, c'est toujours moi qui revient, nous avons peur de notre vérité de découvrir cette vérité qu'on sent lourde à supporter, lorsque je laisse passer toutes mes pensées, je m'aperçois qu'elles sont tous notre capital, mais puisque ça ne nous appartient pas fondamentalement, puisque ça vient de l'extérieur, toutes mes pensées sont des réactions à des provocations, venant de l'extérieur, qu'est ce que nous sommes alors, nous sommes vides, voilà notre vérité, et nous avons peur de ce vide, nous croyons qu'il est impératif de dire, moi, nous , notre manière de faire, de vivre,...etc, en fait ce n'est pas du vide, puisque nous avons peur du mot et non de sa réalité, il s'agit du silence, le silence est quelque chose de merveilleux, il ne s'agit pas du silence de la langue, quand on ne parle pas, il s'agit d'un silence extraordinaire quand il est là, c'est le berceau de l'action, l'esprit silencieux ne réagit pas, quand il n'ya pas de dualité, quand il ya le silence, il ya l'action.
(...)

le temps fait beau aujourd'hui, à Settat, les oiseaux ne cessent de chanter, je les entends même pendant le cours, c'est incroyable, comme le monde change sous nos regards, sans que personne n'y prête attention, en réalité, et on revient à notre image, c'est notre perception, qui nous définit.

le monde sera ce que nous serons.


Je précise que je n'ai pas pour habitude de publier les mails qu'on m'écrit, surtout sans demander l'avis de leur auteur au préalable, ce que j'aurais fait si j'avais gardé le contact avec lui. J'ai mis sous (...) les passages peut-être trop personnels. En tous cas, je ne publierais jamais sur ce blog des parties de mails dans le seul but de les critiquer.
Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 29 mars 2008
Hier j'ai vu une amie, peut-être pas assez longtemps, mais en tous cas assez pour aborder plusieurs sujets qui m'ont donné à réfléchir. Voici l'un d'eux:
Aprés avoir remarqué qu'on était généralement attiré par les personnes qui ont une manière d'être qui nous manque, qui est souvent opposée à la notre, mais qui pourrait être complémentaire, j'ai senti qu'on finissait parfois aussi par détester ce coté qui au début nous attirait. C'est peut-être l'une des raisons qui fait que l'amour peut se changer si facilement en haine.
Il y a quelque temps, mon interne de psy m'a fait mon thème astral. J'avais beaucoup d'à priori sur le sujet, mais sachant son ouverture, j'étais trés curieux de l'entendre m'en parler. Elle m'a expliqué que ce qu'elle adorait dans ces thèmes, c'est que chaque être humain était associé à des caractéristiques, qui peuvent aussi bien être des qualités comme des défauts selon le contexte, qui dans le cas de l'astrologie est associé au ciel.
Par exemple, un soleil en balance est une caractéristique d'équillibre. Mais selon le contexte, cet équillibre peut, dans le meilleur des cas se manifester par un pacifisme, une loyauté, une sociabilité, une tolérance, une équitabilité, une délicatesse et dans le pire des cas donner faiblesse, hésitation, indécision, égoisme froideur, insensibilité. Bref: inertie.
Un ascendant Sagittaire est associé à un coté aventurier avec une notion d'indépendance. Dans le meilleur des cas, ça donne de la franchise, de l'audace, un coté entreprenant, énergique, optimiste, extraverti, et pour le pire, de la brutalité, un manque de tact, de l'égoisme, de l'inconstance, un coté autoritaire, inconscient, infidèle et un manque de profondeur.
Quelque part, la fameuse expression "pour le meilleur et pour le pire" a du sens dans cette optique, elle prend en compte le fait que malgré l'amour d'une personne, dans certains contextes, la singularité de celle-ci puisse nous devenir insuportable.
Je n'y connais rien en astrologie, je ne fais que rapporter ce qu'Aurélie m'a écrit.
Mais tout ça pour dire que cette vision des choses donne à réfléchir sur ces caractéristiques qu'on aime au début chez quelqu'un, puis qu'on finit par ne plus supporter. Une caractéristique qui se manifeste par son beau coté et qui nous est opposée nous émerveille. Mais une caractéristique opposée qui se manifeste par son coté négatif devient repoussante, insuportable, detestable.
J'ai toujours trouvé que cette façon de voir les choses en terme de caractéristiques plutôt que de qualités ou de défauts était libératrice. Chaque personne peut, dans des conditions qui s'y prêtent, être merveilleuse. C'est valable pour nous et les autres. Malheureusement, il arrive parfois que la manifestation négative de nos caractéristiques crée le contexte qui fait que cette négativité se perpétue. Idem en ce qui concerne l'autre. Si on voit une caractéristique d'une manière négative, et qu'on essaie de la forcer à devenir positive, elle résistera par la négativité.
Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 22 février 2008

moi-bouddha.JPG

Voici un livre que je conseille à ceux qui voudraient s'initier et comprendre le bouddhisme par sa perspective qui me paraît la plus adaptée: la perspective humaine.

José Frèches est un ancien conservateur du musée Guimet, dans ce livre il se met dans la peau de Bouddha et nous explique comment depuis son enfance, ce dernier a poursuivi son chemin jusqu'à Connaître la Vérité. Il parvient ainsi à purifier cette doctrine tellement discutée, surinterprétée, arrangée en la simplifiant, en la ramenant sur un plan logique sans invoquer des concepts avant de les avoir rapportés à des observations, sans prendre parti pour une interprétation ou une autre. Siddharta apparaît ainsi comme un humain qui voulait connaître la Vérité plus que tout au monde, qui a fini par réaliser sa nature éternelle puis qui a tenté d'enseigner une voie pour que chacun puisse Connaître la même libération que lui.
Je vais retranscrire un passage qui me parle beaucoup, et qui aurait probablement eu sa place sur Café-eveil étant donné qu'il fait la lumière sur l'éternelle impasse à laquelle on se heurte lorsqu'on réalise la Vacuité.

Siddharta est en quête de la Vérité, mais comme il ne voit pas le bout du chemin, il se décide à aller demander conseil à d'autres chercheurs: le premier, le Grand Yogi Kãlãma.

"(...)
-Que cherches-tu au juste, Siddharta Gautama de Kapilavastu ?
-La Vérité du Monde, maître Kalama, rien de plus mais rien de moins !
-La Vérité du Monde est comme l'eau, ou comme l'oiseau: quand on croit la tenir, elle s'écoule ou elle s'envole, quand on ne l'étouffe pas, c'est selon... ajoute mystérieusement l'ascète avant de prendre une autre posture.
-Je crois qu'un homme ne peut pas être heureux sur terre s'il n'a pas trouvé la Vérité. Pour trouver la Vérité, il faut faire le vide en soi. Alors seulement, la Vérité peut pénétrer ton esprit.
-Ainsi tu as déjà commencé à faire le vide en toi... me lance goguenard l'ascète au bras perpétuellement levé.
-Je m'y essaie chaque jour! Ce n'est pas évident, mais c'est necessaire. Depuis que je ne possède plus rien, c'est bien plus facile. Je n'ai plus l'esprit encombré.
(...)
Cette visite au Grand Yogi Kalama me prouve que ma réflexion spirituelle naissante est plus adaptée à l'esprit humain que celle des ascètes qui par leur comportement découragent leur semblables.
 Comment peut-on prétendre prêcher l'exemple avec un bras perpétuellement levé? Pour donner, il faut pouvoir se servir de ses bras; et pour convaincre ses semblables du bien fondé de ce qu'on leur propose, il convient avant tout de se mettre à leur portée. Or que je sache, peu de gens sont capables de rester assis des semaines sur une planche à clous !

Par la suite, il vient visiter Uddaka, le brahmane.

"Lorsque j'y suis entré, le vieux brahmane paraissait m'attendre, assis sur un banc. D'emblée, il me sourit et je suis echanté par le chant de l'oiseau, niché dans l'arbre sous lequel il est assis.
 Je lui demande:
-Maître Uddaka, on dit que vous connaissez bien les techniques qui permettent à l'esprit de s'évader du corps.
-Cela s'apelle tout simplement méditer, mon cher!
-Méditer, mais qu'est-ce à dire exactement ?
(...)
-C'est palper le Vide... me répond Uddaka, tandis que le rouge-gorge se lance dans des trilles merveilleux.
 La notion de Vide telle que l'exprime Uddaka me semble par trop réductrice. Si tout se résume au Vide, les hommes n'ont aucune place dans l'univers. Dans ce cas, qu'y faisons nous? Et quelle main cruelle s'est amusée à nous poser sur la terre?
 Jamais je ne pourrais partager le pessimisme d'Uddaka, le Brahmane.
-Comment peut-on palper ce qui par définition n'a pas de consistance?
-Tout n'est que vide, tel est mon Dharma. La réalité du monde n'est qu'un rêve évanescent. Voilà ce qu'à appris Uddaka le brahmane !
A ces propos je réponds de ma voix la plus douce et sur un ton infiniment respectueux, soucieux de ne pas heurter ce vieil homme:
-Sans parler de ce qui nous entoure et qui est palpable, les idées qui sont dans nos têtes, maître Uddaja, existent bel et bien... Sinon, comment pourrions nous discuter de tout cela l'un et l'autre?
-Pour moi, jeune homme, la pensée elle-même n'est qu'artifice. Tout n'est que Vide et Infinie Pureté.
-Comment peut-on comprendre le monde sans faire appel à la pensée?
-Il n'y a rien à comprendre du monde, si ce n'est l'insondable notion de Vide! Insiste Uddaka, dans la voix duquel pointe une légère trace d'agacement.
 Puis le silence s'installe entre nous, bercé par les inimitables chants de l'oiseau qui s'en donne à coeur joie.
 Je suis sur le point de reprendre notre échange, mais Uddaka m'arrête d'un geste, avant de me lancer, d'une voix tremblante:
-Eloigne-toi de moi. Tu vas finir par me faire douter de moi-même !
 Je n'imaginais pas avoir ébranlé les certitudes du vieux sage.
 Alors je me dis qu'il est temps que je cesse de consulter, ici et là, au hasard de mes trajets, les sages et les ascètes en proie à leurs inutiles macérations. Il ne me sont d'aucun secours.
Pis même, par leur excès de rigorisme ou leur esprit de système trop développé, la plupart de ces gens ne font que compliquer ma tâche.
(...) A présent, je suis sûr que la Vérité ne viendra que de ma propre réflexion et que personne n'y pourvoira à ma place.
(...)
-Veux tu prendre ma place? Me demande t-il à voix basse.
Interloqué et pris de court, je lui réponds:
-J'en suis incapable, maître Uddaka! Si je suis venu auprés de toi, c'est pour demander des conseils, pas pour te succéder !
-Je suis sûr que tu es plus capable que moi de méditer correctement. Aprés ce que tu as dit, je dois convenir que c'est moi qui suis dans l'erreur ! Ma théorie du Vide Universel ne tient pas debout. Elle ne m'a servi qu'à affirmer mon autorité sur les autres. Je ne suis pas digne d'être un Brahmane ! Ajoute Uddaka en se prosternant devant moi.
Je proteste avec humilité aprés l'avoir forcé à se relever:
-Vous êts trop indulgent à mon égard maître Uddaka. En fait, depuis deux ans je marche sur les chemins en faisant le vide dans mon esprit. Le soir  venu, j'ai les idées plus claires. On ne peut pas appeler cela "méditer"!
 Puis je l'aide à se rasseoir.
(...)
-Je sens en toi la grande paix de ceux qui parviennent à dompter ce feu interne qui va jusqu'à ravager nos âmes et nous brûler atrocement, quand il génère des désirs que nous n'arrivons pas à assouvir! m'assure-t-il en me tendant les mains pour me dire adieu.
 Je lui rétorque:
-Il faudrait déjà que je fasse la paix avec moi-même.
-Il y a belle lurette que tu l'as faite, la paix avec toi même je peux le lire dans tes yeux, ô Siddharta! Tu es de ceux qui préfèrent l'eau au feu! Je m'étonne que tu ne t'en sois pas encore rendu compte. (...) Le moment n'est pas loin pour toi ou surgira cette Vérité que tu recherches avec autant d'âpreté et de constance conclut Uddaka, ému aux larmes."

José Frèches, "Moi, Bouddha", éditions Xo


Ce piège de la vacuité dont je parlais est trés bien illustré ici.
Il consiste à invoquer la vacuité. Si on invoque le fait que tout n'est que vide, c'est qu'on a forcément une intention, d'autant plus qu'on est bien entrain d'en parler de ce vide. On est donc entrain de contredire le fond de notre message. Si tout n'est que vacuité, alors il n'est nul besoin d'en parler.
Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas parler. Mais que la réalisation de la vacuité n'est qu'une étape intérieure et intime qui permet de laisser l'extérieur entrer dans ce vide et de ne faire plus qu'un avec le Tout.
Une personne qui invoque le grand vide pour contrer un argument tient forcément cet argument pour vrai et réel, sinon elle ne le contrerait pas. Elle ne croit donc pas en ce grand vide. Elle l'utilise pour s'arranger. C'est ce qu' Uddaka réalise lorsqu'il dit "Ma théorie du Vide Universel ne tient pas debout. Elle ne m'a servi qu'à affirmer mon autorité sur les autres."

C'est peut-être aussi la première et la dernière chose que joaquim aura essayé de faire comprendre sur cafe-eveil.
Par WaXou
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés